‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 97 sur 157 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

chir les deux énormes lames. Après de fortes secousses on est passé, non sans avoir reçu quelques embruns sérieux. A la bouée, les hommes détachent le chaland, prennent des rames et arrivent au bateau, ouonvouishisseàbord au moyen d'une chaise guindée sur lé treuil à vapeur. Enfin vous y êtes, mais c'est une manière de s'embarquer qui n'est pas sans danger, tout en étant fort originale.

On peut se rendre compte du temps qu'il faut pour charger et décharger les sacs de café et les marchandises. On avait essayé, en construisant le chemin de fer, de faire un wharf en fer dont on voit encore les traces, mais le premier coup de vent l'a démoli, et on n'en voit que les débris.

Le bateau est plus propre que je ne le croyais : les cabines sont excellentes, les officiers prévenants, la (cuisine américaine pure, et la vitesse absolument nulle.

La première nuit est déplorable : nous partons par calme plat, et une heure après se déchaîne un ouragan du nord formidable : toute la nuit le vent souffle en tempête, des paquets de mer tombent sur le steamer, qui n*en continue pas moins sa marche pesante de quatre milles à l'heure ! Le Pacifique parait ennuyé de manquer à la bonne réputation de son nom et de nous avoir si mal fait les honneurs de ses eaux bleues et peuplées de requins; aussi, la nuit une fois passée, le mal de mer ayant accompli des ravages navrants, rOcéan reprend sa physionomie habituelle et nous allons pouvoir apprendre ce qu'est la grande lame de fond de ces mersimmenses. La mer estcalme, aucune ride ne se forme à la surface, et pourtant le navire

roule beaucoup, mais très lentement, car les vagues, dont on ne voit pas de crête mais des rondeurs d'éme-' surées en forme d*ondulations, ont plus de cent cin-' quante mètres de Tune à l'autre.

Tonala, i'* escale. — Même plage de sable avec les mêmes bocqueteaux, la même végétation de brousses sales, enchevêtrées, touffues et peu élevées, dues à l'eitréme aridité du sol, s'étendant sur des plaines immenses, ancien lit de la mer, et terminées par la chaîne des montagnes qui vont se prolonger sous le nom de Cordillère des Andes dans les Amériques du Sud.

Le village est à quelque distance en arrière dans les terres. Sur la plage sont quelques maisons en bois ou sont installés la douane, des magasins de dépôt dé marchandises; naturellement ni port, ni jetée, ni môle.

Le même système de chaland est en vigueur ici comme à Salina Cruz, T usage de la voile étant totalement inconnu des riverains; il n'y a même pas de pêcheurs !

Nous jetons Tancre à quatre encablures, et nous passons notre nuit tranquille, sauf le grand roulis, mais il n'est pas gênant, l'oscillation étant extrêmement lente.

Le vent a cessé, nous embarquons force café, avec une lenteur désespérante ; on dirait que ces Indiens n'ont plus dans leurs veines le sang qui animait leurs ancêtres : je ne puis m'imaginer que ces hommes soient les descendants de ceux qui ont construit ces temples de granit aux immenses assises de pierres superposées : j'en vois un qui peut à peine soulever un

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