ACTE I, SCÈNE YI. 19o
millionnaire, donc il est bêle. Eh bien! non^ et je le prouve l'épée îi la main. Pour cela il ne faut qnc de l'adresse et du courage; ou en achète à la salle d'armes; et quand une fois on a tué son homme, on vit là-dessus, st les railleurs vous laissent tranquille; tu comprends?
HENRIETTE
En vérité, monsieur le baron, je vous admire; vous êtes toujours gai et content.
SALDORF.
C'est vrai; je suis content... de moi! et tu conviendras que ce n'est pas sans motif. De l'or, de la jeunesse, de la santé, une femme charmante, et baron par-dessus le marché, si avec cela on n'était pas gai, il faudrait être bien misanthrope, et je ne le suis pas; j'aime tout le monde, surtout les jolies femmes. Tu en sais quelque chose...
HENRIETTE
Moi, Monsieur?
SALDORF.
Oh! tu. me tiens rigueur; tu fais la cruelle. Je devrais m'en fâcher; eh bien! pas du tout, j'aime cela, parce que c'est bizarre... C'est la première ! Aussi je suis de moitié avec ma femme pour te protéger, pour te doter. Tu n'as pas oublié que demain la noce se faisait chez moi, à l'hôtel. J'ai permis à Fritz, ton mari , d'inviter tous ses amis, tous ses compatriotes qui se trouvent en cette ville. Nous aurons des chants et des costumes tyroliens : cela fera bien dans mes jardins; et, pour compléter la fête, j'ai invité en masse cette excellente madame Charlotte et toutes ses demoiselles.
Je connais. Monsieur, toutes vos bontés.
SALDORF.
Oui, moi je suis bon, cela m'amusera, parce que toutes ces petites filles, c'est gentil ; et puis , un grand seigneur qui orotége la candem", l'innocence, c'est original. Si j'avais le temps, j'aui'ais fait des couplets là-dessus.
HENRIETTE
Vous en faites aussi?
SALDORF.
Parbleu! on fait de tout quand on est chambellan; mais aujourd'hui je ne serais pas en train ; j'ai un chagi'in atVreux.
LA KIAXCER.
HENRIETTE
On ne s'en douterait pas.
SAI.DORK.
Parce que je prends sur moi. Ma femme est malade.
HErmiF.TTE.
0 ciel !
SALDORF,
Elle dit que non, de peur de me faire de la peine, mais je m'y connais; elle est souffrante, et comme ça m'inquiète beaucoup, je te prierai de passer la nuit auprès d'elle, à riuMel, comme cela t'arrive souvent, parce que je suis obligé d'aller au bal.
HENRIETTE
Dans un pareil moment vous éloigner?
SALDORF.
Du tout, c'est à deux pas , là , en face; l'hôtel du comte de Darmstadt, un bal paré et masqué , voilà pourquoi tu me vois en grande tenue. Tu sais que ma femme n'habite plus ce côté du boulevard, et j'ai dit qu'on te préparât la chambre à coucher.
HENRIETTE
Qui est derrière la sienne, (.Montrant le balcon à droite du specU-
teur.) qui donne siu* ce balcon?
SALDORF.
Oui; de sorte que demain, en t'éveillant, tu apercevras le boulevard de ta fenêtre.
HENRIETTE
Je vous renaercie. Monsieur, d'avoir pensé à moi.
SALDORF.
Oh! moi d'abord, je pense à tout. Adieu, ma toute belle. Adieu , madame Fritz. A demain , bonne nuit. ( Henriette entre
dans l'iiôtel à droite.)