‹ Opere varie, italiane e francesiChapitre 4 sur 122 · M0NU>1E\TI · texte numérisé non relu

M0NU>1E\TI

triniilation propre aux artistes grecs j^nit nous f;iirc croire que les statues de la Déesse trAlhciicSj qui existent encore j nous retracent quelques unes des parlicularite's qui distinguoient ces chcfs-d'oeuvres. J L'une des plus remarquables sur la statue que nous examinons (V. Tav.VI) est la forme de la chlamyde qui enveloppe d'tine manière noble, riche et variée presque toute la figure. Cette espèce de chlamyde étoit désignée chez les Grecs parle nom de diplax{i)^ nom qui exprime Taniplcur de ce vêtement, et la manière dont il se redoublcMt autour du corps. Le jet de cette draperie est très distinctement rendu dans le monument. On voit que la chia- ï myde , attachée d'abord au moyen d"tine agrafe (2), ' et par l'un des deux bouts supérieurs , au dessus de répaule droite, part de ce point pour couvrir le dos, entoure fépaule gauche, revient sur le devant de la poitrine et de l'épaule droite , oii elle se rattache à l'agrafe qui l'y avoit fixée: se replie ensuite sur elle-même , et en se redoublant , retourne en sens inverse de droite à gauche jusqu'à ce que, par fautre bout, elle rencontre la même agrafe une troisième fois sur le deirière de fépaule droite. Les bords inférieurs , d'une coupe curviligne, et artistement échancrés , laissent tomber en

(i) Homère, //., III, v. 126, icpit'sente Hélène Iravaillant à la broderie d'un tliplax. Il faut voir sur ce passage les notes et les observations du savant ]M. Heyne. J'ai publié une autre statue de Minerve vêtue d'un diplax {Museo Pio ■ dementino ^ t. III, pi. 37), et j'en ai indiqué d'autres semblables,

(2) Celte agrafe est couverte par l'égide j elle est dé' couverte dans la statue que je viens de citer.

Irois difTerents eii'IroiLs des pans plus longs que le reste de la draperie . et qui portoient le nom d'ailes (i). Ce redoublement de la clilamyde , ces inégalités de longueur, ce débordement des rr/Ze^j produisent des plis habilement variés, où l'œil de riiomme de s^oût recoiinoît la plus exacte vérité jointe à tout le sublime de Tidéal.

Une autre particulaiité qu'on ne doit point passer sous silence, est l'armure placée devant la poitrine de la Déesse, et conuue sous le nom d'égide. L'artiste la représentée sous la forme d'un mantelet fait d'une peau de ciiêvre • et il a suivi en cela l'exeuiple des plus anciens njonumens de l'art (2), et l'etyniologie du nom d'égide. Mais celte peau de chèvre est recouverte sur le devant par des écailles et par des serpens, et porte dans le milieu le symbole de la terreur , la tête de Méduse.

J'ai vu des artistes s'étonner de la forme bizarre de cette espèce de masque, dont la largeur excède considérablement la hauteur: ils n'avoient jias remarqué que cet emblème est tiré de l'usage barbare des guerriers sauvag(^s de la Lybie, qui faisoient de la tête d'un cnueuii vaincu l'ornement effrovable de leur costume militaire (3). La dé-

(1) Urépijysç ^ Trrîpvyix.

(2) Winckelinann , Moniim. incd. , n. i^g ; Dempster. , Eti\ reg., t. I, pi. 5 et 6. La forme de ce mantelet ou catnail se distingue encore mieux quand on regarde la statue par di-riière.

(3) Hérodote, I. iV, c. 189. L'historien ne parle pas des lêtes humaines attachées aux égides ; mais cet usage barbare avolt lieu chez les sauvages du monde ancien , ainsi quii a lieu parmi les sauvages du nouveau monde.

24 >IONU>TF,ÌNTI

nouille d\ine tête (''corchée doit presciilcr une jîIus grande distance de Tune à l'autre oreille qu'il ny en a entre le sommet du front et le bas du menton. Telles sont les proportions que les sculpteuis anciens, en suivant la nature, ont a(!oj)lées bien souvent pour le masque de Méduse ajjpliqué à l'égide: ces proportions, en le faisant paroitre plus hideux, le rendent aussi plus terrible. Mais les artistes avoient ordinairement le soin de donner à ce symbole une petite dimension , et ils le rendoient par-là moins rebutant. Ce fait est un de ceux oij nous pouvons remarquer avec quelle liabileté ils savoient afibiblir dans leurs ouvrages loul ce qui , nécessaire au sujet , n'éloit pas favorajjle à la beauté.

Apollon vainqueur de Python DIT l'Apollon de Belvedere

Statue ( I )

Les écrits^que Protogène, le prince peut-êlre des peintres grecs, avoit laissés sur les arls , ont

(i) Cette statue, qui sans la plinthe, a deux mètres, un décimètre de haut (six pieds, six pouces ) , est sculptée en mathie de Luni , d'une espèce qui ressemble au grechelto , et dont on a trouvé des morceaux a Carrare. Cette remarque, faite déjà par Mengs , a été confirmée par les observations de feu M. Dolomieu ; et malgré la déclaration contraire de quelques marchands et marbriers de Carrare , insérée dans le premier volume du Museo

DEL MUSEO PRANCKSE 25

peri comme sui>" peintures. S'ils etoiont parvenus jusqu'à nous , nous aurions eu sans doule des modèles à imiter dans la description des chefs-d'œuvres de la sculpture antique. Le temps , qui n'a point respecté ces écrits , a épargné seulement ceux de Philostrate et de Callistrate, où la rhétorique des sophistes et les expressions vagues d'une imagination exaltée ont pris souvent la place des connoissances, du sentiment, et de la vérité. Ces exem-

rio-Clementino , Tav. XIV, elle paroît aujourd'hui incontestable ( Voyez les Osservazioni à la fin du si^pticme volume du même ouvrage {*) ). L'Apollon fut découvert , sur la fin du quinzième siècle , près (V /tntiiim , aujourd'hui Cajw d' Anzo , heu de délices des empereurs romains , situé sur le bord de la mer. La statue dite /V Gladiateur comhaltant fut découverte dans le même endroit. Jules II, étant encore cardinal, fit acquisition de l'Apollon;, et, après son événement au pontificat , d fit placer cette statue , par iMichel-Ange , dans le jardin de Belvedere au Vatican. Frère Jean Ange de Montorsolo , élève de ce ir.aîlre , exécuta les deux, mains et l'avanl-bras qui manquoient. Le traité de Tolentino a donné ce chef-d'œuvre à la France.

Comme l'Apollon a été de tout temps un objet d'étude pour les artistes , on en a examiné les dimensions dans le plus grand détail, et on a trouvé que te pied gauche est plus long que le pied droit d'environ une cinquantième partie. Cette inexactitude , imperceptible à l'œil , a ete probablement l'effet de quelque légère négligence dans les travaux mécaniques de l'ébauche. On prétend aussi que la clavicule est un peu plus éloignée de l'épaule gauche que de l'épaule droite ; mais comment déterminer au juste le degré d'extension qu'un effort momentané peut donner aux ligamens ?

(*) Nell'edizione milanese sono allegate dopo la spiegazione della tauolu suddetta. — Gli Editori.

pies ont lro:> élé suivis par les modernes (i). Dans la crainte de ni'égarer sur leurs traces, je présenterai ici jjjutôt quelques remarques sur la plus belle de toutes les statues, qu'uny description complète de cette merveille de Fart.

Le moment de l'action que le statuaire a voulu représenter, n'est point équivoque, et cette évidence doit être conq)tée parmi les bcHutés de Tonvrage. Le Dieu vient de (!é;'')Lher ses flèches: ses membres fi émissent encuie du mouvement qu'ils ont fait en tirant de Tare: la main qui hent cette arnje est encore éloignée du corps. Il a ,rej('lé sa chlamyde toute entière du côté gauche, et l'a relevée autour de l'avant-bras : sans cette précaution, la draperie auroit gêné l'action de la main droite, qui en laissant échapper la flèche, a dû se rapprocher de la poitrine. Cette main, qui vient d'abandonner la corde, accompagne du geste (2) l'expression de contentement qui brille sur le front et dans les yeux du vainqueur de Python, tandis que les narines et les lèvres conservent encore quelques traces légères de la colère divine.

L'art inimitable avec lequel le statuaire a su

(r) Je uhésiU^ [las à laiiger dans le nomine de ces descriptions emphatiques celle cpie Winckelmann a l.iUe tic l'Apollon {Hisi. de l'.Jrl, liv. XI, c. 3, g 12). Quelle cliltérence entre ce morceau de déclamateur et les icflexions excellentes relatives à cette statue , qu'on lit dans les Recherches sur Cart statuaire^ pag. 266, 3 13 et 376.

(2) On ne peut douter que la main droile antique ne fût dans la même attitude que la main moderne qui la rempluce : il est seulement vraisemblable que la main sculptée par Frère Jean Ange s'éloigne du corps im j)eu plus que l'antique ne le faisoil.

nr.L nrsF.o Fr.AACF.sr; an

rctrnc.T, par (te6 contours nobles, svoltos et délicats, la beauté surnaturelle du fils de Latone, le goût qu'il a montré en choisissant dans la nature les plus ])elles formes, et en les réunissant dans un accord si parfait, que le même caractère individuel se retrouve sur chaque trait (i); le discernement avec lequel il a fait valoir le nu par les plis ondoyaiïs de la draperie, qui en forme en quelque sorte le fond et le cadre 5 fheureuse idée de reculer !e pied gauche, de l'élever sur la pointe, et de donner à l'ensemble de la figure, par cette attitude naturelle, de la légèreté, de la grâce et de la grandeur: cette sorte de mérite, l'antiquaire ne peut que l'indiquer* c'est au spectateur à l'apprécier suivant la mesure de son goût et des ses connoissances.

Il est plus facile de faire remarquer combien l'artiste a su donner de noblesse et de dignité à une figure nue, par la pureté des contours et par la richesse des accessoires. Rien de plus élégant que l'arrangement de la coiffure. Le nœud de cheveux qui couronne le front ; les touffes qui , serrées par un cordon autour de la tète se bouclent en retombant sur le col; Fattache ciselée de la chlamyde ; les plis demi-circulaires que ce vêtement forme en se développant 5 ces autres pHs moins sensibles qui , en le sillonnant transversalement , en font sentir la fraîcheur, et annoncent qu'il a été nonvellement déployé ) les ornemens recherchés de la chaussure qui pare , sans les ca-

li) Mengs , BiJlessJoni sopra Raffaello ,,' Correggio , Tiziano^ e gli Jnlichi , n. ng.

28 MONUMEiNTÎ

cher, les pietls d'Apolion , ces beaux pieds dont le Dieu, suivant la vision poétique de Callimaque , heurtoit et faisoit ouvrir les poi tes de son sanctuaire (i), sont autant de témoignages qui , en attestant le goût exquis et le génie de l'artiste j contribuent à l'efTet surprenant que la statue produit aux yeux même du vulgaire.

Apollon est victorieux ; mais comment le statuaire a-t-il fait connoitre lemiemi que le Dieu vient de terrasser ? Un serpent , symbole de la médecine , de la santé et de la vie , s'entortille au tronc d'olivier qui sert de soutien à la figure. Cet accessoire n'a point été placé ici sans intention: il faut en conclure que le combat livré par Apollon doit offrir quelque analogie avec l'emblème def la vie et de la santé; et il est naturel de penser que Tobjet de la colère d'un Dieu bienfaisant étoit le terrible Python, monstre que les eaux du déluge avoient fait sortir des champs marécageux de la Phocide, reptile impur, symbole des exhalaisons envenimées de la terre et des maladies épidémiques et pestilentielles. Ce triomphe d'Apolloii est un des traits les plus fameux de la mythologie : Tinstitution de foracle de Delphes et celles des jeux jjytliiques s"y nittachent : les épithètes données h Phoebus de Psean, de Pytliien , d'Averrunque , et de Salutaire , lui ont été aquises par cette victoire.

Lorsqu'Athènes , pendant la guerre du Péloponnèse j fut ravagée par la peste , la cessation de

(i) Kal S-fiiroii rà âvptTpa x«>û 7ro5l 4'ot/3oç dpifTvei. Hj'tnn. in /4poll. , V. 3.

DEL MUSKO FRAXCESt: 2Q

ce iléaii flit attribué à la protection d'Apollon et à ses oracles. Une statue de ce Dieu , sous le titre iX Alcxikakos ou de Dieu qui détourne les maux y fut placée dans le Céramique, à l'entrée de son temple. Cette figure étoit un ouvrage de Calamis (i). Il est proljable que le Dieu avoit les mêmes symboles que nous remarquons dans l'Apollon Pythien , et qu'il étoit dans une attitude semblable • mais ce qui doit empêcher de croire que cette figure soit l'ouvrage même de Calamis, c'est la rigidité que les écrivains anciens ont reconnue comme un caractère particulier des statues exécutées par cet artiste contemporain de Phidias.

Les statuaires grecs qui florissoient h des époques postérieures au siècle d'Alexandre, ou sous les Romains, étoient peisuadés qu'ils pourroient atteindre à un degré de perfection supérieur à celui on leurs prédécesseurs s'étoient élevés , si en adoptant à peu près les attitudes et les caractères des statues déjà célèbres, ils pouvoieiit en ennoblir et en épurer encore les formes. C'est par un effet de cette maxime que la Vénus de Guide est devenue , avec quelques changemens, sous le ciseau de Cléomène , la Vénus de Médicis , et sous celui dun autre artiste inconnu , la Vénus du Capitole-, c'est par ce même principe que l'Hercule de Lysippe, dont il nous reste une copie antique en marbre (2), est devenu, par Thabileté de Glycon , l'Hercule colossal de Farnese ; et c'est par ce moyen encore que des statuaires ignorés dans

(i) Pausanias , l. I , c. 3.

(a) Matfei , Raccolta di statut-, pi. 49*

3o MO NU MF, .Nil

rHisloii'Cy paiCLHju'iis ont clé posleri(;urs à ia plupart des ailleurs grecs qui avoient écrit sur les arts, nous ont laisse des ouvrages tels que le Torse, le Faune dormant, et les Antinous (i), chefs-d'œuvres accomplis qui nous portent à croire (|ue ces artistes avoient surpassé les maîtres de Taneienne école. Ils lie craignoient pas ces hommes habiles le nom d'imitateurs, pourvu que leurs imitations pussent éclipser leurs modèles. Je suis persuadé que F Apollon de Belvedere est un ouvrage de ce genre, qu^il a été exécuté pour les Romains, qu'il nous offre une imilalion perfectionnée dune liguie plus ancienne, et d'un ouvrage de bronze.

Le marbre de Luni , dans lequel on peut presque assurer que cette statue a éle exéculee , donne beaucoup de vraisemblance à l'opinion que j'adopte. Les tenons réservés dans le marbre , et qui interrompent les contours de la ligure (2) , paroissent prouver qu'elle n'a jamais été exposée au culte public dans la Grèce, où Ton auroit eu le soin de les faire disparoître. Les ouvrages des artistes grecs, destinés à l'ornement des palais de Rome, étoient considérés comme des uieubk-s précieux (3) , et disposés de manière à pouvoir subir

(i) Je veux, indiquer ici plus particulièremonl ia tête et la staUiC colossale dAntinoiis, dont l'une est dans le Musée Napoléon , lautie à Rome dans le palais Brasclii.

(2) II y eu avoit deux sur la partie extérieure de la cuisse droite, dont l'un .se raltachoit à l'avanl-bras , et devoit faire un mauvais etïet. Ils ont été brisés , mais on en voit très clairement les traces.

(3) Jiivenal, Sat. III., v. i\5 et secj.

Dt:L MU>;ìO FRAiXCESE 3l

<l(;s (i('ji!a;:einpn.s sans danger. Tiîlle est la cause qui a dû faire ménager ces tenons, qui étoient des moyens de conservation. Plusieurs particularités font d'ailleurs conjecturer que cette figure a été' inventée pour être exécutée en bronze. Le pied gauche a eu besoin j dans le marbre, d'un support qui en diminue la légèreté , et qui n'auroit pas été necessaire dans une statue de bronze* la beauté de la cuisse et celle de la jambe droite frapperoient davantage, si ces parties ne tenoient pas au tronc d'olivier (i) dont l'artiste n'a pu se passer dans une figure de marbre 5 enfin l'habile statuaire, pour rendre moins fiagile la partie isolée de la chlamyde , en ménageant l'épaisseur, a été obligé, contre les principes de l'imitation , de disposer différemment les plis sur les deux faces , de manière que les sinuosités que fon voit par derrière ne répondent pas exactement à celles qu'on remarque sur le devant 5 variation qu'il a exécutée si habilement, qu'elle échappe à l'attention , et ne paroît faire aucun tort à la vérité (2).

(1) Je suis persuadé que le sei[)ent cl rolivier se trouvoient aussi dans la statue d'Apollon Salutaire de Calamis; mais dans une statue de.bionze, ces emblcmes pouvoient êti'e plus légers et détachés entièroment de la figure. L'olivier étoit un accessoire convenable à toule statue d'Apollon qui étoit né à Délos, auprès d'un olivier ( Calliniaque , Hyrnii. in Drlurn , v. 262 et 3i2 ) ; ce symbole coavenoit plus particulièrement à la statue d"une Divinité irritée qui s'apaise , telle que PApollou de Calamis , puisqu'on iiteltoit des branches de cet aibre dans la main des suppliaas Les branches d'olivier étott-nt devenues un eniblètne de la prière et de la miséricorde (S. Jean Chrysostònie , Hoinilia de non coiitcmnendd Ecclesia Dti ).

(■2) Le derrière de la statue n'est pas à beaucoup près

On a découvert dans la Grèce, vers la fin du siècle dernier, une tète d'Apollon en marbre de Paros , qui par la sévérilé dos lr;iits , par le caractère de la chevelure traitée dans le style étrusque , et par la maigreur de l'exécution , paroît bien plus ancienne que l'Apollon Pjthien, et qui présente cependant une physionomie parfaitement semblable (i). Cette ressemblance, quon ne peut attribuer au hasard, démontre qu'il a existé, dans des temps reculés , une statue d'Apollon, dont l'artiste qui a sculpté l'Apollon Pythien n'a pas dédaigné d'imiter les traits.

Ce sacrifice du titre dangereux d'inventeurs , que l'amour du beau inspiroit souvent aux artistes anciens , dévoile un des secrets de l'excellence de leurs ouvrages. Le même esprit animoit la littérature: Catulle imitoit Callimaque, Horace Alcée, et Virgile Homère: et même, dans les temps modernes , les chefs-d'oeuvres de la scène tragique ne sont-ils pas. presque tous, ceux que Racine a imitée d'Euripide?

«ussi soigué que tout le reste. Pour s'apercevoir de cette cîift'crence , il suffit de comparer le travail précieux de la chaussure , et l'exécution extrêmement simple du carquois suspendu sur l'épaule gauche. 11 faut en conclure que l'Apollon Pythien n'a punit été fait pour être isolé.

(i) Ce morceau appartenoit à M. Dolomieu, qui l'avoit acheté à Malte sur un navire venant de la Grèce. H me fit l'amitié de le taire transporter à Rome chez moi , où j'eus tout le loisir de rexaminer. 11 est maintenant à Venise, parmi les antiques de la Ijibliolhèque de Saint-Marc.

Apollon Lyciei*

Statue ( I )

Le Dieu des arts , le jeune coiyphe'e des Muses , est repre'senté ici ( V. Tav. VII ) dans une attitude de repos , le bras gauche appuyé sur le tronc de son laurier chéri, et le bras droit replié nonchalamment sur sa tète. Cette pose développe agréablement les muscles et les contours du bras , et convient à une figure scms action: les artistes anciens Tont souvent choisie pour les images d'Apollon , de Bacchus, d'Ariadne, d'Endymion et des Nymphes. Lucien en décrivant une statue tout-à-fait semblable d'Apollon Lycien , placé dans un gymnase d'Athènes, qui prenoit le nom de Licée , a remarqué que le Dieu portoit fare dans sa main gauche {2). Ce symbole rappeloit au spectateur que le

(i) Celte statue, haute de deux mètres et i5 centimètres ( 6 pieds , 7 pouces et 6 lignes ) est de marbre grec dur. On l'a vue autrelois dans les jardins de Versailles.

(2) Lucien, Anacharsis , seu de gj-mnasus , t. II, p. 887. Ce liett, dit un des interlocuteurs du dialogue, s'appelle un gymnase , et il est consacré à Apollon Lycien. Tu vois sa statue. Le Dieu semble s''appuyer sur un pilier; il tient l'arc dans sa main gauche et il replie son bras droit au-dessus de la léie^ comme sUl prenoit repos après de longs exercices.

Vise. Op. var. T. IV. 3

34 >ioMiviK?<ri

fils de Latone étoit facile à irriter, et que ses traits infaillibles étoient les instruments de ses vengeances divines. Le philosophe ajoute que l'Apollon s'appujoit sur un pilier, et non sur un tronc d'arbre, comme dans cette sta lue. Cette légère différence dépendoit probablement de la diversité des lieux où ces figures avoient été placées. L'Apollon d'Athènes, destiné à l'ornement d'un gymnase, sombloit annoncer, par son attitude, qu'il se plaisoit à se trouver au milieu des jeunes athlètes, et il faisoit son soutien d'un de ces piliers , que les architectes grecs employoient dans le pourtour des enceintes qui séparoient, dans ces édifices, les xfstes, espaces réserf es aux exercices de la gymnastique. Les sculpteurs qui ont répété la même figure pour l'ornement des jardins et des maisons de plaisance de l'ancienne Rome , ont substitué à ce pilier un tronc de laurier , comme un acce.ssoire plus convenable aux lieux , et en même temj)s plus expressif: et ils ont sculpté sur le tronc un grand serpent, ou comme un emblème de la divination , ou comme un symbole de la médecine inventée par ce Cieu, ou coajme une allusion à sa victoire sur Python.

Nous ne savons pas à quel maître on attribuoit la statue d'Apollon Lycien : on li regardoit sans doute comme un chef-d'œuvre, puisqu'il en existe encore un grand nombre d'imitations. La plus remarquable est celle qu'on voit dans la Gallerie impériale de Florence, et que les artistes italiens, à cause de sa dimension plus pelile que nature , ont désigné par le diminutif cVJ/)olliiio (i).

(i) Mafiei, Sfatile di Roma, 1)1.39; ScuLure della villa Borghese , st. IX , n. 6.

Quant ù raiicieu sunioai de Lyciea qu'on tlonnoit à Apollon , les Athéniens le de'ii voient de Lycus^ un de leurs he'ros mythologiques, duquel, suivant eux, les Lyciens de l'Asie avoient emprunte' leur nom (i). Souvent ces étymologies et ces personnages de la fable , qui portent le nom de quelque peuple, n'ont e'té imaginés que par l'oigueil national des Grecs. Il est plus vraisem-

il Llable que le mot suranné //ce, qui désignoit 5 Vaube du jour (2), à été l'origine d'une épithète attiibuée au Dieu de la lumière, et que le Lycée d'Athènes avoit pris le nom de sa divinité tu télai re.

Le nom de Lycée nous est devenu familier , depuis qu'on l'a consacré à designer les établissemens publics où la lumière des lettres , des arts et des sciences se répand par un enseignement gratuit sur l'esprit de la jeunesse.

(i) Pausanias, 1. I, c. 19, où il parle de l'ApolloQ Lycien d'Athènes; et au I. II , c. 19 , il rapporte une autre origine du surnom de Lyciea , que les Argiens donnoient à Apollon.

(2) A'Jxvj , d'où vient le latin lux. Ce mot dérive probablement de ^îux.57 , leucê , blanche. V. Hésichius v. iuxost5-^ç, Xuxoîiâeoç ^oûç, et )iwiC0£t5£ç. Le mot français aube, et l'italien alba, tues de l'adjectif latin «/6u^, blanc, ont ! la même analogie.

36 MOINU>lENTI

Apollon dit l'Adonis

Statue (i)

La légèreté des membres, la beauté des formes que nous admirons (V. Tav. VIII) dans cette statue, et la jeunesse du personnage que l'artiste a voulu représenter j suffîroient sans doute pour faire adopter sans répugnance par les amateurs des arts le nom d'Adonis qu'elle portoit au Musée du Vatican 5 mais Tantiquaire, qui cherche à fonder son opinion sur des probabilités plutôt que sur.de simples vraisemblances, ne s'arrêtera pas facilement h cette dénomination arbitraire. Les contours de la statue sont dans le style idéal ; il est naturel d'en conclure que le personnage représenté est un Dieu ou un demi-dieu : et si on examine plus attentivement le caractère du sujet, on reconnoî-

(i) CeUe statue fui découverte en 1780, à une lieue de Rome , sur la Via Labicana , parmi les ruines qui portent à présent le nom de Centoctlle ; la moitié des bras, la cuisse, la jambe droite, et quelques parties du visage sont modernes. La statue est mieux conservée par derrière; aussi dans le Musée Vatican, cloit elle placée de manière à pouvoir tourner sur un pivot. On prendra quelque moyen semblable , à fin que les épaules puissent être vues, lorsqu'on la placera définitivement dans les salles du iMusée Napoléon. Elle est de maibre grec à petit grain, qu'on appelle grechetlo en Italie, haute d'un mètre, soiianle-dii-neuf centimètres (5 pieds, 6 pouces).

tIEL MUSEO FRAIVCESE 3^

tra bientôt qae l'aiListe n'a voulu rendre ni Cupidonj ni Bacclius , dont les formes plus arrondies ont plus de mollesse 5 ni Mercure, ni Mars, qui j n'ont jamais dans leurs images cette clievelure longue et bouclée. Rien, à la vérité, ne s'opposeroit à ce que nous y reconnoissions Adonis j mais il existe un si petit nombre d'images de ce personnage mj^thologique (i) , qu'on ne peut pas lui attribuer un caractère fixe qui ait été généralement suivi par les artistes. On trouvera moins de difficulté, si on suppose que c'est un x\po!lûn : cette conji^cture peut acquérir de la consistance par la comparaison de quelquv'^s autres monumens. L'art de comparer est en effet le guide le moins trompeur dans les inceititudes de Farcbéographie. On voit à Rome, dans le palais Chigi et dans la gallerie Giustiniani, deux figures semblables à celle-ci par la pose , par le caractère et par la chevelure, l'une et l'autre avec des symboles qui les font reconnoître pour des images d'Apollon (2). Il est donc probable que la statue que nous examinons représente cette même Divinité.

L'antique nous offre cependant quelques exemples de figures semblables Tune à l'autre, qui , à laide de différens attributs, ont été employe'es à

(i) J'ai découvert et expliqué la seule statue qui existe d'Adonis, H/meo Pio-Cleinentino , t. H, pi. 3i.

('>.) On peut voir la première gravée dans les Notizie de M. Guattaui, lyS'y , j'atu'ier , n. 2; elle est d'une parfille conservation : la seconde , dans l'ouvrage de la Galleria GiusliniarA ^ lom. I, pi. 5i. Ou remarque dans ces figures le serpent et le laurier, attributs d'Apollon.

38 IMONiniENTI

représenter des sujets diflerens (i): il pourroil se faire que cette statue, dont tous les attributs ont disparu, quoique ressemblante à des statues d'Apollon, n'eut pas été une im^ige de ce Dieu.

Le javelot que le sculpteur moderne a placé dans la main droite de la figure convient au caractère de chasseur qu'il a voulu lui donner. Adonis et Apollon ont été regardés , Tun et l'autre , comme des emblèmes du soleil, et leurs armes comme des symboles de ses rayons. Mais il est à remarquer que les fables d'Adonis ont plus de rapport avec celles du fds de Sémélé (2) qu'avec celles du fils de Latone.

La pose de cette figure est une des plus naturelles et des plus gracieuses qu'on remarque dans l'antique : elle est plus simple encore que celles de TAchille Borghese, et du Discobole debout, figures qui ont dans la pose quelque analogie avec celle-ci. La tête, légèrement penchée , paroît regarder le spectateur, et promettre une Divinité propice (3).

(i) On trouvera des exemples de ce double emploi dans mes explications du Museo Pio-Clenif/uino , t. IV, pag. 36. (ci). (*;

(2) Adonis a , dans la statue dont j'ai fait mention à la page précédente, un diadème qui lui sene le (Vont tel qu'on le voit sur les images de Bacchus. Dans la statue que nous examinons , les cheveux sont entrelacés d un simple cordon , s'rophium.

(3) Cette inclinaison de la tête faisoit allusion à 1 épithète de respicicutes « qui regardent " qu'on donnoit aux Divinités pour indiquer qu'elles étoient favorables.

(*) Deir edizione romana. Neil' edizione milanese, tomo IF, pag. 128, (1). — Gli Etlitori.

DEL MUSEO FRANCESE 3g

Les poëtes anciens, en parlant des épaules des héros j nous les peignent comme resplendissantes d'une beauté divine (i) : aucune statue ne nous aide autant que celle-ci à nous former une idée qui réponde à ces expressions. Je crois qu'aucune autre figure de jeune homme ne la surpasse dans ce genre de mérite. Les épaules sont aussi la partie la mieux conservée. Cela vient de ce que cette statue étoit tombée en avant: c'est ainsi quelle a été trouvée dans la fouille. Cet accident dut arriver lorsque les ravages des barbares portèrent la ruine et la désolation dans les superbes maisons •de plaisance qui environnoient la capitale du monde.

(i) Os humerotgue deo similis. Yirgile, Mn.^ I, v. SgS; Homère, Odj-s.^ VI, v. a35.

J^O MONUMICNTI

Melpomene

Statue colossale (i)

Les Grecs , dès la plus haute antiquité , consacroient à leurs Divinités des statues colossales. Avant que Tart eût ennobli, par une imitation régulière de la nature , les formes presque brutes des idoles primitives, ce peuple cherchoit dans l'énormité des masses un emblème de la puissance de ses Dieux, attribut qu'il auroit mieux exprimé par la majesté de leurs traits (2) : et lorsque les

(r) Cette statue, hante de trois mètres, neuf décimètres (douze pieds), est d'un seul bloc de marbre pentéllque , et n'a de restauré que le nez, l'avant-bras droit et la main qui porte un mnsque dUercule. Elle étoit placée à Rntne, avec une autre, un peu moins grande, dans la cour de la Chancellerie apostolique, palais bâti par le cardinal Riario vers la fin du quinzième siècle. Comme les quarante quatre colonnes de granit rose qui ornent cette ( our apparlenoit autrefois aux dépendances du ti)câtre de trompée (Venuti, Roma antica, pag. 2 , e. 3 ) , on croit que les statues colossales qu'on y voyolt avoient été trouvées dans les ruines du même édifice. Pie VI fit restaurer et porter au Vatican ces deux statues , d'où on les a tirées en vertu du traité de Tolentino. On les voit gravées dans le II vol. du Musco Pio-Clementino , pi. 26 et 27 , avec mes explications.

(2) Ainsi le colosse qu'on voyoit à Amycles, et qui portoit le nom d'Apollon Arayclécn, n'étoit qu'une espèce de colonne informe ayant une tête, des bras et des pîtds, et haute de trente coudées. Pausanias , 1. HT. c. 19.

DEL MUSEO FRANCESE /^l

uits perfectionnes eurent cre'é ces formes divines, il ne voulut pas renoncer à Teffet imposant qui lésultoit de la grandeur des dimensions et même de la richesse de la matière. Ce fut là l'origine de ces colosses d'or et d'ivoire, regardés par les anciens comme les chefs-d'oeuvres de la sculpture et de la toreu tique.

Bientôt farchitecture s'agrandit à son tour, et on eut alors un second motif pour faire des statues colossales , celui de les mettre en proportion avec les vastes emplacemens qui dévoient les recevoir. Ce motif eut lieu dans la Grèce , et encore plus à Rome, où l'architecture s'éleva bientôt au plus haut dégié de magnificence. Les colosses de marbre étoicnt rares chez les Grecs (>)• les Romains en élevèrent un grand nombre et les employèrent habilement à la décoration de leurs édifices.

La statue que nous examinons ornoit autrefois, suivant des conjectures très probables, le théâtre de Pompée , qui surpassoit par sa grandeur tous les théâtres de la Grèce et de l'Asie. Elle représente Melpomene , la muse qui avoit inspiré Sophocle. La Déesse de la tragédie se reconnoît à sa tunique théâtrale, qu'on désignoit par les noms

(i) Les Grecs avoienl fait des statues colossales en marbre : telle éloit la Junon Teina ou Adulte, de maibre pente'lique qu'on admlroit à Platée, [jLsyéOei âyxliix fisya , statue d'uiip grandeur énorme, dit Pausanias, I. IX, c. 2r. La Pallas de Velletri du Musée Napoléon, et la statue dite la Junon du Musée du Vatican sont des figures colossales en marbre exécutées par l'ancienne école grecque, et transportées postérieurement à Rome.

42 Monumenti

de tunique droite ou de tunique ortiiostadia , à sa large ceinture , à la chlamyde qui s'attache par deux boucles au-dessus des épaules et retombe sur le dos de la figure (i).

Ce costume, à la vérité, n^étoit pas seulement propre aux acteurs tragiques j il convient également aux musiciens qui faisoient entendre leurs instruments sur la scène : les monuments le donnent à Euterpe et à Terpsichore qui présidoient aux concerts, ainsi qu'à la Muse de la tragédie (2). Mais cette statue , dont le bras gauche est antique et bien conservé, ne porte point de lyre; nous ne saurions par conséquent y reconiioître Terpsichore : elle ne peut pas, comme Euterpe, avoir eu des flûtes dans les deux mains, puisque la main gauche est ouverte; elle représente donc Melpomene , que l'artiste caractérisa sans doute par un masque placé dans la main droite et qu'on y a restitué (3). Un autre attribut achève de ca-

(i) J'ai donne des cclaiicissemenls sur ces trois parties de l'ancien costume des acteurs tragiques dans le 11 vol. du Museo Pio Clenientino , page 52 et 53 (*) , et vol. I, page 3i , (c). ('*),

(2) On peut distinguer les trois INIuses , vêtues de lii tunique orthostadia , sur le sarcophage du Musée Napo* léon , gravé par M. Piroli , Antiques du Mus. Nap.y t. 1 , pi. ii\ sur la planche i4 du II vol. du Museo Pio-Clemenlino; sur la pi. 58, t. H de la Raccolta dei Cavaceppi, et ailleurs.

(3) On volt sur plusieurs bas-reliefs Melpomene tenant le masque tragique dans une main, et appuyant l'autre

(*) Ediz. romana. Neil' ed iz. milanese, pag. 172 e segg. — Gli Editori.

C*)' Ed. romana. Nell'cd. mil. p. io5, (4). — Gli Editori.

raclériser la muse tragique j c'est le sj/nia où la draperie traînnnte dont le sculpteur habile a fait sentir la longueur en la relevant par un des bouts et en l'assujettissant à la ceinture.

La simplicité qu'il a su mettre dans l'attitude de la figure et dans la disposition des draperies , la noblesse de la pose , la grâce majestueuse de la tête qui est légèrement inclinée à droite , Tart avec lequel il a divisé les masses ondoyantes des cheveux par des enfoncemens qui leur donnent de la légèreté sans rien diminuer de la grandeur de l'ensemble, sont des particularités qui relèvent le mérite de cet excellent ouvrage , et qui donnent la plus haute idée de cette école grecque dont les artistes , encouragés par les Romains , contribuèrent pendant plusieurs siècles à embellir la capitale des Césars.

sur la massue d'Hercule, Ici les dimensions du bloc de marbre n'ont point permis qu'on plaçât cet attiibut dans la main gauche: Melpomene la tient ouverte comme si elle accompagnoit du geste les vers tragiques qu'elle réelle ou qu'elle chante; on sait que la tragédie se chantoit, et c'est de là qu'est tirée l'étymologie du nom de Melpomene , qui signifie chantante.

44 MO.UMENTI

Muse dite la petite Cérès Statue (i)

Une tunique plissée dont les deux pans sont retenus par un ruban sur l'e'paule gauche, et dont un cordon rassemble les plis au-dessous du sein ; un larue manteau dont le tissu mince et flexible laisse voir les contours du corps et semble se mouler sur toutes les formes- une pose simple et facile, que l'artiste semble cependant avoir disposée de manière à faire valoir la draperie: tontes ces beautés réunies ont rendu cette antique célèbre depuis deux siècles : elle est justement regardée j parmi les figures drapées , comme un des cliefs-d'œuvres de l'art. En efiet, les ondulations variées du manteau n'empêchent de sentir ni les

(i) Cette statue de maibie de Paros , haute d'un mètre, six. centimètres (trois pieds, trois pouces), éloit h Rome dans la f^illa Maltei , avant de passer au IMusce du Vnticati d'où elle a été tirée. On la voit gravée dajis la Raccolta delle statue di Roma j par Doni, de Rossi à la pi. io8; dans les Monumenta jMatlhaeioriini , tom. I, pi. 3o ; et enfin dans le Museo Pio-Clemencino , tom. I, pi. 4i Cìi f"^ c^t ai)ti(jue dans toutes ses parties, exceplé la main gauche: la Icle, quoique détachée, est celle qui a toujours appartenu à cette figure; la cassure et la qualité du marbre le prouvent évideuunent.

(') Deir tcUz. romarin. '] av. \n dell' ediz. mil. — Gli Editori.

DEL MUSEO FRANCl'SE ^5

piis de la tunique , ni même le mouvement des cordons qu'il recouvre. Cet effet est si bien exprimé, qu'on ne sauroit s'il est dû à la souplesse ou à la transparence de l'e'tofTe (i). Les cheveux forment des boucles parallèles qui aboutissent sur le front, et qui, réunies dans plusieurs tresses, se groupent en cercle sur le derrière de la lete. La physionomie semble, par l'idéal de ses traits, convenir à une jeune Déesse. Les attributs donnés à cette figure pourroient y faire reconnoître Cérès: sa main gauche, la seule qui soit découverte, tieni des épis de blé et des pavots ; mais cette main est moderne , et nous ne croyons pas que l'ainée des enfans de Saturne (2), la sœur de Jupiter, la mère de Proserpine , cette Déesse dont les pieds, suivant Callimaque (3), éloient posés sur la terre tandis que la tête touchoit à l'Olym^ pe , dût être représentée avec la coiffure et la physionomie d'une jeune fille. Si le symbole qu'elle tient dans sa main étoit antique, on pourroit croire plutôt qu'elle représentoit Proserpine, que nous voyons souvent sur les monumens partager les attributs de sa mère (4)- Mais rien ne nous

(r) On peut supposer ce manteau formé d'une étoffe recouverte duo léger duvet, comme seroit de la mousseline.

(2) Cérès étoit regardée comme l'ainée des enfans de Saturne en tant qu'on la confondoit avec Vesta (d'Arnaud, de Diis paredr., c. 22). Distinguée de celte Déesse, elle étoit la seconde.

(3) Hjinn. in Cererem , v. 5q.

(4) Elle est couronnée d'épis sur les médailles de Syracuse et sur celles de Cyzique.

oblige à une telle supposition: lu tnain antique pouvoit tenir un rouleau j une branche d'arbre , ou quelqu'autre symbole d'une médiocre étendue. 11 me paroit que le rouleau qui caractérise les Muses, et particulièrement Clio, la Muse de l'iiisstoire , étoit celui de ces différents attributs qui convenoit le mieux h cette figure, attendu quii interceptoit le moins possible les lignes de la draperie. Cet air virginal, cette coiffure simple (i), ont été donnés par les artistes grecs aux images des Muses. Certains antiquaires, qui ont cru voir dans celte tète le portrait d'une impératrice, n'ont pu rendre cette opinion probable (a).

(i) M. Louis Petit-Radel a fait remarquer à ce sujet , avec beaucoup de sagacité , que lune des Muses sculptées sur un sarcophage antique du Musée Napoléon a la mêaie coiffure {Antiq. du I\l usée Napoléon ^ par Th. Piroli, t. I , p. i6i ). Nous voyons, sur divers monumens anciens des images des Muses dont la tunique laisse , comme dans cette figure, une épaule découverte : nous pourrions citer une peinture d'IIerculanum ( tom. V, pi. 2 ) , un bas-relief du Musée Pio-Clementin (tome IV, pi. i4) ) une statue du Musée Napoléon ( tome I , pi. 87 ).

(2) On a voulu y reconnoître Crispine , la femme de Commode, ou Julia Pia, femme de Septime-Sévère : ces deux suppositions sont dépourvues l'une et l'autre de fondement.

DF.L 'tlUSEO FRANCESE

Muse restaurée en Cérès Statue colossale (i)

En parlant de la statue colossale de Melpomene, j'ai fait connoître les différens motifs qui avoient porté les anciens artistes à donner à certaines statues des dimensions si fort au-dessus du naturel. Un de ces motifs étoit celui de proportionner ces ouvrages de sculpture à l'étendue des édifices où il dévoient figurer, et nous avons vu que la grandeur du théâtre élevé par Pompée avoit été la cause des dimensions colossales des statues qui en faisoient Tornement.

La Muse représentée dans celle que nous examinons ici étoit , ainsi que la Melpomene , du nombre i\qs ouvrages d'art qui embellissoient ce théâtre. Le temps et les événemens qui l'ont dé-

(i) Cette statue de marbre pcntélique est haute de deux mètres, quatre-vingt-quatre centinièlies (huit pieds, neuf pouces), et n'a de moderne que les deux bras: dans la mam droite, on a placé des épis de blé, qui donnent à la figure le caractère de Cérès ; dans tout le reste elle est d'une grande conservation ; on l'a vue pendant longtemps dans le Musée du Vatican. Nous avons., donné l'histoire de ce monument dans l'explication de la planche qui représente la Melpomene colossale (*).

(*) V. il n. XI di questi Monumenti, clou' è anche indicato che ii trova intugliata in rame nel T. 11 del Museo Pio-Clcmcntino, lai^. 2^. — Gli Editori.

/|8 MOhUHENTI

truit nont pu séparer les images de ces deux sœurs. Trouvées ensemble parmi les ruines de cet édifice, elles furent placées ensemble sous les portiques d'un palais majestueux que Bramante avoit construit sur ces mêmes ruines. De nos jours, elles avoient été transportées ensemble dans le Musée du Vatican j et de là , par les soins du conquérant de l'Italie, elle sont venues Tune et l'autre augmenter les richesses du plus grand et du plus beau de tous les Musées.

Que la statue dont il s'agit ait dû représenter une des Muses, ce fait paroitra vraisemblable, si l'on considère que celle auprès de laquelle elle a été trouvée , et qui est également colossale , est reconnue pour une des Muses (i). Mais une particularité qui caractérise celle-ci d'une manière moins vague, c'est son coslume. Outre la tunique et le [)elit peplum^ assujettis l'un et l'autre par la même ceinture, on distingue une chlamyde semblable à celle des citliarèdes et des joueurs de flûte, qui est suspendue sur les deux épaules , au-dessus du peplum , et qui ne couvre que le dos de la figure. Ce sont ordinairement des agrafes qui retiennent cette chlamyde, lorsqu'elle est ainsi rejettée derrière les épaules : ici les deux

(i) Ces deux figures ne tont pas entièrement égales pour la hauteur: la Melpomene surpasse celle-ci de plus d'un mètre. Cela prouve seulement que les Muses du théâtre de Pompée, aiiisi que celles de la maison de plaisance de Cassius, qui sont maintenant au Musée Napoléon, n'avoient pas toutes le» mêmes dimensions: on se contentoit de les faire servir de pendans deux à deux. Ces dilférences tenoient peut-être a celle des onjplacemfens.

DEL ItfUSEO FRANCESE 4q

pointes ou extiémilés supérieures de ce vêtement en descendant vers la poitrine , s'attachent de chaque côté sur le peplum et y forment des nœuds symétriques qu'on diroit y être cousus. Cette chlamyde qu'un grand nombre de monumens nous a fait connoitre comme un habillement propre aux artistes qui exerçoient sur la scène leurs talens dans la musique instrumentale, désigne une de ces Muses auxquelles on donnoit pour attributs des instrumens de musique, c'est-à-dire Euterpe, Érato ou^^Terpsichore (i)j et comme il ne paroît dans la statue aucun vestige d'une lyre, je suis porté à croire qu'elle avoit des flûtes dans les deux mains , et qu'elle représentoit Euterpe.

Quelle a donc été la cause de l'équivoque qui l'a fait regarder comme une image de Cérès , et restaurer avec les attributs de cette Déesse ? Cette erreur tire son origine d'un défaut d'observation. La chlamyde théâtrale des musiciens, qui est attachée sur le peplum , a paru ne former avec cette partie du vêtement qu'une seule draperie. Dès-lors , le costume ne fournissant plus aucun caractère distinctif, on a eu recours, pour en déterminer le sujet, à des conjectures puisées dans

(i) J'ai fait reiuarquer ce genre d'habillement sur plusieurs figures de Muses et sur celle d'Apollon Citharède, dans le premier vol. du Musco Pio-Clementino ^ pi. i6 , pag. 3i, et pi. 23, p. 4^ (*) ; dans le deuxième, pi. 26, et dans l'explicaiiou de la Melpomene colossale du Musée français.

(*) Editorie romana. Dell'edizione milanese , Tai>. i5, /». lo5 , e Tai'. 32, /iflg. 144. — Gli Editori.

Visc. Op. var. T. IV. 4

5o >i(>>.uvir,>'i"i

la conformation de la figure. Ses formes un peu carrées et moins légères que celles qui caractérisent, clans les ouvrages des Grecs, les figures de la plupart des Déesses , ont fait naître l'idée que l'artiste avoit repi ésenlé Cérès , à qui , suivant une expression de Lucrèce (i), ce caractère moins svelte pouvoit convenir. Aujourd'hui que des observations réitérées m'ont fait découvrir dans la draperie le triple vêtement que je viens d'indiquer, je pense qu'on ne doit plus hésiter à reconnoître dans cette statue une des neuf sœurs.

Les traits du visage et l'arrangement des cheveux sont semblables à ceux que nous retrouvons dans les images des Muses, sculptées sur un grand nombre de bas-reliefs. La tête est d'une grande beauté, mais d'une beauté sévère: l'air de la Déesse offre pour ainsi dire quelque chose d'intermédiaire entre la physionomie de Minerve et celle de Diane j le style de la draperie , très simple et même un peu symétrique, convient éminemment à une statue exécutée pour orner un monument d'architecture (2).

(i) Di' R. N., I. IV, V. 116a:

At gemina et mammosa , Ceres est ipsa ab laccho

(2) Cette convenance est si apparente , que M. Louis Petit-Pcadel en avoit conjecluié que la statue avoit dû autrefois être employée comme une cariatide ( Monumens du Muscc Napoléon, t. I, p. i6o).

DEL MUSEO FRANCESE 5l

Muse uestaurée en fille de Lycomède

Statue (i)

Dix statues turent découvertes toutes ensemble, en 1729, près de l'ancien Tusculum (2). La plupart représentaient de jeunes femmes drapées. La grâce des poses et la finesse du travail les rendaient intéressanles 3 mais ces monuniens étaient tellement dégradés que Taraateur des arts éprouvait à leur aspect plus de regrets que d'admiration. Parmi ces statues on en distinguait une remarquable par un mouvement animé , et par un coslume de femme qui ne parvenait pas à dissimuler le sexe différent du personnage. Les sculp-

(i) Cette statue est haute d'un mètre , 5o centimètres (4 pieds, 7 pouces), exécutée eu marbre grec, d'un graia assez fin , qu'on peut reconnaître pour grechetto plutôt que pour marbre de Parcs. La tête , la gorge , le bras droit et la iiiaui gauche , amsi qu'une partie îles pieds, sont juoderues. Cette figure et les neuf autres dont je lais uiention dans la notice , sont dues aux conquêtes de sa IMajcslé eu Allemagne. On les voyait autrefois dans les jardins du R.01 de Prusse ù Sans-souci. JM. Levezow publia, en l'Soj, à Berlin, en langue allemande, un onvrage intéressant sur ces statues. Il a pour titre: Recherches urchcologi(/uci sur la faiiiiLlc de Ljcomède.

(•2) Le lioin de Casduiard que porte aujourd'hui cet endroit a donné lieu à l'opinion vulgaire qu'on y voyait autrefois la maison de plaisance de Marins.

leurs auxquels la restauration avait été confiée (i), crurent y reconnaître Achille déguisé en fille chez le roi Lycomède. Conformément à cette prétendue découverte , ils lui donnèrent une lance et un bouclier 5 et huit autres de ces statues furent restaurées pour représenter Déidamie, ses sœurs et sa mère. La dixième figure , qui malgré sa tunique talaire représentait évidemment un homme, fut restaurée en Ulysse. Le roi d'Ithaque semble chargé d'un coffre rempli de marchandises précieuses , moyen que , suivant la fable , il avait employé pour pénétrer dans le palais de Scyros , et pour y surprendre le jeune héros que les craintes prévoyantes de sa mère voulaient dérober à ses destinées et à celles d'Ilion.

Il aurait été fort aisé à un véritable antiquaire de reconnaître le sujet de la plupart de ces figures. 11 y en a une dont l'attitude est précisément celle que les artistes anciens ont appropriée à la Muse Polymnie (2). Les rochers sur lesquels plusieurs de ces femmes semblent s'appuyer , sont aussi des accessoires usités dans les statues des Muses. Il n'était pas difficile de reconnaître un Apollon Gilharède, dans la statue dont on fit un Ulysse. li subsiste encore une portion de sa lyre dont on a fait le fond du coffre qu'on a placé dans ses mains. La figure d'un jeune homme en habit de femme ressemble à d'autres qui repré-

(i) Les frères Adam, sculpteurs français, restaurèrent ces figures pour le cardinal de Polignac qui en avait fait Facquisition.

(2) Elle est gravée à la planche 4 de l'ouvrage de M. Levezow.

sentent Bacchus (i). On sait que cette divinité partageait avec Apollon la société des filles de Mémoire et le séjour du Parnasse (2).

La figure que nous examinons ( V. Tav. IX ) fut restaurée pour uue des filles de Lycomède. La jeune princesse parait avoir choisi une bague parmi les bijoux apportés par Ulysse. Elle n'a sur ses membres délicats d'autre habit qu'un peplum qui enveloppe sa taille en descendant de l'épaule gauche, et en passant au-dessous de l'aisselle droite, de manière à ne laisser nus que la gorge et le bras droit.

Le rocher sur lequel elle s'appuie du bras gauche, semblable à celui qui sert de support à la figure que nous reconnoissons pour Polymnie , est une preuve qu'elle représentait aussi une des neuf sœurs. Mais on ne saurait déterminer avec certitude quelle est la Muse dont elle dut autrefois offrir Fimagc. Quelques conjectures peuvent faire supposer qu'elle représentait la Muse de la comédie (3) , et qu'elle avait pour attributs un masque et un pediim. La

(i) J'en ai publié une parfaitement semblable dans le VU volume du Musco Pio-Clemcnlino ^ pi. x.

(2) Les statues de Bacchus ont été souvent placées auprès des statues des Muses ; Museo Pio -dementino, t. I, page 39 (g) et page 80 (*).

(3) M. Levezow a cru reconnoître Thalie dans une autre figure aux franges qui bordent sa draperie (pi. 5 ) : mais cet ornement n'est point du tout caractéristique. Une statue de la Muse Polymnie a également son peplum orné de franges ( Sculture della villa Borghese , t. II , stanza 7 , n. 12).

0 Edizione romana. NclV edizione milanese, T. I ì pag- «^i i nota (2) e pag. 243. — Gli Editori.

première conjecture est tirée de rageiicemeiU de la draperie : on connaît des figures bien certaines de Thalie , dont le peplum a la même disposition (i). La seconde conjecture est fondée sur ce que Thalie j Génie tutélaire de la poesie pastorale aussi bien que de la comédie , se rencontre demi-nue plus souvent que les auties Muses , sans autre vêtement qu'un manteau bizarrement ajusté autour de ses membres (2). L'attitude annonce le repos: les jambes nonchalamment croisées , font porter le poids du corps sur le pied droit, et le rocher, emblème du Parnasse, offre un appui à la figure qui se penche et s'abandonne sur le coté gauche, opposition agréable que les sculpteurs anciens ont souvent recherchée , quand le sujet le leur a permis.

(i) La Thafie du sarcophage capitolin , est celle des peintures d'Herculanum [Musco Capitolino , t. IV, pi. 26; Pitture d'ErcolanOj t, II, pi. 3).

(2) Thalie est très souvent représentée dans ce costume sur les pierres gravées. Voyez, par exemple, dans le Muséum Florentinum , les numéros 1 et ^ òe la planche 44 du premier volume ; et dans le No\'us Thesaurus Gemiiiarum de Passeri , la pi. 7.5 du t. H. Il est rare de trouver les autres Muses dans le même ajustement ^ j'en puis cependant citer une à la planche 62 de ïAdmiranda.

Mercure dit le Lantin

Statue (i)

La vigueur athlétique réunie aux charmes de la jeunesse et de la beauté , qui frappe au pre-

(i) Celte statue de marbre de Paros , haute d'un mètre, quatre-vingt-quinze centimctics (six pieds), fut trouvée, vers le commencement du seizième siècle, à Rome, dans l'emplacement des thermes de Titus sur TEsquilin. Paul m la fit placer au Vatican, dans le jardin de Belvedere , où se trouvoient déjà l'Apollon et le Laocoon ; elle n'en a été retirée qu'en 1797, lorsqu'on Ta transportée en France en vertu du Traité de Tolentino. Cette figure a conservé dans presque toutes ses parties son ancien poli ; cependant elle avoit souffert , dès les temps anciens , des mutilations qui avoient donné lieu à des restaurations antiques. Celle qui comprend quatre orteils du pied droit subsiste encore j elle ne paroît pas l'ouvrage d'un temps de décadence. Dans le bras gauche et dans la draperie , il reste encore des trous destinés à recevoir les goujons de bronze qui dévoient y retenir les parties ajoutées. A Tcpoque où cette figure fut placée au Vatican, on n'y fit point d'autres restaurations que celles qui étoient indispensables pour que la figure pût se tenir debout : ce sont celles de la cuisse droite et des jambes. Malheureusement on fut si maladroit à réunir les parties antiques qui étoient brisées, que la jambe droite ne posoit plus à plomb sur la cheville du pied. Au lieu de refaire les restaurations qui étoient cause de ce déplacement , on eut la barbane d'amincir la partie extérieure de la jambe et la partie intérieure de la cheville, pour que ces parties

mier aspect dans cette figure j la vie et le sentiment qu'on voit répandus dans tous ses membres , quoique l'attitude n'indique presqu'aucun mouvement (1)5 une physionomie majestueuse et douce qui seralile annoncer une Divinité bienfaisante j ces divers caractères ont fixé depuis trois siècles Tatlention des amateurs des arts sur cet ouvrage admirable ; et le vulgaire même , touché par des attraits inconnus , ne peut retirer ses regards de ce chef-d'œuvre sans un aveu spontané de la supériorité des anciens sur les modernes dans l'art de la sculpture. L'observateur, dont le goût est plus exercé dans l'examen et la comparaison des ouvrages des Grecs (2) , distingue particulièrement ,

se rattachassent sans aucune interruption apparente. Ce moyen a fait paroître le pied droit de celte admirable figure défectueux et presque estropié.

(i) La saillie du flanc droit, et la raain droite, qui étoit appuyée sur ce même flanc , et dont les arrachemens subsistent encore , font voir que la figure n'étoit pas dans l'action de marcher. Cependant le mouvement léger du pied gauche semble indiquer que le personnage représenté dans cette statue va changer d'attitude.

(2) Winckelmann , dont l'imagination vive s'enthousiasmoit à Taspect des chef-d'œuvres de la sculpluie grecque , s'est contenté d'orner de phrases poétiques la description de cette statue { Hist. de V Art ^ I. XII, c. i, § 21 de l'édition de M. Fea ). Le lecteur trouvera bien plus de profit dans l'analyse savante de la même figure qu'on lit dans les Recherches sur l'art statuaire (pi. 34 1 et suiv. ) , excellent ouvrage de M. Eraeric-David , mon collaborateur. Poussin en compagnie de l'habile sculpteur Fiançois du Quesnoy, dit le Flamand, avoil fait une étude particulière de cette figure , qui , par sa pose tranquille , se prête micu.K qu'aucune autre à l'examen et à

DEL MUSEO FRANCESE B'j

dans l'assemblage de tant de beautés , la saillie du flanc droit, qui produit de ce même côte une grande ligne serpentine 5 la manière ferme dont toutes les articulations sont prononcées} Timitation de la chair} le mouvement de la tête, légèrement inclinée, attitude d'un Dieu prêt h écouter les vœux des mortels } ces yeux où règne un calme céleste, et qui cependant, un peu plus rapprochés l'un de l'autre que ne le prescrivent les règles ordinaires du dessin, donnent à la physionomie l'air fin et spirituel qui la caractérise.

Le sujet de cette figure a été méconnu long-temps. Une dénomination vulgaire la désignoit comme un portrait d'Antinous, et cette dénomination n'est pas encore totalement abandonée (i). De nos jours on s'étoit enfin aperçu de l'erreur, mais on avoit eu différentes idées sur le personnage représenté : on avoit cru tour à tour y voir Hercule jeune , Méléagre , Thésée. Quoique ces conjectures présentassent quelque vraisemblance, elles n'étoient pas appuyées à des probabilités suffisantes. J'y ai reconnu Mercure à ses cheveux crépus (2) ; h la grâce et à la finesse de sa physionomie (3) } aux formes du Dieu qui inventa la gymnastique (4) ; à la ma-

la comparaison des mesures de chaque partie. Bellori ( f^ice de' pittori , dans la vie de Poussin ) nous a conservé le travail instructif de ces deux artistes, (i) On l'appelle vulgairement le Laniin.

(2) Toutes les têtes antiques de Mercure ont les cheveux crépus ; in capite crispatus capillus , est un des caractères de ce Dieu marqué par Apulée, Apolog.

(3) Galien , Protrept.

(4) Horace, 1. 1, od. X. Voyez aussi Djodore de Sici-

58 IVIONU>ÎENTI

nière dont les sculptoiiis anciens l'ont ordinairement représenté , le bras gauche entouré d'une draperie ; et enfin au tronc de palmier qui lui sert d'appui , et qu'on voit employé comme accessoire dans plusieurs de ses statues (i). Les feuilles de cet arbre avoient servi , suivant les traditions des anciens, h recevoir les premiers essais de l'écriture, et c'étoit à Mercure qu'on attribuoit l'invention de cet ari (2). Mercure étoit l'emblème des progrès de l'esprit humain dans les arts en général , et du perfectionnement de la société civile. Je ne me suis pas arrêté à ces probabilités : lorsque j'ai parlé de cette figure dans les explications du Musée Pio-Clementin (3), j'ai donné des preuves directes de mon opinion, puisées dans

le, I I, § i6. C'est k la constitution atlilétique de Mercure que fait allusion Shakespeare lorsqu'il donne à Hamlet:

The station of the herald Mercury.

Hamlet, act. ;/;, se. ir.

(i) Musco Pio-Clenientiiio y t. 111, pi. ^i,

(2) Cette tradition nous a été conservée dans des scliolies inédites sur le poème de Dionysius le Pérlégète , et c'est Fabricius qui l'a fait connoître dans sa Bibl. gr., 1. 1, c. r2, § I , p. 8t) de la dernière édition.

(3) Tome 1 , pi. 7. M. Zoega a adopté cette opinion { Bassi ri lievi rii Roma, t. 1 , p. 16); cependant il avoue qu'il lui reste un doute. Il ne comprend pas comment des pieds presque estropiés, dans l'ouvrage d'un artiste si habile, pourroient appartenir à Mercure; il propose avec beaucoup de défiance de reconnoîtrc dans cette statue OEdipe , dont les pieds , suivant la fable , peuvent être défectueux. M. Zoëga est digne d'excuses : la statue originale n'étoit plus à Rome lorsque ce savant proposoit sa conjecture ; nous avons rendu, compie de l'accident d'où provient le défaut dont il s'agit.

les ligures de Mercure qui ne sont que des irnilations plus ou moins fidèles de celle-ci (i). La réunion di? tant de preuves me fait regarder maintenant cette conjecture comme une démonstration.

Hermaphrodite

Statue (2)

Le jeune Dieu dont la beauté avoit enflammé Salmacis (V. Tav. X)^ le fils mystérieux de Mercure et de Vénus, est couché sur la terre et livré au sommeil (3). On diroit que son imagination , s'égarant

(i) Aux monumens dont j'ai lait mention à lendroit cité , on peut ajouter In belle cornaline antique dont on voit des empreintes dans la Collection de Dolce , E , n. ir , et dans le Diii^ento gr/nnir de Fréd. Dolce, n. 34- Celte même figure y est représentée auprès d'un tronc de palmier, et avec plusieurs attributs qui appartiennent évidemment à Mercure.

h) Cette statue qui a un mètre , six décimètres, deux centimètres (cinq pieds) de long, est de marbre de Paros. Elle fut découverte dans le territoire de F'ellefri , peu mutilée , mais tellement corrodée dans toute !sa surface, qu'on crut devoir la rétablir, en la retravaillant de nouveau sur le modèle de l'Hermapbrodite de la villa Borghese. L'opération que je viens d'indiquer a nui à la beauté de la figure , en diminuant la saillie de la rondebosse. Heureusement, par un effet de la munificence de 'S. M., ce dernier chef-d'œuvre enrichit déjà le Musée Napoléon.

(3) Hermes est en grec le nom de Mercure, Aphrodite

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parmi les fantômes d'un songe voluptueux , est la cause du désordre de la draperie qui auroit dû voiler ses membres , et d'un mouvement qui ayant fait changer leur position est encore sensible dans le balancement de la jambe gauche. La grâce de la pose, qui, jusque dans la nudité, conserve de la décence, nous étale toutes les beautés d\m corps qu'on pourroit prendre pour celui de Vénus , si on ne s'apercevoit que le sexe d'Hermaphrodite est celui de son père (i). Cette association de formes , que la nature rend étrangères les unes aux autres, est l'eftet d'un miracle. L'amante d'Hermaplirodite , en serrant de ses bras le garçon trop sévère dont elle éloit éprise , a perdu sa propre existence, ou plutôt elle l'a confondue avec celle de son bien-aimé : il ne reste plus de traces de ce qu'elle étoit que dans le changement visible que le fils de Vénus a éprouvé dan^ ses membres et dans leurs contours. Cette fable , si attrayante sous les pinceaux d'Ovide (2), n'est qu'une enveloppe agréable dont l'imagination des Grecs avoit revêtu les idées emblématiques de la théologie primitive des Egyptiens et des Orientaux. Cette doctrine arcane donnoit les deux sexes à la Divinité , considérée comme le principe et la source 'des générations (3). Les poètes avoient tiré de ce

celui de Vénus; de manière que le nom d'Hermaphrodite décèle l'origine de ce personnage.

(i) Pars est una patri s ^ cetera matris hahet. Martial, lib. XIV , ép. 74.

(2) Ovide, Mélntn., 1. IV, v. 259.

(3) L'antiquité de cette doctrine a reçu jun nouveau jour dans une prolusion académique , De hermapiiroditis artis anliqnae, Kiel, i8o5, par M. le professeur Ileinricli.

DEL MUSEO FRANCESE 6l

dogme la fable crHerniaphrodite, personnage mystique j symbole de la nature , né de Vénus et de Mercure , Divinités qui étoient les emblèmes des deux principes, Tun actif et l'autre passif, qu'on reconnoissoit dans la création. Les artistes ont altéré la fable d'Hermaphrodite, de la même manière que les poëtes a voient altéré par cette fable la doctrine allégorique répandue à des époques plus reculées j ils en ont créé un Hermaphrodite, qui n'est pas un de ces androgynes, productions monstrueuses de la nature , que l'histoire de la médecine et de la physiologie a quelquefois signalés (1)5 mais un être entièrement idéal, un jeune homme qui a les formes et les charmes d'une jeune femme.

Il étoit difficile de donner une action convenable à cet être imaginaire : celle du sommeil a été choisie très judicieusement par l'artiste. Elle lui a permis d'exposer à nos regards , sans blesser la modestie, toutes les beautés du voluptueux Hermaphrodite : elle a suffi pour exprimer en même temps l'amour du jeune Dieu pour la mollesse , et son penchant à la volupté , double caractère également convenable à un être qu'on devoit supposer, jusqu'à un certain point, dépourvu de la vigueur d'un sexe, et de la pudeur de l'autre.

(i) M. le D.r Joseph Mattei , dans une brochure imprimée à Rome en i8o5, sous le titre de Memoria sopra alcuni cangiamenti apparenti di sesso , etc. , raconte un fait arrivé de nos jours et entièrement semblable à celui qu'on lit avec étonnement dans l'histoire de .Diodore. Excerpt., 1. XXX II , ecl. i, pag. Sig de l'éd. de Wessellne.

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