CHAPITRE Vil
temple, où on ne dit plus la messe, chanter des chants et des litanies en langage indien. Ces malheureux vont là adorer leurs dieux !
Tous les hommes sont armés du machete, arme terrible, mais nécessaire, car Tlndicn s'en sert indistinctement pour couper des arbres, tuer des serpents, trancher de la viande, hacher du tabac, et piocher la ferre. Il ne s'en sépare jamais et le porte suspendu à une corde, comme les soldats romains portaient le glaive sous Tépaule gauche. Cet instrument est fabriqué en Amérique et coupe remarquablement.
Pendant mon séjour ici, je remarque que la population a Tair très animée : la fête annuelle approche, ei on prépare sur la place un enclos où doit avoir lieu une course de taureaux traditionnelle. On lâche dans cette enceinte, formée de vigoureux pieux reliés entre eux par de solides bambous, un taureau âgé, et des Indiens, soit à pied, soit à cheval, mais parfaite* ment ivres, presque nus, y vont sans armes se mesurer avec les animaux furieux.
Toute la population s*est massée le long des palissades, voyant le spectacle à travers les interstices : il parait que la fête n*est pas réussie s'il n'y a pas au moins deux hommes tués ou grièvement blessés. Quand le taureau est épuisé, on le fait sortir et on le tue dans la coulisse... c'est-à-dire dans une petite enceinte aménagée à cet effet. Le spectacle continue, et on lâche jusqu'à quatre taureaux dans la même journée.
Il y a des récompeivses pour les toreros qui auront fait le plus de prouesses, comme par exemple de mon-
lis
ter à cheval sur le dos du laareau ; on se figure ce spectacle (1)!
Au nord du village se trouve un monticule artificiel d'où on jouit d'une belle vue sur le pays : ce serait, dit-on, la sépulture d'un des plus grands chefs zapo* thèques de jadis. J'ai conseillé au juge d*y faire faire des fouilles : que va-t-on y trouver?
C'est un vrai paradis que ce petit village,^ où les ombrages touffus s'ofirent à chaque pas, où des sources jaillissent au pied d'arbres inconnus; les orchidée se jouent sur les branches et les fourmis se sont conatroit des nids inaccessibles sur les hautes extrémités ip acajous.
Mon ami M. deMiramon, ancien élève de rÉcolecsQ^ traie de Paris, ingénieur des mines, est venu se fiw dans ce joli coin pour y faire des délimitations de ter* rain et de la culture de café : il habite une confortable maison dont sa charmante jeune femme et lui m'oqt fait les honneurs d'une façon que je n^oublieral pas.
J'ai renoué avec lui des liens d'amitié, et peut-être un jour retournerai-je leur faire une visite.
Je quitte Jaltipam au bout de trois jours, et j'ai la bonne fortune que Miramon veuille bien m'accompaguer jusqu'à Tehuantepec qu'il ne connaît pas.
Jusqu'à Mogoné, le train va rouler au milieu de forêts vierges sur une voie qui s'est ouverte à travers une végétation exubérante et folle. La description de ces merveilles sans pareilles est difficile, et on pourra
(1) La fête a eu lieu après mon départ. Il y a eu im homme tué et trois blessés. C'était, paraît-il, très réussi.