‹ Opéras-comiques (volume 2)Chapitre 80 sur 353 · I.E COMTE, sourianl · texte numérisé non relu

I.E COMTE, sourianl

Me chercher querelle! à moi, son panégyriste, à moi qui le comble d'éloges, comment aurais-je pu l'offenser?

ALBERT

C'est offenser mi bon et loyal militaire que de lui attribuer des exploits qu'il n'a jamais faits, des actions fabuleuses, qui peuvent provoquer des démentis, attirer des insultes à sa mémoire, et jeter en un mot un ridicule ineffaçable sur son nom.

LE COMTE

Je ne vois pas. Monsieur, en quoi cela me regarde.

ALBERT

Je vais m'expliquer. Je n'ai jamais quitté le général. Je suis arrivé en Afrique, avec lui, avec la division qu'il commandait, et jusqu'au jour où il est mort entre mes bras, je l'ai suivi dans toutes ses expéditions, dans tous ses combats. Or, dans le pa-sage, dans les quelques lignes que vous nous avez lues avant dîner, j'ai admiré comme tout le monde les ornements et l'éclat du style.

LE COMTE

Vous êtes bien bon!

ALBERT

Je ne m'y connais pas !... mais pour les faits... c'est différent.

LE COMTE, souriant.

Si ce n'est que cela !

ALBERT

Comment, si ce n'est que cela !... je n'ai entendu que quelques mots à peine, et il n'y en a pas un seul qui ne soit une fausseté évidente.

LE CO:»ITE

Permettez, Monsieur!

ALBERT

Jamais mon général n'a livré de bataille dans l'Atlas... et pour une bonne raison... nous n'y avons jamais mis les pieds, et nous avons toujours opéré à cent lieues de là...

LE COMTE

Monsieur...

ALBERT

Jamais nous n'avons eu de combats ou de relations avec la tribu des Reni-P.nlUihmid, d.iq| nnr-nn de nos soldats n'a apt rçu

iOO LE PUFF.

les fciitcs, et jamais enfin nul fait d'armes n'a illustré les bords d(> la Mahoura... non pas que ce nom me soit inconnu, je ne sais pas où je Tai vu, mais à coup sûr ce n'est pas en Afrique, car celte rivière-là n'existe pas, et je vous défie de l'y trouver.

LE COMTE

Vous croyez cela, Monsieur?

ALBERT

J'en suis sur... voyez plutôt sur Ja carte. Et quand on écrit, quand on imprime, quand on publie sciemment de pareilles faussetés...

LE COMTE, avec colèr».

Une telle expression...

ALBERT

Est la seule qui convienne. Si mon général était vivant, il s'écrierait : Vous avez menti !... Je prends sa place et suis à vos ordres.

LE COMTE, fièrement.

Et je serais aux vôtres, si volro général avait pu tenir un pareil langage... mais il s'en serait bien gardé. Vous étiez en Afrique, Monsieur, je n'en doute pas, mais le général de Saint- Avold y était aussi, et entre vos deux assertions, quelque contradictoires qu'elles soient, vous me permettrez de donner la préférence à la sienne.

ALBERT

Que voulez-vous dire?

LE COMTE

Que notre devoir, à nous autres historiens, est bien grave. C'est comme un sacerdoce, celui de la vérité, que nous sommes chargés de transmettre à nos derniers neveux. Alors, Monsieur, l'historien qui se respecte ne marche qu'appuyé sur des preuves irrécusables, sur des documents authentiques, c'est ce que j'ai fait.

ALBERT

Vous, Monsieur!

LE COMTE, allant à la^ table à gauche-

J'ai là les Mémoires mêmes du général Saint-Avold, trouvés dans ses papiers après sa mort... et je suis heureux de vous prouver avec quelle fidélité consciencieuse j'ai rempli, envers mon pays et la postérité, mes devoirs d'historien !... (Frappant sur

le n.anu.-crit qu'il vient de prei dre.) LeS VOÏCi, CCS MémolrOS du vicUX SOl-

dat... ces Mémoires pensés au milieu de la bataille el écrits sur

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