CHAPITRE VIII
immédiatement du costume usité dans les pays chauds, c'est-à-dire qu'il passe son temps en manches de chemise et en chapeau de paille.
Je pense que le veston est inconnu dans ces parages.
,Voilà un moyen de faire fortune à la portée de tout le monde, et je pense qu'on me saura gré d'en avoir révélé le secret.
Nous sommes restés trois jours à San Benito; la vie à bord est assommante ; on joue aux dominos, on pèche à la ligne, on lit, on se dispute, car on parle politique. . . Cuba est sur le tapis ; il y a à bord des Espagnols et des indépendants. On voit le tableau! Le soir, le grand guitariste, M. Manjon, veut bien nous charmer par son talent invraisemblable car il est aveugle : dans le silence de la nuit calme, sur ces flots immobiles, on se sent pénétré d'un sentiment indéfinissable en écoutant les sons si purs et si doux que l'éminent artiste sait tirer de cet instrument ingrat que l'on nomme la guitare; sous ses doigts on dirait une harpe éolienne dont la brise imperceptible éparpille les tonalités tout autour du navire ; les matelots se sont groupés aux fenêtres du salon; pauvres geus, pour qui cette musique est un régal, bien qu'ils ne la comprennent pas!...
Pendant la nuit nous avons levé l'ancre et nous avons franchi les frontières maritimes du Guatemala ; nous mouillons àOcos.Ala bonne heure! au moins, ici, il y a un wharf en fer qui s'avance dans la mer. Nous allons pouvoir vite embarquer notre café! Hélas ! il y a en rade un autre navire de notre compagnie qui charge et un vapeur allemand qui attend; le capitaine, sans hésiter, donne l'ordre de partir : nous allons aller à
Champerico et noas reviendrons dans deux ou trois jours en arrière à Ocos prendre notre chargement.
Je me suis un peu étendu sur ce voyage pour montrer à quel point les voyages sont incommodes et comme il est difficile d'arriver au Centre- Amérique.
San José de Guatemala... enfin! voilà, en effet, quatorze jours que nous sommes à bord!
Wharf... chaloupes à vapeur, grands chalands, maisons convenables de loin, beau drapeau bleu et blanc... mais c'est aujourd'hui dimanche, et on ne travaille pas: impossibilité absolue de débarquer! Il faudra encore passer un jour et une nuit sur le Starbuck. Les vivres manquent, il n'y a plus (Teau, et tout le monde est grinchu!
La visite de la douane est passée rapidement, grâce à l'amabilité du chef de la douane, un parfait gentleman. Il me semble d'ailleurs que les gens sont aimables et prévenants dans ce pays.
Le train part à neuf heures trente; la compagnie du chemin de fer est américaine et marche avec assez de régularité, bien que les accidents y aient été fréquents et terribles; cela a même été poussé si loin, que le Président, désirant mettre fin à des hécatombes intempestives, a fixé une limite maxima à la vitesse : c'est vous dire que la ligne est dangeureuse et partant intéressante.
La voie est étroite et très mouvementée; on monte par des lacets incroyables qui exigent des courbes d'un rayon excessivement court. Dès la deuxième station, la vue devient vraiment remarquable; de tous côtés on aperçoit de longues vallées sillonnées de cours