‹ Opéras - comiquesChapitre 197 sur 305 · SCÈNE VllI · texte numérisé non relu

SCÈNE VllI

SALDORF, FREDERIC, qui entre pendant la ritournelle de l'air pré-

cèdent.

SALDORF, l'apercevant.

Eh! mais, je ne me trompe point; monsieur le comte de Lowenstein !

FRÉDÉRIC

Monsieur de Saldorf !

Je suis enchanté de vous trouver, car j'ai de grands reproiches à vous faire. Comment 1 colonel , depuis votre résurrection, vous vous êtes présenté dans les premières maisons de la capitale, et vous n'êtes pas encore venu chez moi !

FRÉDÉRIC

Je n'aurais pas osé, monsieur le baron, sans votre invitation.

SALDORF.

Justement, voilà ce que j'ai dit à madame de Saldorf. Je l'ai grondée, parce qu'elle ne voulait pas vous écrire; mais elle .vous écrira, et j'étais d'autant plus lâché contre elle et contre

VOUS... nue ce matin j'ai aperçu votre voiture à deux pas d'ici, à la porte du magasin de nouveautés, où vous n'étiez point venu sans quelque dessein.

FRÉDÉRIC

Moi, Monsieur!

SALDORF.

Vous êtes comme moi , vous êtes un amateur ! et il y a là des petites filles charmantes : c'est peut-être pour l'une d'elles que vous êtes ici en héros espagnol? hein? Mais qu'avez-vous donc, mon cher? d'où vieut cet air triste et glacé? est-ce un reste de la Sibérie? 11 me semble au contraire que lorsqu'on vient de Russie, lorsque pendant trois ans on a été mort ou à peu près , car nous avons bien cru que vous l'étiez , on doit avoir envie de s'égayer et de vivre pour rattraper le temps perdu. Ne venez-vous pas ce soir au bal du comte de Darmstadt?

FRÉDÉRIC, vivement.

Vous y allez avec madame de Saldorf?

Non, ma femme est un peu indisposée, et, en bon mari, je l'ai engagée à rester chez elle, ce que j'aime autant, parce qu'il y a là de très-jolies femmes, et elle est très-jalouse la chère baronne.

FRÉDÉRIC

Jalouse !

SALDORF.

Oui, et moi qui suis volontiers aimable avec tout le monde, je crains toujours qu'elle ne se doute de quelque chose. Elle est triste, mélancolique; quelijucfois, quand je rentre, elle a les yeux rouges, elle a pleuré; au point que je lui disais l'autre jour : chère amie, tu as ime passion dans le cœur, une passion malheureuse : ce qui est vrai, elle m'aime trop, elle n'est pas raisonnable, mais voici l'heure, je me rends au bal. On vous verra ce soir?

FRÉDÉRIC

Non, monsieur le baron, je n'y vais point.

SALDORF.

Je croyais que vous m'aviez dit...

FRÉHÉRIC.

Au coiitrau-e, je suis attendu ce soir chez le ministre de la guerre, et j'ai laissé mes gens à deux pas d'ici.

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