ACTE I, SCÈNE III
LÉONIE
Oui!... oui!... je me rappelle maintenant... cette évasion qui excitait Tenthousiasme de M. Gustave de Grignon.
LA COMTESSE
Notre jeune maître des requêtes.
LËONIE.
Il n'avait qu'un regret, c'est de n'avoir pas été chargé d'une pareille expédition; p'est beau !... c'est brave!...
Il a de qui tenir! Sa mère, qui avait comme moi traversé toutes les guerres de la Vendée, sa mère avait un courage de lion !
LÉONIE
C'est pour cela que M. Grignon parle toujours, à table, d''actions héroïques.
LA COMTESSE
Et le curieux, c'est que son père était, dit-on, peureux comme un lièvTe !
LÉOISIE.
Vraiment!... c'est peut-être pour cela que l'autre jour il est devenu tout pâle quand la barque a manqué chavirer sur la pièce d'eau!
LA COMTESSE, riant.
A merveille !... vous allez voir qu'il est à la fois brave et poltron!
LÉONIE
Je le lui demanderai.
LA COMTESSE
Y penses-tu ?
LÉONIE
Aujourd'hui, en dansant avec lui, car nous avons un bal et un concert pour votre fêle... et j'ai déjà pensé à votre coiffure, un azaléa superbe que j'ai vu dans la serre et qui vous ira à merveille !
LA COMTESSE
Coquette pour ton compte... je le concevrais! mais pour ta tante!.,.
C'est tout naturel!... vous c'est moi! tellement que quand on fait votre éloge, ce qui arrive souvent, je suis tentée de remercier. (Se mettant à genoux près du canapé à droite ou est assise la comtesse.) AuSSi
jugez de ma joie quand ma mère m'a permis de venir passer im mois ici, auprès de vous... Il me semblait que rieu qu'en vous regardant, j'allais devenir parfaite... Vous souriez... est-ce que j'ai mal parlé?...
LA COMTESSE
Non, chère fille, car c'est ton cœur qui parle... Si je souris, c'est de tes illusions! c'est de ta candeur à me dire : Je vous admire !
LÉONIE
C*est si vrai! A la maison l'on me raille parfois et l'on répèle Sans cesse ; Oh ! quand Léonie a dit... Ma tante ^ elle a tout dit! On a raison... la mode que vous adoptez, la robe que je vous vois, me semblent toujours plus belles qu'aucune autre... On dit même, vous ne savez pas, ma tante ? on dit que j'imite votre démarche et vos gestes... c'est bien sans le savoir. Et quand vous m'embrassez en m'appelant : Ma chère fille! je suis presque aussi heureuse que si j'entendais ma mère !
LA COMTESSE, l'embrassant
Prends garde!... prends garde... il ne faut pas me gâter ainsi... j'aurai trop de chagrin de te voir partir... Ce sera nia jeunesse qui s'en ira !
LÉOISTE.
Mais vous êtes très-jeune, à vous toute seule, ma tante !
LA COMTESSE
Certainement... d'une jeunesse de... Voyons? devine un peu le chiffre...
Je ne m'y connais pas, ma tante !
LA COMTESSE
Je vais t'aider... Trente...
LÉONTE.
Trente...
Allons, un effort,.
Trente et un !
LA COMTESSE
LÉONIE
LA COMTESSE
On ne peut pas être plus modeste!... J'achèverai donc... trente-trois ! Oui, chère fille, trente-trois ans! L'année prochaine, je n'en aurai peut-être plus que triMite-deux... mais maintenant... voilà mon chiffre ! Hein !,.. quelle vieille tante tu as là !...