‹ Opération de la hernie étrangléeChapitre 9 sur 12 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

Hernie crurale élrauglée depuis six jours; pas de Iaxis; opération; perforation de l’intestin; suture de Lembert; réduction; avortement. Guérison.

Séraphine B , âgée de 36 ans, est entrée, le 26 avril 1860, salle

Saint-Augustin, n° 10 (service de M. Michon).

Il y a quatre mois, dans un effort, elle a senti une douleur trèsvive dans l’aine du côté gauche. En portant la main dans celle région, elle a trouvé une tumeur : c’était une hernie crurale. Elle n’a pas porté de bandage. Sa hernie n’était pas habituellement réduite, quoiqu’elle fût réductible, et ne lui causait pas trop de gêne.

20 avril. En montant un escalier, elle a été prise d’une douleur

violente dans l’aine, douleur qui s’est généralisée dans le ventre. Bientôt sont survenus des vomissements qui n’ont pas tardé à prendre un aspect verdâtre, porracé, et une odeur fétide. Elle reste dans cet état sans faire appeler de médecin.

Le 26, elle se décide à entrer à l’hôpital.

A son entrée, le ventre est tendu, ballonné, très-douloureux; les vomissements féealoïdes; ie pouls très-petit.

On trouve dans la portion crurale de l’aine gauche une tumeur oblongue , à grand diamètre transversal , et pas très-douloureuse. La tumeur n’est pas très-tendue et ressemble à un ganglion enflammé.

M. Michon se décide à l’opération à l’heure de la visite.

La peau est incisée transversalement , après avoir été pincée et soulevée par un aide , de façon à former un pli perpendiculaire à l’arcade fémorale. M. Michon incise les couches sous-cutanées qui recouvrent le sac; celui-ci est ouvert sans qu’il s’écoule de sérosité. Il trouve alors une masse d’un tissu rougeâtre, qui a l’aspect d’un ganglion. On comprend son embarras. «Quand même je ne trouverais pas d’intestin , dit-il, je ne rendrais pas moins service à la malade. » Et il nous cite les cas où un ganglion enflammé avait déterminé des accidents que l’opération avait fait disparaître.

Mais une certaine crépitation qu’il a sentie sous ses doigts le fait croire à la présence de l’intestin. 11 dissèque ce tissu rougeâtre avec précaution, et bientôt un flot de liquide sanguinolent s’échappe. En agrandissant l’ouverture, on aperçoit dans le fond une pointe d’intestin; celui-ci est rouge noirâtre, de bonne consistance, et ne paraît pas gangrené. 11 débride en dedans, attire un peu l’intestin, et aperçoit alors une perforation.

M. Michon demande des aiguilles à coudre très-fines et du fi! de soie : il porte la pointe de l’aiguille à 1 centimètre de la perforation, l’enfonce de dehors en dedans, la fait sortir à mi-chemin du bord de la plaie et du point où elle est entrée dans l’intestin , puis la porte sur la face externe de l’autre lèvre, à un demi-centimètre de son

bord, pour la faire sortir un demi-centimètre plus loin. Il passa ainsi trois (ils... Puis, prenant chaque fil séparément, il fait un double nœud avec chacun , et le coupe au ras de la plaie. Les séreuses se trouvent ainsi adossées.

C’est là le procédé de Lembert.

Cela fait, il réduit l’intestin, laissant l’épiploon à demeure.

Le 26. Le soir, à six heures, les douleurs de ventre sont un peu moins vives, les vomissements continuent. La malade n’a pu avaler qu’un demi-verre d’eau de Sedlilz.

Ou met de la glace sur le ventre, et la malade en met dans sa bouche pour calmer sa soif.

Le pouls est toujours petit, 96. — Un lavement avec 60 grammes de miel de mercuriale.

Le 27. La malade, qui n’avait prévenu personne de sa grossesse, accouche, à quatre heures du malin, d’un fœtus de 4 mois.

Le soir, les vomissements ont cessé, les nausées persistent, le ventre est toujours douloureux; pouls toujours petit, 96.

28 avril. Les vomissements et les nausées ont disparu: le ventre est moins douloureux; elle a eu trois selles; le pouls se relève un peu, moins fréquent, 84.

29 et 30 avril. Même état. — Bouillons légers.

1er mâi. La malade va plus mal; elle est affaissée, assoupie constamment; la soif est vive, mais le ventre est souple et peu douloureux.

3 mai. La malade est plus affaissée.

5 mai. Elle se trouve mieux, son pouls se relève.

Bouillons et potages légers.

6 mai. Le mieux persiste. — Une portion.

Dès lors elle a continué à aller de mieux en mieux. L’épiploon laissé à demeure s’élimine.

26 mai. La plaie est presque cicatrisée, et la malade sort quelques jours après complètement guérie et munie d’un bandage.

M. Michon a trouvé là un sac épiploïque qui l’a beaucoup embarrassé un instant. En attirant l’inlestiu, il s’est aperçu d’une perforation : est-ce avec le bistouri, est-ce en déchirant les adhérences , est-ce par l’étranglement qu’elle a été produite? M. Michon restait dans le doute. Dans tous les cas , les parois de l’intestin étaient saines autour de la perforation ; la suture était indiquée et la guérison a été complète.

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