‹ Opération de la hernie étrangléeChapitre 4 sur 12 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

Hernie inguinale congénitale étranglée; taxis répété; opération. Mort;

autopsie. ,

D , marin, âgé de 28 ans. Entré le 24 juin 1862 , salle Saint-

François, n° 40 (service de M. le professeur Jarjavay), porteur d’une hernie inguinale droite depuis sa naissance, a eu de mauvais bandages qui contenaient mal sa hernie.

Elle ne se réduisait pas habituellement d’une façon complète ; mais, depuis hier, à la suite d’un effort, elle est devenue plus volumineuse. Le malade vomit, a de la constipation et des douleurs de ventre.

24 juin. A son entrée, je trouve une tumeur assez tendue, douloureuse, sans changement de couleur à la peau, et descendant jusqu’au testicule. Je pratique le taxis et réduis une partie de la tumeur; il

en reste une portion de- consistance très-molle; mais je n’insiste pas davantage, le malade m’assurant qu’il ne réduit pas toute la tumeur habituellement.

Bains, lavement purgatif.

Les vomissements continuent, et l’interne de garde renouvelle le taxis dans la journée sans pouvoir réduire complètement.

Le soir, la tumeur est douloureuse; je fais appliquer 20 sangsues.

25 juin. Le malade se trouve bien mieux; peu de douleurs dans le ventre, plus de vomissements; une selle sous l’influence du lavement ; pas de fièvre.

26 juin. Le malade se plaint surtout de sa constipation. M. darjavay croit que la tumeur est réduite et qu’il reste de la sérosité dans le sac, ce qui constitue cette tumeur molle persistante. — Bains, lavement purgatif.

27 juin. Constipation persistante; les vomissements ont reparu; la tumeur semble avoir augmenté de volume.

28 juin. Vomissements jaunâtres ; ballonnement du ventre ; douleurs vives. La tumeur est fluctuante dans sa partie inférieure; il y a évidemment de la sérosité, mais il doit y avoir aussi une portion d’intestin. On enfonce facilement les doigts dans l’orifice inguinal externe, ce qui fait que l’étranglement doit être produit par l’orifice interne, ou plutôt par le collet du sac. M. le professeur Jarjavay se décide à l’opérer.

Incision de la peau suivant l’axe de la tumeur; incision des couches sous-cutanées. M. Jarjavay tombe sur un paquet bleuâtre qui n’est autre chose que les veines du cordon étalées sur la tumeur; il incise à côté sans les blesser.

Ouverture du sac. Jet de sérosité qui jaillit à distance, parce que M. Jarjavay me faisait comprimer la tumeur pour la faire jaillir le plus possible.

Incision du sac dans toute l’étendue de la plaie. La tunique vaginale est ouverte, le cordon et le testicule sont dans le fond. Dans le

haut, se trouve une anse d’intestin, du volume d’une grosse noix, repliée sur elle-même.

Débridement multiple. Il s’écoule alors de la cavité péritonéale une quantité considérable de sérosité; cette sérosité est transparente, saus fausses membranes.

Réduction assez difficile et sans attirer au dehors l’anse herniée qui est rouge, congestionnée, mais sans aucune trace de lésion sérieuse.

Le malade se trouve soulagé.

Huile de ricin, 15 grammes, mélangés à 15 grammes de sirop de fleurs de pêcher.

Deux heures après, vraie débâcle qui soulage complètement le malade. Il s’est écoulé une quantité considérable de sérosité péritonéale, que M. Jarjavay avait, du reste, diagnostiquée avant l’opération, à la matité perçue dans la partie inférieure du ventre.

Dans la journée, le malade a une hémorrhagie qui est due à la lésion d’une artère génitale externe. On s’empresse de la lier, mais le malade a cependant perdu une quantité assez considérable de sang, avant qu’on s’en soit aperçu.

Le soir, le ventre est souple, peu douloureux. Le malade se trouve très-bien.

Dans la nuit, il est repris de douleurs horribles dans le ventre, de vomissements incessants. L’état général baisse de plus en plu.<?. Il meurt à huit heures du matin.

30 juin. Autopsie. — Péritonite généralisée.

Les anses intestinales sont agglutinées par des couches de fausses membranes. Liquide jaunâtre non encore purulent, accumulé surtout dans le petit bassin.

L’anse herniée est noirâtre; sa muqueuse présente une légère érosion. Pas d’autre lésion.

Le collet du sac est organisé, presque fibreux ; c’est sur lui qu’a porté le débridement. L’orifice inguinal interne est très-étroit; il renferme un caillot de sang.

Celle observalion est remarquable par la marche lente de l'étranglement. Le taxis répété avait fait disparaître les accidents pendant vingt-quatre heures. La hernie s’e t-el!e reproduite, ou n’avait-elle été réduite qu’incomplélement?

Ecoulement considérable de sérosité, venant de l’abdomen, indice d’un commencement d’inflammation du péritoine.

Enfin présence, dans la plaie, des veines du cordon qui auraient pu être blessées par un chirurgien inexpérimenté.

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