‹ Opere varie, italiane e francesiChapitre 9 sur 122 · AL · texte numérisé non relu

AL

JeUìNE VAI^QUEUR A LA COURSE DIT LE TIREUR d'ÉPINE

Statue (i)

Ce bronze (V. Tav. XXIII, n. i ), l'ini des mieux conserves parmi les oionumens des arts de la Grèce, placé depuis plusieurs siècles au Capitole, a été le sujet de quelques contes, non seulement dépourvus de tout fondement, mais que le sLyle noble et simple de cette figure pouvoit convaincre d'anacbronisme. Le vulgaire croyoit y voir un jeune berger , qui k Tépoque des guerres intestines du moyen âge , envoyé à la découverte des ennemis, revint rendre compte h Rome de ce qu'il avoit vu , sans prendre le moindre repos pendant sa

(r) Ce bronze, qui étoit placé à Rome dans le palais lies Conser^'atcurs au Capitole, fut cédé à la France par le Traile de Tolentino 11 est haut de sept décimètres, six centimètres (deux pieds, quatre pouces); la fonte en est belle et nette : il y a cependant des pièces de rapport pour remédier à quelques défauts \ ces pièces sont attachées avec beaucoup d'art par des jonctions en queue d'aronde. Quelques trous occasionnés par le temps ont été bouchés avec soin dans le seizième siècle. Le rocher de bronze sur lequel la figure est assise est entièrement antique, et de la même fonte. Les yeux sont creux, ce qui prouve qu'ils éloient anciennement d'une autre matière , probablement d'argent. L'école grecque ne négligeoit presque jamais cette recherche dans les ouvrages de bronze.

l64 MONUMENTI

marche, quoiqu'une épine se fût fixée dans son pied (i).

L'antiquité incontestable de cet ouvrage me porte à croire qu*'il représente un jeune vainqueur aux courses du stade ^ qui vraisemblablement avoit éprouvé en courant le même accident que le prétendu explorateur , et qui malgré ce désavantage venoit de remporter la palme. L'usage de rappeler par la pose où par l'action des statues militaires et athlétiques quelqu'une des circonstances qui avoient accompagné la victoire , s'étoit établi dans la Grèce vers la centième olympiade , à l'occasion de Cil abri as (2). La course des garçons d'un âge tendre , tels que le nôtre ^ avoit commencé dans les jeux d'OIympie à la trente-septième (3) j et plusieurs statues de ces jeunes vainqueurs se voyoient dans le bois sacré de Jupiter (4). La nudité absolue de cette figure convient à la statue d'un athlète (5). Ses formes, quoiqu'un peu

(i) Voyez les explications de P. A. Maffei aux Slaïues de Rome, par D. de Rossi, pi. 23- Cet antiquaire, fondé sur une leçon erronée d'un passage de Pline { XXXIV, § XIX, 9), croit retrouver dans notre bronze le spîntharuni pcntathluni , qu'il ht spinariLtii ou spiuariuni pentathlum , ouvrage de Télcphane , Phocéen.

(2) C'est ainsi que je crois pouvoir entendre le passage suivant de Cornélius Népos ( Cliabrlas , 1. 3): Ex quo factum est ut postea athlctae cvierique artifices his staiibus in statuis ponendis ntcrcntur in quibus i-icloria/n esicnt adepti,

(3) Pausanias , v. 8.

(4) Pausanias, v. i et 'i.

(5) Les coureurs du stade étoit absolument nus depuis la quinzième olympiade (Aleursius, Miscel. Lacoii., IV, 18).

DEL MUSEO FRANCESE l65

maigres, réunissent à beaucoup d'élégance la vérité la plus exacte : on diroit que le modèle a été moulé sur la nature vivante. La pose du jeune homme, qui assis et courbé paroît mettre toute son attention à tirer une épine de son pied gauche, qu'il tient posé sur le genou, est d'une naïveté et d'une grâce qu'on ne se lasse point d'admirer. Cet ouvrage peut avoir été exécuté dans les soixante années qui s'écoulèrent entre l'âge de Chabrias, où l'on commença à faire les statues des athlètes dans des attitudes caractéristiques, et celui de Lysippe , dont le style plus moelleux et plus ideal parut marquer les dernières bornes de l'art (i).

(i) L'action de Chabrias , qu'on avoit voulu rappeler par la pose de sa statue , ainsi que la victoire qui en avoit été la suite, avoit eu lieu la quatrième année de la centième olympiade (Diodore, XV, S 82): et Pline assigne à Lysippe la Cent quatorzième (XXXIV, S XIX).

l66 MONUMENTI

Enfant a l'oie

Gìoiipe (i)

Winckelmanii (2) a reconnu dans un groupe semblable à celui-ci ( V. Tav. XXIII , n. 2 ) la copie d'un bronze exécutée par Boëthus, statuaire carthaginois, et décrit par Pline (3). Cétoit un enfant serrant le cou d'une oie, et dont l'action, suivant les termes de cet écrivain , étoit exprimée admirablement. Cette conjecture heureuse a reçu un nouveau poids par la découverte du groupe dont il est ici question , et de deux autres pareils

(i) Ce groupe, sculpté en marbre pentélique , haut de neuf décimètres, deux centimètres (deux pieds, dix pouces ) fut déterré l'an 1789 dans l'endroit appelé Roma vecchia , h une lieue et demie de Rome , sur l'ancienne voie Appienne, oil étoit le Pagus Lemonius. Voyez l'élégante dissertation de M. l'abbé Riccy, qui a pour titre del Pago Lemonìo , etc. , imprimée à Rome en 1802 , in-4. La tête de l'enfant et celle de l'oie sont modernes (*).

(2) Histoire de l'art, t. II, p. 121 de l'édit. italienne, soignée à Rome par M. Fea. Le groupe dont Winckelmann a parlé se voit au Capitole; on l'a gravé dans l'ouvrage intitulé: Museo Capitolino, t. Ili, pi. 64. C'est le seul de ces groupes où la tête de l'enfant soit antique.

(3) Boè'thi , (jiinnqiiam argento nielioris , puer eximie anserem strnngulans. XXXIV, § XIX, aS.

O ^. // vol. I di queste Opere, etc., pag. 179 c 187. — Gli Editori.

DEL MUSEO FRANCESE ign

trouvés de nos jours aux environs de Rome (i): car rien n'établit mieux la célébrité d'un ouvrage original , que le nombre des anciennes copies qui en sont parvenues jusqu'à nous. On a même observé que les originaux exposés à Rome étoient ceux qu'on répétoit le plus souvent. Tel étoit le bronze de Boëthus , placé^ à ce qui paroît ^ dans la grande collection dont Vespasien a voit enrichi le temple consacré par lui h la déesse de la Paix.

Rien de plus gracieux que le mouvement de l'enfant: la touche facile de cet ouvrage prouve qu'il a dà être exécuté dans un temps où les arts des Grecs florissoient à Rome, et qu'il a par conséquent précédé la fin du second siècle de l'ère chrétienne.

Ce Boëthus , renommé par des ouvrages d'orfèvrerie, paroît avoir excellé dans l'imitation des enfans , puisqu'il est fait mention d'un enfant de bronze doré , ouvrage du même maître , placé dans le temple de Junon à Olympia (a).

Bottari pensoit que cet enfant groupé avec une oie étoit le symbole , ou le génie de l'hiver. l\ me paroît plus vraisemblable que l'usage suivi par les anciens de donner des oies aux enfans , pour

(i) V. l'ouvrage cité de M. l'abbé Riccy, p. i32, i4i (*)• (2) Pausanias, v. 17. Ce Boëthus, dont on voyoit plusieurs ouvrages dans la Grèce ( Fr. Junius en donne l'énutnération ) , vivoit probablement à l'époque de la destruction de Carthage et de la dispersion de ses habltans. On peut conjecturer que sou nom grec , Boèihus , n'étoit que la traduction d'un nom carthaginois,' tel c^ Azarhal ou quelque autre semblable.

(*) E nel l'ol. I di queste Opere ai II. ce. — Gli Editori.

l68 MONUMENTI

leur amusement (i) ^ inspiré à l'artiste l'idée de cette charmante composition j qui d'ailleurs peut s'adapter d'une manière naturelle et ingénieuse à l'ornement d'une fontaine (2).

(i) Pai parlé de cet usage dans les explications du Museo Pio-Clementino , tom. Ili, pi. 36, et j'en ai donné la preuve par un passage de Plautc ( Captivi , act. V, se. IV, V. 6 ). Les trois répétitions du même groupe , trouvées ensemble au Pagus Lemonius , prouvent que cet enfant n'étoit pas l'un des génies des saisons : dans ce cas , les deux autres auroient présenté des attributs différens. D'ailleurs ces génies sont ailés dans la plupart des monumens qui les représentent, et l'enfant de ce groupe est sans ailes.

(2) Aldrovandi, Statue^ p. 187, parle d'un groupe semblable qui servoit de fontaine dans le jardin du cardinal Cesi. Les restaurations modernes empêchent de voir , dans notre groupe, s'il y avoit un trou pour le tuyau qui auroit dû passer dans le cou de l'oie. Un petit Cupidon en bronze dans la même action , mais non pas dans la même pose, sert d'ornement à une lampe antique en bronze, gravée parmi celles àP Herculanum , pi. IX.

XLn.

La Joueur d'osselets

Statue (i)

Lorsque les artistes grecs peignoient des héroïnes, des nymphes et même des déesses dans la jBleur de la jeunesse , ils les représentoient souvent s'amusant à quelqu'un de ces jeux simples et innocens dont la nature fournit seule les instrumens sans la participation de l'art (2) , et particulièrement au jeu des osselets , que les anciens appeloient astragales , ou tali ^ et dont les quatre faces , assez distinctes , offrent une espèce de na-

(i) Cette statue de marbre grec à petit grain , que'Jes marbriers romains appellent grechetto ^ est haute de sept décimètres, quatre centimètres ( deux pieds, deux'pouces), et elle a six décimètres , cinq centimètres ( deux pieds ) de longueur. Elle fut découverte à Rome sur le mont Célius vers l'an lySo, et M. Vleughels, directeur ^de l'Académie de France, en fît l'acquisition (Ficoroni, de' Tali, etc., p. i54 )• Elle passa ensuite dans la collection du cardinal de Polignac , et enfin dans celle du roi de Prusse à Charlottenbourg.' S. M. l'Empereur, de retour de sa glorieuse expédition de 1807 , la fit placer dans le Musée Napoléon. La main droite de la statue est moderne, ainsi que le cou, l'épaule gauche, et les deux osselets qu'on voit isolés sur la plinthe; mais ceux-ci ont été rétablis sur les indications anciennes. La têtej, quoiqu'ayant été détachée , appartient évidemment à la figure.

(2) Pausanias, I. VI, cap. 24, et 1. X, c. 3o ; Pittare d'Er colano , t. I , pi. 4.

turel (i). Les statuaires représentoient aussi quelquefois les jeunes garçons se livrant au même amusement; on connoît , du moins par tradition , le groupe de Policlète , auquel on donna le nom d^Jstraonlizontes, purcequ'il représentoit deux enfants occupes à jouer aux osselets (2).

Quoique les écrivains de l'antiquité ne nous aient transmis le souvenir d'aucune statue de joueuse d'osselets , aussi célèbre que le groupe des /htragalizontcs , plusieurs morceaux de sculpture antique prouvent qu'il en existoit une aussi connue à Rome que le groupe de Polyclète. Nous avons encore six répétitions antiques de cette statue; et le Musée Napoléon possède les deux plus Lelles (3).

(r) On peut consulter Meursius de Liidis Graecoruni , V. Aarpcxyoc'ktcr^ioç ^ Soutenus, Palamedes , 1. 1 , c. 25 à 29, l'un et l'autre dans le A'^II vol. du Trésor de Gronovlus , et sur-tout l'opuscule italien de Ficoroni , qui a pour titre: de' Tali ed altri strumenti lusorj , Rome, i734i ui-4. Le mot grec àar piyoCkoi ^ astragale, et le latin talus ^ désignent un petit OS du pied des (juadrupèdes fissipèdes, qui s'emboîte dans celui de la jambe, et qui est le premier du tarse. Voyez les articles astragale et osselets dans le Dictionnaire d^antiquitês par M. Mongez.

(2) Pline, 1. XXXIV, § 19, n. 2. Wiuckelmann a cru retrouver quelques imitations antiques de ce grou[)e.

(3) J'ai piouvé ailleurs que la Venus dite à la coquille, de la Pailla Borghese, qui est maintenant au Musée Kapolcoi) , n'étoit qu'une joueuse d'osselets ( Sculuire della Filla Borghese j st. IV, n. ii ). Deux autres figures pareilles à la statue que nous examinons furent trouvées à Rome en 1765, dans l'emplacement des jardins de Salluste : elles étoient s tns tête, et passèrent dans la collection du général Walmoden ( Winckelmann , Hisi. de l'art ,

On pourroit conjecturer qu'un tableau de Polygnote , qui avoit peint à Delphes les filles de Pandare.*, jouant aux osselets (i) , a fourni aux statuaires grecs la première idee de cette jolie attitude qu'on a répétée, tantôt pour des sujets mythologiques , tantôt , comme ici ( V. Tav. XXIV ), pour un portrait. On ignore si Tartiste qui a exécuté cette figure avec tant de grâces et un fini si précieux a été le premier à imiter foriginal de Polygnote , pour en faire le portrait d'une jeune personne. Ce qu'on ne craint pas d'assurer , c'est que cette statue est la plus parfaite des six.

La coiffure ^ qui est semblable à celle de quelques portraits de femmes grecques (2) peut faire croire que le personnage étoit né dans la patrie des arts.

On admire dans les traits du visage l'expression naïve de l'attention et d'une tristesse qui n'est pas celle de l'ennui. La jeune fille, assise à terre, vient de jeter deux osselets de sa main droite, j qui est étendue et ouverte ; deux autres sont sous la main gauche , sur laquelle elle s'appuie (3). Les plis de

I. XI, c. 3, § 18 de fcd. de M. Fea ). L'une des deux a été gravée dans le Recueil de Cavaceppi, t. I, pi. 60. Une cinquième statue semblable est dans la galerie de Dresde , et une sixième étoit dans le palais Colonna , oh on 1 avoit restaurée en lui donnant le caractère d'une Niobide.

(i) Pausanlas, 1. X, c. 3o.

(2 A celle d'Aspasie , dans le Musée Pio-Cleraentin , tom. VI, pi, 3o ; à celle de Bérénice, sur ses médailles frappées à Cyrène , etc.

(3) L'usage le plus ordinaire étoit de jouer ce jeu avec quatre osselets.

in 2 MONUMENTI

la tunique , assujettis par la ceinture , se prêtent avec aisance au mouvement des épaules et à Tinclination du corps : cette inclination motive la disposition de la draperie sur le devant: les bouts de la tunique , qui s'attaclioient au-dessus de Yépaule gauche, retombent sur l'avant-bras, et découvrent ainsi un sein naissant et des formes gracieuses. La main qui couvre les osselets est une des plus belles qu'on remarque dans l'antique. Les contours du bras sont tels qu'il convient à l'âge de la personne : on n'a pas cherché à les embellir par des formes qui tiennent du style idéal; on s'est attaché seulement à les rendre avec une extrême pureté.

Une autre statue , qui est dans la même attitude j et qui représente une nymphe , est vêtue d'une tunique lacédémonienne , dont les pans séparés laissent à découvert la cuisse et la jambe droite. Cette disposition , qui rendoit peut-être plus exactement le costume de la Pandaride de Polygnote , a été changée dans la première statue , qui étant indubitablement un portrait , exigeoit plus de décence.

DEL MUSEO FRANCESE in£

Victoire choragique

Bas-relief (i)

La déesse que nous voyons dans ce monument ( V. Tav. XXV ) , se balançant sur ses ailes déployées et touchant à peine la terre de la pointe des pieds , est sans doute la Victoire. Le jeune homme enveloppé dans un long manteau qui, descendant de l'épaule gauche, se serre autour de la taille et laisse à découvert le bras droit, a la jeunesse d'Apollon , il en a la chevelure, et ce qui n'est pas moins caractéristique , il en tient dans la main la lyre. Un couvercle hémisphérique fait pour surmonter un trépied , et du genre de ceux que les anciens connoissoient sous le nom de cortina (2), est placé par terre entre les deux figures. Si le sujet de ce bas-relief ne se retrouvoit pas dans d'autres monuments , ou si du moins il se représentoit dans des répétitions sans aucune varieté bien importante , on pour roi t penser que la Victoire, versant du vin dans une tasse et le présentant au destructeur de Python , ne seroit qu'une

(r) Ce bas-relief en marbre de Paros , de quatre décimètres , sept ceutimètres (un pied, cinq pouces ) en carré, est de la plus parfaite conservation.

(2) Tout ce qui a rapport à cette partie diàs trépieds a été expliqué de la manière la plus lumineuse par Schott. Apoth. Honieri , c. 5.

I'y4 MONUMENTI

alk'goric relative au triomphe de ce dieu. Apollon auroit joint les accords de sa lyre au Peaii où à l'hymne de victoire que les nymphes du Pliste auroient chanté en son honneurj le tre'pied ou sa cortina seroit l'emblème de l'oracle de Delphes , dont la mort du serpent assure la possession éternelle au fils de Latone.

Combien la vraisemblance est quelque fois éloignée de la vérité î Cette explication , qui appliquée à ce monument pourroit paroître assez heureuse , ne s'accorde cependant ni avec les figures , ni avec les accessoires de plusieurs autres bas-reliefs semblables à celui-ci, où la Victoire, toujours dans la même action et dans la même attitude j paroît être la figure principale (i). Dans les mis on voit,

(i) Cinq de ces bas-reliefs appartiennent au Musée Napoléon. M. Piroli en a fuit graver quatre dans le IV vol. des Monumens antique^ de ce Musée, pi. 7 à 10; le cinquiènoe a été publié par Winckelmann , Mon. inéd. n. 28 , et dans celui-ci c'est Diane et non Apollon qui reçoit la tosse des mains de la Victoire. Tous , excepté celui que nous expliquons, sont tiiés de la F^illa albani ^ où l'on en voit encore un sixième qui a été gravé dans l'édit. romaine de \' Histoire des arts , etc. , par Winckelmann , tom. Il, pag. 162. Celui oil se trouve la figure d'Amphitryon , précédée de celle d'une prêtresse , et présentant sa lasse à la Victoire qui verse le vin d'un vase, comme sur tous les monumens déjà cités , appartient à la même collection ; on en peut voir le dessin gravé et les inscriptions expliquées dans la dissertation du P. Corsini , ayant jiour titre Hercidis quics et cxpiatio ; dans Montfaucoii , A. E. , t. 1, p. Il, pi, i^i; dans les Iscrizioni /ilhanc de ?>i. G. Marini , et plus particulièrement , pour cette par-

DEL MUiiEO FR.ANCESE I-yS

aii lieu de la cortina^ le liépied élevé sur un autel j ou ce qui est plus singulier, sur le haut trune colonne (i) j dans quelques autres la statue d'un dieu ou d'un héros est placée auprès de la Victoire (2) : tantôt le personnage qui joue de la lyre est suivi par des déesses (3) : tantôt la figure à qui la Victoire présente une tasse n'est plus|Apollon , mais Diane (4); tantôt enfin ce peisonnage n'est plus un dieu, c'est un mortel, c'est Amphitryon (5). Le monument remarquable où l'on voit ce héros, est accompagné d'inscriptions grecques: ces inscriptions nous donnent le mot de l'énigme. En effet, elles nous apprennent que le bas-relief représente la dédicace d'un trépied faite par Amphitryon, dans le temple d'Apollon à Thèbes, à l'occasion d'une pompe sacrée où le jeune Alcide avoit rempH les fonctions de Daphnéphore (6). Le trépied étoit la délie , dans mon ouvrage sur le Museo Pio-Clementi no , toai. IV, p. 178 (*).

(1) Morrnm. antiq. du Musée Napoléon^ t. IV, pi. y; Winckelmann, Hist. des arts. loc. cit.

{'>.) Dans les monumens cités à la note précédente , et dans Irt pi. 8 du Musée Napoléon , loc. cit. , on y voit aussi des autels.

(3) Dans presque tous les monuraens cités.

(4) Voyez la note (i) pag. 174.

(5) Les auteurs qui ont parlé de ce bas-relief sont cités ci dessus à la note (i) pag, i^4-

(6j Le Dapnéphore, à Thèbes , étoit un jeune homme distingué par sa naissance et par sa beauté , qui , couronné de laurier, remplissoit pendant une année les fonctions de prêtre dans les cérémonies d'Apollon Isménien. Pausnn. IX, 10.

C) Edizione di Roma. T. IV. pag. -ì^q edizione di Milano. — . Gli Editori.

jiouillc des Télcboens domtés j)ar le mari d'Alcmène (i). Ce trait de lumière éclaire tous les monumens du même genre. L'action de verser le vin n'est ici que l'emblème des libations qui accompagnoient la conse'cration des trépieds. La figure de la Victoire indique Toccasion et le motif de la consécration. Cette Victoire n'est , dans la plupart des bas-reliefs en question , qu'une image allégorique de celle qui a été remportée dans des jeux de la Grèce • le trépied sur le sommet d'une colonne en est la preuve. C'étoit l'usage dans les villes giecques , et principalement à Athènes , de consacrer aux dieux les trépieds qui étoient les prix de ces sortes de victoires (2) j c'étoit encore l'usage de les placer sur des colonnes ou sur le faîte de quelques édifices qu'on bàtissoit exprès (3). Les jeux où l'on oblenoit ce prix étoient ordinairement les combats ou les concours des chœurs de musique (4). Les principales circonstances de ces fêtes publiques sont rappelées dans les monumens dont nous parlons. Les autels et les statues indiquent les sacrifices qui avoient lieu dans ces concours , où la poésie j la musique , le chant et

(i) Hérodote, V, c. Sg.

(2) Lysias , p. 698, éd. de Reiske ; Plutarch. in Nicla.

(3) Tels sont les monumens de Lysicrate et de Thrasylle qui existent encore à Athènes. Stuart, Antiqu. of yithcn.^ tom. I , cb. 1 V , et tom. II, ch. IV. Ce voyageur a observé dans le même endroit des colonnes avec un tailloir triangulaire pour soutenir des trépieds , tom. II , pag. 3i.

(4) C'est ce que prouvent les inscriptions des monumens d'Alhèaes indiqués dans la note précédente , et les autorités rapportées par Stuart, aux endroits cités ci-dessus.

DEL MUSEO FRANCESE inm

la danse étaloient h l'envi lous leurs charmes. Les joueurs de lyre recevoient des mains de la Victoire le vin des libations (i). Si ces figures sont accompagnées de quelques autres qui soient ornées des attributs de différentes divinités , c'est que les chœurs réunissoient aux accords de la musique le spectacle imposant d'une pompe ou d'une procession solennelle (2) , où les personnes des deux sexes qui les composoient prenoient le costume des dieux et des déesses (3). La figure qui représente Apollon, y joue ordinairement le premier rôle, probablement parceque dans les fêtes d'Athènes appelées Thargélies c'étoit dans le temple d'Apollon Pythien que les vainqueurs dédioient le trépied qui avoit été le prix de leur victoire (4)- Le chorège qui faisoit les frais de la cérémonie étoit celui qui remportoit le plus de gloire dans le succès. Il tâchoit d'en immortaliser la mémoire et par des monumens et par des inscriptions.

Telle est sans doute l'origine du bas-relief que nous examinons. Parmi les monumens qui présen-

(i) Ces libations étoient regardées comme si essentielles à la cérémonie , que dans la frise d'un monument choragique d'Athènes , duquel il ne reste que des fragmens , on voit plusieurs génies des chœurs portant alteniativeraent, l'un un trépied , l'autre la tasse et le vase pour les libations. Stuart en a publié uoe partie dans la vignette du ch. IV, tom. II.

(2) Porphyr, de abstin. lib, II ; Meurs. , Graecia fer. , v. Tliargelia.

(3) Xenophon d'Éphèse , liv. I; Polyen, VIII, 59.

(4) Suidas, V. nûâiov. Cet usage faisoit donner à ces trépieds Pépithète de choragiques.

Vise. Op. mr. T. IV. 12

tent le même sujet, quelques uns peuvent intéresser davantage par le nombre des figures et par la variété des accevssoires • celui-ci les surpasse tous par la grâce de l'exécution et par la finesse du travail. Il ofTre un exemple du style de l'ancienne école grecque , style qui se fait toujours remarquer dans ce genre de monumens , soit qu'ils datent des plus anciens temps de Fart , soit que la manière de ces temps y ait été imitée. L'on peut croire que le motif pour lequel les vieux prototypes ont toujours été suivis , c'est que l'usage de consacrer ces petits monumens étoit antérieur à Phidias (i). Le type une fois établi, les artistes des siècles suivans se firent un devoir de ne pas s'éloigner de l'exemple des anciens. Ce style recommandable, malgré sa roideur, par beaucoup de naïveté et de grâces . avoit été consacré par l'habitude , et il étoit devenu plus vénérable par son antiquité.

(i) Plutarque fait mention d^un monument de ce genre, avec une inscription: Vie de Thémistocle.

DEL MUSEO FRANCESE ing

POSIDIPPE

Statue ( I )

Ce poëte macédonien, natif de la ville de Cassandre'e, se distingua sur les traces de Monandre parmi les auteurs de la nouvelle come'die (2). Il floiissoit sous les successeurs d'Alexandre: les anciens faisoient cas de ses pièces, et ils nous en ont conservé quelques fragments , dont les pensées et le style annoncent un écrivain élégant et morai (3).

Pausanias nous apprend que le théâtre d'Athènes étoit encore de son temps rempli de statues

(1) Cette statue et celle de Ménaadre qui en est le pendant (*) , furent tlécouvertes sous le règne de Sixte V sur le mont T'iininalis à Rome, dans une salle ronde qu'on a cru -appartenir au* thermes d'Olympias {Meni, di Pietro S. Bartolì , n. 2g; Nardlni, R. V. ^ IV, 4)- ^^ hauteur de la^figurei'assise est d'un mètre, cinq décimètres, quatre centimètres (quatre pieds, neuf pouces). Ces deux statues, de marbre pentélique, qui avoient orné long-temps le jardin de Sixte V, ont été tirées du Vatican, et cédées à la France par le Traité de Tolentino.

(2) Suidas , V. noTt'rîtwCToç. Il vivoit environ trois cent trente ans avant l'ère chrétienne.

(3) Athénée en cite souvent des morceaux. Aulu-Gelle parle des auteurs latins qui l'avoient imité ( II , 23 ).

O Museo rio-Clenieiitiiio , tomo III, tav. XFl e tav. XV. — Gli Editori.

l80 MONUMENTI

représentant les poètes tragiques ou comiques les plus distingués j mais qu'il y en avoit quelques uns dans le nombre qu'on s'étonnoit de voir partager cet honneur avec les Sophocle et les Ménandre (i).

Cette statue est remarquable par la parfaite conservation de toutes ses parties , ainsi que par la rare simplicité de la composition. On voit un homme, paroissant méditer, assis sur un siège à dossier, semblable à ceux qui étoient en usage chez les gens de lettres (2). Sa tunique grecque, son pallium carré, ses brodequins, sa bague, tout nous représente avec exactitude le costume athénien. La pose ainsi que la physionomie expriment bien le recueillement 5 et quoique l'exécution de quelques parties ne paroisse qu'ébauchée (3) , la vérité de l'ensemble ne laisse rien à désirer.

Ce style large convenoit à des statues qui dévoient être placées dans une vaste enceinte, telle que celle du théâtre d'Athènes 5 et plusieurs motifs peuvent nous persuader que celle-ci a eu autrefois une pareille destination. J'en remarquerai

(1) Pausanias, 1 , 21.

(2) La statue de Metlius Epaphroditus , grammairien grec, Jes figures de Clio et d'Uranie, gravées dans le recueil d'Herculanum, et qu'on volt maintenant dans'le Cabinet de S. M. l'Impératrice, à la Malmaison , sont assises sur des sièges semblables , qui paroissent , par un passage de PoUux, avoir porté le nom ^//txûjtXta Hémicycles ^'' iwé de la forme en demi-cercle de leur dossier ( VI , § 9 ).

(3) Winckelmann a méconnu cette simplicité de touche, jusqu'au point de croire que les parties saillantes de ces plis avoient été émoussées par des retouches modernes ( Trait, prélim. aux Mon. incd., pi, LXXVII).

DEL MUSEO FRANCESE l8l

deux qui ne sont point équivoques: i.° le goujon de fer inséré dans l'occiput , et dont l'emploi étoit d'y établir un grand disque ou auréole de cuivre, servant à abritrer la tête de la statue. Les Athéniens faisoient usage de cette pièce pour mieux conserver la propreté des statues exposées au grand air (i). 2.*^ Les vestiges des plaques de cuivre qui recouvroient les jambes et les pieds jusqu'à la hauteur du brodequin , et les garantissoient de l'attouchement et du frottement de la foule (2). .

En vain objecteroit-on que ces statues ont été trouvées à Rome. L'ancien édifice dans les ruines duquel ces antiques ont été découvertes ne datoit que du quatrième siècle (3) j et nous savons qu'on

(() Hesychius, v. M/îvt'o-Kot, Schol. Aristophan., Avib.^ V. II 14.

(2) C'est la précaution qu'on a prise à Rome pour la statue du Sauveur, par Michel-Ange, à l'e'glise dite de la Minerve.

(3) Olympias, dont les thermes se trouvoient , suivant les actes interpolés du martyre de Saint Laurent , dans la partie même du mont P'iminalis où la fouille a été faite ; cette Olympias , dis-je , étoit fille d'Ablavius , et fiancée à Constant, troisième fils de Constantin-le-Grand, qui avoit eu Rome et l'Italie pour son partage. Olympias , dix ans après la mort de cet empereur, fut mariée par Constance à un roi d'Arménie (Tillemont , Hist. des Eni' pereurs. Constantin, art. LX , Constance, art, XVIII). Nardini n'avoit donc pas eu raison de dire ( loc. cit. ) : Quae auteni illa fuerit Olympia; , ne conjectura quidem quisqitam hactenus assequi po'uit , nedum certuni aliquid de ea expiscari. 11 paroît vraisemblable qu'Ablavius luimême qui avoit été long-temps préfet de Rome , et tout puissant sous Constantin, avoit fait bâtir ces thermes auxquels il avoit donné le nom de sa fille, destinée à devenir impératrice.

l82 MONUMENTI

n'avoit pas encore cessé h. cette époque de clcpouiller l'ancienne patrie des arts de ses plus précieux ornemens.

Le nom grec n02EIAinn02 , Posidippe , nous fait connoître le personnage représenté dans ce marbre. Il est écrit en grands caractères sur le devant de la plinthe (i).

(i) 11 est bon d'observer que, malgré cette inscription, la manie des antiquaires du dix-septième siècle , de ne retrouver dans les monumens des arts que des sujets d'histoire romaine , avoit lait donner à cette statue le nom de Sylla , et celui de Marius à la statue de Monandre.

DEL MUSEO FRANCESE i83

Ménandre

Statue ( 1 )

Le premier coup d'œll sufBt pour reconnoître que cette statue est le pendant de celle de Posidippe. La qualité du marbre, les dimensions, les sie'ges et le costume sont absolument les mêmes dans l'une et dans l'autre. Il est permis de croire d'après cela que cette figure est celle d'un poëte, vraisemblablement d'un auteur dramatique, et que le sujet ne sauroit appartenir à un âge beaucoup plus ancien que celui de Posidippe. Les circonstances qui nous ont persuade's que la statue de Posidippe avoit été placée autrefois dans le théâtre d'Athènes , se représentent pour nous faire porter sur celle-ci le même jugement. Mêmes ves-

(i) Cette statue surpasse en hauteur celle de Posidippe presque d'un décimètre : le marchepied sur lequel la figure s'élève est la cause de cette différence; il est probable que l'on a donné cet accessoire à la figure de Ménandre, pour faire sentir la supériorité de ce poëte sur ies confrères. Cependant la proportion des deux statues est exactement la même ; elle est d'un mètre , neuf décimètres et cinq centimètres (environ de six pieds). Ces deux monumens en marbre pentélique , trouvés l'un et l'autre dans la même fouille dont nous avons parlé au sujet de Posidippe , ont appartenu successivement aux mêmes collections. L'avant-bras gauche et le rouleau sont modernes dans la figure de Ménandre.

l84 MONUMENTI

liges d'un ménisque ou d'une auréole sur la tête (i)mêmes pre'caulions pour garantir le bas de la statue , par le moyen de plaques de bronze clouées sur le marbre , des dégradations que le frottement de la foule pouvoit occasionner; d'ailleurs le menton sans barbe , comme dans le portrait de Posidippe , est une preuve que les sujets représentés n'ont pas devancé le siècle d'Alexandre-le-Giandj et nous connoissons l'âge où Posidippe a vécu.

Nul doute que le nom de ce personnage n'ait été anciennement gravé au bas de la figure , et sur le devant de la plinthe , ainsi que nous l'avons vu dans la statue de Posidippe : mais le temps n'a point épargné ici cette partie du monument j et je n'aurois à présenter que des conjectures bien vagues j si un morceau unique, jadis de la collection Farnese, ne m'eût fait reconnoître que le portrait en question est celui de Ménandre. La physionomie que l'inscription grecque du monument farnesien nous autorise à regarder comme celle de ce prince de la comédie , se retrouve, mieux développée h la vérité, mais absolument la même , dans la tête de notre statue (2).

Cette fois donc les beaux-arts ont été plus heureux que les lettres. Le poëte athénien semble vivre et respirer encore dans le marbre, tandis que les nombreux monumens de son génie n'ont

(1) L'acci'oisseraent cause par la rouille du goujon de fer qui fixoit le mâiisque , avolt fait éclater les têtes des deux statues dans le sens des couches dont le marbre pentélique est composé i Museo Pio-Clementino ^ tomo III, pi. i5.

(2) J. Fabri, Intag, illustr., n. 90.

DEL MUSEO FRANCESE l85

pu résister aux injures du temps et de l'ignorance. En vain l'admiration des anciens plaçoit Ménandre h coté d'Homère (1)5 ses louanges retentissent encore à nos oreilles: mais ses ouvrages, qui charmoient la Grèce et Rome , et dans lesquels le philosophe et Térudit pouvoient également étudier les mœurs, les usages, les opinions du temps passé; ces peintures, si spirituelles et si vraies, de la vie et du cœur humain , ont disparu sans retour (2) : il n'en reste que des fragmens et quelques foi])les imitations dans les pièces latines de Térence (3).

La statue nous présente le poëte nonchalamment assis sur un siégea marchepied, garni d'un grand coussin. Sa pose paroît convenir à la mollesse de ses mœurs, et à cette recherche qu'il mettoit dans son habillement, et même dans son port (4). Il a l'air d'être satisfait de lui même , se souciant peu des injustices du peuple athénien, qui couronne rarement ses pièces (5) , fort de la conscience

(1) Le célèbre grammairien Aristophane de Byzance avoit porté ce jugement. Analect. adesp. 563. C'est ce même Aristophane qui s'écrioit : «O vie humaine! O Menandre! lequel de vous est l'original ? lequel de vous est la copie ? »> ( Schol. ad Hermogen. , p. 38 ).

(2) Quiiitilien, X, i ; Plutarque , dans le traité oii il compare Aristophane k Menandre j Pline, 1. XXX, § 2.

(3) César appeloit Térence une moitié de Menandre; dimidiate Jilcnander.

(4) Unguentis dclibutus , ueslitu affluais, Veniebat gressu delicato et languido.

( Phaedr. , F, Fab. i ).

(3) lì ara coronato plausere theatra^Menandro.

- (Martial, T, lo).

Page 1