‹ Opération de la hernie étrangléeChapitre 5 sur 12 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

Heruie crurale étranglée depuis huit jours ; sac épiploïque. Mort. Autopsie;

pas de péritonite.

R — (Françoise), âgée de 60 ans, garde-malade, entre, le 23 mai 1862, salle Sainte-Marthe, n° 5 (service de M. le professeur Jarjavay ).

A une hernie crurale gauche habituellement réductible; a porté de mauvais bandages.

Depuis huit jours, sa hernie est sortie, à la suite d’un effort, et a déterminé des accidents peu graves dès le début, puisqu’ils lui permettaient de donner des soins à une autre femme. Mais les coliques sont devenues plus vives, les vomissements plus fréquents et même fécaloïdes. La constipation a persisté depuis le début.

23 mai. A son entrée, la face est cyanosée, froide, le pouls insensible. On trouve dans l’aine gauche une tumeur du volume d’un marron, douloureuse. La peau est rouge à sa surface.

J'envoie chercher M. Jarjavav, qui se décide immédiatement, tout en ne se faisant pas illusion sur l’issue plus que probable de l’opération.

11 fait sur la peau une incision courbe et transversale, traverse les couches sous-cutanées, arrive sur le sac, qui laisse écouler une sérosité sanguinolente.

Mais, après l’ouverture du sac, nous sommes tous surpris devoir une tumeur rouge, enflammée, que M. Jarjavay croit, un instant, n’être qu’un gangüon. Il la tourne, la retourne, cherche le pédicule qui lui paraît bien s’enfoncer sous l’arcade fémorale.

Alors il se met à couper cette tumeur couche par couche, déchirant avec ses doigts. Après avoir traversé un demi-centimètre d’un tissu rougeâtre et saignant, il sent au-dessous une certaine tension. Il procède avec ménagement, et, écartant les lèvres de la plaie, il tombe sur une tumeur rouge de la grosseur d’une aveline, qui ne laisse aucun doute sur sa nature.

C’est bien une portion d’intestin qu’il a sous les yeux, et ce tissu rougeâtre qui l’enveloppait n’était que de l’épiploon.

Dès lors l’opération devient facile; il débride en dedans, et voyant que l’intestin a une bonne consistance, qu’il n’y a pas de lésion apparente, il le fait rentrer facilement.

La malade se trouve soulagée, mais, six heures après l’opération, elle est prise de syncope. L'infirmière la découvre et la trouve inondée de sang. Je suis appelé à l’instant; j’exerce une légère compression avec des boulettes de charpie, et l’hémorrhagie s’arrête.

La malade a eu des selles nombreuses depuis l’opération, mais ;o i pouls est presque insensible. Je lui prescris une potion cordiale, du bouillon coupé avec du vin. Elle ne peut se relever, tombe dans le coma , et succombe le lendemain à deux heures de l’après-midi.

Autopsie. — Pas de péritonite. La portion d’intestin étranglée n’intéresse qu’une partie de la circonférence. On voit une ligne circulaire noire au niveau de l’étranglement ; au centre, un point trèsaminci, mais non perforé. Ce doit être là le mécanisme de quelques perforations spontanées; c’est le fascia cribriformis qui a été intéressé par le débridement. Le ligament de Gimbernat est intact.

Le sac épiploïque complet qui environnait l’intestin a embarrassé le chirurgien au point de lui inspirer des doutes sur la nature de la tumeur. M. le professeur Jarjavay croyait un instant avoir affaire à

un ganglion. La malade a succombé, épuisée par l’hémorrhagie et par la douleur due à la persistance de l’étranglement.

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