V. aussi Aulugelle, XVIÏ
l86 ÎWONmiENTl
(le son mérite (i) et de Téclat de sa renommée, vain, peut-être , des honneurs que lui rendent les plus grands rois (2) , et de Testime que les hommes les ])lus éclairés lui témoignent.
Ménandre périt à cinquante-deux ans d'une mort prématurée : il se noya dans le port du Pirée , où il s'amusoit à nager (3).
Ce poëtCj au rapport de Suidas, avoit un défaut dans la figure, il étoit louche. Kartiste a pu facilement sauver ce défaut dans le portrait, en suivant la méthode la plus usitée par les sculpteurs grecs dans l'imitation des yeux , celle de supprimer la prunelle.
(i) C'est cette conscienùa lilerarum que Pline aUiibue à Ménandre, VII, § 3i.
(2) De'mélrius Poliorcète , et Ptolémée , fils de Lagus. Plin. loc. cit.
(3) Ce fut Tan 290 avant J. C. Cette époque est fixée par une inscription grecque dans Gruter, p. MXXVII , 2. L'anecdote de sa mort nous a été conservée dans une vieille scholie du pocaie d'Ovide , in Jbin , v. SgB.
Personnage Grec connu sous le now
DE SeXTUS de ChÉRONÉE
Statue (1)
Lorsque j'avois présumé que cette statue représentoit le portrait de Sextus, philosophe stoïcien , né à Cheronée dans la Béotie, oncle de Plutarque, et précepteur de TEmpereur Marc-Aurèle, je n'avois d'autre fondement pour le croire qu'une médaille grecque très rare portant le nom et l'effigie d'un Sextus, et que je ne connoissois que dans une gravure publiée par Spon (2). Cette gravure et la tête de la statue que nous examinons me paroissoicnt avoir quelque ressemblance , particulièrement pour la chevelure j et l'opinion de l'antiquaire Français, qui attribuoit à Sextus de Cheronée la médaille d'un Sextus , que d'autres particularités prouvoient avoir élé frappée du temps
(i) Cette statue , haute de deux mètres , six centimètres (six pieds, quatre pouces), est de marbre de Paros; mais la tête avec le cou , jusqu'à la clavicule , est rapportée , et de marbre de Carrare ; le nez et la barbe sont restaurés; le bras gauche et l'avant-bras droit sont modernes, ainsi que plusieurs autres parties des pieds et de la draperie. Elle étoit au Vatican, et (j'en avois donné une expHcation dans le troisième volume du Museo Pio- Clementina , h la pi. i8.
(2) Miscellan. erud. antiquit. , sect. IV.
l88 MONUMENTI
de Marc-Aurèle (i), me paroissoit extrêmement probable,
La facilité que j'ai eue en France de voir la médaille originale , et les recherches iconographiques qui sont devenues plus particulièrement l'objet de mes études, m'ont obligé depuis long-temps h changer d'avis sur le Sextus de la médaille. J'ai lu la partie de la légende que Spon n'avoit pu lire, et j'ai vu que la médaille étoit frappée à Mitjlène, et que par conséquent on ne devoit pas croire que le Sextus dont elle présente l'effigie, et dont la patrie n'est pas énoncée, fût d'un autre pays 5 attendu que les Mityléniens n'ont placé dans les types de leurs monnoies d'autres hommes illustres que ceux qui avoient vu le jour dans leur île (2).
En cherchant dans l'histoire de ces temps un autre Sextus qui pût être Mitylénien , j'ai pensé que ce pouvoit être Sextus le pyrrhonien , médecin , de la secte des empiriques , et dont la patrie étoit d'ailleurs ignorée (3) 5 mais cette conjec-
(1) Outre la fabrique, ce cjiii atlribue cette médaille h l'époque indiquée , c'est la coiffure de la tête de femme gravée au revers, et qu'on a prise pour la tête de Fausline la jeune ou de Lucilie.
(2) On voit sur les médadles de Mltylène les portraits de Sapho, d'Allée, de Pittacus, de Lesbonax et de Tliéophane , tous Mityléniens.
(3) C'est l'opinion que j'ai tâché de rendre probable dans mon ouvrage sur l'Iconographie grecque , qui sera bientôt publiée (*).
0 Fu rffitlii'anniite pubblicata in Parigi, ed anche in Milano in due separate edizioni italiana e francese. L' opinione intorno a Sesto Empirico Ju dall'autore suiluppata nelle spiegazioni del § 7> taf. XXXf^n, tomo I, ediz. di Milano. — Gli Editori.
DEL MUSEO FRAîfCESE 189
ture, qui peut sappliquer à la médaille, s'appliqueroit difficilement à la statue. Les traits de la physionomie que la me'daille originale présente ne semblent avoir qu'une très foible analogie avec ceux de la tête sculptée : les cheveux seulement sont frisés, et disposés de la même manière dans Tune et dans Tautre.
Nous ne sommes donc pas assez autorisés à regarder ce monument comme un portrait de l'écrivain ingénieux et savant qui , dans ses hypotiposeSy sut plaider avec tant de force la cause du pyrrhonisme. Cette statue , qui représente sans doute un personnage grec de la même époque , couvert de la tunique et du manteau carré , et dans une attitude qui annonce la méditation , pourroit bien appartenir à quelqu'un de ces sophistes dont l'éloquence apprêtée usurpoit dans le siècle des Antonins l'estime et les récompenses qui étoient dues aux bonnes lettres.
ir)0 MOiNUMENTl
Femme Isiaque
Statue ( I )
Nous remarquons clans celte statue ( V. Tavola XXVI ) un manteau placé au-dessus de la tunique j attache' au-dessous du sein , et dont les bords réunis tombent ensemble le long de la cuisse gauche. Ce vêtement , qui offre sur le devant de la figure l'apparence d'un tablier , formoit une parlie du costume égyptien; les écrivains de Tantiquité nous en donnent la description (2) , et des monumens nombreux nous prouvent Tusage qu'on en faisoit en Egypte indistinctement pour les deux sexes (3) j les franges qui en ornent les bords de haut
(i) Celte figure, trouvée en Grèce, est de marbre de Paros , haute de neuf décimètres , sept centlractres (trois pieds ). La lete , les bras , une partie des épaules et quelques autres extrémités sont modernes.
(9) Anlistitex sacrorum candido linteamine cinctuiii pectoralem ad usque vestigia slrictim injecti. Apulée , Metamorph. , lib. XI.
(3) Deux pointures d'Herculanum représentant des cérémonies égyptiennes (t. II , pi. 5g et 60 ) , et plusieurs monumens gravés dans le Voyage de la haute et basse ^gyP^f^ V^'' ^'^t' Denon (pi. 121, 127, n. 12, i3i, 182, i36, i4i, etc.), fournissent abondamment des preuves de ce que j'avance. Quelquefois des bandes d'étoffe , placées sur les épaules , paroissent concourir à soutenir ce vêtement à une hauteur convenable (loco citato, pi. 121,
eli bus appartiennent au njêine costume (i). Ces 'motifs ont sufìisamment autorisé le sculpteur chargé de la restauration de cette figure h lui donner le sistre , la fiole , le croissant et la fleur de lotus , attributs de la déesse de TEgypte (2). Mais rien ne prouve d'une manière suffisante si c'est Isis elle-même, ou quelqu'une de ses initiées que nous devons y reconnoitre. Je me détermine pour la dernière de ces deux opinions , attendu que cette espèce de tablier que nous avons décrit se trouve ordinairement sur les images des Isiaques. Celles d'Isis sont, dans la sculpture grecque, vêtues le plus souvent d'un manteau à franges , dont les quatre bouts, les uns descendant des épaules, les autres passant au-dessus des aisselles , se rattachent en un nœud sur la poitrine (3). Ce que je
n. 6 et 9 , et pi. i36). On pourroit reconnoître quelque chose de ressemblant à ces bandes dans Tccharpe qui descend de Tépaule gauche de celte figure.
(i) Ces draperies , ainsi garnies de franges , portoient dans la langue égyptienne le nom de Calasiris ; He'rodote , II, c. 81 ; Hésychius, Kxlciaîpiç. Les franges se font mieux distinguer quand on regarde la statue du côté gauche.
(2) La fleur de lotus est l'ornement le plus ordinaire des divinités égyptiennes; le croissant caractérise Isis comme étant la même que la lune ; l'influence de cette divinité sur l'élément humide est indiquée par la fiole. Quant au sistre , on croyoit qu'Isis s'éloit servie de cet instrument en allant chercher Osiris.
(3) Winckelmann a observé le premier ce costume dans plusieurs images d'Isis ( Monum. iiied. Trattato prelimin., p. XXI ). Ce manteau de la déesse pourroit être dans le fond la même draperie qui est disposée , sur d'autres figures , eu forme de tablier : mais l'observation de Win-
dis ici flonne à entendre que le style de cette sculpture n'est point équivoque 5 elle est en marbre de Parosj mais fût-elle exécutée sur une pierre d'Egypte, on y reconnoîtroit toujours un ouvrage de l'école grecque. La grâce du mouvement et la belle disposition des draperies ne me permettent pas d'en douter. C'est cette espèce de mérite qui a fait mettre cette statue en regard avec celle de Cérès (i). Cette dernière suppose, il est vrai, plus d'invention , plus d'étude et plus d'habileté dans Partiste : mais la femme isiaque est traitée avec tant de goût, et le style en est si élégant , que , placée auprès d'un pareil chef-d'œuvre, elle peut encore attirer l'attention des connoisseurs.
ckelmann, en ce qui concerne la manière de l'arranger sur les figures d'Isis , est toujours digne d'attention.
(i) Questa è la Musa detta la piccola Cerere, f^cdi H. XII j pag. 44- — Gli Editori.
DEL MUSEO FRANCESE ig3
XL Vili.
Femme portant l'eau sacrée DAiïs la pompe isiaque
Statue (i)
Le mouvement majestueux de Li figure, la disposition symétrique de ses draperies, le vase qu'elle semble offrir h la véne'ration des spectateurs ( V. Tav. XXVII), sont autant de particularités qui, bien considérées, auraient du retenir l'imagination des antiquaires dans de justes limites , lorsqu'ils ont cherché à expliquer le sujet de cette composition. Il est des convenances si intimement liées à la nature de chaque sujet, qu'un artiste intelligent ne pourra jamais les oublier: il suit delà qu'une explication qui les blesse ne sera jamais d'accord avec la bonne critique.
Plusieurs antiquaires ont cru reconnaître dans cette statue Psyché {2). Elle apporte, disent-ils, à Vénus les parfums qu'on l'a obligée d'aller cher-
(i) Cette statue, haute de deux mètres, onze centimètres ( 6 pieds , 6 pouces ) , est de marbre pentéfique j mais la tête qui est rapportée et cependant antique , est d^un marbre grec à petit grain , connu à Rome sous le nom de grechetto : les pieds et toute la partie inférieure jusqu'à la moitié des jambes, sont modernes. Ce monument est un de ceux qui furent cédés à la France par le traité de Tolentino. Benoît XIV l'avait tiré^de la Filla d'Esté , pour le placer au Capitole.
(2) Voyex Bottari , Museo Capitolino, t. III , pi. 23. Vise. Op. var. T. IV. i3
cher jusques dans le séjour de Proserpine. Mais le statuaire lui aurait-il donné un vase d'une si grande capacité pour recevoir quelques gouttes de ce baume immortel , qui ne devait servir qu'à la toilette d'un jour (i)? et la marche de la figure est elle la marche d'une jeune personne qui se hàle de remplir les ordres d'une maîtresse puissante et irritée? Enfin la fable de Psyché j d'où Ton aurait tiré le sujet, était elle connue ou du moins assez répandue, à l'époque où nous pourrons supposer que la statue a été exécutée?
D'autres ont cru que la jeune femme est Pandore (2), et que le vase quelle porte est celui qui renfermait tous les biens ou tous les maux du genre humain. Mais comment accorder la pose tranquille de la figure avec ce mouvement de curiosité indiscrète qui fit enfreindre à l'épouse d'Epiméthée les ordres des dieux et violer le dépôt fatal?
Winckelmann au contraire a conjecturé que cette statue représente une des Danaïdes (3). Elle lui semble attentive à ce que l'eau ne s'échappe point du seau qu'elle va verser dans furne infernale. Mais indépendamment des objections qu'on pourrait tirer du costume de la figure et de la richesse de ses draperies , comment le savant antiquaire
(i) Apulée, Mélamorph.^ 1. VI. p. 1:10: Modicum de tua mittas ci pulchriludine , vel ad unam saltcm dicculani sufficiens. Fulgence , 1. III, c. 6.
(■2) Bot tari , loco citato.
(3) Monumenti inediti, page 64. La lete de la statue qui, comme nous l'avons remarque, a été rapportée, ne peut par son expression jeter aucun jour sur ces recherches.
DEL MUSEO FRANCESE Iq5
ne s'est il pas rappelé' que , suivant la fable grecque , c'était l'urne qui était percée , et non pas le seau (i)?
Je pense que le sujet est tiré d'une pompe ou d'une cérémonie du paganisme. La femme représentée est probablement une prêtresse, ou une femme initiée aux mystères Isiaques, qui dans une marche religieuse porte avec respect le vase de l'eau sacrée, emblème naturel de la déesse de l'élément humide. Rien ne s'oppose à cette explication si simple et si vraisemblable : le témoignage des auteurs anciens (2) , et plusieurs monumens la confirment. Une peinture antique, un bas-relief et une aulre statue (3) nous présentent, dans des sujets de même nature , des figures qui ont le même mouvement, qui sont drapées de la même manière^ et qui ne touchent que de leurs mains
(i) Hjgin, Fab. LXVIII, et s&s commentateurs.
(2) Vitruve, 1. Vili, Praef.; Apulée, Metamor. 1. XI, p. 246.
(3) Pitture d'Ercolano f tom. II, pi. 60; Admîranda ^ pi. 16; Monum. Malihaeionim , t. III, pi. a6, n. 2; Mu* seo Pio-Clemenlino ^ t. III, p. 10, note (a) (*). Ces figures représentent des hommes , et la statue dont il s'agit est celle d'une femme; mais à l'époque oh ces ouvrages furent exécutés , les femmes aussi-bien que les hommes étaient consacrées au culte Égyptien, et employées à ses nies. Elles l'étaient également à des époques plus anciennes , comme il est prouvé par les statues qui nous restent de femmes pastophores ou porteuses de tabernacles. Celle qui existe dans le Musée Napoléon, très bien'conservée , ne laisse lieu à aucun doute.
O- Ed. romana. NdVed. milaïuse , T. Ili, p. 46, nota (2). — Gli Editori.
igQ MONUMENTI
voilées , comme le fait la figure que nous examinons, au vase qui forme l'objet de la cérémonie (i). Ces monumens de l'art , quoiqu'ils se rapportent aux rites de l'ancienne Egypte , ont tous été exécutés, ainsi que la statue que nous avons sous les yeux, par des artistes grecs ou romains. Celleci , qui se recommande principalement par la dignité de la pose, a probablement décoré autrefois le temple d'Isis et de Sérapis, élevé à Rome dans le Champ de Mars, monument que la sculpture grecque avait enrichi de ses derniers chefs-d'œuvres. Il est intéressant de remarquer que plusieurs des ouvrages qu'on y avait placés , font aujourd'hui l'ornement du Musée Napoléon (2).
(i) Outre les exemples cités. Dans la note précédente , nous voyons sur des pierres gravées Diomede tenir le Palladium de ses mains enveloppées dans sa draperie : les ennemis vaincus demandent grâce à Amphitryon avec les mains voilées, velalis manibus ( Plaute , Amphitr., acl. I, scen. I, V. loi ), sans doute, parce qu'ils lui présentent des objets consacrés, tels que des bandelettes ( vitlae ) détachées des statues, des trépieds et des autels des dieux, et d'autres ornemens des temples.
(2) Les figures colossales du Nil et du Tibre appartenaient à ce même temple.
XLDC.
LiviE EN Muse Statue (i)
Le costume des matrones romaines , habillées d'une longue tunique et d'un ample manteau , ne diffe'rait guère de celui des femmes grecques d'une condition honorable. Lorsque les statuaires de la Grèce eurent à Rome et dans tout Fempire de fre'quentes occasions d'exécuter des figures de femmes romaines, ils trouvèrent dans les ouvrages des maîtres qui avaient fleuri sous Périclès, sous Alexaudre-le-Grand et ses successeurs , des modèles excellents qu'ils essayèrent d'imiter, et que parfois ils surpassèrent.
La figure que nous examinons, et dont il existe plusieurs répétitions antiques (2), avait été' imitée sans doute d'après un de ces précieux originaux produits par le ciseau d'Euphranor, d'Athénodore ou d'Antimachus (3). On admire dans une dispo-
(i) Celle statue, de marbre de Paros , est haute de 1 mètres , 3 centimètres ( 6 pieds , 2 pouces ). Les deux bras sont modernes. On le voyait autrefois à la villa Borghese , où elle portait le nom d'Agrippine la jeune ( Seul' ture della villa Borghese , stanza I , n. 6. ). (*)
(2) Voyez Museo Pio-Clemenlino , t. I, pi. 25.
(3) Pline, 1. XXXIV, § iq, n. 16, remarque que ces
O f^edi anche Illustrazioni de^ Monumenti scelti Borghesiani , Roma, 1821, (omo /, tai'. 43. — Gli Editori.
IqS MONfîiVIEI^TI
sition simple riiabileté de Tarliste qui , maigre Tampleur crime double et riche draperie , a su faire ressorlir les formes du nu. L'agencement des plisj dont la chute est agréablement variée , n'offie rien qui ne soit naturel , et qui ne semble motivé par le premier jet de riiabillement et par le mouvement de la figure.
Aucune de ces répétitions anciennes ne nous est parvenue ni avec sa tête antique, ni avec les attributs qui la distinguaient. Celle qui fut restaurée la première reçut les attributs d'une Muse(i): on a placé sur d'autres des têtes antiques où nous retrouvons des portraits. Ces deux genres de restauration ne présentent ni fun ni l'autre rien de condamnable. Nous connoissons sur divers monumens des figures de Muses , drapées d'une manière qui diffère peu de celle que nous avons sous les yeux. L'usage de s'envelopper d'un manteau était propre aux femmes de distinction, qui souvent dans les ouvrages de l'art, prenaient aussi le caractère et les emblèmes des filles de Mémoire (2).
Ce n'est donc point un contre-sens que d'avoir donné à cette figure les attributs de la Muse Euterpe (3) , et d'avoir substitué à la tête qui raan-
statu aires avaient exécuté en bronze — MuUerem admiraniem et adoraniem . . . Feminae nohiles.- — L'Athénodore dont il est fait mention ici , n'est pas le Rhodien, un des sculpteurs de Laoccon , mais un artiste plus ancien né a Clitor en Arcadie.
(i) Elle est au Capitole sur l'escalier du palais du Magistrat.
(2) Voy. Musco PiO'Clemenlino , t. III, pi. 25.
(3) La flûte.
DEL MUSEO ^RA^XESE lOQ
quait une lete antique de Livie, convenable à l'ensemble de la statue, par le style, par les proportions , et par la qualité du marbre.
Cette femme que son esprit, sa beauté, et la noblesse de son origine élevaient au-dessus de toutes les romaines de son temps (i), était passée des bras de Claudius Néron son premier époux, ennemi acharné d'Octave , à Thymen de ce même Octave décoré bientôt du titre d\A.uguste. Si ce changement ne coûta point au cœur de Livie , depuis cette époque peu de femmes durent être plus heureuses. Toujours chère à son nouvel époux, dont elle sut par ses mœurs, par sa prudence, et par son indulgente facilité , s'assujettir toutes les affections , elle lui fit adopter les enfans de son premier mariage 5 elle réussit à adoucir la politique sévère de ce prince, et à lui inspirer une vertu qui caractérise les grands monarques : car ce fut elle qui , lors de la dernière conspiration tramée contre lui , osa lui dire :
Essayons sur Clnna ce que peut la clémence (2).
Non moins grande par l'étendue de ses bienfaits, que par l'élévation de son état, elle fut sur le trône la protectrice des malheureux: le monde romain l'appela sa mei'e (3). Tous les genres d'honneurs lui furent prodigués j chaque jour voyait multiplier ses statues. La tête que nous voyons
(1) Veileius , iib. II , c. 75.
(2) Sénèque, de Clemenlia , Iib. I , c. 9.
(3) Veileius, Iib. II, c. i3o; Dion , Iib! LV, c. 2 ; et Iib. LVIII, c. 2, Livie prend Tépithète de Genitrix orbis , sur des médailles frappées à Séyille.
ici j et qui est ('videmmcut son portrait, appartenait sans doute à Fun de ces monuniensj et si maintenant Livie a pris dans cet ouvrage le caractère d'une Muse, ce caractère n'est pomt étranger à une princesse dont l'esprit, aussi ^ orne que pénétrant j savait tempérer les chagrinv inséparables de la condition humaine par les consolations de la philosophie (i).
Livie en Cérès
Statue (2)
Les antiquaires qui m'ont précédé n'avaient pas été heureux dans la recherche des portraits de Livie. Plusieurs d'entre eux s'étaient accoutumés à décider des ressemblances plutôt par les coiffures que par les traits caractéristiques du visa ge 5 et cette mauvaise méthode fut généralement suivie. Quant au portrait de l'épouse d'Auguste, comme sur plusieui's médailles romaines, frappées sous Tibère
(i) Scnèque , de Consolatione ad Marciam , c. 2 et 4- (2) Cette statue appartenait à la collection Borghese (*). Elle est haute de 6 pieds , 4 pouces ( deux mètres, 5 centimètres). Le corps est de marbre de Luni : la lète rapportée est de marbre de Paros. Les avants bras avec les attributs, le cou, et quelques parties de la draperie, sont modernes.
(*) ^. Illustrazioni dc^ Momimcnli scclli Borghesiani, Rema, 1821, tomo /, tw. /ji. — Gli Editori.
Oli voit empreinte la tête en profil d'une femme, tantôt sous les devises de la Piété , tantôt sous celles de la Santé ou de la Justice ^ on avait conclu ^ avec quelque vraisemblance, que ces têtes e'taient des effigies de Livie; et, comme rajustement de la Piété qui , sur ces me'dailles , est coifiee d'un voile, semblait convenir parfaitement au costume d'une matrone romaine, on s'avisa de regarder cette coiffure comme un caractère qui signalait les images de la première des impératrices , et on retrouva dans les monuments de fart presque autant de têtes de Livie qu'il restait de têtes de femmes d'un air noble et avec une pareille coiffure , sans se soucier d'ailleurs si ces portraits se ressemblaient entre eux, ou si des accessoires ou des circonstances particulières ne devaient pas les faire attribuer à d'autres personnages, soit réels.
soit imaguiaires.
Pour parvenir à la connaissance de ce portrait célèbre, j'ai du suivre une route bien différente. Les médailles n'ont pu me fournir assez de secours. Celle qui ne sont pas de fabrique romaine, la plupart mal conservées et toujours d'un travail négligé, sont peu propres à donner des formes assez précises 5 et, s'il est probable qu'on a voulu honorer Livie sur les monnaies romaines que je viens d'indiquer, il est certain aussi que les têtes qu'on y voit empreintes, fort souvent n'ont pas l'air d'un portrait, et semblent rentrer dans la catégorie des têtes idéales. Il est en effet probable qu'on a gravé (Fabord sur la monnaie des têtes purement imaginaires de la Piété , de la Justice et de la Sauté, pour faire allusion aux vertus ou
aux circonstances de la vie du prince j et que, peu à peupla flatterie chercha aussi dans les images de ces divinités allégoriques une allusion à Livicj et y introduisit une imitation marquée de ses traits. C'est ainsi que, sous Alexandre-le-Grand, la tête d'Hercule, type habituel de ses monnaies, était devenue, sur un petit nombre de coins, un portrait de ce conquérant/
Ce qui me fit connaître avec certitude celui de Livie fut le camée de la collection de Florence , sur lequel on voit son profil accouplé avec celui de Tibère, son fils (i). Les linéamens des figures se distinguent bien sur ce chef-d'œuvre 5 et l'œil le moins exercé y découvre au premier regard ce rapport qui se trouve presque toujours entre la physionomie de la mère et celle des enfans. Cette découverte ne tarda pas à me faire reconnaître la même image sur plusieurs ouvrages de sculpture antique 5 et cette multiphcité de répétitions convenait parfaitement au portrait d'une j)rincesse qui, vivante et morte, obtint, pendant un siècle presque tout entier , les hommages du monde romain (2). Je fus convaincu aussi que la boucle énorme de cheveux qui surmonte le front étfit un des caractères des images de Livie, ainsi
(i) (joÙ, Muséum Florcntiniim , Geinmae ^ t. \\ ^ p'- ^V, n. I. Le camce de la S. te Chapelle, sur lequel Livie- est représentée assise à la droite de son fils, offre les mêmes analogies.
(2) Claude, son petit fils , célébra son apothéose environ douze ans après sa mort (Dion, I. LX, § 5).
DEL MUSEO FRANCESE 2o3
que de celles de quelques princesses contemporaines (i).
La tète de la statue que nous examinons offre avec la physionomie de Tibère ce rapport qui caractérise les images de sa mère. Le voile qui la coiffe, et les bandelettes d'une forme particulière [vittae) qui s'attachent à sa couronne font croire que fancien artiste avait voulu la représenter en Cérès (2). C'était un usage assez général que de donner aux statues des impératrices les attributs des déesses : et des preuves irrécusables démontrent que le nom et les symboles de la divinité qui présidait aux mystères les plus saints du paganisme j ont été plusieurs fois attribués à l'e'pouse d'Auguste , peut-être pour faire allusion à la sé-
(i) On verra , rlans V Iconographie romaine, Octavie sœur d'Augiisle, el Julie, sa fille, coiflees de la même manière (*).
(a) Cercris villas, dilJuveiial, Sai. IV.^ v. 5o. Quanta la forme de ces ornemens des choses et des personnes sacrées, je Tai donnée et développée dans le IV.« vol. du Muuo Pio-Clcmcn. , p. 2 et 98 (**). Le tissu des villae répondait parfaitement à celui des jarretières de laine, communément usitées. 11 faut remarquer aussi que , dans la couronne de fleurs , on distingue des pavois , Céréale papaver (Virgile, Georg., I, v. 212).
(*) Ciò che il Fisconti, rapilo agli studi dalla morte, 'non ha pollilo far osservare nella Iconografia Romana , della quale non ha pubblicalo egli che la prima parte) fu poscia eseguito dal cìu Mangez che ne dettò e divulgò la parte seconda. Figgasi nelV opera di questo le tavole XIX ; 9, XX, 4? ^^^ •so"o ^^ immagini di Oiia^'-.a e Giulia in marmi e bronzi acconciate il capo nel modo qui acctnnato. — Gli Editori.
C**) Ediz. romana. NelV ediz. milanese , tomo IF j pag. 3 1 , nota (1) e pag. Zi-ì. -, Gli Editori.
ao4 MONUMENTI
vérité reconnue de ses mœurs (i). Quoique la lete de Livie n'ait pas appartenu originairement à la statue, on ne peut douter qu'elle ne soit d'une convenance complète. On voit par le jet des plis que le manteau montait sur la tête pour la coiffer. La seule difterence remarquable est dans Texcellence d'éxecution qui se montre dans les draperies j celle du portrait n'est pas d'un égal mérite.
(i) Voyez Eckliel, D. N. y t. VI, p. 157. Je suis bien aise de réparer ici une omission qui a eu lieu dans l'explication de la statue de Livie en Muse (*). On voit sur la tête rapportée de celte figure les vestiges d'une couronne d'épis qui lui donnait le caractère de Cërès.
O ^' il n. XLIX di questi Monumenti. — Gli Editori.
Messaline avec Britannicus enfant
Groupe (i)
La vue des statues-portraits excite naturellement dans le spectateur la curiosité de connaître les noms de ceux qu'elles représentent , et nous sommes ordinairement disposés à eu chercher les modèles parmi les personnages dont la mémoire vit encore dans les annales des nations. Les antiquaires ont trop souvent secondé ce penchant j et, en donnant des noms illustres aux portraits que les arts de l'antiquité nous ont transmis, ils ont bien souvent mis à découvert leur défaut de critique. Cependant il ne faudrait pas non plus se jeter dans l'excès contraire , et mépriser , par un scepticisme sans raison, des conjectures probables.
(i) Ce groupe , de marbre grec, est haut de 6 pieds, 4 pouces (2 mètres, 5 centimètres). Pierre Sante Bartoli dit dans ses Mémoires ( n. i36 de l'édition de l'abbé Fea, miscellanea , p. 260 ) qu'il fut trouvé hors la porte Saint Laurent, près de la voie de Tibur, enfoncé dans une couche de ce sable volcanique qui est connu sous le nom de pozzolana. Des vestiges de couleurs se consei'vèrent encore sur les draperies, lorsque des négocians français l achetèrent. La dernière restauration de ce groupe , qu'on avait placé dans les jardins de Versailles , a été dirigée par feu M. Chaudet. La tête est finement exécutéel; mais les draperies, quoiqu'ageucées avec un grand 'goût, sont d un Uavail médiocre: elles étaient peintes.
:2o6 MONUMENTI
Cette considération disposera sans doute le lecteur h peser avec quelque attention les motifs d'après lesquels j'ai donné le nom de Messaline à cette matrone romaine (V. Tav. XX VIII) qui, noblement drapée, et la tète couverte d'un pan de son manteau (pallet), soutient sur son bras gauche un enfant qu'elle semble présenter avec complaisance au spectateur.
Le jet de la draperie autour du corps de cet enfiint n'est pas vulgaire; il ne diffère en rien de celui qu'on remarque sur la plupart des images de Jupiter, quelquefois sur celles de ses 61s Apollon et Bacchus, et fort souvent aussi sur les statues des empereurs romains, ces maîtres du monde , regardés par les peuples soumis comme des dieux mortels. Cet agencement de draperies donne à la petite figure un air de dignité qui siérait mal à l'enfant d'un particulier; et d'ailleurs les dimensions mêmes du groupe conviennent parfaitement à des sujets tirés de la famille régnante.
Mais , si le costume de l'enfant est fait pour annoncer ses hautes destinées , et montre en lui le fils d'un empereur, quelle sera sa mère? Elle porte une coiffure qui a été en usage à dater du règne d'Auguste , et pendant la plus grande partie du premier siècle de l'ère chrétienne. A ces époques, rhistoire ne nous fait connaitre d'enfants mâles, nés dans la pourpre, qu'un fils de Claude, et un autre de Domitien. Mais le portrait de Domilia, l'épouse de ce dernier, est assez connu, et l'on ne retrouve pas ses traits dans ceux de la statue. Au contraire , les monuments de Messaline , quoique extrêmement rares , confirment à
merveille Tidée que ce groupe la représente avec son fils Britannicus entre ses bras. Ce jeune prince vit le jour dans le palais des Césars, au commencement du règne de Claude son père. Des médailles et des pierres gravées , que j'indique dans la note (i), me semblent appuyer cette conjecture de manière h la rendre presqu'une démonstration^ et il faut remarquer l'usage qu'on a suivi dans ces monuments de représenter Messaline avec ses enfants. Peut-être pensait-elle que c'était le titre qui établirait pour jamais son influence à la cour, et qui assurerait du moins l'impunité de ses crimes (2).
Nous avons donc sous les yeux la statue d'une impératrice qui allia l'ambition et la cruauté à la débauche la plus effrénée , et qui ^ immolée à la juste vengeance de son époux , a laissé dans Thistoire des traces ineffaçables de son infamie.
On pourra demander comment une statue de Messaline a été conservée après la catastrophe de cette princesse ? Les statues-portraits étaient si multipliées dans l'antiquité j les endroits où on les
(i) Je citerai la médaille en grand bronze de Messaline, frappée à Nicée , qu'on peut voir au cabinet de la Bibliothèque du Roi , et le superbe camée de la même collecction , que je ferai connaître dans i'IconograpJùe romaine, qui représente le buste de cette impératrice , avec ceux de se? enfants. On la voit accompagnée de même sur d'autres monuments (?).
(2) a Je suis la mère de Britaonicus et d'Octavie »» , s'écriait elle dans ses derniers moments lorsqu'elle essayait en vain d'obtenir sa grâce (Tacite, Annal, y XI, c. 34).
(*) ^. la nota (*) a p. 2o3. Non meno la medaglia che V insigne cammeo sono dati in disegno dal eh. Mongez , Iconographie Romaitio, jd. XXriII, n. 4 e 5. — Gli Editori.
plaçait si variés j la famille à laquelle la mère de Britannicus appartenait, si puissante 5 l'espoir que son fils hériterait un jour de l'empire, si bien établi, qu'il n'est pas étonnant que, dans la retraite de quelques maisons de plaisance, ou dans le parvis de quelque temple des environs de Rome, une de ces images ait échappé à la destruction (i). La négligence ou la reconnaissance des particuliers a laissé parvenir jusqu'à nous des statues ou des bustes de Néron , de Domitien , de Commode et d'Helogabale , quoique leur mémoire fût proscrite et leur nom détesté.
(i) Comme ce groupe a été trouvé, non dans les débris d'un édifice , mais enseveli dans la terre vierge , on peut croire qu'où l'y avait caché exprès.
DEL MUSEO FFxAKCESE 209
Antinous en divinité égyptienne Statue (i)
Antinous, né à Bilhynium, ville de la Bitliynie, se distinguoit , par sa beauté, peut-être aussi par son caractère , parmi les domestiques de Fempereur Adrien. On ne sait pas si sa condition étoit celle d'un esclave ou celle d'un affranchi. Ce jeune Asiatique ayant obtenu la faveur de son maître, s'attacha à lui d'une alTection rare, dont il prouva la sincérité par le sacrifice volontaire de sa propre vie. L'empereur, que sa mauvaise santé avoit rendu enclin à des pratiques superstitieuses , se trouvant, vers l'an i3o (i) de notre ère, en Egypte , le pays le plus superstitieux du monde païen , s'imagina qu'il ne pouvoit sauver ses jours d'une mort imminente que par l'offre spontanée d'une vie prête à s'immoler pour lui. Antinous ne balança point à donner sa vie pour celle de son maître 5 il se précipita dans le Nil.
Cet héroisme excita dans l'ame d'Adrien, qui
(i) Cette stalue, haute de six pieds, huit pouces, est de marbre penlélique : la jambe droite jusqu'au-dessous du mollet, la jambe gauche jusqu'au-dessous du genou , la main droite et le tronc , ont été restaurés à Rome , vers le milieu du siècle dernier, par Filippo Falle.
(2) Dion., l. LXIX , § 2; Casaub. ad Sparûan. Hadr.; Eckhel, D. N. tom. VI , p. 529, 537; Gruter, LXXXVI, i. Vjsc. Op. var. T. IV. i4
aio MOIS'U.'VIENTI
cependant voulut le cacher sous les apparences d'un accident, tout rcnthousiasme de la recounoissance : la ville la plus voisine du lieu de cet événement prit le nom dHJnlinoé ; un nome ou district de l'Egypte fut appelé Antinoites ; des statues j des temples, des oracles furent érigés en l'honneur de ce jeune homme, qui avoit conservé la vie du maître du monde. Les nombreux monumens en sculpture qu'on éleva à fenvi pour consacrer la mémoire de ce favori sont encore aujourd'hui la richesse des Musées et les modèles des arts.
L'apothéose d'Antinous ayant eu lieu en Egypte , il étoit tout naturel d'associer ce nouveau dieu aux anciennes divinités du pays. Une inscription grecque nous atteste en effet cette association , confirmée par plusieurs monuraens , oii ce jeune Bithynien est représenté , tantôt sous le costume, tantôt avec les attributs des dieux de l'Egypte.
Winckelmann a reconnu Antinous dans cette statue ( V. Tav. XXIX ) , trouvée à la f^illa Hadriana j près de Tivoli, en i-ySS. Les portraits authentiques du favori d'Adrien ont mis hors de doute l'opinion de cet antiquaire (i). Auparavant on avoit cru voir dans cette figure une divinité tutélaire prête à chasser la mauvaise fortune et les mauvais esprits , un dieu Averrimcus (2). On alléguoit comme une preuve de cette dénomina-
(i) Monum. incd. trait, pici., p. XXII ^ Ficoroni avoit eu la même opinion.
(2) Musco Capitolino , tom. III , pi. 75 , où celte statue se voit gravée par Ch. Gregori.
tion vague le bout de baloii qui se voit dans la main gauche , la seule qui soit antique : mais ce bout de bâton ne sert qu'a indiquer le fle'au attribut ordinaire des divinités égyptiennes , comme dans les mains des statues grecques il indique le sceptre ou la pique.
Nous ne saurions dire avec assurance sous les symboles de quelle divinité Antinous a été représenté dans cette figure ^ puisqu'elle manque de symboles propres et caractéristiques ; on peut croire qu'il est ici dans la forme du dieu particulier de la ville qui portoit son nouij h moins que le marbre blanc j exclusivement employé dans la religion égyptienne aux images d'Orus (i), ne paroisse un motif pour penser (juon ait voulu représenter Antinous sous le caractère de ce dieu de la lumière.
La coiffure et l'espèce de tablier qui enveloppe les reins de cette idole sont des ornemens communs à presque toutes les figures égyptiennes du sexe masculin. Les lignes parallèles qui sillonnent ces draperies indiquent peut-être les raies mystérieuses , blanches et noires, propres aux vêtemens des divinités de cette contrée (2).
Le sculpteur a tiré parti du costume de la statue pour l'exécuter en deux morceaux , dont l'un s'emboîte dans l'autre à la ceinture: l'œil la juge d'un seul bloc.
Le prélat Bottari regardoit cette statue comme la plus belle du Musée du Capitole. Je pense que
(1) Fiutar |ue, de Ts. et Osiride.
(•2) Pkuarque , loc. cil.
m 2 MONUMENTI
le guerrier blessé, dit le Gladiateur mourant , et la J^êîius , tire's du même Musée, la surpassent en mérite. Cependant on y admire une grande noblesse de formes , une imitation de la chair aussi vraie que savante, une exécution soignée dans les moindres détails.
Uélévation de la poitrine a paru k quelques artistes un peu exagérée : mais outre que cette apparence dépend en partie d'une certaine roideur qui tient à la pose de la figure et au style égyptien que le sculpteur a voulu imiter, on peut reconnoître par d'autres portraits d'Antinous que cette partie étoit en effet très large et très élevée dans l'original.
DEL MUSEO FRANCESE 2l3
Lin.
Antinoììs en bon Génie
Statue (i)
La plupart des statues d'Antinous sont des chefsd'œuvres de l'art. S'il en est de préférables, pour la perfection du travail, à celle que nous examinons ( V. Tav. XXX ) , il n'en est peut-être aucune qui la surpasse par la noblesse de la composition et par la largeur du style. Ce monument est remarquable aussi à cause de la singularité des accessoires qui donnent à l'apothéose du favori d'Adrien un caractère particulier (2). Les symboles qui distin-
(i) Cette statue est de marbre de Paros , haute de 2 mètres , 5o centimètres ( 7 pieds , 8 pouces et demi ). La tele, quoiqu'elle ait été cassée et détachée, a toujours appartenu à la statue. Ce fait est certain , malgré l'opinion contraire que Winckelmann semble avoir adoptée. ( Hist. de l'Art y 1. XII, c. i, § 20, trad. ital., édit. de Rome. ) Les bras de la figure et quelques parties du serpent et de la draperie sont modernes et restaurées par B. Cavaceppi , qui a publié cet Antinous dans le recueil des statues restaurées par lui {Raccolta, t. I, n. 24). Ce monument était à Sans-souci ; il a été transporté ^à Paris en 1807.
(2) J'ai parlé de la personne d'Antinous, de sa mort et de son apothéose , dans l'explication de la statue à' Antinous en divinité égyptienne que l'on trouve dans la première série de cet ouvrage , à la 3g livraison (*).
0 K il n. LU di questi Monumenti. — Gli Editori.
guent SCS autres images sont ordinairement ceux de Mercure, d'Apollon , de Bacchus (i). Quelquefois le jeune Bithynien n'emprunte les emblèmes d'aucun autre dieu : c'est lui-même , c'est la nouvelle divinité des Antinoïtes (2) , qui partage le culte accordé aux idoles les plus révérées de l'Egypte. Quelquefois les artistes ont été plus modérés dans leur flatterie : plutôt que d'élever Antinous jusqu'aux dieux, il se sont contentés de le placer au rang des héros. C'est ainsi qu'il a paru sous les attributs de Ganymède (3) et ceux d'Aristée (4): c'est ainsi qu'il est devenu le héros propice qui préside aux bois et aux pâturages, et qu'invoquent les bergers et les chasseurs d'Adçianothères (5).
(i) M. Levezow, dans un ouvrage écrit en allemand, et intitulé : Mémoire archéo graphique sur les monumens qui représentent Antinoiis (Berlin, r8o8, in-4)î f^it "n recensement de ces monumens, oU la statue que nous décrivons n'est pas oubliée.
(2) On sait qu'Adrien donna le nom d'Antinous à une ville et à un Nome ou département de l'Egypte.
(3) Outre la statue d'Antinous en Ganymède, dont ]M. Levezow a fait mention , il existe au Cabinet de la Bibliothèque Royale une tête inédite d'Antinous , à laquelle le bonnet phrygien donne le caractère de Ganymède.
(4) La statue qui le représente dans ce caractère, molgré les doutes de M. Levezow , est de la plus grande intégrité: la tête n'en a jamais élé détachée^ le bout de la houe et la chaussure sont antiques.
(5) Ces attributions et ce caractère sont donnés à Antinous , sur les médailles frappées dans la ville de Bilhynie, qui portait ce nom. Il y prend le titre iipns ArA0O2, héros favorable. Voy. Spanheim , U et P. Num. t. II , p. 336; Eckhel, Doclr. Num. t. VI, p. 53o.
DEL MUSEO FRAKCESE 3l5
C'est avec les emblèmes d'un héros favorable et tutélaire, ou, ce qui revient au même, avec le caractère d\m bon Génie, que le statuaire l'a repre'senté dans la figure placée sous nos yeux. Antinous est debout: une ample draperie, suspendue au bras gauche, entoure une partie de ses membres inférieurs, et fait ressortir avec plus d'éclat les contours admirables du torse et des hanches , entièrement découverts. On remarque une disposition semblable sur quelques figures de Bacchus et dV\pollon, divinités qu'Antinous peut rivaliser en beauté. Une grande corne d'abondance , chargée de fruits , est posée auprès du jeune héros , au-dessus d'un tronc d'arbre : et un serpent , attribut caractéristique du bon génie (i), rampe autour de ce symbole. Ce reptile est souvent joint aux images d'Esculape et d'Apollon- mais ces divinités n'ont pas pour emblème la corne d'Amalthée , attribut particulier que les artistes de l'empire romain ont donné aux génies bienfaisans. Le serpent qui, en changeant d'écaillés et en retrouvant tous les ans sa jeunesse , semble braver les lois de la condition mortelle , est un emblème de cette nouvelle vie heurcuâc et divine dont les héros jouissent au-delà du tombeau (2). La corne d'Amalthée est un symbole de
(i) Le serpent, comnie emblème du bon Génie, est gravé sur des médailles de Néron, frappées à Alexandrie avec la légende, NEO? AFAGo; AAIM&)v, nomeau bon Genie.
(i) Voyez le passage de Virgile, /En. V, v. 8 j , et les commentateurs anciens et modernes de ce poëte. On peut consulter aussi , à ce sujet , les explications des Peintures d'Herculanuni , tom. I, pi. 34 et 38; t. Ili, pU i3.
3l6 MONUMENTI
la bonté par laquelle ces anies bienfaisantes encore après le trépas, s'empressaient, suivant l'opinion du paganisme, de se rendre secourables aux hommes f et de veiller à leur prospérité. Les yeux de cette figure , dont il ne reste que les cavités , ont dû être formés autrefois de quelque pierre précieuse, probablement d'une calcédoine (i). Cette pratique familière aux artistes anciens, n'a point été dédaignée par Texcellent statuaire à qui nous devons l'Hercule Farnese. Elle a été suivie aussi par d'autres sculpteurs qui ont représenté le portrait d'Antinous.
La figure au lieu du bâton qu'un artiste moderne a placé dans la main droite , devait tenir une patere, symbole que l'antiquité donnait ordinairement aux génies.
(i) Les yeux de calcédoine se conservent encore dans un hermès représentant une Muse , qu'on voit à Borne au Musée du Capitole , où il est désigné par le nom de Cleopatra. {Museo Capiiolino , t. I, pi. Sy.)
DlDIUS JULIANUS
Statue (i)
L'empire romain , mis à l'encan par des soldats qui venaient de massacrer leur maître, trouva un acheteur dans Didius Julianus, personnage consulaire d'une réputation équivoque (2). Ses immenses richesses avaient allumé dans son cœur une ambition effrénée qui répondait mal à la lâcheté de son caractère. Deux mois d'un règne troublé par des craintes continuelles , et terminé par une catastrophe sanglante, furent le seul fruit que ce Sénateur avide et imprudent relira de cet indigne marché (3).
Une si courte période n'a point empêché que des statuaires du temps ne nous aient laissé quelques portraits de cet empereur éphémère. Ils sont
(i) De marbre de Luni, haute à peu prés deI6 pieds (i métrés, 940 centimètres). Ce monument avait été tiré de Cassel. La tête antique n'appartenait pas primitivement à la statue: les bras sont modernes, ainsi que les parties inférieures, y compris les pieds. Le sculpteur qui a"éxécuté ces restaurations aurait dû donner à Didius Julianus les calcei, ou chaussure sénatoriale, au lieu des crepi dae, espece de sandales qui ne recouvrent point les pieds.
(2) Dion, 1. LXIII, § 11; Herodien, 1. XI; Spartien, Didius Julianus.
(3) Il regna soixante six jours.
2l8 MONUMENTI
d'un Style élégant et d'un assez beau fini. La comparaison de ses médailles ne laisse aucun doute sur ce fait. Nous retrouvons sur ces marbres tous les traits de sa physionomie , et ces touffes de cheveux élevées au-dessus du front et des tempes, qui semblent caractériser plus particulièrement les portraits de Didius Julianus. Nous en pouvons citer deux (i): le plus certain, mais non le mieux terminé , est la statue que nous examinons ( V. Tav. XXXI ).
Cette figure en toge , du genre de celles'dont on changeait les têtes suivant les occasions (2), se fait remarquer par la belle disposition des draperies. Elle convient parfaitement à un empereur romain. Nous voyons Didius Julianus , dans ce même costume , sur les revers de ses médailles.
Si le sculpteur moderne qui a restauré «cette statue avait été dirigé par un antiquaire, il n'aurait pas négligé de placer dans la main droite de César le globe, symbole de l'empire, qu'il porte dans le tjpe des ses médailles , et qui a rapport au titre fastueux qu'on remarque dans la légende, RECÏOR 0R13LS, l'arbitre du monde (3).
Le rouleau quii tient de la main gauche, et
(i) L'autre porU-ait de Didius Julianus est un buste qu'on voit au Vatican ( Masco Pio-Clementino , t. VU , lav. 21 ).
(2) Pline, 1. XXXV, § ?..
(3) Eckhel , D. N., t. VII, p. 149, a m-^l décrit ce type , qu'on peut voir esnctement rendu par Pierre Sante lìarloli , (liuis l'ouvrage d'IIavercamp, Médailles du cabinet de la nini' Chiifiiine , etc. , pi. XXIV, 6.
le coffre qui est à ses pieds, sont partie de la restauration.
Le premier peut faire allusion aux discours que le nouvel empereur tint dans l'assemblee des Sé^ nateurs, étonnés autant qu'indignés d'une élection si honteuse.
Le second est un accessoire usité des statues en toge , et leur sert ordinairement de soutien : c'est un scrinium (i) , qu'on suppose contenir les papiers relatifs aux affaires que le personnage représenté devait traiter dans les conseils, ou discuter au barreau.
(i) On a dit mal à propos que le sculpteur moderne semble avoir voulu indiquer par cette cassette celle qui renfermait le prix de l'empire (Filhol, Galerie du Musée f t. X, n. 678),
Julie, femme de Septime-Sévère
Statue (i) •
Eli observant les médailles -de Septime-Sévère et celles de sa famille, j'ai cru recomioître l'impératrice Julie , femme de cet empereur, dans cette figure (V, Tav. XXXII) qui passoit jusqu'ici pour le portrait d'une Romaine inconnue. Tout le monde est à portée de vérifier cette ressemblance 5 aussi n'insisterai-je pas sur les particularités qui la rendent evidente (2). Cette femme SyriennCj issue de
(i) Celle statue a un mèlre, quatre-vingt-quinze centimètres (six pieds de hauteur); elle ^t de marbre pentélique ; elle fut trouvée au commencement du siècle dernier dans le golfe de Sidra ou des Syrtes sur la côte de Barbarie , près de Ben-Gasi , village où d'Anville a placé Pancienne ville (H'Aclriatu', de la province Tripolltaine. Transportée dans la galerie de Versailles , elle conservoit encore sur les joues quelques traces d'une couleur rouge encaustique ( V. Pigaiiiol de la Force , Description du château de Versailles ^ etc., sixième édit. T. I , p. 190). Cette pratique de colorier les statues a fait le sujet d'une excellente dissertation de M. Quatremère de Quincy, intitulée : De la sculpture policrome chez les Grecs et les Romains, et qui paroîtra dans les mémoires de l'Institut de France. Il n'existe aucune statue mieux conservée , que celle-ci : il n'y manque en tout qu'un petit bout de draperie ; le gland qui le terminoil est marqué par un tenon.
(2) La parfaite ressemblance vlu profil avec celui de
parens obscurs, mais douée d'esprit et de beauté, devint l'épouse de Septinie-Sévère, alors sénateur et gouverneur de provinces (i). Les évènemens qui portèrent cet officier à l'empire élevèrent Julie au faîte des grandeurs : et même après la mort de Septime-Sévère , et sous le règne de ses enfants, elle ne cessa d'obtenir les plus grands honneurs. Les titres augustes de mère des empereurs, de mère des armées , du sénat et de la patrie, lui furent déférés, et furent gravés sur des monumens durables (2). Rien n'auroit manqué à sa félicité si à tous ces titres elle avoit pu joindre celui de mère heureuse. Mais la discorde et la jalousie , qui pénétrèrent dans le cœur de ses fils , firent expirer le plus jeune dans ses bras , sous le coup d'un frère assassin* et lorsque celui-ci, sourd aux conseils de sa mère, périt victime de sa folle conduite, la triste Juhe se laissa mourir de faim à Antioche.
Laissons à l'histoire des Césars le récit de ces vicissitudes , et portons notre attention sur la statue de Julie, l'une des mieux conservées de toutes celles qui nous restent. L'attitude simple, facile et majestueuse semble indiquer que la princesse s'arrête pour écouter un discours qu'on lui adresse.
Julie gravé sur des médailles, celle de la coiffure, la forme du nez qui se retrouve a peu près la même dans les portraits de ses deux fils Caracalla et Geta , me paroissent autoriser cette opinion.
(i) Son second nom étoit Domna, sa ville natale Emèse.
(2) Les noms de mater castrorum , de mater Augustorum , mater senatus , mater patriae , donnés à Julie , sont consignés sur plusieurs monumens numismatiques.
La figure porte tout entière sur le pied droit j le léger mouvement du pied gauche, placé un peu en avant , contribue à la faire paroître vivante. Un ample manteau couvre , suivant le costume des matrones de l'antiquité , la tête de Timpératrice, l'enveloppe tout entière, et ne laisse voir que l'extrémité des mains. Cette ample draperie est arrangée si artistement qu'elle indique les formes du nu , sans la moindre affectation. On peut remarquer que les mains sont recouvertes de la même manière dans les statues de la muse Polymnie , et dans celles de Mnémos} ne , mère des Muses (i). L'artiste auroit-il cherché cette ressemblance pour faire sentir que Julie se distinguoit par ses lumières, et se plaisoit à la société des littérateurs et des savans? ou bien auroit-il voulu donner à cette princesse un des caractères propres à la figure de la Pudicilé (2) ? Ces opinions ne sont que de simples conjectures: il est même possible que le statuaire n'ait eu d'autre intention que celle d'imiter quelque excellent modèle dont le costume et le mouvement pouvoient convenir au sujet qu'il trailoit. D'autres statues nous présentent en effet les mêmes dispositions, soit dans la pose des
(i) Voyez ces statues dans le Museo Pio-Clementino j tom. I , pi. 24 et 28 (*).
(2) Oa a prétendu <jue la figure de la Pudicité gravée sur le revers d'une médaille de l'empereur Adrien étoit parfaitement semblable à cette statue; mais la ressemblance des deux figures entre elles n'existe réellement que dans le costume.
O Edizione di Roma. Dell'edizione milanese ^ tav. a3 e 27. — Gli Editori.
mains, soit dans l'arrangement des draperies (i). Celle-ci appartient à la dernière epoque, non pas de l'art, mais da goût. L'artiste dut s'être formé h l'école qui avoit fleuri dans le temps de Marc- Aurèle. Ce monument étoit un hommage public qu'une ville d'Afrique de la région des Syrtçs , province qui fut la patrie de Septime-Sévère , avoit rendu à l'impératrice, sans doute, durant le règne de son époux.
Personnage romain en Mercure
DIT LE GeRMANICUS
Statue (2)
Souvent et depuis long-temps, dans les ouvrages Grecs, les images des hommes e'toient décorées des attributs propres aux divinités. On trouve des traces de cet usage dans les Odes mêmes d'A-
(1) Je puis citer celles des pi. 74 et 75 dans le premier vol. de la Galleria Giustiniani , celle de la pi. 17 dans le deuxième de la Raccolta di Cavaceppi.
(2) Celte statue de marbre peiitélique, haute d'un mètre, soixante-dixneuf centiraèU'es ( cinq pieds , six pouces), étoit placée dans les jardins de Sixte-Quint, sur le mont Esquiliu à Rome. Elle fut acquise et transportée en France avec le Jason dit Cincinnatus , sous le règne de Louis XIV, pour orner la galerie de Versailles. On n'a aucune connoissance de la fouille qui la rendit au jour. Elle est d'une intégrité parfaite; la tête n'a jamais été séparée du corpsj et il n'y manque que deux doigts de la main gauche.
nacréon (i). Celte espèce cl'aphotéose étoit abandonnée au caprice des artistes et à la vanité des particuliers j lorsque, sous le règne d'Alexandre et sous celui de ses successeurs , les symboles des dieux se virent presque réserves à rendre plus vénérables aux yeux des peuples soumis les portraits des piinces et des conquérans. Dès ce moment les artistes n'osèrent plus attribuer ces emblèmes fastueux aux images des personnes privées, du moins dans les monumens exposés au public: mais après que les puissances de la Grèce et de l'Asie eurent flêcbi sous le joug de la domination romaine, cet abus fut plus répandu qu'auparavant^ et lorsque le renversement de la république eut fait place à la monarchie des Césars , l'usage de ces apothéoses particulières fut continué dans les provinces, et il étoit fréquent à Rome même dans les sculptures qui ornoient le tombeau (2).
Ces notions préliminaires dévoient être rappe-
(i) Ode XXIV, V. dernier. L'antiquité connoissoit des statues d'Alcibiade qui représenloient cet Athénien tantôt sous les attributs de Mercure , tantôt sous ceux de Cupidon : Clément d'Alex. Admonil.^ p. 35 ^ Pline, 1. XXXVI, § IV, n. 8.
(2) Ces exemples sont très fréquens dans les sculptures des tombeaux. Je ne citerai que le monument d'un affranchi de Trojan, découvert en 1793 sur la voie Appienne, près de Téglise de S. Sebastien. Ou trouva plusieurs Insciiptions qui furent publiées à Rome la même année, et dans l'une desquelles on remarquolt la mention des /Ed/culae in quihus simulacra Claudiae Semnes in formant (leonini. En elïet les sculptures découvertes au même endroit représenloient Claudia Semnê avec les attributs de plusieurs déesses.
lées dans l'explication d'une figure qui sous les attributs de Mercure nous présente un personnage inconnu ( V. Tav. XXXJII ). La tortue que Ton voit aux pieds de la statue, et sur laquelle tombe la draperie qui s'écbappe de dessus le |,bras gauche j est un symbole consacré à l'inventeur de la lyre (i). Le geste de la main droite élevée, dont les doigts sont dans une position qui chez les anciens avoit rapport au calcul, est également affecté aux figures de Mercure (2) , quoiqu'il soit aujourd'hui difficile de donner sur ce fait une explication complète et satisfaisante. Outre ces caractères bien reconnus , la simple conformité de cette statue, dans la pose, dans le mouvement, dans l'agencement recherché de la draperie, avec une des plus belles figures de Mercure , et des mieux conservées qui existent encore (3), ne permettroit pas de méconnoître le dieu du génie sous les traits d'un personnage romain. Je dis d'un personnage romain, car la disposition et la coupe des cheveux appartiennent aux usages de cette
(i) Voyez la note de M. Fea à l'Histoire de PArt, ^ar Winckelmann , t. II, p. SSg de l'édition romaine et le Museo Pio-Clementino , t. III , p. 53 (/) (*).
{2) Museo Pio-Clementino ^ T. \\\ ^ p. 52 (**). Ce'geste a probablement rapport à la divination par les nombres , science qu'on croyoit inventée par Mercure.
(3) On peut comparer ces deux statues dans la Raccolta du cbevalier Maffei , P. 58 , Sg et 69.
(*) DelV edizione romana. Tomo III ^ pag. 176, nota (6) dell'ex dizione milanese. — Gli Editori.
(**) Ediz. di Roma. Tomo III , pag. i^S, ediz. di Milano. — Gli Editori.
Visc. Op. var. T. IV. i5
nation , et diflerent entièrement de celles qu'on remarque sur les portraits des personnages grecs.
L'auteur de ce bel ouvrage étoit cependant un Grec : il lui a confié son nom , qu'il a gravé sur l'écaillé de la tortue (i) j et son attente n'a point été trompée. Plus de vingt siècles se sont écoulés: le personnage qui avoit demandé ce superbe monument de sculpture est aujourd'hui inconnu ^ tandis que ce monument même a établi et répandu la réputation de Cléomène , fils de Çléomène , artiste athénien , chez des peuples et dans des contrées qui probablement ne se présentoicnt pas à Timagination du statuaire lorsqu'il exécutoit ce chef-d'œuvre.
La ressemblance que je viens de remarquer de cette figure à une statue de Mercure , et les différences mêmes qu'en comparant ces deux ouvrages on découvre dans plusieurs détails ^ confirment de plus en plus les observations que j'ai souvent proposées dans ces notices sur l'esprit qui animoit
(i) Voici l'inscription :
KAEOMENUC
KAEOMENOYC
A0HNAIOCE
nOIHEEN
Cléomène , fils de Cléomène , Alhénien , Va fait, La forme carrée du sigma est remarquable. On a cru que cette forme n'avoit commencé à être en usage que dans le siècle qui a précède' l'<ire chrétienne; j^eu ai indiqué des exemples bien plus anciens : Iconographie grecque , P. I, p. 38 (3), P. II, p. 646 O.
O Ediz. di Parigi. Tomo /, pag. 128, nota (i) dell'edizione italiana di Milano alla tav. /^, § 2. — Gli Editori.
Fecole giecque, et qui clierclìoit^ par l'imitation des plus beaux ouvrages de l'art, d'atteindre , en les embellissant encore, à un plus haut degré de perfection.
Cependant la figure que nous examinons offre des formes moins élevées que le Mercure dont je viens de parler. Celles de cette dernière statue auroient blessé les convenances d'un portrait j et Tâge du sujet , déjà tendant à la maturile , ne comportoit pas le caractère de jeunesse et de vigueur célestes qui est empreint sur les traits du messager des dieux. Mais le choix de ces formes mortelles est fait avec tant de jugement et de goùtj l'anatomie y est si parfaitemen-; entendue 5 le ciseau a donné an marbre tant de souplesse et de vie , que peu de figures antiques réunissent un si grand nombre de qualités , ou présentent un modèle aussi digne d'être proposé à l'étude des jeunes statuaires. Ils y apprendront avec étonnement jusqua quel degré de perfection on peut s'élever en imitant la nature , non sur les rares exemples qu elle nous offre du sublime , mais sur ce qu'elle nous montre plus communément dans les corps bien constitués.
J'ai lâché dans un autre écrit de rendre probable que Cléomèncj père de l'auteur de cette figure , est ce même fils d'ApoUodore , à qui nous devons la Vénus de Médicis (i). S'il est vrai,
(1) 11 a pour tilre : iVoie critique sur les sculpteurs grées qui ont porté le nom de Clêonicne , et il a été inséré dans la Décade philosophique de Pan 10 (*).
O friggasi nel tomo II J di queste Opere , ;;. 1 1 . — Gli Editori.
comme je Fai pensé, que le premier Cléoraène ait deTancé de peu l'asservissement de la Grèce , et que le second ait fleuri h l'époque même de la conquête , le personnage représenté pourroit être un de ces Romaines illustres qui portèrent dans la patrie des arts les armes de la république , un Flamininus j un Paul Emile , un Glabrion , un Métellus.
Quant h la dénomination vulgaire de Germanicus, sous laquelle cette statue étoit connue en France , et auparavant en Italie , elle est démentie par les portraits authentiques de ce prince , et à un tel point, qu'il seroit difficile de concevoir comment elle a pu s'établir , si nous n'avions pas tous les jours sous les yeux des preuves évi' dentés de la légèreté et du défaut de critique avec lesquels on avoit traité jusqu'au présent l'iconographie ancienne.
DOMITIA EN HyGIÉE
Statue (i)
La mythologie des Grecs avait donné pour fille, ou, suivant d'autres, pour épouse au Dieu de la médecine, la Déesse de la santé, que dans leur langue ou appelait Hjgie ou Hygiée (2). Les Romains l'invoquèrent sous le nom de Saliis et de Valetudo. Cette Déesse bienfaisante, l'amour du monde et la haine du Tartare , pour me servir des expressions d'un ancien poëte (3) , avait obtenu dans le pays des Latins plus d'honneurs que dans la Grèce même, qui cependant avait été la première à lui dresser des autels. Mais chez les Grecs , ces honneurs lui étaient communs
(i) Cette statue de marbre de Paros est haute d'un mètre, 98 centimètres (six pieds, un pouce): elle est parfaitement conservée; on n'y voit d'autre restauration qu'au doigt de la main gauche. La tête qui en avait été détachée , a été replacée facilement sur la cassure. Les victoires remportées en Allemagne pendant les années 1806 et 1807 , ont enrichi de ce morceau le Musée Napoléon.
(2) Pausanias, 1. I, c. 23 ; Pline, I. XXXV, c 40, n. Sij Orphée, Hynin. QQ.
(3) L'auteui^des Hymnes attribués à Orphée, .^fnn. 67, V. 6:
te mnndus cupit perculsus tua w.
Tantum odit te Dis , vitae pessima finis. ( Traduction de Scaliger )
avec Esciilape; à Rome son culte fut plus ancien que celui du Dieu d'Epidaure (i) j soit qu'une maladie cpidemique eût ofTert au consul qui combattait les Samnites l'occasion de promettre et de consacrer un temple à cette divinité' salutaire , soit que son secours fût déjà depuis long-temps imploré dans des climats que l'air affligeait de ses influences malignes.
Le serpent, ce reptile regardé toujours par fantiquité avec un respect superstitieux, et que nous avons vu , comme symbole de la santé et de lu vie , devenir Tattribut de quelques divinités tutélaires et conservatiices , telles que Minerve , Apollon, Esculape (2), est l'emblème le plus constant d'Hygiée. Ordinairement, la Déesse est représentée lui offrant sa nourriture sur une patere 5 mais, dans d'autres images , où elle n'est pas distinguée par ce second attribut, le serpent qu'elle caresse suffit seul, comme dans cette statue (V. Tavola XXXIV), pour la faire reconnaître (3).
(i) Tite-Live , 1. X, c. i et fyj. Le temple d'Hygiée , honorée sous le nom de Sa lus , fut dédié l'an de Rome 45r; et ce ne fut que l'an 463 que le culte d'Esculape y fut apporté d^Epidauie.
(2) Voyez les explications des statues d'Apollon pylhien et d'Apollon lycien , des groupes d'Esculape et Télesphore , et de Minerve et Typhée , toutes dans la première série du Musée français (*).
(3) Hygiée est représentée sans patere sur les médailles de la famille Acilia , et sur un médaillon de L. Vérus , frappé à Nicée de Bithynie, qu'on peut voir parmi ceux que Ph. Buonarroti a expliqués , pi. VI , u. 2.
O r. i n. VIII, IX ^ XXVIII e V di questi Monumenti. — Gli Editori.
DEL MUSEO FRAilCESE 23l
Nous nous bornerions à admirer dans cet ouvrage la grâce du mouvement, les jets inge'nieux et varie's de la draperie j nous nous plairions à remarquer la rare conservation de la statue, si une circonstance peu commune ne la rendait plus inte'ressante encore. La tête est évidemment un portrait, et il n'est pas difficile de le reconnaître pour celui de Doraitia , femme de Domitien et fille de Corbulon (i). Cette princesse, ayant surve'cu long-tems à son mari dont la catastrophe n'était pas arrivée sans quelque bruit de sa complicité, n'obtint pas après sa mort les honneurs divins que le Sénat déférait aux mânes des impératrices. Mais la splendeur de son état lui avait fait , sans doute , attribuer ces honneurs de son vivant, ainsi qu'on les prodigua à plusieurs autres femmes augustes. Nous les voyons, dans les monumens , élevées au rang des Déesses , tantôt sous les attributs de Cérès ou de Junon 3 tantôt sous les emblèmes de Vénus, de Proserpine, de Diane ou de la Fortune j tantôt, ainsi que Livia sur les médailles (2), et Domitia dans cette statue, avec les symboles ou sous le nom de la Déesse salutaire. Il n'est pas étonnant que l'espérance et l'adulation aient cherché à diviniser l'épouse de Domitien, à l'époque de sa puissance, puisque le
(i) Domitia est représentée dans cette statue un peu plus jeune que sur ses rares médailles en grand bi'onze. Aussi celles-ci n'ont-elles été frappées qu'après la oiort du jeune César son fils.
(2) La légende ne présente que le nom àe Salus , mah la tête, dans les coins les mieux soignés, est un portrait incontestable de la femme d'Auguste.
souvenir et la gratitude , impulsions moins impe'rieuses, lui firent élever, après sa mort, des temples dont les ruines existent encore (i). D'ailleurs Tusage introduit dans le paganisme , et que nous avons remarqué en d'autres occasions , de donner aux images des divinités les traits des princes et d'autres personnages vivans (2) , autorisait et multipliait ces apothéoses particulières.
Quant au caractère donné dans cette statue à Domitia, il faut croire que parmi celles qui représentaient Hygiée, et qui avaient été exécutées par le ciseau des Scopas , des Pyrrhus , des Bryaxia , des Niceratus (3) , aucune n'avait acquis la réputation d'une supériorité décidée. Parmi les figures qui nous restent de cette Déesse , il n'y en a pas deux dont l'une paraisse imitée de l'autre. L'exécution un peu molle des contours, et parli-
(1) Il est fait mention de ce temple élevé in honorem et memoriam Domitiae Corbulonis fdiae , dans une grande inscription trouvée à Gabii , maintenant dans le Musée Napoléon. Voyez mon ouvrage sur les Monumenti Gahini, pag. 107, 108 et suiv. (*).
(2) J'ai recueilli quelques faits qui ont rapport à cet usage , dans l'explication de la statue d'un personnage Romain en Mercure , gravée dans l'avant-dernière livraison de la première série (**).
(3) Pline, 1. XXXIV, §20, n. 19 et 20; Pausanias , I. II, c. 4o; 1. VIII, c. 28. Parmi les statues d'Hygiée qui nous restent , on doit distinguer celle du palais Giustmiani à Rome : c'est une figure assise ; on peut la voir dans la Eaccolta di statue di P. A. Maffei, tav. 85.
( ) Questa stessa iscrizione è altresì nel Museo Pio-Clementino , tomo VI , tau. LXII. — Gli Editori.
( ) V. il n. LVI di questi Monumenti. — Gli Editori.
culièrement de la draperie, m'empêche de regarder celle-ci comme l'ouvrage original d'un maître célèbre 3 mais le mérite de la composition et la noblesse de l'attitude me portent a y reconnaître l'imitation de quelque chef-d'œuvre que maintenant elle remplace.
Jeune fille Romaine
Statue (i)
La jeune femme représentée dans cette statue ( V. Tav. XXXV ) ne paroît avoir d'autre action que celle d'ajuster son manteau ou palla autour de sa tunique et de ses membres. Ce mouvement j convenable à l'âge et au sexe de la personne que l'artiste a voulu représenter, est à peu près semblable à quelques autres que nous remarquons sur plusieurs figures antiques de femmes (2). La tête de celle-ci est un portrait. La coiffure , par son arrangement, rappelle le costume romain à l'époque d'Agrippine et de Poppée j mais elle n'est point surchargée de cheveux empruntés, malgré la mode reçue dans ce temps chez les dames romaines.
(i) Cette statue de marbre pentélique , haute d'un mètre, quarante-six centimètres (quatre pieds, six pouces), a été trouvée à Rome sur la fin du siècle dernier j la main gauche est moderne.
(2) Ercolano, Bronzi, tom. II, pi, 78; Monumenti Gabini , pi. 32.
a34 MONUMENTI
Cette particiilaiité nous fait reconnoître clans la statue l'image d'une jeune fille , car les usages de ce pays ne permettoient aux femmes qu'après le mariage d'orner plus richement leurs têtes au moyen d'une chevelure étrangère (i). Le luxe et les arts florissoient à Rome, sous le règne de Claude et de ses successeurs, de manière à nous dispenser de toute recherche sur les occasions qui ont pu faire élever une statue à cette jeune fille. L'aisance de ses parens et leur affection envers elle, leur goût pour les arts ou leur faste, ont pu également fournir des motifs pour Texécution de cet ouvrage. Cependant je ne passerai pas sous silence une coutume qui , depuis l'antiquité la plus reculée jusqu'à la décadence du paganisme , ne cessa d'alimenter les arts et de multipUer les portraits des particuliers. Sensibles aux charmes de rimitation , les Grecs étoient portés à croire que les ouvrages des artistes étoient les offrandes les plus agréables aux dieux. Ils s'étoient persuadés que la divinité se réjouissoit elle même à l'aspect de ces productions attrayantes de l'industrie des hommes • et ce fut ce sentiment qui fit donner le nom de joyaux C agalmataj aux ouvrages des arts du dessin , et plus particulièrement aux statues que l'on consacroit dans les temples.
L'inscription sigéenne, l'un des plus anciens monumens de paléographie qui nous restent , étoit gravée au-dessous du buste en hermès d'un certain Phanodicus , que ce Mysien avoit placé lui-
(i) Plaut. Mus(el., aci. I, se. III, v. 69 ^ Propert. IV, el. XI, 34.
même dans un temple de Sigée. Les descendans des Theruistocle consacrèrent une statue, de ce grand homme dans le temple de Diane; Timothe'e, autre capitaine athénien , avoit dédié dans celui d'Eleusis la statue de l'orateur Isocrate son ami, ouvrage en bronze de Léocharès; les Siciliens celle de GeloUj vainqueur des Carthaginois, dans le temple de Junon, à Syracuse (i). Lorsque la Grèce, par l'efiet des conquêtes d'Alexandre, déborda, pour ainsi dire, dans les régions de l'Orient, et y naturalisa sa langue et ses mœurs, les peuples de ces contrées adoptèrent l'usage de déposer auprès de leurs divinités les images de leur parens et de leurs amis.
" Voici la statue d'Escliylis , fille de Thaïes : « la promesse dlrène sa mère est accomplie, « puisque cette image est placée dans le temple « de la déesse qui est issue d'Inachus n. Ainsi étoit conçue une inscription , composée par Calhmaque, et qu'on lisoit dans un temple d'Isis, au bas de la statue d'une jeune personne (3).
Dans l'Anthologie grecque, à combien de charmantes épi grammes cet usage n'at-il-pas donné lieu? « Si cette vierge avoit la parole ( disoit à " Mytilene la poetesse Erinna), ce seroit la jeune M Agatharchis elle-même. 0 Prométhée, qui vois « ce tableau suspendu dans ton temple, avoue « qu'il y a aujourd'hui des mortels aussi habiles
(i) Piutarch. , Tlu'mislocle , pag. laS. Fùe X. Orat.^ pag. 838; Élien, F. II. L. VI, cap. 11.
(2) Voyez Calllmaque , épigr. 35 ; Erinna , épigr. i ; Leonidas de Tareate, e'pig. i5, dans les Anakcta.
« que toi dans les arts ! » — « O Bacchus (disoit « une épigramme de Léonidas ) la mère de Mi- « cytlms n'a pu te consacrer le portrait de son « fils , que trace par la main d'un peintre vulgai- « re. Les dons des pauvres ne sauroient être pré- " cieux ni pour l'art ni pour la matière. Si tu en « désires un plus beau, tu n'as qu'à changer le " sort de mon enfant ".
Cet usage étoit passé chez les Romains 5 les auteurs et les inscriptions nous l'attestent : il existe h Rome un bas-relief représentant un magistrat en toge, qui offre aux dieux le buste de son fils, tandis que la mère brûle de l'encens sur un autel (i).
Il est très vraisemblable que la statue dont nous parlons a eu la même destination; mais elle nest pas l'ouvrage d'un artiste peu distingué , et les parens de la jeune personne qu'elle représente n'eurent pas besoin des expressions qu'on a lues dans . l'épigramme de Léonidas. La facihté de la pose , l'agencement savant des draperies , la belle exécution de l'ensemble , donnent à cette statue l'intérêt que le sujet ne sauroit avoir aujourd'hui pour nous.
(i) Il a été bien expliqué par M. Marini, Iscrizioni Albane , pag. 9G.
Sabine
Statue (i)
Le rhyton ou corne d'abondance , emblème des divinités bienfaisantes, devint un des attributs des princesses déifiées, depuis que Ptolémée Philadelphe le fit donner pour symbole aux statues d'Arsinoé, sa femme et sa sœur (2). Cet exemple fut suivi par les Romains , lorsqu'ils placèrent au rang des déesses les épouses et les filles de leurs Césars. Ainsi, sur une médaille connue de Caligula , les trois sœurs de ce prince, représentées sous la forme de trois divinités (3), tiennent chacune en main une corne d'abondance remplie de fruits. La statue que nous examinons , trouvée près
(i) Cette statue, sortie en 1792 des fouilles de Gabii à quatre lieues de Rome dans le territoire de pantano de' Griffi , domaine de la maison Borghese , est haute de 2 mètres, 11 centimètres (6 pieds, 6 pouces), et exécutée en marbre de Luni de la plus grande beauté. La tête antique y a été rapportée;] les mains et l'avant bras droit sont modernes. Ce monument a passé dans le Musée Napoléon , par l'acquisition qu'a faite S. M, de la coUectioa Borghese (*).
(2) Athénée , 1. XI , P. 492 , B et C.
(3) Elles sont designées par leurs noms , agrippina , Drusilla , Julia.
O P^. Illustrazioni de' Monumenti scelti Borghesiani. Roma, 1821, tomo I, taf. 12. — Gli Editori.
du F'ontm de Gabies, et dans un endroit qui était consacré au culte des empereurs (i), appartenait sans doute à une personne de leur rang ou de leur famille. La perte de la tête , ainsi que Fabsence de toute inscription , ne permet aucune conjecture sur le sujet représenté, autre que celles que rexcellence de l'ouvrage pouvait suggérer sur répoque où il fut exécuté j car il est impossible de regarder cette sculpture comme postérieure au siècle des Antonins.
Une tête de l'impératrice Sabine, qui^ par la beauté du travail, par la qualité du marbre, les dimensions et la conservation, se prêtait parfaitement à réparer ce défaut , a été adaptée dans rencaissement que l'ancien artiste avait disposé pour recevoir un portrait (2) , et l'ouvrage a retrouvé, pour ainsi dire, sa première intégrité. Les spectateurs qui ignoreraient cette restauration, ne la soupçonneraient jamais, tant le style de l'un des morceaux s'accorde avec celui de l'autre, jusque dans les arabesques qui enricbissent également la surface du rhyton et l'ornement cintré de la coiffure (3).
(i) Plusieurs autres statues impériales furent trouvées dans la même salle.
(2) On pratiquait des encaissements de ce genre sur la plupart des statues honoraires , particulièrement dans les municipes et les villes de province. On pouvait ménager par ce moyen le temps et les frais lorsqu'on voulait déférer fhonneur d'une statue à un personnage nouveau.
(3) Les arabesques du diadème ou stlengis qui surmontent la coiffure présentent des halausiia ou fleurs de grenadier entrelacées à des feuillages. Nous atons vu ail-
L'épouse d'Adrien est représentée ici dans la fleur de la jeunesse, telle que nous la voyons sur les médailles frappées au commencement du règne de son mari. Sa phj^sionoraie régulière, douce et ouverte, ne présente aucune trace de ce caractère acariâtre et peu pliant que les biographes lui reprochent, et qu'ils nous ont transmis peut-être avec quelque exagération (i).
Rien de plus riche ni de plus fin , que la draperie de cette statue. Les difierentes étoffes de la tunique ( stola ) , et de la palla ou manteau y sont si bien caractérisées , le jeu et l'agencement des plis si bien entendus , que cette figure peut fournir aux statuaires un objet d'études. Je n'appelerai cependant leur attention que sur le pan du manteau qui prend une forme pyramidale en
leurs que ces fleurs étaient des emblèmes des rayons solaires et qu'ainsi elles pouvaient convenir aux couronnes des divinités. Les arabesques du rhyton offrent le masque barbu d'un fleuve au milieu de deux cygnes. Ces ornements font allusion à l'usage du rhyton , qui était une corne de bœuf, servant de tasse à boire , et à l'origine de la corne d'abondance qu'on suppose avoir été une des cornes du fleuve Achélous , qui avait pris , en combattant contre Hercule , la forme d'un taureau. La nymphe Amalthée avait rempli cette corne de fruits de toute espèce.
(i) Spartien , Hadrianus , c. 2; Aurelius Victor, Excerpta , c. XIV. Une inscription rapportée par Pocoke ( Inscript, p. 19 ) nous apprend que Sabine avait accompagné Adrien dans le voyage d'Egypte, la quinzième année de son règne , c'est-à-dire , plus de quinze ans après leur mariage. Ce fait semble prouver que la discorde entre les deux époux n'arriva Jamais à ces excès auxquels des biographes postérieurs peuvent avoir ajouté foi d'après des traditions vulgaires.
se renversant sur le devant des hanches , et en descendant jusqu'au genou, tandis que la partie supérieure est déterminée par les plis qui se multiplient et se resserrent autour de la ceinture. Cette manière ingénieuse de faire sentir au premier aspect, dans une figure richement drapée, une des grandes divisions du corps humain , nous la retrouvons dans plusieurs autres statues. On peut citer pour exemples la Pallas de Kelletri (i) et la déesse restaurée en Jimon, conservée dans le Musée du Vatican (2), ouvrages qui remontent l'un et l'autre au siècle de Phidias ou de son école. Ce n'est qu'en remarquant la simplicité et l'heureux effet de ces méthodes, et en comparant les uns avec les autres les divers monuments où l'on en retrouve l'application, que nous pouvons espérer de découvrir quelques vestiges de ces règles, ou canons, qui avaient élevé h un si haut point l'art statuaire chez les anciens (3).
La chaussure , socciis , qui ne laisse à nu aucune partie du pied, est la plus usitée dans les statues des femmes romaines (4).
(i) Voyez le Musée frahcais.
(2) Museo Pio-Clementino , t. III , pi. 2.
(3) Le lecteur qui parcourra les Reeherches sur l'art statuaire par M. Emeric David, y trouvera, à la p. 3o5 , des observations originales et précieuses faites dans le même sens.
(4) VoycE le Museo Pio • dementino j t. Ili, p. 11 (*).
0 Ediz. di Roma, PfelVediz. milanese , pag. 5o. — Gli Editori.
La Providence Statue (i)
Lorsq"'une figure antique nous parvient sans aucun attribut et sans aucun emblème qui en déterminent le sujet j lorsqu'en même temps on ne peut tirer aucune induction du caractère de la tête , parceque cette partie est le fragment de queiqu'autre statue , l'antiquaire qui présente cette figure à l'attention du public ne peut que faire connaître les motifs qui ont dirigé la restauration, et montrer les convenances , les particularités et le mérite des fragments réunis.
Les deux circonstances que l'ont vient d'indiquer se rencontrent dans la figure que nous avons sous les yeux ( V. Tav. XXXVI ). Le corps est remarquable par l'ample draperie qui l'enveloppe, et dont l'agencement imite un de ces effets momentanés et fugitifs que les artistes cherchent quelquefois à saisir, pour mettre de la variété ou de la nouveauté dans leurs compositions. Telle est ici la disposition du peplum: il est déjà tombé de l'épaule gauche, et n'est plus retenu que par
(i) Cette statue de marbre pentélique, tirée de la sslle des antiques du Louvre , est haute de 2 mètres , 6 centimètres (6 pieds, 4 pouces ). La tête antique, d'une belle conservation, est rapportée; les bras, les pieds et quelques parties de la draperie sont modernes.
Vise. Op. var. T. IV. i6
la saillie du sein ; on voit Tinslant où il va glisser et où seront dérange's le plis que cet accident à formés sur la poitrine (i).
Cette draperie magnifique s'accorde fort bien avec fair et l'ornement de la tòte, qui a beaucoup de noblesse et de dignité' , et qui est surmontée de la stleiigis^ ou diadème qu'on remarque ordinairement sur la coiffure des déesses (2).
Le globe céleste que le sculpLcur moderne a placé dans la main gauche de la statue, lui doime le caractère de cet être allégorique que les anciens appelaient nPONOIA 0EON , et PROVIDENTIA DEORVM n la providence des Dieux ». Ils avaient érigé des autels et des statues à cet attribut persomiifié de la divinité qui gouverne le monde, et la représentaient ordinairement sous la figure d'une déesse tenant un gloire (3). Ce symbole , em-
(i) On a eu lieu de faire la môme remarque, dans le Musée français ( 7g™* livraison ) sur la chiamyde du personnage romain dit le Germanicus (*).
(2) Sllengis , 17'Xeyyis ; c'est le nom que les anciens donnaient à cet ornement de la coiffure: voyez Athénée, 1. IV, p. 128; elle Museo Pio- Clenien. , t. VU, p. ga (**).
(3) L'autel de la Providence est représenté sur les médailles d'Auguste de moyen bronze (Morellius, Thés, num., XII , Priorum Imp. j4ugusti, t. 3o ). Les frères Arvales faisaient des sacrifices sur cet autel (Marini, ^td degli Arvoli , p. 80). Une statue de la Providence a été dessinée d'après Boissard, dans le Trésor du Gruter, p. 1075, n. 3 ; mais la main gauche , qui devait tenir le globe , était perdue. On peut voir dans le dialogue II d'Agostini
O V. il II. LVl di questi Monumenti, — Gli Editori. (**) Dell' ediz. romana. Tomo I, pag. a2 dell' cdiz. milanese, — Gli Etlitori.
DEL MUSEO flUNGESE ^43
prunlé à l'astrologie judiciaire, est le globe celeste de la Parque Lachésis, ElMAPMENH^ sur lequel on supposait tracées les destine'es des hommes et celles des nations , par la position et le mouvement des astres qui avaient présidé h. la naissance des mortels, ou à la fondation des villes et des empires (i).
Le caractère majestueux de la tête et le genre de la coiffure ne conviendraient pas à la Muse Uranie, dont le globe céleste est aussi un attribut: l'un et l'autre conviennent parfaitement à la figure allégorique de la Providence.
les types de plusieurs médailles impériales qui représentent la providtnce des dieux. Quelques sophistes la confondaient avec Minerve et reconnaissaient une A''S^vi!j n/5Óvoea, une Minerve Pronoea , ou Providence (Pausanias, 1. X, c. 8 ) : c'est ainsi qu'on avait altéré l'epithèle plus ancienne de ilpovxtx^ { Pronaca) y Protemplaris ^ « Minerve devant le temple , " qu'on avait donnée à cette déesse parcequ'elle était rétéiée à Delphes , dans les avenues du temple d'Apollon (Hérodote, 1 , 92 ; Eschyle, Eumenides ^ v. 71 )• Une pierre antique gravée , que Winckelmann a publiée ( Monum. ined. , n. 81 ) , représente le buste du Nil comme un emblème de la providence des dieux pour l'Egjple: c'est ce que donne à entendre l'inscriplioa qu'on lit sur la même pierre: HPONOIA ©EON.
(i) Sallusiius, de Diit et Mando.) c. 9. Voyez le Museo Pio -Clementi no .) t. IV, tav. 34, p- 67 (*). Ce globe est représenté rayonnant sur quelques médailles de Pertinax (Havercamp, Médailles de la reine Christine, pi. XXIII ), et inlersequé du zodiaque sur quelques autres ; preuves certaines que c'est le globe céleste , quoique le savant Eckhel ait soutenu le contraire {D. iV. , t. VII, p. i44)'
O Dell' edizione romana. Ndla ristampa milanese, tomo If^j lui^. 34, pag. 221. — Gli Editori.
Le style large , mais un peu recherché, de la draperie semble annoncer l'école grecque du temps des empereurs romains , époque à laquelle on a répété sur tant de médailles et avec le même attribut Timage de cette divinité.
Sacrifice aux Lares
Bas-relief {\)
On ne peut douter que ce bas-relief (V. Tavola XXXVII ) , dont au premier aspect la composition et le style saisissent agréablement le spectateur, n'ait appartenu à un monument public de l'ancienne Rome. Le sujet, que l'artiste a su faire reconnoître par quelques accessoires, autorise cette conjecture. Les trois victimes, présentées à l'autel, indiquent suffisamment que le sacrifice qu'on va célébrer est un de ceux que les anciens distinguoient par le nom de Suovetaurilìa , et qui avoient lieu dans les lustrations solennelles. Les
(i) Ce bas-relief de marbre pentélique a de largeur deux mètres , onze centimètres ( six pieds , quatre pouces ) sur quatre-vingt-un centi^ièlres de bauteur (deux pieds, six pouces ). Il a été tiré de la Bibliotbèque de Saint-Marc à Venise ; il avoit été transporté de Rome , oil il ornoit autrefois le palais de Saiut-Marc , bâti par Paul II , et cédé par les papes aux Vénitiens. On l'y voyoit encore en i553, lorsqu'Antoine Lafreri le fît graver; M. Zannetli l'a publié de nouveau , Statue , etc. , P. I , pi. 5o.
deux autels et les deux lauriers désignent le 'lieu et le motif de la cére'monie. Nous savons qu'on avoit planté deux lauriers devant le vestibule de la maison d'Auguste (i), et qu'à l'occasion des fêtes instituées par lui en Thonneur des Lares, dieux tutélaires de chaque quartier de la ville, le peuple romain rendoit un culte public au Génie de ce prince, qui, habile politique et heureux guerrier, avoit su, dans ses jeunes années, se saisir d'une main ferme des rênes du gouvernement, éteindre les guerres civiles et domter les ennemis de l'Etat. Auguste avoit réuni une institution de police à cette institution religieuse: il avoit créé par le même acte des magistrats subalternes chargés de Tinspection de chaque quartier de Rome. L'année de cette institution devint une époque dans les fastes civils (2). Plusieurs autels ornés de sculptures, et encore subsistant , en ont transmis jusqu'à nous la mémoire. Les dieux Lares, représentés par la mythologie romaine comme des frères jumeaux , accompagnent sur ces monumens la ligure du Génie d'Auguste^ on y voit toujours les deux lauriers qui, sur le mont Palatin, om-
(i) Voyez, pour les autorites qui prouvent tout ce que j'avance dans cet article , Dion, 1. III, § 16, et 1. V, § 8; Ovide, FasL, 1. V, v. 43-148; Caton , de RR. c. i4i; Museo Pio - dementino , tom. IV, pi. 4^ , oìi j'ai publié un autel consacré aux Lares et au Génie d'Auguste , et où j'ai inséré une note savante de M. l'abbé Marini , sur les monumens relatifs à ce culte.
(2) C'étoit l'an de Rome 74^7 , sept ans avant l'ère chrétienne; ces magistrats furent appelés Ficomagistri ^ Magislri Ficorum, et Magisiri Larum.
])rageoient de leurs branches triomphales la porle du palais des Césars.
Auguste avoit consacré un temple aux Lares près de ce palais (i). La lustralion des carrefours, fête instituée en l'honneur de ces divinités (2) , dut, en exécution de ses reglemens, être célébrée deux fois chaque année (3) , au commencement de l'hiver et durant l'été , dans le mois auquel on donna le nom du prince lui-même, et où le peuple romain solennisoit l'anniversaire des victoires les plus mémorables de cet empereur.
Le sacrifice qui précédoit la cérémonie des lustrations fait le sujet du bas-relief. Ce monument ornoit vraisemblablement le temple des Lares dont nous venons de parler. Le magistrat, qui remplissant ici les fonctions de prêtre , se prépare à immoler les victimes, est sans doute celui qui pré« sidoit au quartier de la dixième région, dans lequel étoit situé le palais d'Auguste. La^lustration, qui dans les autres parties de la ville étoit précédée seulement par l'offrande de celle des trois "victimes que nous voyons placée la première (4) , se fait ici avec toute la pompe du triple sacrifice des Suovetaurllia (5). Les deux licteurs, accordés
(i) Ovid. , Fast., VI, V. 791 ; Fogglni, Fastor. V'erra F lacci f rag. ^ pag. 119.
(2) Ces fêtes étoient appelées Compitali lia, et les Lares portoient l'épithète de Compitales , tire'e de Compitum , carrefour.
(3) Sueton., Angus t. , c. 3i.
(4) Propert. , lib. IV, el. I, v. 28; Marini, Arvali ^ pag. 373.
(5) Les trois victimes , le porc , le bélier et le taureau ,
par Auguste aux inspecteurs des quartiers , paroissent sur le troisième plan , avec les bâtons qui e'toient un attribut de leur ministère. Le sacrificateur a couvert sa tête de la toge , suivant les rites latins; il tient dans la main gauche le rouleau OLI étoit écrite la formule de là prière. Deux ministres portent la cassolette des parfums {acerra) et le vase qui doit servir h la libation 3 la hache est levée sur Tépaule d'un des victimaires qui amènent les victimes -, des bandelettes parent les cornes et le dos du taureau ; les ministres du sacrifice ont tous des couronnes sur la tête. Les quatorze figures placées dans des attitudes différentes et toutes convenables à l'action , les deux autels ornés de festons , et les deux lauriers , eniichissent le fond, sans produire aucune confusion. L'exécution est d'une grande beauté ; les détails sont fins etsoignésj et cependant les masses triomphent j l'ordre et la simplicité de la composition font distinguer facilement toutes les parties, et contribuent autant que le style au bel effet que produit l'ensemble.
aroient donné le nom à ce sacrifice, que d'aulres appellent Solitaurilia, et qu'on célébroit, à Toccasion de plusieurs cérémonies religieuses , chez les Grecs et les Romains. Horaer. , Odjss. ^ XI, 129; Plutarch., Pjirho , pag. 386.
Lxn.
Trépied d'Apollon Delphique (i)
Lorsque les arts consacrés à l'imitation du corps humain ont atteint chez un peuple un certain degré de perfection, les ouvrages des arts subalternes portent presque toujours l'empreinte de cette supériorité. C'est ainsi que la sculpture d'ornement présente, dans les monumens de l'antiquité^ des modèles d'un travail exquis, et que des ouvrages mêmes , qui ne sont pas à tous égards d'une beauté accomplie, méritent encore d'être un objet d'étude pour les artistes. Ces observations peuvent s'appliquer au trépied de marbre que nous examinons. Quoique cet ouvrage ne paroisse qu'une imitation d'un trépied de bronze, et qu'il n'ait été probablement employé qu'à la . icoralion de quelque maison de plaisance romaine , je dirai plus , quoiqu'il n'offre pas dans tous ses détails une égale pureté , non seulement il plaît au premier aspect , par la grâce de l'invention et par la finesse du ciseau , mais il mérite d'être proposé comme un modèle , et dans son ensemble, et dans plusieurs de ses parties.
(i) Ce trépied de marbre pentéliqne est haut d'un mètre, quatorze ceutimètres (trois pieds, six pouces ). 11 avoit été trouvé dans des fouilles près d'Ostie, en 1775 : placé au Vatican , il a été cédé à la France par le Traité de Tolentino. On en peut voir une description fort détaillée dans le septième yol. du Museo Pio- dementino , pi. 4'*
DEL MUSEO FRANCESE • a^Q
On reconnoît facilement que ce trépied appartient à Apollon. La couronne de laurier qui le surmonte , les feuilles d'acanthe , qui en s'élevant comme des arabesques, dessinent dans les intervalles laissés par les soutiens la figure de trois lyres, le carquois suspendu à l'une de ces lyres, et le serpent qui s'entortille à la colonne placée au dessous de la coupe , sont des emblèmes reconnus de cette divinité. Les dauphins sculptés dans la frise font allusion à Apollon Delphique. Le fils de Latone prit la forme d'un dauphin , lorsqu'il voulut donner des ministres à son oracle de Delphes (i). Ces dauphins sont associés à des griffons : entre deux dauphins , on voit une coquille (2) j entre deux griffons , un foyer ardent. Les griffons, monstres hyperboréens consacrés à Phœbus et à d'autres divinités, ont rapport ici à l'origine scythique des anciens interprètes de cet oracle (3).
Tous les ornemens de ce trépied ont été conçus d'une manière ingénieuse et disposés avec sagesse : les bucranes, où têtes décharnées de bœuf,
(i) Homère, ff/mno in Apollinem y r. 4oo ♦ ^' 49^ et seqq.
(2) L'oracle de Delphes , avant que le culte d'ApoUoa y fut établi , avoit appartenu à Neptune : autre motif de placer des symboles du dieu de la mer dans un trépied consacré à Apollon Delphique ( Pausanias , 1. X , c. 5 ).
(3) J'ai indiqué ces rapports dans l'explication de la pi. 14 ) pag. i5 du quatrième volume du Museo Pio-Clemeniino (*).
(*) Ediz, di Roma. Tomo /^, p. loo, edizione di Milano. — Gli Editori.
aSb MONUMENTI
annoncent que cet ouvrage doit servir aux sacrifices. Les pattes de lion ou de griffon indiquent que les autels de ce genre pouvoient être changes de place. La base hexagone et échancrëe a été imaginée pour faciliter Tapproche du sacrificateur. Les têtes de Méduse ; qui ornent le corps de la coupe , sont les symboles de Thorreur religieuse qui doit en éloigner les profanes.
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Autel de Mars (i)
Les autels dont le plan est triangulaire étoient ordinairement destinés k servir de base à des candélabres. Celui-ci étoit consacré à Mars ( V. Tav. XXXVIU, n. i): les Génies, Cupidlnes ^ qui sont sculptés dans les trois bas-reliefs des panneaux , formoient souvent la décoration des candélabres anciens {2). L'un de ces Génies porte sur ses épaules Tépée du dieu de la guerre , mais celte arme est renfermée dans son fourreau. Sur les panneaux , qu'on ne peut pas voir dans la gra-
(i) La hauteur de cet autel , sculpté en marbre pentéliqne , es! de quatre-vingt-sept centimètres ( deux pieds , huit pouces). H éxo'xX. à Venise , et on l'avoit publié dans Pouvrage de Zaunetti , Statue ^ etc. tom. II, pi. 33.
(2) Gruter, pag. 175, n. 4» Museo Pio-Clementino , tom. IV, pi. i5, tom. V, pi. i3 , pag. a3, note (a) (*) , et tom. Vil, pi. 89 et ^o.
O Ediz. di Roma. Tomo f , tat'. 33 , p. 78, nota (i) ediz, di Milano. — Gli Editori.
vure , se trouvent deux autres Génies : l'un soutient un grand bouclier rond, Tautre s'est chargé d'un casque. Ces enfans ne sont point ailés 5 une grande clilarayde militaire flotte sur leurs épaules. Ces bas-reliefs , inventés et exécutés avec beaucoup de goutj ont été sans doute imités de quelque chef-d'œuvre plus ancien. Deux autels parfaitement semblables à celui-ci, qui sont parvenus jusqu'à nous , nous assurent que l'original commun étoit réputé digne d'imitation (i).
Les têtes de bélier qui ornent les coins de Tau-' telj dans la partie supérieure* les griffons qui sont au bas (2)5 les arabesques entremêlés de palmettes , qui remplissent les vides entre ces ornemens , répondent k l'élégance des autres parties de l'ouvrage.
(i) Un de ces autels existe à Rome dans le Musée de Kircher; il a été publié par Bonauni. Maffei en a fait graver un autre appartenant au Musée de Vérone. Mus. Veron. pag. 93.
(2) Quoique les têtes de ces animaux chimériques n'existent plus dans le marbre, le col qui subsiste encore prouve qu'il n'avoient point la forme de Sphinx.
Trépied et Candélabre , ornés de symboles
BACHIQUES (l)
Trépied
Les marbres sculpte's que les anciens clestinoient à l'embellissement de leurs maisons de plaisance et de leurs jardins , portent souvent les attributs de Bacchus , de cette divinité qui présidoit à la fois aux travaux et aux plaisirs de la campagne. Le trépied que nous examinons est de ce nombre (V. Tav. XXX.V1II, n. 2 ). Les rinceaux formés des branches de vigne, sculptés sur les montans^ les Né-
(i) Ce trépied de marbre pentélique, haut d'un mètre, cinquante-deux centimètres, fut trouvé, pendant le siècle dernier, parmi les ruines de la Villa Adriana à Tivoli: il passa dans le Musée du Capitole, d'où il a été tiré. Le comte de Cajius en a donné un croquis dans le deuxième volume de son Recueil, pi. 53; et Tabbé Foggini l'a publié dans le quatrième volume du Museo Capi/olino , à la fin de rexplication des vignettes. 11 y a plusieurs restaurations , particulièrement aux bords de la lasse , et aux chapiteaux des montants.
Le candélabre, de marbre pentéHque , tué du Vatican, est haut de deux mètres , soixante-seize centimètres. 11 avoit été trouvé à Naples ; et j'en ai donné une description dans le vol. VU du Mu^eo Pio-Clementino , pi. 38. La coupe est moderne, ainsi que les feuilles d'acanthe renversées qui réunissent la tige à la base. Elles ont été imitées d'après d'autres candélabres antiques.
léides qui en forment les chapiteaux (i)- les pattes de lion qui décorent la base , et les têtes de ce même animal, exécutées autour de la coupe ^ sont autant de symboles qu'on retrouve souvent sur les monumens bachiques. L'union que la mythologie avoit établie entre le dieu des vendanges et les Naïades , nous explique Imvention ingénieuse par laquelle ce trépied a servi de fontaine. L'eau qui sortoit à gros bouillons du fond de la coupe tenoit lieu de la flamme qui auroit dû y brûler: le balustre cannelé qu'on voit au milieu des montants cachoit le tuyau par où l'eau s'elevoit et les masques de lion servoient à la répandre.
Ce monument est d'une belle proportion, et les sculptures qui l'ornent sont exécutées d'une touche ferme et facile.
Candélabre
Les symboles de Bacchus sont encore moins équivoques sur le candélabre qu'on voit dessiné auprès du trépied. L'élégance de ses profils , la grandeur de ses dimensions, la beauté et la varieté de ses ornemens , en font un des morceaux les plus curieux et les plus rares de son genre. Il est principalement remarquable par la forme de sa tige , qui ressemble à une colonne égyptienne,
(i) Un seul de ces chapiteaux est antique j les monstres, au milieu desquels est la Néréide , paroissent des chevaux manns, mais étant fort dégradés, le sculpteur moderne ne les a pas exactement imités dans les deux autres chapiteaux.
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en ce qu'elle osi terminée à Textréraité inférieure par un segment de sphère. Cette forme paroît justifier Topinion de l'antiquité , qui donnoit une origine égyptienne aux lampes (i), et par conséquent aux candélabres qui en étoient les supports.
Les attributs de Bacchus peuvent faire conjecturer que celui-ci a été destiné à éclairer quelqu une des fêtes nocturnes et bruyantes que le paganisnie célébroit en l'honneur de ce dieu.
Le candélabre étoit chez les Grecs un des symboles du soleil, et l'on sait que, suivant l'opinion de plusieurs mylliologistes j Bacchus et le soleil n'étoient qu'une même divinité. Ce rapprochement donneroit une autre explication du choix qu'a fait l'artiste des attributs de Bacchus pour l'ornement d'un candélabre : mais je pre'fère la première opinion ^ comme la plus probable.
La tige est divisée en cinq bandes : la première est enveloppée de larges feuilles d'acanthe : celle qui est au-dessus est revêtue de feuilles de lierre, et de leurs fleurs ou corymbes : la troisième porte un bas-relief qui représente un chœur de Bacchantes : la quatrième est sillonée par des cannelures : la plus élevée est encore revêtue d'un tissu de feuilles qui ressemblent à celles du laurier : on retrouve les feuilles d'acanthe autour du chapiteau qui soutient la coupe.
La base carrée du candélabre est antique: mais elle a fait partie de quelque autre monument^ elle
(i) Clément d'Alexandrie attribue aux Égyptiens l'invention des lanspes. Stroma t. ^ 1. 1 , § i6, p. i32. Ils y faisoicnt brûler de l'huile de ricin. Hérodote, 1. II , c. 94-
convient cependant à l'ensemble par ses dimensions, ainsi que par le goût des ornemens. Un feston, entrelacé de bandelettes et de feuilles de cbêne avec des glands, la serre des quatre côte's: les pieds qui la supportent imitent les pattes d'un tigre marin , monstre idéal souvent répété sur les bas-reliefs qui ont pour sujet des bacchanales célébrées par les Néréides.
La seguente descrizione di P^asi antichi ec. è estratta dall' opera intitolata Notice des dessins originaux du Musée central des Arts^ secondé partie , Paris, An X^ da car. ii5 a 124. Noi la poniamo in seguito alla Descrizione di antichi Monumenti ec. del Museo Francese per la stretta relazione che ha colla medesima ; e vi aggiungiamo alcune Osservazioni fattevi dal eh. Eaoul-Rochettd , con che si aggiunge un nuoyo lustro alla nostra edizione.
Gli Editori.