HISTOIRE DE L'USAGE DES PINCES HÉMOSTATIQUES
Les pinces hémostatiques ont servi d'abord pour la compression temporaire, puis pour la compression prolongée des vaisseaux. — Observation et expérience en contradiction avec les enseignements. — Application des pinces à rbcmostase définitive rapide. — Inconvénients de la forcipressure prolongée.
En 1866, je n'osais encore recourir que très-timidement à l'usage de mes pinces, qui, ayant été construites en vue de la gaslrotomie, furent, je le répète, d'abord appliquées aux parlies saignantes de la paroi abdominale, de l'épiploon, etc., pour arrêter vite l'hémorrhagie avant de procéder à l'hémostase définitive à l'aide de ligatures, parce que je n'avais pas alors confiance dans leur action définitive, quand même l'hémorrhagie paraissait devoir être arrêtée d'un manière parfaite.
Dans un cas où elles servirent à l'hémostase définitive, je crus devoir les maintenir en place pendant deux jours ^
La même année, en enlevant une tumeur ganglionnaire du creux axillaire, une veine très-volumineuse dut être divisée presque au ras de la veine axillaire. Il fut impossible d'appliquer une ligature. La veine put être saisie à l'aide d'une de mes pinces qui demeura en place pendant 24 heures.
Ce sont là les deux premiers cas où je me suis servi de mes pinces pour arrêter définitivement une hémorrhagie, procédant, ainsi que beaucoup de chirurgiens l'ont fait avant moi, avec des instruments quelconques, en laissant ces instruments à demeure pendant un temps relativement très-long.
Ayant aperçu que sous l'influence d'une compression forte, à même de dessécher les tissus, les vaisseaux, même volumineux, cessaient définitivement de donner du sang au bout d'un quart d'heure, d'une demi-heure, je m'enhardis peu à ' peu à générahser l'usage de mes pinces à toutes sortes d'opérations et à les appliquer dans la cavité abdominale sur tous les organes, parce que j'avais remarqué que les parties ainsi comprimées ne donnaient pas lieu à des foyers d'irritation, et que la réunion immédiate ainsi que la cicatrisation n'en étaient nullement entravées. Je redoutais d'abord le pincement des tissus indépendamment d'une ligature, parce que les tissus contusionnés, pincés de manière à être détruits, devaient donner lieu à des foyers d'irritation sans communication au dehors, tandis que le fil de la ligature devait permettre aux
1 . Kœberlé, Opération césarienne pratiquée avec succès dans un cas de grossesse dans un utérus bicorne 21 mois après la mort du fœtus au 7" mois, Strasbourg, 1866, p. 11. «.ravais ouvert de trôs-larges sinus utérins en plusieurs points en faisant l'incision. Homme il n'était pas possible d'appliquer des ligatures, les vaisseaux qui avaient été maintenus momentanément par la pression des doigts furent saisis en masse par des pinces à cliquet qu'on laissa à demeure. Les pinces appliquées sur les vaisseaux utérins furent enlevées au bout de 2 jours.»
(issus pinces et frappés de mort d'être éliminés au dehors. Ce n'est qu'après avoir observé des réunions immédiates, malgré le pincement sans ligature, que je me suis débarrassé des préventions que les anciens chirurgiens jusqu'à Velpeau, etc., nourrissaient contre les corps étrangers dans les plaies, l'irritation qui devait résulter du pincement et les accidents divers qui pouvaient en être la conséquence. C'est ainsi que je suis arrivé peu à peu à appliquer hardiment des pinces sur tous les tissus. Toutefois la réunion immédiate ne peut être obtenue qu'à une condition essentielle, celle de ne pas comprendre dans la pince une grande masse de tissus, surtout de tissus graisseux. C'est pour cette raison que les pinces doivent avoir une extrémité mousse très-étroite. D'autre part, il est essentiel que les mors des pinces soient bien nets. Avant de servir pour une opération, ils doivent avoir été chauffés à la flamme d'une lampe à alcool de manière à prendre une teinte bleue ou violette, afin de carboniser tous les produits organiques qui pourraient les souiller. Après avoir servi, les pinces doivent être nettoyées et fourbies avec de la toile d'émeri fine à l'aide d'un morceau de liège.
«S'il ne fallait ni témérité grande, ni efi'ort violent d'imagination pour employer la forcipressure prolongée comme agent définitive d'hémostase » ainsi que l'a fait remarquer M. le professeur Verneuil, ainsi que nombre de chirurgiens ont procédé de toute antiquité, il n'en est pas de même de la forcipressure rapide, dans les conditions où je l'ai employée. Ce n'est que peu à peu, progressivement, en me guidant sur des observations multipliées que je suis parvenu à une simplicité, à une rapidité d'action et à des résultats qu'on ne peut atteindre, surtout dans certains cas compliqués, avec les autres moyens actuellement connus.
La forcipressure prolongée, c'est-à-dire la compression per-
1. IhiUelins et Mémoires de la Soc. de chir. Paris, 1875, t. I, p. 27.
niaiiente à l'aide de pinces quelconques pendant un ou plusieurs jours, n'est applicable que dans un nombre très-restreint d'opérations ; elle présente parfois des dangers et des inconvénients très-sérieux, eu égard au pansement, à l'attitude des opérés, à la réunion, etc., surtout si on laisse à demeure un grand nombre de pinces, ainsi que procède le chirurgien de Paris qui a prétendu avoir inventé mes pinces hémostatiques, et avoir fait prendre dès lors rang dans la science à la forcipressure*.