OBSERVATION VI
He rnie crurale droite étranglée depuis onze jours; opération. Guérison.
Ph (Marie) , âgée de 68 ans.
Entrée le 3 janvier 1860, salle Saint -Augustin , n° 8, service de M. Michon.
Atteinte de hernie crurale droite depuis quinze ans. Sa hernie est irréductible depuis onze jours, et donne tous les signes fie l’étranglement. Elle portait un bandage le jour, mais elle l’ôtait tous les soirs. C’est pendant la nuit que les accidents sont survenus. On n’a pas essayé le taxis. La malade n’a fait appeler aucun médecin.
3 janvier. A son entrée, on trouve une tumeur oblongue, du volume d’un œuf de poule, située au-dessous de l’arcade crurale droite ; la tumeur est tendue, douloureuse. La malade a des vomissements verdâtres, fécaloïdes, de la constipation.
Mon ami et collègue Brault, se trouvant de garde, envoie chercher M. Michon, qui arrive à huit huit heures du soir, et procède immédiatement à l’opération.
M. Michon pince la peau au niveau de la tumeur, fait un pli vertical qu’il élève au-dessus de la tumeur, donne un bout de ce pli à tenir à un de nous, et, avec le bistouri, coupe la peau d’avant en arrière, dans toute l’étendue du pli; puis il incise les couches souscutanées, arrive sur le sac qui présente une épaisseur de 2 milli-
mètres environ. Le sac incisé laisse voir une masse épiploïque rouge noirâtre, recouvrant une anse d’intestin.
La masse épiploïque est adhérente au pourtour du collet du sac. En raison de ces adhérences et de la tension des parties, M. Michon a beaucoup de peine à débrider. II incise d’abord l’épiploon qu’il n’a pu détacher, avant de débrider les anneaux fibreux.
Il opère facilement la réduction de l’intestin qu’il trouve d’un rouge noirâtre, mais sans trace de perforation ni de gangrène. L’épiploon est laissé à demeure dans la plaie. — Pansement simple; bouteille d’eau de Sedlilz.
Le 4. La malade est ailée à la selle; ses douleurs de ventre sont moins vives; plus de vomissement.
Le 6 , le mieux persiste.
Le 10. L’épiploon est en voie d’élimination, l’état généra! excellent. La malade sort à la fin de janvier, complètement guérie.
C’est un beau cas de guérison, et difficile à expliquer après un étranglement de onze jours. La présence de l’épiploon a dû protéger l’intestin. On peut dire aussi que l’absence du taxis a été une circonstance très-favorable.