‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 93 sur 157 · CHAPITRE VII. im · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. im

d'en connaître la cause, il fit une enquête et finit par en savoir les raisons. Le zapothëque était alors et depuis peu, parait-il, animé de certains penchants qui lui faisaient dédaigner la femme ; notre pauvre mais intelligent missionnaire eut alors une inspiration providentielle : il inventa le costume actuel de la Tehuantepecana, tel qu'il est de nos jours, persuadé que cela pourrait influencer le regard des Indiens et le ramener vers celle qui aurait dû être la mère de ses enfants. L'événement lui donna raison, car l'Indien, habitué aa manque absolu de vêtement chez sa compagne, parut goûter le déguisement inventé par le missionnaire, doni le procédé eut une réussite complète. Dès lors, tout fut ramené sous la loi naturelle.

Il est temps de donner la description de ce costume : la femme a le corps enveloppé, depuis la cheville jus-> qu'à la ceinture, d'une pièce de cotonnade, rouge la plupart du temps, et très serrée qui se moule sur le corps comme un maillot ; comme elle en fait deux fois le tour, il y a suffisamment d'ampleur dans le bas pour pouvoir marcher; cette pièce d'étofie est retenue par une ceinture en laine; une chemisette en étofie très légère» quelquefois transparente, très décolletée, sans manches, flottante, couvre le corps et s'arrête à dix centimètres au-dessus de la ceinture. Sur la tète, une sorte de voile qui tombe par derrière, très au-dessous de la taille, et composé d'une pièce de dentelle de soie de couleur très fine et de volants de dentelle très empesée qui flottent au vent derrière elles quand elles marchent. En retournant ce bonnet d'une certaine façon, il encadre la tête tout entière d'un volant

tuyauté, le reste tombaDt devant et derrière. On ne le retoarne que pour aller à la messe, ou pour les jours de fête ; généralement on le porte flottant en arrière. Tout Télèment féminin sans exception porte le voile. C'est on ne peut plus seyant.

La jupe s'appelle ^nroyacîo» la chemisette, ym/>»///o^ et le voile bonnet, juipiL II s'en fait de très riches, et c'est extrêmement joli ; rien n'est gracieux comme la démarche et la tournure d'une femme d'ici qui s'avance, nu-pieds, le haut du corps un peu en arrière poar avantager ses formes, et le corps étroitement moulé dans la jupe. Le corset est inconnu, et il faut ajouter à la gloire des femmes de Tehuantepec que, pour la plupart^ elles n'en ont pas besoin.

Le matin et le soir, la population va se baigner dans la rivière, car on est propre dans ce village; j'ai assisté à ces baignades, d'autant plus intéressantes que l'eau atteint à peine soixante-dix centimètres aux endroits profonds. Hommes et femmes se baignent ensemble sans aucun vêtement ; les femmes s'asseyent dans le lit de la rivière et se frottent d'abord avec du sable, puis avec du savon, et se couchent, dans l'eau. ËlleSv en sortent, restent un instant au soleil pour se sécher, remettent leur costume sans oublier le voile, et rentrent chez elles.

Le spectacle était fort pittoreque, car, au moment où j'étais là, il y avait bien six cents individus des deux sexes se livrant aux douceurs des ablutions.

Avec le fond des montagnes, une vieille église sur un monticule, et tous ces êtres bronzés se détachant sur Teau argentée par les rayons du soleil, j'avais le

Page 1