‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 89 sur 157 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

serviette, gage de la civilisation. La race est bien faite et vigoureuse; la couleur est cuivrée, mais pas trop foncée. J'y ai vu des modèles de femmes qui auraient fait le bonheur d*un sculpteur, au point de vue de l'impeccable régularité des formes.

Jaltipam est un village riche, car les biens communaux sont très étendus et d'une fertilité incroyable. Il suffit de donner un coup de talon dans le sol et d'y laisser tomber un grain de maïs : la plantation est faite ; la moyenne est de <^ux récoltes par an.

L'Indien est libre; il a son petit terrain qu'il cultive, n'a besoin de personne, et, grâce à la richesse du sol, il en récolte assez pour travailler très peu et ne rien faire le reste du temps. Il est indolent en dehors de son travail, et il ne fera que le nécessaire.

La femme travaille toute la journée comme une véritable bête de somme.

Le vêtement de l'homme est simple : un pantalon blanc et une chemise avec col rabattu, très courte, qui se porte flottante par-dessus le pantalon : on raconte même à ce sujet qu'il y a quelques années les Indiens avaient l'habitude de ne porter qu'un simple caleçon en toile, comme ceux dont on se sert pour les bains ; le chef politique, d'après les instructions du gouverneur de rËtat, qui trouvait que la civilisation ne pourrait que gagner en dissimulant un peu mieux le vilain corps des Indiens, donna Tordre à ses concitoyens d'avoir à se vêtir de pantalons, et cela dans un délai de quinze jours : il annonçait en même temps qu'il ouvrait un magasin où Ton pourrait s'approvisionner; au bout du laps de temps annoncé, il vit qu'aucun ha-

no ONZE MOIS AU MEXIQUE.

bitantde son village n'avait acheté de pantalon et que tous continuaient à se promener dans leur costume léger; il n*hésita pas, et il fit enfermer dans la prison du village les quatre plus importants personnages de Tendroit, avec Taide de quelques ruraux qu'il avait fait venir ; puis il leur déclara qu'il ne les mettrait en liberté qu'avec des pantalons : après quinze jours les prisonniers s'avouaient vaincus, et, depuis ce temps, on porte culotte et chemise à Jaltipam.

J'ai pu prendre quelques photographies intéressantes au point de vue de la race et des types; je nai pas besoin de vous dire que j'ai dédaigné le genre masculin dans mes études ethnographiques. La vie ici est douce; la population y est bonne, n'étant pas asservie, et il y a peu de délits : le juge de paix, à qui j'ai l'honneur d'être présenté, est un grand gaillard, majestueusement drapé dans un zarapé, qui rend la justice dans la petite cantine dont il est propriétaire et située sur la place de l'Eglise. La cause jugée, il permet aux parties de s'abreuver et leur verse d'une main sûre la liqueur de l'oubli des injures, c'est-à-dire de l'eau-de-vie blanche de canne à sucre.

Il est intelligent et très juste. D'ailleurs, il n'y a ni soldats ni police à Jaltipam, la tranquillité y règne absolument; il y a eu, paraît-il, quelques troubles dernièrement à propos de l'église, car le curé qui venait du village voisin y célébrer la messe ne veut plus venir, je ne sais pour quelle raison.

Les habitants de Jaltipam se sont fâchés, prétendant que c'était la faute du chef politique, mais ils ont fini par se calmer, et ils vont en foule le dimanche au

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