‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 98 sur 157 · CHAPITRE VIII. I8t · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. I8t

sac de café : ils sont mous et sans vigueur... Tabusdes alcools évidemment. .

Un crime s'est commis à bord et a rompu la mono-" tonie de cette vie vraiment slupide, car voilà trois jourâ que nous chargeons du café.

Un Indien, laid comme ils savent Tétre, jaloux de sa femme, personne âgée et peu sympathique, lui a labouré le sein et le dos avec une paire de ciseaux qui s^ést rompue au cinquième coup : je viens d'assister au pansement de la victime; le chirurgien lui a mis le torse à nu, chose facile, et lui injecte dans chaque plaie un liquide antiseptique; elle ne bouge pas, reste les yeux ouverts et se pince seulement violemment les lèvres r quelle stoîcité dans ces races primitives ! Le mari est à vingt pas d'elle, amarré à un des supports du bastingage, les menottes aux poignets. Il ne dit pas un mot, reste la face hébétée à regarder sa femme; puis jette autour de lui des regards effarés; il a l'air d'une bête fauve. A San Benito, on le remettra entre les mains de Tautorité, et il est probable que son affaire sera sommaire... un coup de carabine; tel l'animal malfaisant que l'homme menacé abat ! La femme se lève, soutenue par un matelot... elle passe devant son meurtrier, qui la regarde bien en face et lui dit quelques mots à voix basse, dans leur langage : elle lui jette un long coup d'œil dans lequel je crois distinguer une marque de soumission...

Elle ne s'est pas plainte une fois... Qui sait?... si on ne le fusille pas, ils referont peut-être vie commune?

San Benito. Décidément ces plages du Pacifique fatiguent par leur monotonie : ce rivage droit, cette

bordure éternelle qui semble une allée de parc au bord d*un laCy désespère le regard : on voudrait voir quelques-uns de ces rochers dont s*enorgueillissent nos côtes d^Europe. Ici pourtant la végétation est un peu plus verte, les bois sont plus hauts.

Nous débarquons presque tous nos passagers; c'est ici le port de Tapachula, grand village de l'intérieur qui va devenir une ville, car on y cultive le tabac, le café, Tindigo, et de grandes fortunes s'y font jour : il y a une colonie considérable d'Allemands, d'Anglais et d'Américains, beaucoup d'Espagnols et pas un Français ! On va de San Benito à Tapachula en quatre heures à cheval et la route est jolie, accidentée.

Parmi les agents qui montent à bord, on me montre un grand bel homme, assez corpulent, en manches de chemise avec un grand chapeau ; c'est un Anglais résidant dans le pays, qui a eu dans sa jeunesse une avantare qui a décidé du sort de sa vie : dans une région voisine, il y a quelques années, je ne sais à la suite de quelle circonstance, ce fils d'Albion fut pris par les insulaires, fouetté vigoureusement et roué de coups; le gouvernement anglais, qui, on le sait, n'est jamais en retard quand il s'agit de ses nationaux, exigea et obtint une réparation en argent de l'État où s'était commis l'attentat : on paya à la victime 25,000 dollars argent, mille dollars pour chaque coup; l'Anglais, qui était pauvre mais malin, resta dans le pays et, avec cette somme, acheta un terrain, planta du café, se mit dans les affaires, et se débrouilla si bien qu'il devint puissamment riche : il habite San Francisco et Paris et vient tous les ans passer quatre mois ici, où il se revêt

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