‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 92 sur 157 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

désolés, sans végétation, des arbres rabougris, sans une feuille, un terrain brûlé, jauni, de la poussière et des horizons de montagnes semblables à celles des environs de Mexico. On reste stupéfait; la température seule est à peu près la même, mais Tair est devenu sec, et on ne sent plus de fraîcheur; plus de cocotiers, plus de palmiers, plus d'orchidées : du paysage dénudé et des terrains calcaires, miniers !

La voie descend maintenant; ce n'est plus qu'un vulgaire chemin de fer de montagnes, traversant des barrancas rocailleuses, suivant des torrents sans eau, longeant des collines pelées. Nous débouchons dans une plaine immense, à perte de vue, couverte de brousses basses, sablonneuses, où, pendant trente-cinq kilomètres nous roulons, suivant une voie mathématiquement droite avant d'arriver à Tehuantepec, tête de la ligne d'où se détache un embranchement qui continue jusqu'à SalinaCruz, pauvre et misérable villageoù font escale une fois par mois les vapeurs de la Pacific Mail Company de San Francisco à Panama, et touchant à tous les ports du Centre-Amérique.

Tehuantepec (1) est un gros village bâti surdusable, au pied de trois petites collines couvertes de huttes et traversé par un grand cours d'eau dont le niveau est toujours très bas. Les maisons sont toutes à un étage; les rues sont exclusivement pavées avec du sable où on enfonce jusqu'à mi-jambes. Une grande place occupe le centre du pays; elle est dépourvue d'om-

(i) J'apprends, au moment de mettre sous presse, qu*un affreux tremblement de terre a détruit la moitié de la ville.

brages, bien qu'on ait essayé d'y planter des arbustes qui ne pousseront jamais. Un kiosque monumental en orne le milieu, et le jeudi et le dimanche on y entend, ma foi, de bonne musique exécutée par des Indiens du pays, bien dressés.

Cette place est bordée d'un côté par un édifice inachevé, mais très volumineux, qui sera le palais de la municipalité, et sur les trois autres côtés, de magasins à colonnades et d'un marché public très original, soutenu par de gros piliers en pierre où règne toujours une grande animation. L'élément blanc est rare à Tehuantepec, et l'on compte à peine deux cents visages pâles, sur une population de vingt-cinq mille habitants ; cette ville se distingue par deux particularités : P la beauté des femmes ; 2** leur costume qui n'a son pareil nulle part au monde.

On raconte, sur l'origine de ce costume, une histoire un peu risquée, mais elle est curieuse; et, grâce à la richesse de la langue française, j'espère pouvoir vous la narrer sans éveiller de susceptibilités.

II y a bien longtemps, au temps où florissait encore la domination des premiers conquérants espagnols, les Indiens vivaient encore sous l'empire de leurs vieilles lois, traditions et coutumes. Un missionnaire espagnol vint, avec quelques autres, fonder une mission dans ce pays perdu. Il eut beaucoup de peine à pouvoir s'y implanter, et finit par se faire estimer et aimer de ses ouailles; mais il s'était aperçu, avec stupeur, que l'Indien de Tehuantepec éprouvait une grande indifférence à l'égard de la femme, et que la population, au lieu de s'accroître, allait s'appauvrissant. Désireux

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