‹ Opéras-comiques (volume 2)Chapitre 287 sur 353 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

LÉONIE

Vieille!... chaque matin je ne forme qu'un vœu^ c'est de vous ressembler !

LA COMTESSE

Ce que tu dis là n'a pas le sens commun; mais c'est égal, cela me fait plaisir... Eh bien, voyons, mon élève, car j''ai promis à ta mère de te faire travailler... as-tu dessiné ce matin?

J'étais descendue pour cela dans ce salon, et devinez qui j'ai trouvé tout à Theure devant mon chevalet, et regardant votre portrait?...

LA COMTESSE

Qui donc ?

LÉONIE

M. Charles.

LA COMTESSE

Eh bien?...

LÉONIE

Eh bien, ma tante, figurez-vous qu'il disait : C'est charmant !

LA COMTESSE

Et cela t'a rendue furieuse!.,.

LÉONIE

Certainement!... Un domestique! est-ce qu'il doit savoir si un dessin est joli ou non?...

LA COMTESSE, riant.

Oh ! petite marquise !...

LÉONIE

Ce n'est pas tout ! croiriez-vous, ma tante, qu'il chante?

LA COMTESSE

Eh bien, s'il est gai, ce garçon'.... Est-ce que Dieu ne lui a pas permis de chanter comme à loi !

LÉONIE

Mais... c'est qu'il chante très-bien! voilà ce qui me révolte!

Ah!... ah!... conle-moi donc cela!

LÉONIE

Hier, je me promenais dans le parc. En arrivant derrière la haie du bois des Chevreuils, j'entends une voix qui chantait les premières mesures d'un air de Cimarosa, mais une voix charmante, une métUode pleine de goût... Je m'approche... c'était M. Cliarles!

LA COMTESSE

En vérité.

LÉONIE, avec dépit.

Vous riez, ma tante; eh bien! moi, cela m'indigne... je ne sais pas pourquoi, mais cela m'indigne ! Comment distinguerat-on un homme bien né d'un valet de chambre, s'ils sont tous deux élégants de figure, de manières... car, remarquez, ma tante, qu'il est tout a fait bien de sa personne, et lorsqu'à table il vous sert, qu'il vous offre un fruit, c'est avec un choix de termes, un accent de bonne compagnie qui me mettent hors de moi... parce qu'il y a de l'impertinence à lui à s'exprimer aussi bien que ses maîtres : cela nous déconsidère, cela nous... (Avec impatience.) Enfin, ma tautc, je ne sais comment vous exprimer ce que je ressens; mais moi, qui suis bienveillante pour tout le monde, j'éprouve pour cet insolent valet une antipathie qui va jusqu'à l'aversion, et si j'étais maîtresse ici, bien certainement il n'y resterait pas !

LA COMTESSE, gaiement.

Là... là... calmons-nous! avant de le chasser, il faut permettre qu'il s'explique, ce garçon. (Eiie sonne.)

LÉONIE

Est-ce pour lui que vous sonnez, ma tante?

Précisément ! (a un domestique qui entre.) Charlcs est-il là? j

LE DOMESTIQUE

Oui, madame la comtesse.

LA COMTESSE

Qu'il vienne? (Le domestique sort.)

LÉONIE

Mais, ma tante... qu'allez-vous lui dire?

LA COMTESSE

Sois tranquille! j

LÉONIE. j

Je ne voudrais pas qu'il crût que c'est à cause de moi que ] vous le grondez! 1

LA COMTESSE, gaiement.

Pourquoi donc? ne trouves-tu pas qu'il t'a manqué de res- ■ pect?,.. I

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