‹ Opération de la hernie étrangléeChapitre 7 sur 12 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Hernie crurale étranglée depuis trois jours; opération ; persistance de l’étranglement. Mort ; autopsie.

F (Marie), âgée de 32 ans, est entrée, le 28 juin 1862, salle Sainte-

Marthe, n° 22 (service de M. le professeur Jarjavay).

Elle a une hernie crurale gauche depuis trois an$, n’a jamais porté de bandage; sa hernie est habituellement réductible. Depuis trois jours elle ne peut se réduire et a déterminé des accidents d’étranglement : vomissements, constipation, ballonnement et douleurs vives dans le ventre.

28 juin. On trouve, dans la partie crurale de l’aine, une tumeur arrondie, du volume d’une petite pomme, rouge , tendue, douloureuse ; le ventre est ballonné , les vomissements sont fécaioïdes, le pouls filiforme, les extrémités refroidies , la figure est cyanosée et fortement grippée.

M. Jarjavay procède à l’opération à cinq heures du soir.

Incision de la peau suivant une ligne courbe à convexité inférieure, circonscrivant la partie inférieure de la tumeur. Les couches souscutanées incisées, M. Jarjavay arrive bientôt sur une membrane lisse, fine, vasculaire, et l’incise avec précaution. L’incision donne lieu à un écoulement de sang ; il se demande un instant s’il n’incise pas l’intestin; mais celte membrane n’est pas tendue comme le serait le dernier. Il se décide à l’inciser franchement et tombe alors sur une masse épiploïque, rouge, vasculaire.

En soulevant cette masse, on trouve au-dessous une portion d’intestin, du volume d’un marron, rouge noirâtre . fortement conges- \ tionnée, mais sans trace de gangrène ni de perforation : débridement en haut et en dehors sur plusieurs points; il ne débride pas en dedans à cause de l’épiploon qui se trouve situé surtout en dedans.

La réduction est assez facile.

La malade se trouve soulagée.

On lui donne un peu devin, puis 16 grammes d’huile de ricin, mélangée à 16 grammes de sirop de fleurs de pêcher.

Dans la soirée, la malade a vomi son purgatif, les vomissements persistent, pas de selle, douleurs vives dans le ventre.

Le 29. Même état, nouveau purgatif.

Le 30. Pas de selle; on se demande ce qui peut encore gêner la circulation intestinale. Est-ce l’épiploon qui formerait une bride, au-dessous de laquelle passerait l’intestin, comme nous l’avons déjà observé cette année. On détache les adhérences de l’épiploon autour de la plaie, et on enfonce profondément le doigt dans le ventre, mais sans trouver d’obstacle. On se décide à lier le pédicule de l’épiploon, à exciser la portion restée au dehors, et on essaye de réduire le pédicule en gardant les fils en dehors, espéraut ainsi dégager l’intestin.

Mais peut-être a-t-on affaire à un rétrécissement de l’intestin sous l’influence de la conslriclion.

La malade succombe à trois heures de l’après-midi.

2 juillet. Autopsie. — Péritonite généralisée , fausse membrane, mais peu de liquide.

L’épiploon est déjelé à gauche, un peu tendu , et va se terminer dans la plaie sans occasionner aucun étranglement. On cherche l’anse herniée, on la trouve dans le petit bassin formant un coude, repliée sur elle-même, à angle très-aigu, et interceptant ainsi le passage des matières. L’intestin est rétréci au niveau de l’étranglement, il est parfaitement distendu au-dessus du point étranglé, et au-dessous il est réduit dans le reste de l’intestin grêle au tiers de son volume.

L’anse herniée se trouve à la réunion du tiers inférieur avec les deux tiers supérieurs de l’intestin grêle.

Au niveau de l’étranglement, on voit sur l’intestin une ligne noirâtre, et à l’intérieur, la muqueuse présente des plaques jaunâtres; elle est ramollie et légèrement érodée.

La persistance de l’étranglement était due à un coude de l’intestin

qui se trouvait un peu rétréci; on peut se demander si on n’aurait pas dû aller chercher dans l’abdomen l’anse herniée, mais l’anse était dans le petit bassin. On aurait pu saisir le bout supérieur et dérouler une grande partie de l’intestin sans rencontrer l’obstacle. Il est certain que rien n’aurait pu mettre sur la voie, c’est ce qui a empêché M. Jarjavay d’agir dans celte circonstance.

La malade a du reste eu une péritonite qui l’aurait enlevée dans tous les cas.

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