‹ Opere varie, italiane e francesiChapitre 5 sur 122 · I0NU VIENT · texte numérisé non relu

I0NU VIENT

Polyclès , artiste alliciiieii qui a ihmn \ ors la cent cinquante-ciriquiòine olympiade, avoit fait une figure en bronze dUermaphrodite , devenue célèbre dans l'antiquité (i), et qui a été piobablcnient le modèle diis quatre répétitions antiques en marbre, qui nous sont parvenues (2). Celle que nous

(i) Je trouve trois statuaires grecs de ce noui , tous trois Athéniens : Je premier a vécu , suivant Pline , à la cent deuxième olympiade. Il étoit fils de Stadicus , et avoit exécuté il Olympia la statue d'FIegésarque de Trilée, ville qui n'exista plus après la deux cent huitième olympiade (Pausanias, 1. VI, c 4; Pline, l. XXXIV, § 19, pr. ). il travailloit eu bronze ainsi que le second , qui florissoit à la cimt cinquante cinquième olympiade (Pline, hc. cit.): on pourroit supposer qu'il descendoit du piemier;, il étoit Athénien cotnme lui , et il fut père de Timarchide , sculpteur en marbre, et de Timoclès, statuaue en bronze (Pausanias , 1. X , c. 34 )• Enfin un troisième Polyclès étoit frère de Dionysius ; l'un et l'autre étoient fils de Timarchide, qui avoit donné à l'un d'eux le nom de son père (Pline, 1. XXXVI, § IV, n. 10). Hardouin , à qui ce rapport de nom étoit échappé, a fait disparoître dans le texte de Pline les mots par lesquels cet écrivain les désignoit tous les deux: de manière que dans Tédition que Uaràouin a donné du naturaliste latin, il ne reste plus de traces de cette filiation. Ou ne connoit de ce dernier Polyclès que des ouvrages en marbre. Comme Plme parle d'une statue célèbtc d'Hermaphrodite , par Polyclès, parmi les ouvrages de hïvwz'-^Hcrmaphroditiun nobiltm ( 1. XXXI V, § iq, n. 20), cette statue a dû appartenir au second Polyclès, père de ïimarchide, et postérieur à Praxitèle età Lysippe. La grâce de cette figure empêche de l'attribuer au Polyclès plus ancien , et la njatlère empêche de l'attribuer au plus récent.

(2) Ce sont, ri.lermaphiodite de la villa Borghese, un autre du palais borgbese à Rome, un troisième qu'on voit dans la galerie de Florence , et celui cnlin que nous cxa-

exuininoiis ici est la dernière qu'on a découverte.

xvu.

Vénus dite la Vénus du Capitole Statue ( I )

Souvent, dans le cours de cet ouvrage , nous avons eu lieu de remarquer Fesprit d'imitation ^ qui paroit s'être perpétué chez les anciens dans les écoles de Tart , et qui toujours dirigé par !a sagesse et le goût , loin de retarder les piogrès des artistes, contribuoit puissamment à porter leurs ouvrages au plus haut degré de perfection.

La statue de Vénus, que nous examinons, ( V. Tav. XI) rappelle, ainsi que la Vénus de Médicis, la

minons. Ce nombre de répétitions répond si bien à la célébrité que Pline attribue au bronze original de Polyclès , qu'il est extrêmement probable que toutes ces statues ont été faites sur ce même modèle.

(i) Cette statue de marbre de Paros, haute d'un mètre, soiXHute-douze centimètres (5 pieds, 3 pouces, 8 lignes ), avoit été placée par Benoît XIV dans le Musée du Capitole. C'est probablement la même Vénus qu'on voyoït autrefois à Rome dans la maison de Stazi , et qu'on avoit découverte dans la vallée située entre le Quirinal et le Vimiual (Ficoroni, Notizie (P antichità , n. io4, dans la Miscellanea de M. Fea ). On l'a transportée à Paris en vertu du Traité de Tcieutino. Cette figure est une des mieux conservées que nous ayons : elle n'a de moderne que le bout du uez et quelques doigts des deux mains.

pose gracieuse de la Véiius de Guide (i), et tient beaucoup de l'une et de l'autre, quoiqu'elle en diffère par des petites modifications dans le mouvement, et dans l'attitude, et plus encore par le caractère des formes. L'expression de la pudeur est plus marque'e , et j'ose dire plus évidente dans cette figure qtie dans les deux autres que je viens d'indiquer. La légère inclination du corps, par laquelle la Déesse paroit vouloir soustraire au jour, autant qu'il est possible , quelque parties de ce beau corps sans voile , en le repliant tant soit peu sur lui-même (2), s'accorde de la manière la plus heureuse avec l'attitude pudique des mains, qui semblent par un mouvement spontané chercher à remplacer les vêtemens. L'ample draperie à franges, relevée sur un vase qui est aux pieds de la Déesse , a servi à sécher ses membres au sortir du bain , et elle en paroit encore tout humide (3). On. diroit que Vénus attend que les

(i) Il nous reste beaucoup de statues antiques bien réconnues pour des copies de la Vénus de Gnide. On peut d'ailleurs se faii-e une idée de sa pose sur les médailles frappées dans cette ville de la Carie. Voyez les pierres gravées du Cabinet d' Orléans ^ t. I , pli 3i , p. i35-i4oi et le Museo Pio-Clenientino , t I, p. 1 8 et 95 (*).

(2) C'est ce mouvement qu'Ovide a indiqué avec tant d'élégance par l'épithèle de semireducia ( De art. am. , 1. II, V. 6r4).

(3) C'est en supposant que cette draperie est mouillée qu'on peut expliquer comment elle forme une aussi grande élévation au-dessus du vase.

0 Ediz. rom. Dell' edizione milanese , pag. 64 , e a^S , 274* '"' Gli Editori.

Grâces k couvrent de sa tunique parfumée : elle tourne la tête vers l'e'paule gauche, comme pour s'assurer qu'elle n'a pas d'autres spectateurs.

Le charme de ce double mouvement est inexprimable. Praxitèle qui , le premier peut-être , représenta dans un ouvrage de grandeur naturelle la Déesse des amours sans aucun vêtement (i), fut aussi le premier h sentir ce charme, et il en embellit la Vénus de Gnide. Cette statue, à peu près dans la même action que la Vénus du Capitole, pose la main droite de la même manière que celle-ci sa main gauclie : de l'autre elle approche de son sein la draperie qui doit servir à l'essuyer, et qui est soutenue pareillement sur un vase. Ce mouvement, qui semble indiquer que les appas de la Déesse ne sont à découvert que pour quelques instants, a beaucoup de grâce 3 mais l'intention de s-Q couvrir y est moins exprimée que dans la Vénus du Capitole (2).

La Vénus de Cléomène ou de Médicis ressemble, pour la position des mains, à cette dernière;

(i) La préférence que les habitans de Cos donnèrent à la Vénus drapée , du même maître , sur celle dont les Gnidiens firent l'acquisition après eux , fait voir que cette manière de représenter Vénus , du moins dans des figures d'une certaine grandeur, offroit une nouveauté répréhen» sible ( Pline , 1. XXXVI , § IV, n. 4).

(?) L'altitude de la Vénus de Troade , ou de Ménophante, lient le milieu entre celle de la Vénus de Gnide et celle de la Vénus da Capitole. Voyez les Monumeas antiques du illiisêe Napoléon , graves par M, Piroli , 1. 1 , n. 57

Vise. Op, ^-ar. T. IV.

66 monume:^ti

mais l'expression de la tête est plutôt celle de l'innocence que celle de la modestie. L'artiste nous offre la Déesse encore vierge qui vient d'être formée de l'écume de la mer : les Amours qui l'accompagnent ne sont pas ses enfans ; ce sont les Désirs dont cette beauté immortelle se trouve entourée dès le premier moment où elle paroit aux regards des hommes et des Dieux (i).

Cléomène, qui probablement a fleuri après l'auteur du premier type de la statue que nous considérons (2) , désespérant peut-être de surpasser cet artiste dans l'expression , a voulu l'emporter sur lui par le caractère de beauté qu'il a donné à sa figure. Praxitèle , dans la sienne , a voit imité les belles formes de Phryné (3): nous ignorons quelle beauté a servi de modèle à l'auteur de la Vénus du Capitole ; mais il est impossible de ne pas reconnoitre dans cet ouvrage l'imitation d'un

(i) Homère, Hymn. II, infreneremo Hésiode, Theog. V. 201. Voyez ma Notice des antiques du Musée Napoléon^ n. 123, édit. de 1808 ('). On peut consulter aussi sur Cléomène , auteur de ce chef-d'œuvre , ma Notice critique survies sculpteurs grecs qui ont porté ce nom , insérée dans !a Décade philosophique ^ an. X , ou 1802 (").

(2) Le motif unique que j'ai pour croire la Vénus de Médicis postérieure èi la Vénus du Capitole, ou du moins à son plus ancien archétype, n'est autre que la supériorité de la beauté idéale de la première.

(3) Athénée, Deipnosopk. , 1. XIII, pag. Sgi , A.

(*) Nella Notice ec. qui citata trocasi la descrizione della fénere Medìcea ; e noi la riprodurremo a suo luogo in questo volume, dopo le attuali Descrizioni ed Illustrazioni. — Gli Editori.

(**) Feggasi nel volume III , pag. 1 1 e scgg. delle presenti Opere, — Gli Editori.

modèle vivant choisi parmi les plus accomplis, et non exempt cependant de quelques imperfections individuelles.

Cléomène , en représentant Vénus dans sa fraîcheur virginale , s'est élancé au-delà des limites ordinaires de la nature; les formes qu'il a données à Cithérée offrent des contours si purs, tant d'élégance et tant de noblesse , qu'on ne sauroit les comparer qu'aux traits subUmes de l'Apollon Pythien. Les deux artistes qui l'avoient précédé, avoient représenté dans leurs Vénus des femmes parfaitement belles 5 Gléomèae paroit avoir connu les Déesses.

Mais si l'auteur de la Vénus du Capitole n'a pas donné à cette statue le caractère élevé qui nous étonne dans les formes de la Vénus de Médicis, il a peut-être surpassé tous les statuaires anciens et modernes par limitation non affecté de la chair. Cette imitation qui frappe le spectateur, et qui est plus rare encore dans les statues antiques représentant des femmes, que dans les statues d'hommes, est relevée par le ton doux et transparent du marbre de Paros , ainsi que par l'intégrité de toutes les parties, et par la conservation de la surface. Les dimensions de la figure, qui excédent un peu la grandeur naturelle, contribuent à captiver les regards. Tant de qualités réunies ont pour quelques yeux un attrait qui les dédommage de cette beauté, pour ainsi dire surnaturelle, qu'on est forcé d'admirer dans la Vénus de Cléomène.

Pline a fait mention de deux statues de Vénus qu'on voyoit à Rome, dont on ignoroit les au-

teurs, et qui, dans l'opimon de certains connoisseurSj pouvoient disputer la palme à la Vénus de Praxitèle (i). Si notre statue n'est pas une de ces deux figures de Vénus , elle en est probablement une imitation des plus achevées. Nous en possédons plusieurs répétitions (2), mais nuUe^ autre d'une égale excellence.

(i) Cette comparaison me paroît prouver que ces deux statues de Venus représentoient la Déesse toute nue ( Pline, 1. XXXVI, § IV, n. 7 et 8). Je sais que plusieurs commentateurs de Pline ont attribué à Scopas uue de ces deux Vénus i mais l'époque où cet artiste à vécu, me fait penser qu'il n'étoit point l'auteur d'une Vénus toute nue, puisqu'elle auroit été plus ancienne que la Vénus vendue aux Gnidiens par Praxitèle. Le peu de méthode qui règne dans l'ouvrage de Pline me tait présumer que cet auteur, après avoir parlé de quelques sculptures de Scopas , placées par Brutus Callaïcus dans un temple de Mars , passe, par une de ces digressions subites qu'on rencontre fréquemment dans ses écrits, à une Vénus, d'un auteur inconnu , qu'on admiroit dans le même temple.

(2) Il y en a deux dans la galerie de Dresde (Leplat, pi. 5-3. et 119)^ on en voit d'autres à Rome et à Florence ; et sur la fin du siècle dernier , il en a été découvert une autre presque aussi belle parmi les ruines d'Ostie.

Vénus au bain

Statue ( I )

Polycharme avait sculpté Vénus dans l'action de laver ses membres divins; et cette statue était placée à Rome dans le portique d'Octavie (2). Nous avons vu , en examinant une autre statue de la mère des Amours, avec quelle adresse les artistes grecs avaient choisi le moment du bain , pour avoir un prétexte plausible de représenter, sans aucun voile, la déesse de la beauté (3); et comment on avait peu varié , depuis Praxitèle , la pose que ce grand artiste avait donnée h sa Vénus de Gnide. D'autres statuaires , certainement postérieurs j avaient inventé les attitudes des Vénus accroupies , qui se ressemblent presques toutes ,

(i) Cette statue de marbre de Paros était autrefois placée dans la salle des antiques au Leuvre. Elle a 65 centimètres ( 2 pieds ) de hauteur , ce qui donne à la figure supposée debout , la dimension d'un mètre ( un peu plus que 3 pieds ). La tête est rapportée; les bras, ainsi qu'une partie de la cuisse et de la jambe gauche sont modernes.

(2) C'est ce que Pline semble indiquer liv. XXXVI , § 4' '^' 10- Il est le seul auteur qui a fait mention de ce statuaire.

(3) Voyez ma description de la Féniis du Capitole , dans la 76">o livraison du Musée français (*).

0 y. il n. XVII di questi Monumenti. — Gli Etlilon.

rjo MONUMENTI

sauf quelques légères modifications. Telles sont la Vénus accroupie de la collection Farnese (i); celles de la Galerie de Florence (2) , du Musée du Vatican (3) , et du jardin Ludovisi (4).

La statue que nous avons sous les yeux (V. Tavola XII) diffère de ces dernières par le mouvement du torse et des bras, qui, tout modernes qu'ils sont, conservent encore assez d'antique, pour que nous ne puissions douter que Vénus ne soit dans l'action de parfumer son corps avec ces essences incorruptibles et célestes, dont il est parlé dans Homère (5). Il est même probable que , dans la liiain droite, qu'elle tient élevée, la déesse, avait une de ces fioles d'onyx dans lesquelles les femmes de Fantiquité conservaient ces baumes précieux que le luxe de leur toilette tirait de la Palestine et de l'Arabie (6).

(i) Gi-arée dans le recueil de Cavallerlis, n. 92.

(2) Maffei , Statue di Roma , tav. 28 , 5.

(3) Museo Pio -Clementi no ^ t. 1, pi. io.

(4) Je ne connais pas de gravure de ce beau groupe , car Vénus y est accompagnée par l'Amour. Une Leda de la galerie Giustiniani est à peu près dans la même pose ( Galleria Giustiniani , t. I , tav. 38 ), Plusieurs pierres antiques gravées nous offrent Vénus dans une attitude pareille. La Déesse y est ordinairement représentée avant sur ses bras élevés ou la tunique qu'elle dépose , ou une draperie destinée à sécher ses membres. Le genre du travail , dans la gravure en pierres fines , ne présente dans l'exécution de ces accessoires, ni les difficultés, ni les inconvénients qui en empêcheraient l'exécution en ronde bosse.

(5) Odjssca^ 1. IX, v. 363, seq. ; et Hymn, in Venerem^ V. 61.

(6) Catulle , de Coma Bérénices , ou Carmen LXVI ,

DEL MUSEO FRANCESE Jl

La pose de cette figure a tant de grâce , qu'elle plaît malgré les dégradations qu'elle a souffertes j et la médiocrité des restaurations ne doit pas nous empêcher d'être reconnaissants envers l'artiste moderne qui , en rendant à la statue une intégrité apparente, nous a mis h portée de reconnaître une partie des charmes que l'auteur ancien avait su donner à son ouvrage.

V. 82 et 83^ Horace, Carm., 1. IV, od. 12, v. 17; et les anciennes Scholies d'Acron et Porphyre sur ce vers.

n2 MONUMENTI

Vénus AccROUprE du Vatican

Statue { I )

Les poses naturelles et variées que prenaient les jeunes grecques dans leurs bains domestiques, soient lorsqu'elles faisaient verser de l'eau sur leurs épaules j manière de se baigner fort en usage chez les anciens (3), soient lorsqu'elles se prêtaient aux soins des esclaves qui essuyaient leurs membres , n'avaient échappé ni à la curiosité ni à l'imita-

(i) Cette statue de marbre pentelique est haute de 8i centimètres ( 2 pieds et demi ). La figure debout aurait 4 pieds, 3 pouces de hauteur. On la découvrit vers Pan 1760, dans le champ de Salone , immense propriété du Chapitre de Sainte-Marie Majeure , placée à la gauche de l'ancienne voie Prénestina , sur les bords de VAnio ( aujourd'hui Teverone)^ à l'endroit où cette rivière en reçoit une autre plus petite qui fait couler des eaux minérales , et prend le nom adacqua hollicante ( eau bouillonnante ). Voyez le ï.er volume de V/4gro Romano de M. l'abbé Nicolai, p. 204, et sa carte topographique, n. 261.

Il est vraisemblable que cette figure faisait l'ornement d'une salle de bains dans quelque maison de plaisance romai;ie. Les avant-bras sont restaurés, ainsi que la partie supérieure de la tête. En 1797 on Pavait transportée à Paris (*).

(2) Atovvjffiç, /aTaiovïjfftc. Athénée, I. I, p. a4i, § 44» Poilux, Onomast., I. IV, u. i8o.

(*) yÇ rappresentata e descritta nel Museo Pio-CIeinentino , T. /, Tau. X. — Gli Editori.

lion des peintres. Leurs tableaux offraient souvent des baigneuses dans l'une ou dans l'autre action {i)j et probablement Tart des statuaires emprunta à ces modèles peints quelques ligures de Vénus , lorsque Texemple de Praxitèle eut introduit lusage d'exécuter des statues de cette déesse où sa beauté paraissait sans aucun voile.

L'attitude toute pleine de grâces de la figure que nous décrivons , se prête également bien à l'une ou à l'autre des actions que je viens d'indiquer; et nous avons dans les monuments antiques des autorités qui se balancent pour l'une et l'autre de ces suppositions (2). Je suis cependant porté à croire que Vénus , dans la statue que nous examinons , attend que l'on verse sur elle de l'eau et des parfums. Ce qui me détermine ^ c'est Furnc {Hjdria) qui est posée sur la plinthe, et dont le statuaire s'est servi comme d'un soutien de la figure {3).

(i) On remarque des figures semblables dans plusieurs peintures des vases grecs.

(2) Un Génie verse les eaux de son urne sur les épaules de Diane, qui se baigne dans la fontaine, de Gargapliic , et qui est dans la même pose que la Vénus ( Sculture della villa Borghese, st. Vil, n. 17). Les peintures des vases grecs déjà cités offrent des compositions du même genre. Au contraire le groupe de la villa Ludonsi, dont j'ai fait mention dans les notes sur mon explication de la Vénus au bain du Musée Royal (*) , nous présente Cupidon déployant une large draperie pour essuyer les membres de la déesse.

(3) On ne voit ni VHjdria, ni le bracelet dans le dessin

O f. il II. Xl'IIl di qu.:sti Monumenti. — Gli Editori.

Les parties antiques et bien conservées de cette statue portent l'empreinte du ciseau d'un grand maître. On dirait que le dos est de chair et mouvant. D'ailleurs les nombreuses répétitions de la même figure , qui , à de petites différences près , nous sont parvenues , annoncent que le premier modèle était fort estimé. Mais aujourd'hui , faute de renseignements, il nous est impossible de conjecturer quel était ce modèle , et de quel maître il était l'ouvrage.

On remarque sur le haut du bras gauche, bi^achio summo sinistro , un de ces bracelets sans pendant , qui avaient la forme d'un serpent , et faisaient, comme nous le savons, partie de la parure des dames grecques et romaines (i).

gravé. L'amateur pourra vérifier ces détails sur les plâtres nombreux de cette belle figure. Quant à ces urnes sans anses, on les voit souvent, dans la sculpture ancienne, posées sur les épaules des Nymphes ou placées entre leurs mains.

(i) Ce bracelet unique avait, en latin, le nom de sphinfer, dérivé sans doute du grec atfiyxTrip. Festus, v. sphinter: l'ollux, 1. V, n. tjg. Un bracelet semblable avait fait donner autrefois le nom de Cléopaire à VÀriadne endormie du Vatican.

Diane de Gabies

Statue ( I )

Diane se dispose à partir pour la chasse. Déjà une seconde ceinture relève jusqu'au dessus du genou sa tunique artistement plissée, orcXt^coToç. La fille de Latone attache avec une agrafe , sur son épaule droite . les deux bouts de la chlamyde , habillement accoutumé des chasseurs. Les Nymphes de l'Amnisus ne lui ont pas encore chaussé ses brodequins de chasse ; d'élégantes sandales renferment ses pieds divins. La physionomie est à la fois agréable et noble, peut-être un peu pensive. On dirait que la Déesse goûte en idée les plaisirs périlleux de ses jeux héroïques ; qu'elle parcourt déjà par la pensée les hauteurs du Cynthus ou du TaygetCj où fait retentir du bruit de son carquois les vieilles forêts de TArcadie.

(i) Cette statue de marbre grec à petit grain (grechetto) qui est probablement le marbre statuaire qu'on tirait des carrières de l'île d'Eubée (Journal des Soi'ans , décembre, 1816, p.'^igy ), fut découverte l'an 1792 dans les environs de Gabies. Placée dans la collection Borghese , je la fis connaître parmi les Monumenti Gabini , tav. 82. Elle a 5 pieds (un mètre, 162 centimètres) de hauteur. Le nez , la main droite , une partie du bras gauche audessus du coude, l'extrémité antérieure du pied droit, la moitié inférieure de la jambe gauche avec le pied , sont des restaurations modernes.

'j6 MONUMENTI

Le mouvement gracieux que cette action donne naturellement aux membres et à la pose de la ligure, le charme que l'air de la physionomie répand sur l'expression générale , appartiennent à ces secrets que les artistes grecs avaient la facilité de dérober à la nature , et que les modernes , dans leur excès de recherche , devinent si rarement. Sous ce rapport , la Diane que nous examinons est un véritable chef-d'œuvre. 11 est difficile d'imaginer une figure dont la naïveté soit plus gracieuse , ou dont les draperies produisent des accidents plus heureux et plus piquants. L'exécution des vêtements et la pureté de goût avec laquelle les chairs sont traitées , ne laissent rien à désirer, el pourraient justifier les conjectures d'un antiquaire, qui a cru que cette statue est le prototype de quelques répétitions qui nous sont parvenues. Mais Texcellence de tant d'imitations certaines et supérieures probablement à celle de leurs originaux ne nous permet pas de donner un grand poids à cette opinion ingénieuse. Nous avons déjà en plus d'un endroit remarqué cette merveilleuse excellence des copies (i)j dailleurs , le nombre des imitations connues de la Diane de Gabies est encore trop borné pour que l'on en déduise un résultat général (2).

(i) Vo3'-ez, dans le Muice français^ les explications de VJpnlton pythicn , et de la Vénus du Capitole (*).

(?.j Une figure padaitemcnt semblable existait à Rome dans les jardins d« marquis Giunj. Percis l'a gravée dans son recueil de Statues . n. 64- Uu autre monument du

(•) y. i n. nu e X^Il di tjucsti Monumenti. — Gli Ediiori.

Je n'oublierai pas de remarquer que la physionomie de la déesse et son front tant soit peu élevé, ainsi que le mouvement de la tête et du bras droit, semblent n'avoir été conçus que d'après une espèce de réminiscence de la Diane à la bicJie.

Cette particularité ne laisse aucun doute sur le personnage représenté. C'est la sœur même d'Apollon , et non pas une des Nymphes ou des héroïnes qui partageaient avec elle les fatigues et les plaisirs de la chasse. Leurs tuniques, dans les monuments des arts , sont relevées comme celle de la déesse- mais une circonstance les dislingue, et Callimaque l'avait remarquée (i): elles ne remontent jamais jusqu'à l'épaule droite , qui demeure nue, ainsi que le sein dvi même côté. Les anciens statuaires n'ont pas osé donner cette nudité aux images de la chaste Diane.

palais Verospi , et qui a été dessiné par Le Brun dans le III. •= volume du Supplém. à PA. E. de Pi'îontfaucon , pi. X , n'était qu'un fragment fort mutilé d'une figure pareille. En restaurant le bras droit , on en avait méconnu l'action ; de sorte que celle du bras gauche demeurait sans motif: on y avait rapporté une tête de porUait, L'abbé Bracci a répété plus en grand un dessin de cette figure: on le voit gravé dans le !,"• volume de sç.s Memorie degli antichi Incisori , etc. , au n. XIV des planches additionnelles, p. i4i. Mais il a négligé de faire la moindre remarque sur l'état du monument.

(i) Hymn. in Dianam, v. 2i4: « Rien n'enveloppai' leurs épaules droites , et l'un des seins était toujours nu.^'»

jS MONUMENTI

Bacciius

Statue ( 1 )

Démocrite de Nicoiiiédie désapprouvoit les peintres et les statuaires qui représeiitoient Ba échus dans l'ivresse (2). Il lui paroissoit absurde de faire voir un Dieu dans un état où tout homme sage rougiroit de se montrer. 11 est aussi peu convenable ^ disoit-il encore, de représenter le Dieu des vendanges abattu par les excès d-une orgie , que de peindre Cérès se livrant aux travaux pénibles des champs, ou partageant les alimens des moissonneurs. Quoiqu'il en soit de ces observations , le reproche que Démocrite adressoit aux artistes prouve du moins que, dans le temps de ce sophiste, quelques ouvrages de l'art avoicnt mérité cette censure: et en eiïet il existe encore plusieurs groupes et plusieurs bas-reliefs où nous voyons le

(i) Cette statue de marbre pentélique , haute de deux mctresj, quatre décimètres, neuf centimètres (7 pieds, 8 pouces) étoit autrefois dïius la salle des antiques au Louvre. Elle n'a de moderne que la main dioile qui tient une grappe de raisin , la lèvre mférieure , le menton , et quelques extrémités de la main gauche et de la nèbride. La statue étoit réduite en plusieui's pièces; on les a toutes remii?es à leur place , mais on ne l'a pas tait avec assez d'adresse.

(?.) Athénée, 1. X, p. 4^8, E.

DEL MUSEO FRANCESE jg

fils de Sémélé dans cet état de langueur qui est la suite de l'intempe'rance (i). Mais cette critique ne sauroit s'appliquer aux sculpteurs qui , en représentant Bacchus à demi-ivre, ont voulu exprimer seulement cet oubli momentané des peines de la vie , et cette douce illusion de Tespérance , qui sont un bienfait de ce Dieu , et qui lui ont fait donner l'aimable surnom de Lyaeiis (2). Les sages eux mêmes ne pensoient pas que cette espèce de gaieté qui tient , pour ainsi dire , le milieu entre le calme et l'ivresse , fût indigne d'un sage (3). Tel est l'état dans lequel cette statue (V. Tav. XIII) nous représente le Dieu thébain. Le mouvement de la figure est plein de grâce, et cependant il offre quelque cliose de mal assuré. Les paupières inférieures 5 en remontant sur le globe de l'œil dont elles cachent une grande partie , donnent au regard une expression mêlée d'ivresse et de volupté. Bacchus

(i) Tel est , par exemple , le superbe bas-reliefJFarnésien qu'on voit gravé à la page IX des Monuni. ined. de ^^ inckelmann ; tels sont encore ceux que j'ai publiés dans le IV vol. du Museo Pio-Clem. , pi. 20, 21, 22 et 24, le groupe de ce même Musée représentant Bacchus appuyé sur un Faune (t. I , pi. 4^ ) , et un autre qui se trouve dans la Galerie de Florence {Mus. Fior., t. VI, pi. 49), où l'on voit aussi ( pi. 5i ) un groupe semblable exécuté par Michel-Ange.

(2) Ce nom fut donné à Bacchus pour exprimer qu'il nous délivre de nos peines , a solvendis curis {Horat, ep.^ od. XIII , 37 ), Le verbe grec lyein signifie détacher , clclwrer.

(3) Théoguis dans les Poètes gnomiques de Brunck , V. 467 et suiv. — Horat. III, od. XXI.

8o MONUMENTI

ti(3nt dans sa main droite une grappe de raisin (i): cette main tombe vers la hanche avec abandon : le geste de sa main gauche , qui est légèrement appuyée sur le tronc d'un arbre ( vraisemblablement d'un ormeau ) , fait juger qu'il laisse échapper quelques paroles de ses lèvres entr'ouvertes. Une couronne de lierre, enrichie de raisins, ombrage le diadème ou bandeau qui serre son front. Cette couronne n'est point un ornement inutile ; elle peut servir de soulagement dans fivresse (2). La nèbride ou peau de chevreuil attachée sur l'épaule droite est rejetée en arrière 3 elle descend autour du bras gauche et retombe sur le tronc , pour défendre les membres délicats du Dieu contre la rudesse du bois. Le devant de la figure , qui n'est recouvert par aucune draperie, offre des formes nobles, souples, arrondies, dignes du plus beau d'entre les fils de Jupiter (3). Le sculpteur a su mettre dans les contours de ce corps admirable toute la mollesse qu'on peut domier aux membres d'un jeune homme sans C!i déii;ilurer le sexe. Cette statue est un modèle accompli de ce genre de beauté. Je ne crois pas qu'il existe une plus belle figure de Bacchus.

^i) Quoique cette main soit moderne , une feuille de vigne qui tient à la statue montre évidemment que l'antique éloit dans la même position.

(2) Le médecin Andréas observe dans Athénée qu'un des remèdes contre le mal de tête est de la serrer avec un bandeau. On croyoit aussi que le lierre appliqué au Iront avoit une vertu rafraîchissante qui cmpêchoit les effets de l'Ivresse (Athénée, I. XV, page 67^, C. D. j Pa<;chal ,^e Coroni s , 1. I, c. 16 , pag. 5i ).

(3) Ovid., Metani., IV, iB.

DEL MUSEO FRANCESE 8l

Si ce reste précieux des arts des anciens n'a été jusqu'ici ni admiré ni célébré autant qu'il le mérite y c'est à cause des restaurations. Elles ne manquent pas de convenance, et même de style (i)j mais on n'y trouve point cette finesse de travail, qui à la vérité tient au métier plus qu'à l'art , mais qui, lorsqu'elle est négligée , détruit l'effet que dévoient produire les chefs-d'œuvres de la sculpture antique.

(i) Les parties modernes sont d'une bonne manière; il n'y a que la lèvre inférieure et le menton qui soient audessous du caractère de l'antique.

Vise. Op. var. T. IV,

XXÎl.

BiccHus OIT 15 Sardanapalk

St'.itne (I)

Plusieurs images de Bacchus nous présentent ce Dieu dans le même costume que la statue dont il est ici question (2). Une barbe ve'nérable contraste avec une coifTure de femme : les cheveux , ceints d'une diadème ou bandeau , se distribuent

(i) Elle est de marbre pentélique , haute de 2 mètres, I décimèU'e (G pieds, 6 ponces). On la déterra en 1761, près de Frascati, dans le territoire de Monte Porzio ^ endroit dit Praia Porzia^ à six lieues de Rome. Le bras droit est restauré; il devoit probablement tenir un ihyrse: les extrémités du nez et des lèvres sont modernes. Ces extrémités, un peu plus fortes qu'il n'auroit fallu, ont fait naître une idée de ressemblance entre le profil de cette tête et celui de Iléliogabalus , surnommé Sardanapale à cause de la corruption de ses mœurs. Celte conjecture , qtioique ingénieuse, n'en est pas moins fausse. Le trait simple et pur des sourcils, l'arête vive qui les termine, la racine carrée du nez ne s'accordent point avec les portraits de cet empereur, et caractérisent une tête idéale. D ailleurs le style de la sculpture est d'un âge bien plus ancien que le troisième siècle de Tère vulgaire. Cette statue vient du Vatican.

(2) Winckelmann , qui Ta publiée le premier {Monum. méd. y n. iG5), y a reconnu Tun des Snrdanapales. Je l'ai publiée de nouveau {Museo Pio-Chm., t. Il, pi. 4i)i et j'ai tâché de prouver qu'elle représente Bacchus. Cette opinion a été généralement adoptée.

en trois grandes boucles; l'une est retroussée élégamment sur le chignon , les deux autres tombent avec symétrie sur la poitrine. La tunique plissée, large et traînante (i), l'ample manteau qui, passé sous l'aisselle droite, se replie plusieurs fois autour de la figure, se retrouvent sur d'autres monumens représentant le conquérant de l'Inde j car c'est sous ce rapport principalement qu'on a donné à Bacchus riiabillement bizarre des souverains de ces contrées (a). On voit des figures parfaitement semblables à la nôtre sur divers bas-reliefs , entourées du cortège des Silènes et des Satires (3). On en retrouve sur des vases très anciens (4) , où elles sont peintes au milieu des Bacchantes avec les attributs les plus ordinaires du Dieu de la joie.

Les anciens , qui ont représenté ce Dieu tantôt jeune, tantôt d'un âge mûr, ont su conserver dans les figures barbues de Bacchus Hébon ou Bassareus (5) le même air de sensualité qui pa-

(i) On donnoît à cette tunique, qui couvroit entièremeni les pieds , les noms de syrma et de bassura , et on rattrlbuoit à Bacchus. Macrobe, Satura. /, c. XVHI ; et Solin, ch. 53.

(2) Pline. VI, S XXIV.

(3) Voyez les Monumens du Musée Napoléon par M. Piroli , t. II , pi. 3 et suivantes.

(4) On les voit dans les Collections des vases grecs publiées par M. Hancarville et par M. Thischbein.

(■d) G'étoient les noms qu'on donnoit plus < particulièrement à Bacchus lorsqu'il étoit représenté barbu. Macrob., loc. cit.; Diodore de Sicile, 1. III, § 63 , et 1. IV, § 5^ et Pausanias, I. V, c. XIX, parlent de ce Dieu représenté en âge mûr, et avec la barbe.

roît plus à découvert dans les images de Bacchus Hermaphrodite. Ce caraclère de mollesse se découvre dans la composition même de la figure , qui s'appuyant sur son thyrse de la main droite^ pose Tautre nonchalamment sur son flanc : il se découvre dans l'exécution de la chevelure , oii l'artiste a mis peu de légèreté, pour qu'elle parût humectée de parfums j enfin dans les yeux un peu moins ouverts que ceux des autres belles figures grecques , et dans le regard foiblement animé.

Ce même caractère a été, suivant toute apparence , le seul motif de l'inscription CAPAANA- • ITAAAOSj Sardnnapallos (i) , gravée sur le bord de la draperie. On sait que ce nom , porté jadis par plusieurs rois assyriens , étoit devenu dans l'âge suivant le sobriquet de toute personne efféminée (2). Cependant l'inscription dont il s'agit ne paroît pas du même temps que la figure. La forme des lettres ne s'écarte pas beaucoup de l'écriture courante. Cette inscription y fut tracée probablement dans le siècle des Antonins, lorsqu'on transporta la statue dans la maison de plaisance de

(i) L'ortographe de ce nom avec deux II n'est pas incorrecte ( Wesseling. ad Ilerodot. II, c. i5o).

(•?.) J'ai rapporté d'autres exemples d'inscriptions desi- , gnants des sujets d^ouvrages de l'art, qui sont erronées I quoique antiques (Musco Pio-Clem.j loc. cit.). Quant à l'emploi (lu mot Snrdanapallus , pour désigner un caractère lusurieiîx , ce mot se trouve dans les Oiseaux d'A- ! ristophane, vers 1021 : et huit siècles plus tard, nous le ; trouvons encore dans la Comédie latine intitulée: Querulus, i faussement attribuée à Plautc, et qui paroît avoir été écrite ; par un auteur gaulois du cinquième siècle de notre ère. '

l'un de ces princes (i). Les quatres Bacchantes, employées comme des cariatides à soutenir la voûte de la niche oij le Bacchus Sardanapale étoit placé j sont des ouvrages de la même époque (2). Il n'en est pas ainsi de la statue principale : elle est traitée dans un style un peu roide , que If's Grecs appelloient 6p3-6;j droit. Ce style se man. feste particulièrement dans les plis de la drapeiie, et dans la pose qui est noble , mais sans mouvement. La chaussure j oii l'entrelacement des courroies forme une espèce de réseau , se remarque dans d'autres ouvrages de l'école grecque antérieurs à Phidias (3). Les Romains , qui avoient sans doute enlevé cette figure h la Grèce , ont dû la considérer déjà de leur temps comme une antique.

(i) J'ai suivi l'opinion générale qui , place à cet endroit une campagne de la famille Ceionia , qui étoit celle de l'empereur L. Vérus ; mais comme cette opinion n'est fondée que sur des manuscrits de Pyrrhus Ligorius cité par Volpi {F'et. Latium , t. VIII , pag. 140)5 on pourvoit croire que cette campagne appartenoit à quelqu'autre ïlomain. Toutefois la vérité de l'observation, quant au fond , demeure la même.

fi) Elles sont gravées dans le Recueil de Cavaceppi t. IH , pi. 28 , et on les voit encore à la villa Albani.

(3) Voyez les Monum. im'd. de Winckelmann , n. 6.

SiLÈWE AVEC BaCCHUS ENFANT

DIT LE Faune a l'enfant

Groupe (i)

Ce père des Satyres , ce philosophe rustique , ce demi-dieu sauvage que la mythologie nous dépeint comme le précepteur de Bacchus et le précurseur, pour ainsi dire, de la doclrine d'Épicure (2), est représenté, dans ce groupe, appuyé

(i) Ce groupe, haut d'un mètre, quatre vingt dix centimètres (un peu moins de 6 pieds) , est d'un marbre grec à petit grain , connu par les marbriers romains sous le nom de grechetto. 11 était placé à Rome dans la villa Borghese (*). On l'avait trouvé , pendanl^le seizième siècle , dans l'ancien emplacement des jardins de Salluste ( Horti Sallustiani ) , qui , du mont Quirinal , s'étendaient jusqu'au Plncius (V. Flaminius Vacca, Mémoire, etc., 1. 59 de redit, de IVI. Fea dans «a Miscellanea). Le beau cratère, dit le vase Borghese, fut découvert dans la même fouille. Ce groupe que nous examinons avait beaucoup souffert , une partie des bras et du ventre , et quelques extrémités du pied droit de la figure principale , un bras et d'autres parties de celle de l'enfant sont restaurées. Plus d'un endroit où la surface était corrodée a été recouvert de stuc : malgré ces dégradations , on a toujours regardé ce groupe comme un des restes les plus précieux de la sculpture antique. On l'a coulé en bronze pour les Medicis. La gravure en est répétée en différents ouvrages.

(2) Sur Silène et sur les qualités qu'on lui attribue le

(•) f'. Ilhistrazioni de' Monumenti scelti Borgbesiani. Roma, 1821, tomo /, Tav. 6. — Gli Editori.

DEL MUSEO FRÂ!tCESE $m

du bras gauche contre un ormeau qu'il tapisse de sa nebride , et autour duquel serpente une vigne. Il soutient dans ses bras l'enfant joyeux de Jupiter et de Se'uîélé, qui regarde son nourricier avec affection , et lève sa petite main pour le caresser. Ils sont l'un et l'autre couronnés de lierre, mais les formes de Silène , quoique plus nobles et plus sveltes que sur la plupart de ses images (i), laissent encore reconnaître dans le nez camus, dans les oreilles de chèvre et la petite queue qui se replie au-dessus des reins , ce me'lange de natures que les fables asiatiques attribuèrent à ce demi-dieu. Son front chauve semble déceler une habitude trop suivie des plaisirs des sens, plulôt que la décadence de l'âge. Ses veines et ses muscles sont, à la vérité, plus prononcés qu'ils ne le seraient sur le corps d'un jeune héros j mais la peau qui les couvre n'est nullement flétrie , 'et les articulations conservent tous les caractères de fagilité et de la vigueur: sa vieillesse, en un mot , est celle qui peut convenir à un vieillard immortel. Ce groupe , qui annonce , par sa disposition , avoir été composé pour être exécuté en marbre , ne donne lieu à aucune conjecture qui puisse nous faire douter si c'est un ouvrage ori-

lecteur pourra consulter Diodore de Sicile, 1. III, c. 71, et 1. IV, c. 4; Elien, F. £?. , I. III, c. 18; Euri^de, dans le Ciclope; Virgile, Ed. Vìi Ovide, de Arte ^m., I. l , V. 548.

(i) Souvent Silène , dans les ouvrages de l'art, ainsi que chez les écrivains de l'antiquité, est représenté petit; gi'os , ventru. Voyez ce que j'ai observé à ce propos dans le Museo Pio-Clcment'no , t. I, pi. 46; et la belle statue couchée de Silène dans la villa Ludovisi , Monlfaucon, >., -^•j t- I , pi. 170.

ginal. Au contraire, l'excellence du ciseau, les copies antiques de ce chef-d'œuvre , qui existent encore (i), et (Tautres circonstances semblent l'assurer. On y découvre une telle fermeté d'exécution, un goût si exquis dans la manière différente d'imiter les différentes parties, tant de (inesse dans les unes, une négligence si savante dans quelques autres, qu'on est même porté à y reconnaître le travail d'un artiste du premier ordre. Les jambes sont regardées comme les plus accomplies qae l'art ait imitées dans des figures de ce caractère. L'expression de tendresse qu'on aperçoit dans le mouvement de la tête et dans le regard du demi-dieu est d'une justesse et d'une simplicité inimitables.

Ce monument fu découvert à Rome dans les jardins de Salluste , qui formaient l'une des résidences favorites des empereurs , et qu'on avait ornés de chefs-d'œuvre de sculpture (2). Il était

(i) Elien , loco citato.

(2) On en voyait deux dans le palais Ruspoli , à Rome^ Winckelmaun en- a fait mention , Ilist. de l'Art , l. X , c. 3 , § 9, éd. de M. Fea. On pourrait croire qu-e le poëte Calpurnius Siculus a fait allusion à ce groupe qu'il aurait vu dans le jardin de l'empereur lorsqu'il décrit les affections réciproques de Silène et de Bacchus , dans ces vers de sa dixième églogue :

Quin et Silenus patvum veneratili alumnum Aut gremio fouet f aut resupinum sustinet ulnis. Et vocat ad risum digito ^ motuque quietem Âdlicit, aut trcmulis quassat crepitacula palniis i Cui deus adridens horrentes pectore sctas VelUcat, aut digilis aurea adstringit acutas, Adliiditque manu muiilum caput aut breve tuentum, Et aimas tenero collidit pollice nares.

DEL MUSEO FRANCESE Su

eii plusieurs morceaux , et quoiqu'on l'ait restauré assez habilement j s'il n'est point placé aujourd'hui par^ les connaisseurs au même rang que l'Hercule et le Combattant , c'est vraisemblablement cette première dégradation qui en est la seule cause (i).

(i) Venuti, Descrizione topografica di Roma y p. Ij e. 5 , p. ii5 et ii6, éd. de Rome de i8o3. Les jardins de Salluste étaient aussi enrichis d'une collection de curiosités d'histoire naturelle. Pline avait vu, in condiiorio Sallustianorum , les squelettes d'un homme et d'une femme qui avaient vécu sous Auguste , et qui étaient d'une dimension extraordinaire. H, iV. , 1. VII, § 16.

go MONUMENTI

Ariadne dite la Cléopatue

Statue ( I )

Le bracelet, en forme de serpent, qu'on remarque sur le bras gaucbe de cette statue, paroissoit autrefois un motif suffisant pour y faire reconnoître une image de Cléopàtre mourant de la morsure d'un aspic. Depuis que l'arcbéograpbie n'a plus borné ses recherches à l'histoiie et à la religion romaine, et qu'une sage critique a soumis les opinions des antiquaires à un examen plus rigoureux, on ne s'est plus contenté des simples vraisemblances, on s'est aperçu que la tête de cette figure ne présente pas les traits de la dernière reine d'Egj-'pte , assez connus par les médailles , et que l'ornement qu'on avoit pris pour

(i) Cette statue de marbre de Paros a été exposée, durant presque trois siècles , auj Vatican où elle ctoit j employée à l'ornement d'une fontaine. Jules II l'y avoit i placée, mais ce ne fut que sous Leon X, son successeur, qu'on paya au propriétaire le prix de cette antique. Il se monta à seize cents ducats d'or, somme très considérable, eu égard a la valeur relative de l'argent à cette épo- j que. La statue n'a de hauteur qu'un mètre, huit centi- I mètres (4 pieds, 3 pouces), mais si la figure étoit debout, elle seroit haute de deux mètres, seize centimètres ( 6 pieds , 8 pouces ). Le nez , la lèvre supérieure , et quelques doigts de la main gauche sont modernes , la main j droite manque. - (

DEL MUSEO FRANCESE gì

UH serpent n'est autre chose qu'un de ces bracelets qui enipruntoient de leur forme le nom d'ophis (i). Winckelmann a vu dans cette statue une Naïade endormie sur les bords de quelque riviere j elle présente en effet l'expression du sommeil , qu'on ne sauroit prendre ici pour celui de la mori.

J'ai osé proposer une nouvelle explication de cette antique (2) ; j'ai cru y reconnoître Ariadne délaissée sur les rochers de Naxos par l'inconstant Thésée, et qui après les angoisses de l'amour et du désespoir , abandonne enfin ses membres épuisés à quelques moments de repos , que les dieux, qui la destinent à Bacchus , font prolonger par Morphée (3). Cette opinion, qui maintenant est devenue générale, se fonde sur les observations que je vais exposer.

La tête a plus de majesté que n'en ont ordinairement les images des Naïades j les traits conservent l'empreinte du chagrin 5 la figure est plus chargée de draperies que ne le sont dans les ouvrages de l'art, ces légères compagnes des Satyres et des Bacchantes j sa chaussure est très ornée: nous ne voyons auprès d'elle ni le serpent, symbole du genie des lieux que fréquentoient les Naïades, ni l'urne qui est leur attribut caractéristique.

Les poëtes nous représentent Ariadne endormie, dans l'état où nous la voyons ici , les yeux enchai-

(i) Ophis^ en grec, signifie un serpent.

(2) Museo Pio-Clementino , t. II, pi. 44-

(3) Un bas-relief que j'ai expliqué dans le même ouvrage, t. V, pi. 8, représente Morphée, dieu du sommeil, qui touche de ses pavots Ariadne endormie.

nés dans un triste sommeil (1)3 l'histoire de Tart nous apprend que les artistes grecs représentoieiit ainsi la fille de Minos ; et plusieurs monumens qui nous restent nous la font voir, non seulement endormie, mais dans cette même attitude (2). Une conjecture que tant de motifs autorisent n'est pas bien loin d'une démonstration.

Cette statue a été regardée depuis long-temps comme un des plus beaux modèles de figures drapées : aucune de celles où l'on a représenté fétat de sommeil n'a plus de noblesse et de grâce. La disposition des draperies , quelque savante qu'elle soit , n'offre rien que de naturel. Ces draperies consistent en trois pièces différentes : l'une est la tunique, dont les pans, conformément à l'usage de Lacedèmone , ne sont pas cousus sur les côtés : deux agraffes la retiennent sur les épaules , et une ceinture l'assujettit autour de la taille : la seconde est le peplum , qui enveloppe la figure , et qui remonte sur la tête : la troisième est une espèce de couverture dont une partie couvre les genoux et les jambes de l'iiéroïne, tandis que l'autre tapisse de ses plis nombreux le devant du rocher. Cette troisième pièce , propre h un ht , ^convient à Ariadne abandonnée dans sa couche nuptiale , et ne conviendroit point à une demi-déesse habitante des bois et des rivières. L'artiste , fidèle à la fable, a donné à Ariadne un sommeil inquiet ;

(i) Tristi dei'inctuin lamina somno. Catulle, Argon.

(2) Pausanias , lib. I, c. 20; Museo Pio-Clcmenlino , t. II. pi. B, 11. 5, et t. V, pi, 8.

DEL MUSEO FRANCESE q3

i] a supposé que ses membres long-temps agite's par la violence des passions n'ont pas encore retrouvé un calme absolu: le rlésordre de ses habillements nous retrace toute l'inquiétude des momens qui ont précédé le repos. L'agraffe de Fépaule gauche s'est détachée 5 les bords de la tunique se sont écartés l'un de l'autre sur le côté droit 5 la ceinture seule empêche qu'ils ne se séparent entièrement , et que ce beau corps ne paroisse sans aucun voile. La couverture , en suivant les mouvemens involontaires et subits des membres , s'est engagée sous les genoux, et en fait sentir les contours. Les franges qui la bordent la font distinguer d'avec le peplum; elle est d'ailleurs d'une étoffe plus épaisse. L'artiste s'en est habilement servi pour enrichir l'ensemble de la composition, et pour faire valoir, par l'opposition, le nu des parties supérieures.

q4 monumenti

Jeune Faune avec une flûte Statue ( 1 )

Un des enfans bocage rs des Silènes et des Nymphes , un jeune Faune semble respirer dans ce marbre. La peau d'une panthère attachée sur son épaule droite et repliée autour du bras gauche, est plutôt un attribut qu'un vêtement. Des cheveux courts et roides couronnent son front , sur lequel deux cornes naissantes s'élèvent en forme de deux boutons. Ses oreilles pointues comme celles d'un chevreau achèvent de le caractériser.

Le demi-dieu sauvage vient de jouer de la flûte 5 il reprend haleine , et mêle quelques instans de pause à son doux exercice. Le contentement qui règne sur son visage , fair de nonchalance que lui donnent ses jambes croisées , et son bras gauche appuyé sur un de ces termes ou piliers qui bornoient les champs, répandent tant de grâce

(i) Cette sliUue de marbre de Paros, haute d'un mètre, 3o centimètres (quatre pieds) , n'offre que très peu de restaurations ; la plus considérable est celle de la main droite : une partie de la flûte est antique. Ce Faune et son pendant presque semblable appartenaient à la grande collection de la villa Borghese de Rome, (*) dont la munificence de sa M. a enrichi le Musée Napoléon.

(•) V. Illustrazioni de' Monumenti scelti Borghesiani. Roma, 1821, tomo /, tai>. 24- — ^li Editori.';

DEL -MUSEO FRANCESE q5

sur ce personnage mythologique, que l'imagination du connaisseur le rapproche presque sans réflexion de quelques jolies figures du Gorrège.

Il n'est pas étonnant qu'une statue si propre à l'ornement d'un jardin ait été souvent répétée par les artistes , ou qu'elle ait été connue dans les anciens temps par une espèce de sobriquet. C'était X Jiiapcwomenos , ou le Satyre qui fait pause.

Il sera plus piquant de remarquer que cette figure est une de celles que Fart statuaire avait empruntées à la peinture. Protogène l'avait inventée 5 il la peignit dans une maison de campagne qu'il habitait près des murs de Rhodes , près de ces murs mêmes que Démétrius Pohorcète battait par ses machines de guerre. On prétend que le jeune Faune peint par le maître Caunien dans ces circonstances n'était lui-même qu'un emblème de ce calme et de cette paix dont l'artiste jouissait au milieu du tumulte des armes , sous la protection d'un vainqueur ami des arts (i).

Quoiqu'il en soit de ce fait, le peu de mots où Strabon et Pline décrivent le Faune de Protogène , suffisent pour nous en faire reconnoître une imitation dans cette statue ; on y retrouve jusqu'au pilier auprès duquel il est dit que se tenait le jeune Satyre (2).

(i) Pline, 1. XXXV, S 36, n. 20. « C'est un Satyre <• qu'on nomme Anapavomenos , et auquel, pour marquer <• mieux encore la sécurité dont l'artiste jouissait alors, " il fît tenir des flûtes. » ( Traduction de M. Falconet. )

{2) Strabon , 1. XIV, pag. SSi , Sâru/joç wa/JsiTTW? (ttû>w « un^Faune qui se tient debout auprès d'une [colonne. >» Le^mot qui signifie une colonne , peut désigner également

q6 monumenti

Dans riiistoire de Tart ce n'est pas ici le seul exemple cVune figure peinte qu'on ait imilée dans une statue. Ovide nous apprend, et des restes de sculpture antique le confirment même aujourd'hui, que la Vénus Anadyoniène du tableau d'Apelle , sortant de la mer, et pressant de ses mains son humide chevelure , était passée , du temps d'Auguste, dans un ouvrage admirable ,de l'art statuaire (i).

Tout préjugé à part , on imagine facilement qu'une figure choisie dans l'œuvre de Raphaël ou dans celui du Poussin pourrait fournir à un sculpteur ingénieux le modèle d'une statue parfaite. Si nous croyons que cet emprunt a pu se faire plus

un pilier. Cependant ce pilier est une véritable colonne dans une répétition de cette même figure, qu'on voit sur un bas-relief (Museo Capitolino, tom. IV, pi. 5'j ). Dans d'autres répétitions, on a substitué au pilier un tronc d'arbre (Museo Capitolino, t. III, pi. 3i ). Le participe anapavomcnos peut signifier aussi dormant ou qui est en repos; mais ceux qui pourraient préférer ces interprétations, n'ont point remarqué, ce me semble, que le Faune de Protogène se tenait debout, et qu'il avait en main des flûtes. II faut donc nécessairement interpréter cette épithète , comme se rapportant à l'action du Faune , et indiquant qu'il cessait de jouer de la flûte, qu'il faisait une pause. En effet , le Satyre tient l'instrument rapproché de ses lèvres, mais il n'y souffle pas pour en tirer des sons, (i) Ovide, de Arte amandi, 1. Ili, v. 225:

Cum fieret lapit asper erat, nitnc nobile signum, Nuda ycnui madidas exprimit imbre comas.

Pour la Vénus Acadyomène d'Apelle , qui était dans la même attitude, voyez V Anthologie grecque ^ 1. IV, c. 12, p. 465 et 466 , de l'ed. de Wecheljus.

DEL MUSEO FÎIANCESE gn

aisément encore aux ouvrages de la peinture antique, c'est que nous sommes persuadés que le simple et le naturel étaient la règle constante de l'imagination des Grecs ;, et que cette règle était alors plus rarement sacrifiée à une magie d'effets que plusieurs beaux génies des écoles modernes ont trop recherchée, même aux dépens de la vérité et de la grâce.

Cette statue , dont le style est large et moelleux , offre aussi l'imitation de la peau à un très haut degré de perfection. Ce ne serait pas trop présumer que de la croire l'ouvrage original de l'habile statuaire qui a osé le premier transporter sur le marbre la figure tant admirée de XAnapavomenos.

Vise. Op. vat\ ï. IV.

q8 monumenti

Un Faune et une Panthère

Groupe (i)

Le compagnon sauvage de Bacchus , le jeune Faune (2) qu'on voit représenté clans ce groupe (V. Tav. XIV) plein de grâce et de mouvement, est dans Taction de se venger d'une panthère qui vient de renverser sa coupe (3). De sa main gauche il la retient par la queue, et lève, pour la

(i) Ce groupe de marbre de Paros, haut d'un mètre, quatre décimètres , trois centimètres ( quatre pieds , cinq pouces ) , a un pendant qui , à quelques petites variétés près, en est une répétition. Le bras droit, l'extrémité du pedani et la jambe gauche sont modernes ; mais la plus grande partie de ce peclttm , qui touche à la tête , nous indique Taclion du bras sans qu'on puisse en douter. Des tenons réservés dans le marbre ont empêché la panthère et les autres accessoires de se détacher.

(2) La mythologie donne à Baccljus un cortège de demi-dieux , qui dans plusieurs de leurs membres ont quelque ressemblance avec la chèvre Les Grecs les appeloient des noms communs de S/Û'ucs , de Satyres et de Pans ; et les Latins ont tiré de ce dernier nom celui de Faunes. Les antiquaires ont altecté les noms de Satyres et de Pans à ceux d'entre ces demi -dieux qu'on représente avec des cuisses et des pieds de chèvres, et ont réservé celui de Faunes à ceux dont le corps s'éloigne moins des formes humaines ; on donne aux vieux Faunes le nom de Sili'nes.

(3) Cette grandi: coupe à anses porloit le nom de canthare , can'hanis.

fi-upper , le jh'diini ou bâton de berger qu'il tient de la main droite. Son ressentiment n'arrête point sa course: on voit, par la disposition de ses pieds, que sa marcbe ne sera pas discontinuee par l'attitude qu'il vient de prendre en passant , et que ce joyeux enfaiit des forêts va de ce pas se mêler aux danses et aux jeux folâtres des Satyres et àes Xympbes. Le front du demi-dieu est paré d'une couronne de pin (i); les feuilles pointues de cet arbre s'accordent bien avec la rudesse des cheveux qui se he'rissent en touffes droites sur sa tête {2). Une peau de bouc qui , jetée en écharpe , descend de son épaule sur son flanc; ses oreilles qui se terminent par le haut comme des oreilles de chèvre; une petite queue qui se replie sur ses reins , sont ses caractères et ses attributs. On remarque avec satisfaction l'esprit de la pbysionomie où la gaieté domine , ainsi que Finven-

(i) Le dieu Pan est représenté par Lucrèce :

Pînea scmijcri capilis wdamina quasfans, (L. IV, V. bgi).

Les demi dieux de la tiiéine espèce sont décrits par Ovide, en ces termes :

Quid^non et Satyri , saltatibus apla jiwentus , Fecere, et pina praccincti cornila Panes ? (^Metam. 1. XIV, v. 637).

(2) Les cheveux qu'on voit sur le front de pareilles figures servent à expliquer un passage de Denis d'Halicarnasse , où cet liistorien parlant des Faunes , indique ces òp^orpiy^oci; x£(j)3t>côv (popaç , cet épouvaiitail des cheveux qui se dressent sur leurs télés. Les traducteurs et les commentateurs ne font pas compris.

lOO MONUMENTI

lion de la pose qu'exprime un mouvement vif, et qui présente l'ensemble de la figure sous la forme d'une pyramide renversée. Cette forme, qui ne laisse poser le eorps que sur une base très mince, particulièrement lorsque le personnage se lient comme celui-ci sur la pointe du pied (i) , donne une idée frappante de sa légèreté et de sa vivacité: aussi voit-on cette disposition répétée dans d'autres figures de Faunes que les artistes anciens nous ont laissées. Il n'y a peut-être point de collection d'antiquités qui ne nous fournisse quelque exemple semblable (2). Ces attitudes paroissent toutes imitées d'un même original , quoiqu'on y observe des modifications très variées (3)', et cet original devoit être en bronze. Dans le bronze , la solidité de la matière auroit permis la suppression de ce tronc d'orme autour duquel serpente un cep de vigne, et qui, tout convenable qu'il est au caractère du sujet , ne laisse pas que de diminuer le bel effet de l'ensemble.

(i) Celte particularité pst évidente dans la statue semblable qui fait le pendant de celle-ci , et qui a le pied gauche entièrement antique. Le sculpteur moderne n'a pas conservé ici la même disposition du pied.

(2) Voyez la planche 4-2, vol. III du Museo Pio-Clementino , et la planche 36 des Statues de la galerie de Dresde , par Leplat.

(3) La statue pareille à celle-ci est toute nue ; le front du Faune laisse voir àc\\\ petits boutons , qui annoncent des cornes naissantes. Une autre statue , (jui est dans la même pose, représente une bacchante {Mustiim Florent. t. III, tab. 57 ),

Flore

Statue (i)

Les Romains honorèrent sous le nom de Flore une divinité qui présidoit à la floraison des plantes , et qu'on pouvoit regarder comme la Déesse du printemps (2). Ce culte, aussi ancien que Rome

(i) Cette statue de marbre de Luni , haute d'un mètre, huit décimètres , sept centimètres ( cinq pieds , c) pouces ) fut trouvée vers 174° à Tivoli, dans les ruines de la Villa Hadriana. Ficoroni dit qu'elle avoit des fleurs dans la main {Notizie d'antichità scavate, n. 84, dans la Miscellanea de M. Féa , pag, CLXI ). Elle a été tirée du Musée du Capitole, ou Benoît XIV l'avoit placée. La main gauche qui maintenant porte des fleurs, est moderne ; mais le témoignage d'un antiquaire distingué par ses conoissances pratiques, tel que Ficoroni, me fait croire que la statue avoit réellement des fleurs dans sa main , qui , probablement trop dégradée , n'a pas pu servir, à la restauration.

(2) Ce nom , dans son ancienne origine , n'étoit qu'une épiihète donnée à une autre Déesse tutélaire du printemps, soit Vénus, comme Boltari l'a cru {Museo Capitolino, t. III , pi. 45), soit Junon , comme j'ai cherché de le démontrer ( Museo Pio-Clcmentino , t. VI , pag. 83 et 84 (*) ). Cette Déesse portoit en Grèce le 'ivwnom à^ Antheia florissante ; en Italie , ceux de F ero ni a et de Phlere.

( ) DeW edizione lontana. Dell' edizione milanese , tomo IV, pas- a58 , aSg. — Gli Editori.

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même (i), irrnt après cuu\ cents nns plus de pompe el de solcnnilé. Ce fui ;ilois que les jeux Floraux furent institués, jeux célèbres par la bruyante allégresse, ainsi que j)ar la licence qu'on y voyoit réi^ner. Les monnoies frajipécs dans les derniers temps tle la république lomaine nous offrent des emblèmes de cette institution (2), et présentent l'image de la Déesse des fleurs y qui à cause de la fertilité qu'elle répandoit sur la terre, étoit rangée, malgré sa jeunesse, dans le nombre des Déesses mères (3). Les Grecs, du temps d'Ovide, reconnoissoient une nymphe Cbloris , qu'on donnoit pour é[)Ouse à Zépbyre , et qui étoit devenue chez eux la Déesse des lli'urs. INlais le poëte latin s'est trompé, lorsqu'il a cru que le culte de Flore, bien plus ancien à Rome, tiroit son origine des fables de Chloris , tlivinité que les anciens mythologues n'avoient pas connue (4)-

La couronne de fleurs, qui est l'attribut caractéristique de Flore (5), la fait reconnoître dans

(i) Varrò de L. L. IV, 10.

(2) Celles de la thmille Clnd'a et de la famille Servilia.

(3) Cic. in Vcrr. V, i4; IMariiii, Arvali ^ p. 3^6.

(4) Ovide, Fosi. V. iBtÎ; mais on ne U'ouve aucune trace de celte diviuitt' dans les ouvrages d'Homère et d'Hésiode: on n'en U'ouve non plus ni dans Apollodore , ni dans Pausanias. Les poêles Alexandrins en ont cependant fait mention. Nous voyons par la traduction de Catulle ( f?e Corna Bcrcniccs) que Zéplijre étoit appelé par Callimaque « le chevalier ailé de Chloris » Ckloridos aies eques.

(5) La Déesse est aussi couronnée dans les médailles citées à la note (2). L'opinion de AVinckelmann, qui croyoit voir une Muse dans celle statue, opinion qu'autrefois j'avois suivie , ne me paroîl pas assez fondée.

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cette belle statue (V. Tav. XV). La Déesse tient aussi des fleurs dans sa main gauche. La gaieté de sa physionomie, la richesse de son habillement conviennent à une divinité h laquelle seule le printemps est redevable de sa brillante parure.

Le vêtement de cette figure est composé de trois parties , d'une longue tunique talaire , d'un petit peplum , et d'une troisième tunique plus ample^ mais plus courte, placée au-dessus des deux autres. La tunique du dessous est d'une étoffe souple et mince distribuée en une infinité de plis très-serrés. La tunique supérieure est bien différente j remarquable par son jet , elle lest également par la qualité de l'étoffe. Quant a sa forme, qui a paru singulière à plusieurs antiquaires, elle ne s'éloigne point de celle qui , chez les Grecs et les Romains, étoit la plus commune. Ce sont deux larges pièces d'étoffe rectangulaires , réunies par leurs extrémités supérieures au moyen de petits boutons , excepté dans le milieu , où elles laissent une ouverture pour la tête : ces deux parties sont cousues ensemble dans leurs extrémités latérales , et laissent vers le haut deux ouvertures pour le passage des bras. Au reste, aucune échancrure ny marque la taille, aucune pièce de rapport ne désigne les manches. Si cette tunique étoit assujettie par une ceinture , la largeur excédente des deux extrémités supérieures retomberoit des deux côtés sur les bras, et formeroit une espèce de manches.

La Déesse a jeté cello tunique autour de son corps comme un m;uilelet, et la laissant flotter sans ceinture, elle a passé son bras droit dans le

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vide ménagé à cet efiet entre la ceinture latérale et les boutons de l'extrémité supérieure. Du côté gauche , elle l'a relevé entièrement sur le bras. Cette draperie , par sa rigidité apparente , autant que par le poli du marbre , semble représenter une étoffe de soie. Des plis larges et heurtés , qu'on rencontre rarement dans la sculpture antique ^ et que le contraste des plis parallèles et multipliés de la tunique inférieure fait mieux valoir , paroissent avoir été disposés pour exprimer les effets de cette espèce d'étoffe.

La soie employée à Rome assez généralement sous les etnpereurs , a pu fournir à l'artiste l'occasion de cette nouveauté. Cette particularité me fait croire que la statue dont on voit ici une gravure , n'est probablement ni une copie , ni une imitation de la Flore de Praxitèle (i).

La main droite ornée d'un bracelet peut avoir tenu une fleur- c'est ainsi que cette main est représentée dans les figures de l'Espérance.

(i) Pline a fait menlion de cette statue (XXXVI, S IV, 5): l'artiste grec y avoit sans doute représenté Chloris ; mais on ne sauroit la reconnoître dans la célèbre Flore Farnese. Les attributs de Flore ont été ajoutés à cette figure, de qui d'ailleurs la tête est moderne. Une véritable Flore couronnée de fleurs , et avec des fleurs dans les deux mains , est celle de la Filla Borghese ( stanza IV, n. 5).

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XXVUI.

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