CHAPITRE VIU
qui atteBdent le bateau. C'estcher, mais ou peut manger* 15 mars. — Il est six heures du matin , le soleil n'a pas encore quitté Tautre hémisphère; des teintes ronges pourtant commencent à se dessiner à Thorizon, la mer est unie, plate, elle aussi se repose; ses eaux ne se soulèvent pas ; sa monstrueuse respiration ne se fait pas voir à la surface; des barques de pèche montées par six Indiens et maniées à la rame sillonnent la rade, cherchant avec succès dans ces profondeurs habitées la nourriture nécessaire à la vie. L'aube ici dure peu ; le soleil s*est montré, inondant la mer de sa splendeur incandescente ; les barques, saisies au ras de Teau, profilent leur ombre nettement découpée sur la lueur intense qui sert de fond à rhorizon, puis peu à peu les nuances se confondent et le soleil abandonne la nappe liquide, d'où il semble sortir à regret. Les pécheurs vont rentrer; abondante est la moisson qui, hélas! au lieu d'être consommée sur place, fraîche et délicieuse, sera mise à sécher et transformée en poissons secs, pleins de poussière et de microbes, qu'un Indien dévorera à belles dents quelques six mois après, avec un assaisonnement de piments et de chile! Triste destinée d'un fin et savoureux poisson !
Nous sommes ici une quarantaine de voyageurs de toutes nationalités; je suis le seul Français. La conversation est languissante, on regarde la mer toute la journée; semblables à des naufragés dans une ile déserte, nous attendons l'arrivée du navire qui nous^sauvera. On se regarde même avec quelque défiance, on se rappelle le radeau de la Méduse ^ mais, par bon^
beur, le Chinois est là qui vient dissiper nos frayeurs en 'nous faisant manger pour d'excellents lapins des gros lézards, iguanes, qui sont du reste trouvés exquis.
Enfin, le troisième jour de notre arrivée sur cette plage, nous apercevons, au petit jour, le navire sauveur qui arrive doucement, son panache de fumée le devançant, car le vent est du nord. 11 nous paraît même qu'il marche peu ; nousseronsd'ailleursbientôtfixésàcesujet.
Le Starhuck a jeté Tancre ; c'est un gros navire de 1,700 tonneaux, bien assis sur l'eau, mais ayant plus l'apparence d'un cargo-boat que d'un bateau de passagers; les cabines cependant sont bonnes et placées sur le pont, avec de grandes fenêtres carrées, ce qui est excellent contre la chaleur.
Je vais quitter le Mexique. Je le regrette; je puis dire que c'est un beau pays dont l'avenir est assuré.
Le Starhuck est mouillé à un mille environ, et, pour y arriver, ce n'est guère commode. Une dizaine de grands chalands sont à terre ; on en lance quatre à la mer en les poussant à bras, ce qui demande dii temps. Sur la plage, les lames se brisent en grosses volutes; aussi, quand les chalands touchent l'eau, ils se soulèvent violemment. A chaque extrémité de ce gros bateau est une poulie sur laquelle on passe un fort câble, amarrée d'un côté à une bouée mouillée en rade, et, de l'autre, attachée à terre. Cela fait, on charge les passagers ou le café à dos d'homme, les Indiens entrant dans l'eau jusqu'à mi-corps. Une fois le chargement fait, les hommes dans le chaland baient sur le câble, tandis que les chargeurs poussent tant qu'ils peuvent. Enfin, le bateau quitte le sable, mais il lui faut fran-