‹ Opere varie, italiane e francesiChapitre 7 sur 122 · TRANSLATA DE SCHOLA MEDICORVM · texte numérisé non relu

TRANSLATA DE SCHOLA MEDICORVM

Elle nous fait connoître que la statue avoit été placée autrefois dans la salle oh le college , c'est-à-dire la corporation des médecins tenoit à Rome ses assemblées. Celte inscription qui , par la forme de ses caractères , ne doit pas appartenir à l'âge de la décadence des arts, prouve l'intérêt qu^on attachoit alors à cette statue , puisqu'on la jugeoit digne que l'on transmît à la postérité la mémoire de son déplacement. On peut voir les remarques de M. l'abbé Amaduzzi sur cette inscription , dans les Monumenta Maiiheicorum , tom. I, pi. 6, et tom. III, pag- 117.

Il8 MONUMENTI

tunique relevée , et qui laisse à découvert un des seins et Fépaule gauche , pourroient , à la vérité , convenir à Diane et aux Nymphes chasseresses de sa suite 5 mais la courroie bouclée sur l'un des pieds pour servir d'attache à un éperon , la hache h deux tranchans, le casque et le boucher échancré en forme de croissant, armes des Amazones, déposées à terre, nous font reconnoître une de ces filles de Mars, qui peuploient, suivant la mythologie j les bords du Méotis et du Thermodon.

La partie qui reste du bras droit , et le balancement de la figure, ne permettent pas de lui attribuer une autre action que celle de détendre son arc. L'action contraire , celle de le tendre , pourroit admettre la même attitude ; mais les accessoires ôtent toute ambiguité. Si l'Amazone eût été préparée à combattre , son casque lui auroit couvert la tête , ses armes ne seroient pas jetées à ses pieds , le carquois ne seroit pas fermé.

Mais quel motif a porté cette Amazone à quitter ses armes? Il est sans doute difficile de reconnoître l'intention de l'artiste • cependant l'histoire des arts et l'examen de quelques monumens du même genre vont nous donner des lumières à ce sujet.

Plusieurs statues de bronze , représentant des Amazones, ornoient le temple fameux de Diane à Ephèse (i). On les y avoit placées pour rappeler aux peuples de l'Asie l'antiquité et la sainteté de ce lieu, qui avoit servi d'asile à ces femmes guerrières après la bataille où elles furent vaincues par

(I) Pline , 1. XXXIV, § XIX , pi.

Bacchus (i). Les anciens avoient distingue dans ce nombre cinq statues : celle de Polyclète avoit remporté la palme sur toutes les autres 5 nous ne savons point dans quelle attitude il l'avoit représentée • nous ignorons également quelle étoit la pose de celle de Cydon et de celle de Phradmon. Celle de Phidias, qui étoit la seconde en mérite, s'appuyoit sur sa piquej la troisième, ouvrage de Gtésilas , montroit sa blessure (2).

Plusieurs statues d'Amazones , qui nous sont parvenues, sont des imitations de l'Amazone blessée de Ctésilas (3) : d^autres ressemblent parfaitement à celle que nous examinons ici; mais elles ne l'égalent pas dans l'excellence de l'art. Il est à croire que cette statue a été aussi modelée sur une des figures célèbres du temple d'Ephèse 5 et puisque l'action de celle de Phidias étoit différente , il est assez vraisemblable que celle-ci nous offre une imitation de l'Amazone de Polyclète. La guerrière, descendue de son cheval, vient de dé-

(i) Pausanias, 1. VII, c. 1.

(2) Lucien, Imag. ; Pline, loc. cil. et Hv. XXXIV, § XIX, i5. Hardou'm a changé dans ce second passage le nom de Ctesilaus en celui de Desilaus : mais la comparaison de ces deux endroits prouve qu'il faut maintenir Cttsilaus dans le second , ou substituer Desilaus à Clesilaiis dans le premier aussi. L'observation par laquelle ce critique prétend que l'ordre alphabétique exige ici un nom qui commence par D, est dénuée de fondement; puisque ce nom , par la place qu'il tient , peut appartenir également à la lettre qui précède et à celle qui suit. Il paroît cependant que Phiie a crû par erreur desilaus et Ctésilas deux artistes difî'éicais.

(3) Museo Capriolino, toni. HI, pi. ^^.

120 M OIS U mentì

poser ses armes : elle détend son arc et a dejk fermé son carquois j l'espérance de la victoire ne l'anime plus. Cette action a une analogie évidente avec celles de l'Amazone fatiguée de Phidias , et de l'Amazone blessée de Ctésilas. Toutes ces figures rappeloient des accidens qui pouvoieut avoir eu lieu à la suite d'une bataille , et qui étoient convenables à des guerrières vaincues et cherchant leur asile dans un temple> ,

Cette statue peut-être regardée comme un des | chefs-d'œuvre de l'école grecque : les contours de la tête , l'aisselle droite et la jambe gauche , annoncent un artiste habile qui sait allier le moelleux de la touche à la fermeté de l'exécution. Les cheveux , ainsi que la draperie , laissent paroître quelque imitation des ouvrages en bronze. La tunique, traitée avec une finesse exquise, fait valoir le nu qui devoit ressortir encore davantage par I la couleur encaustique de la draperie , dont le marbre a conservé quelques traces (i). Le nu n'a j point perdu le poli que l'ancien maître avoit donné ' aux chairs.

(i) Cette couleur est devenue plus pâle dans le trasporl de la statue de Rome à Paris : je Pavois remarquée à la pi. 38, pag. 72, (c) , (*) du tome II du Museo Pio- Clemcnlino.

(•) Ediz. romana. Neil' edii. milanês* , tomo II , pag. aSa , tiota (3). — Gli Editori.

xxxin.

Centaure

Groupe (r)

Le caractère sauvage des montagnards de la Thessalie , 'qui les premiers avaient introduit l'usage de chasser à cheval (2), les avait fait regarder par leurs voisins ëpouvante's comme des monstres compose's du mélange bizarre des formes humaines avec celles du cheval 3 mais leur férocité ne les rendait pas toujours insensibles aux attraits de Tamour ni aux charmes du vin. Cette allégorie fut exprimée par deux statuaires asiatiques dans deux groupes qui existent encore (3). Dans le pre-

(i) Le groupe de marbre de Paros , haut de 4 pieds, 8 pouces, fut trouvé, suivant une tradition, sur le moût Celius , près du Latrali , à peu près dans le même endroit où fut découverte de nos jours une imitation du groupe qui en était le pendant. Voyez le Museo Pio-Clementino ^ t. I, pi. 52. (*) Il était plaeé à la villa Borgliese (**).

(2) C'est de cet usage que j'ai tiré une nouvelle étymologie de leur nom {Museo Pio-Clementino ^ pi. 26, p. 55^ note {d)) (***).

(3) Aristeas et Papias d'Aphrodisias , en Carie : ils ont gravé leurs noms sur deux groupes de marbre noir repré-

O NelVediz. mil taf. 5i — Gli Editori.

C**) f. Illustrazioni de' Monumenti scelti Borghesiani, Roma,' 182 1. tomo I , tat^. 4. Gli Editori.

C**). Ed. romana. Neil' ed. milanese, T. IF., tav. 26, p. t85 , nota (i). — Gli Editori.

mier, un jeune Centaure captivé par l'Amour, semble joyeux de pouvoir offrir à sa maitresse le produit de sa chasse- dans lautre, dont nous avons une imitation sous les yeux, un Centaure d'un âge mûr est vaincu par l'ivresse.

Homère avait attribué à l'ivresse du Centaure Eurytion la cause de sa ruine (i). C'est probablement Eurytion que ce marbre nous montre les mains attachées derrière le dos . et obéissant malgré lui au petit cavalier qui le monte et qui , fier de sa victoire , le fait marcher à coups de fouet.

Le Centaure indique assez par son mouvement son dépit et sa répugnance inutiles , et ce mouvement a été imité des groupes sculptés sur les métopes du Parthénon (2). Mais l'expression de la tête est différente et subliuie: on sent que l'artiste n'a pu fimaglner sans avoir vu le Laocoon (3). Et quel goût a dû présider à cette imi-

sentant deux Centaures {Museo Capitolino^ t. IV^, pi. 3i et 32). J'ai parle, dans l'endroit cité du Museo Pio-Clementino , de ces ouvrages et des imitations , que nous avons en marbre de Paros. L'excellence du travail fait conjecturer que celle-ci est de la main des mêmes maîtres. Elle pourrait cependant être l'ouvrage d'un autre ciseau: nous avons remarque dans le Musée J'ranrai s que de grands artistes anciens ne dédaignaient pas d'imiter des ouvrages faits par d'autres statuaires. Le Centaure que nous examinons diffère un peu du modèle: par exemple, on a supprimé la peau de panthère qui enveloppe le bras gauche du Centaure de marbre noir.

(1) Odyssée y 1. XXI, v. 29b.

(2) Stuart, Antiq. of Athens , t. II, c. I, pi. 10.

(3) Voyez mon explication du Laocoon , dans le Musée français. (*)

(*) ^''. il II. XXXl^I (H questi Monumenti, — Gli Editori.

talion , où le noble désespoir d'un héros est devenu l'expression de la rage d'un monstre ! Les formes humaines de la tête ont été altérées j les oreilles pointues sont conform2s à celles des Satyres, ou plutôt à celles des chevaux j le bout du nez et un certain renflement des narines rappelle les naseaux d'un cheval hennissant ; les cheveux hérissés ressemblent à une crinière coupée. Toutefois, malgré ces altérations, la physionomie du Centaure n'est ni sans beauté , ni sans noblesse : c'est un monstre qui n'est pas indigne de rivaliser ou de combattre avec des héros. Les formes du torse sont d'un style élevé; et une imitation étonnante des chairs et de la peau s'y fait remarquer plus peut-être que dans toute autre statue antique. Je ne dirai rien de la partie où ces deux natures sont entées l'une sur l'autre , et où les hanches de l'homme deviennent les épaules du cheval. Zeuxis avait su donner la solution de ce problème difficile , et les artistes postérieurs n'ont eu qu'à imiter une conformation, dans laquelle rien ne paraît choquer la vraisemblance (i). Quant à l'enfant, c'est le génie de Bacchus ; on le reconnaît à sa couronne de lierre. Nous avons vu quelle était l'action de sa main droite. Il tenait probablement dans la gauche le lien qui attache les bras du Centaure et qui lui servait de rênes. La ceinture qui serre le corps du génie est parfaitement conservée : on y distingue la boucle qui en réunit les deux extrémités; mais on n'y voit ni

(i) Lucien, in Zeuxi ; Philostrate, /m rtgm., 1. II , n. 2.

attaches ni vestiges d'autres accessoires (i). Cette particularité empêche absolument de prendre cet enfant pour le fils de Vénus. La ceinture est celle dont se servaient les cavaliers ; et le génie de Bacchus en fait usage depuis qu'il a subjugué les Centaures j et qu'il les dresse pour servir aux fêtes et aux triomphes du vainqueur des Indes.

(i) Pollux, Onomasl.f I. VII, n. 65. Cette ceinture s'appelait He/Jtçw/xa et ns/siçtûor/sa ; Voyez aussi Polybe , 1. 6, c. 23.

Choeur de Néréides

Sarcophage (i)

Les déesses de la mer, ces nymphes immortelles dont les noms poétiques et harmonieux ne cessèrent depuis Hésiode d'embellir les chants épiques de l'antiquité , se trouvent souvent représentées sur les bas-reliefs qui décorent les monuments funéraires connus dans l'archéographie sous le nom de sarcophages (2). On avoit pensé que la doctrine

(i) C'est un cercueil de marbre pentélique , qui a six décimètres de hauteur (un pied, dix pouces jet demi) sur trois mètres et trente-huit centimètres de largeur , et huit décimètres de profondeur (sept pieds, quatre pouces, et deux pieds , cinq pouces et demi ), Il est d'une parfaite conservation, n'ayant de moderne que les extrémités de quelques accessoires. Les bas-reliefs des façades latérales n'offrent que des tritons à peine ébauchés , tenant des ancres et des avirons et jouant du buccin comme d'une trompette. Ce monument étoit jadis à Rome , dans le couvent de S. Francesco a Ripa, et de là il avoit été transporté dans le Musée du Capitole, d'où on l'a tiré en vertu du Traité de Tolentino. P. S. Bartoli l'avoit gravé dans ï Adrni randa , le P. Montfaucon en a inséré le dessin dans le premier vol. de l'A. E. pi. 100 ^ l'abbé Foggini l'a reproduit dans le quatrième vol. du Muséum Capito- Unum^ pi. 62.

(2) Les anciens ont commencé par donner ce nom à des cercueils faits d'une pierre calcaire qu'on tiroit^'de la Iroade, et qui desséchoit , ou, pour ainsi dire, dévorait

physique de quelques écoles, qui faisoient dériver touls les êtres de ce qu'elles appeloient l'élément humide, avoit porté les artistes à choisir ce genre de sujets pour l'ornement des tombeaux , comme si la mort eût replongé dans cet élément primitif les débris de l'organisation détruite. D'autres antiquaires, par une conjecture moins subtile, et par cela même plus vraisemblable , ont cru que , si l'on a si souvent représenté ces divinités de la mer sur les sarcophages , c'est pour faire allusion au séjour des âmes bien heureuses dans des îles que la géographie mythologique plaçoit au milieu de rOcéan (i). En adoptant cette dernière opinion pour l'explication d'im monument de ce genre qu'on voit dans le Musée du Vatican , j'ai cru pouvoir ajouter que les cérémonies et les rites du culte mj'stique étoient, dans la croyance des Grecs, un moyen de faciliter aux âmes , après la mort , le passage à ce séjour de félicité • et qu'on attribuoit aux nymphes de la mer fintroduction des initiations et des mystères parmi les hommes (2). Le bas-relief que nous examinons (V. Tav. XIX) représente un chœur de Néréides, qui portées sur des tritons , ou sur des monstres marins . semblent escorter à travers l'Océan le voyage de plu-

met chaire des cadavi es. Cette qualité renferme l'étymologie du nom qne les nnliquaires ont donné indistinctement, et sur l'exemple des anciens eux-mêmes , à tout cercueil antique de marbre.

(1) Buonarroti, Medaglioui, png. 44 ^^ i '4-

(2) Voyez Menrsius , Eleii^'nin , chap. 17^ Orphée, Ilymn. a5, v. 9, et ce que j'ai observé à la pi. 33 du quatrième volume du Museo Pio-Clcmrnlino.

sieurs génies , emblèmes des âmes humaines. Ces enfans , la plus part ailés , voltigent dans Tair , grimpent sur le dos des tritons et des monstres, ou montés sur des dauphins , sillonnent les flots au son des flûtes et des lyres , musique religieuse usitée dans les cérémonies des dieux, et qu'on entend, suivant les poètes, lorsqu'on approche des lieux fortunés qu'habitent les âmes des justes (i). Les c[uatre Néréides qui , avec quatre tritons et autant de monstres de la mer , composent le chœur , sont représentées avec les symboles de quatre divinités différentes, soit pour imiter les déguisemens qui avoient lieu dans les chœurs et dans les pompes ou processions solennelles (2) , soit pour faire allusion au culte et aux mystères de quelques divinités particulières , comme à de puissans moyens de procurer aux âmes le repos et le bonheur de la vie à venir.

(i) Properce, lib. IV. El. 7, v. Sq , sqq.:

Ecce coronato pars altera uecta phasclo ,

Miilcet ubi Elysias aura beata rosas ; Qua numerosa /ides , quelque aera rotunda Cfhebes

Milratisque sonant Lydia plectra choris.

(2) On a fait mention de ces déguisemens dans l'explication d'un bas-relief, dont le sujet est une victoire cho' ragique , et que nous avons donné ci-dessus dans le troisième volume de cet ouvrage (*). Un autre sarcophage qu'on volt à Rome dans le palais Corsini , et dont on a gravé une esquisse à la p. 3oi du IV vol. du Muséum Capitol., présente un chœur de Tritons et de Néréides , où les Tritons portent pour attributs le foudre de Jupiter, le carquois d'Apollon, le casque et le glaive de Mars.

C) yale a dire del Musée Français. Veggasi il n. XLIII delle presenti Descrizioni etc. — Gli Editori.

La première nymphe, placée h gauche, se fait distinguer par les attributs de Vénus : non seulement elle est assise sur le dos d'un bouc marin , comme cette déesse, dans quelques unes de ses images , l'étoit sur un bouc , emblème du penchant mutuel des sexes (i)j mais les génies qui l'accompagnent portent, l'un le flambeau de TAmour, l'autre le dauphin, symboles de Vénus marine. Pour qu'on ne prenne pas le change sur la véritable signification de ce dernier attribut dans une composition où sont représentés plusieurs autres dauphins, l'artiste a sculpté celui-ci d'une si petite dimension que son intention ne peut être méconnue.

La première Néréide, placée du côté opposé et assise sur un triton, nous offre les attributs de Bacchus dans la couronne de lierre qui ombrage son front (2) , dans le van mystique posé sur la tête du triton, dans la physionomie de ce demi-dieu qui a beaucoup de rapport avec celle des satyres y enfin dans le monstre en forme de taureau qui rappelle les taureaux dionysiaques , images vivantes du dieu thébain. Celle qui la précède joue de la Ij^re d'Apollon j et pour que cet instrument ne paroisse point ici exprimer simplement les sons de la musique qui accompagne la marche des Néréides, le monstre qui appartient

(i) Pausanias, 1. VI, c. i5. C'ëtoit un ouvrage de Scopas.

(2) Cette couronne de feuilles de lierre avec ses corymhes j dans la plupart des gravures qui représentent ce monument, avoit été changée en couronne de roses.

à celte nymphe, et qui, caché dans le second plan, a échappé à l'attention du dessinateur (i), ce monstre est encore un des emblèmes d'Apollon; c'est le giyton hyperboréen, qui, joint aux images de ce dieu, servoit à rappeler l'institution de l'Oracle de Delphes, Enfin le quatrième groupe fait allusion à Neptune j le monstre est un cheval marin , animal chimérique consacré particulièrement au dieu de la mer , qui prend aussi le surnom d'équestre , et qui fit sortir le premier cheval du sein de la terre attique frappée de son trident. Le triton qui le conduit, a voit sans doute un trident pour attribut , avant que le sculpteur moderne lui eût donné un sceptre (2).

Cette grâce et cette noblesse de poses et de mouvemcns, qu'on ne peut se dispenser d'admirer chaque fois qu'on parle des productions des artistes anciens , ces qualités qui distinguent si éminemment leurs bas-reliefs, font le principal mérite de cet ouvrage. L'art avec lequel le sculpteur, en distribuant les figures , a rempli la fiicade entière du sarcophage sans y laisser aucun espace vide , et a fait ressortir au miheu d'une foule de détails les quatre figures principales des nymphes 3 les

(i) On ne le trouve dans aucune estampe de ce monument publiée jusqu'à ce jour. Il est d'un très-petit relief, et sa tête est dans l'ombre que fait le rebord par lequel se termine l'extrémité supérieure du sarcophage : cependant M. Louis Petit-Radel favoit signalé dans les additions au deuxième volume des Monumens du Musée NapoUon, gra^'és par T. Piroli , p. 181.

(2) La partie supérieure de cet accessoire est moderne.

Vise. Op. v'ar. T. IV. q

l3o ÎVIONUMENTI

attitudes variées de ces divinités , qui forment des contrastes agréables , sans cesser d'être faciles et naturelles, annoncent le goût le plus exercé dans le choix du beau. Mais ce qui est encore plus rare dans ce genre d'antiques , l'exécution des figures est correcte et soignée. Chacun des quatre groupes formeroit un ouvrage admirable de ronde-bosse.

On peut croire sans invraisemblance que les Néréides de Scopas , transportées de la Grèce h Rome pour l'ornement du temple de Neptune , servirent de modèles pour plusieurs figures de ce bas-relief (i).

(i) On voit par le passage de Pline, où il est fait mention de ces ligures de Scopas (I. XXXVI, S 'V, n. 7 ) , que les Néréides étoient représentées dans ce monument assises sur des triions et des monstres , et formant un chœur, chorusque Phorci. Cet ouvrage étoit, suivant Pline , le chef-d'ceuvre de cet artiste célèbre.

DEL MUSEO FRANCESE l3l

Jason

Statue ( I )

A peine Winckelmann eut-il reconnu Jason dans

(i) Celte figure mesurée perpendiculairement a un mètre, sept décimètres (deux pieds, trois pouces) de hauteur. Elle représente un homme d'un mètre, quatre-vingtquatre centimètres (cinq pieds, huit pouces): elle est de marbre pentélique; la lete est de ce marbre grec qu'en Italie on appelle grechetto. Cette tête est antique ; il est évident , par la différence des marbres , que ce n'est pas celle qui appartenoit originairement à la figure; mais il est fort probable qu'elle a appartenu à une statue antique parfaitement semblable à celle-ci, parceque le cou se lie trop bien aux parties supérieures du torse auxquelles il va se joindre , pour que cette correspondance soit l'effet du hasard. Nous savons d'ailleurs que les anciens , les Romains en particulier , se plaisoient à placer pour pendant l'une de l'autre deux répétitions du même ouvrage {Museo Pio-Clementi no, T. VI, p. 4^, ^, ('))• Les bras sont modernes, excepté la partie supérieure du bras droit : une partie de la chlarayde groupée sur la cuisse est moderne : la jambe droite est moderne depuis le genou jusqu'à la cheville; mais la plinthe est antique 'ainsi que tous les accessoires qui y tiennent, c'est-à-dire le rocher qui porte le pied droit de la figure , le tronc qui soutient la cuisse , le soc de charrue qu'on ne voit pas dans la gravure, parcequ'd est couvert par le rocher et par le tronc ; et enfin le pied nu et tout le reste de la figure :

O Edkione di Rnnia. T. VI , pag. iSo , nota (i) edizione di Milano. — Gl'i Editori.

l32 MONU'VIKNTI

cette statue (V. Tav. XX) (i), ie public éclairé s'empressa (Vadopler une opinion qui s'accorde parfaitement avec riiistoirc mythologique de ce héros, et avec les principes que les artistes anciens ont suivi pour caractériser et faire reconnoître les personnages qu'ils représentoient. Il ne reste, après les observations de cet ingénieux antiquaire , que de donner plus de développement h son opinion , et d'y ajouter quelques nouvelles preuves.

La nudité d'une figure en action peut servir, en général , d'argument pour en rapporter le sujet à la mythologie. L'opinion des écrivains qui ont cru voir dans cette statue L. Quintius Cincinnatus , appelé de la charrue à la dictature , seroit suffisamment réfutée par cette seule observation, lì est d'ailleurs évident qu'une figure où nous voyons un héros dans la fleur de la jeunesse ne peut pas représenter ce vertueux consulaire qui, après avoir

cette plinthe antique ayant été scellée dans une autre moderne a donné sujet à plusieurs équivoques. Tout ce que j'expose ici est le résultat des observations les plus exactes, et il est plus nécessaire de corriger suivnnt ces renseignemens ce qui a été dit de contraire , soit dans la Notice des Antiques du Muscle, n. io8, soit dans l'ouvrage de ]M. Petit-Radel, Jntiq. du Mus. NapoL, tom. II, pi. 5i. Cette figure étoit autrefois à Rome dans la Filla ffegroni] elle a toujours eu une grande célébrité. Louis XIV l'acheta en même temps que la statue dite Gcrmanicus , tirée du même endroit ^ et les fit placer toutes deux à Versailles , où on les a vues pendant long-temps. Le chev. Mafi'ei a publié le Jason sous le nom de Cincinnalus , dans la Raccolta delle statue di Roma, par Dorn. de Rossi , à la pi. 70.

(i) Hist. de l'art chez les anciens, 1. XI, e. n, § 5 de l'édit. de Rome, par. M. Fea.

DEL ÌIUSEO FR./INCESE l33

rempli les principales magistratures de Rome , s'étoit retiré dans son champ. Si le sujet appartient à la mythologie , nous pouvons le de'terminer par l'ensemble des caractères et des emblèmes que cette figure nous offre. Ce qui frappe d'abord j c'est Faction elle même. On voit un jeune héros attachant sa chaussure au pied droit , tandis que le tjauche est encore nu. Cette circonstance remarquable, la jeunesse du personnage, le soc d'une charrue placée par terre auprès de lui , à côté du rocher sur lequel il appuie son pied pour se chausser j tous ces traits caractéristiques se rapportent de point en point à la fable de Jason (i). Le petit-fils de Crethée sétoit adonné à la vie agricole pour assoupir les soupçons de son oncle jaloux , le roi Pélias , qui avoit usurpé sur lui le trône d'Iolcos. Ce roi, voulant connoitre le héros qui croyoit avoir des droits à la couronne^ le fit inviter à la céiémonie d'un sacrifice qu'il devoit offrir à Neptune dans son palais. Jason qui labouroit son champ veut se rendre auprès du roi; la surprise que lui cause cette invitation inattendue, l'idée du danger auquel il s'expose, les instances empresse'es du messager lui font oublier la moitié de sa chaussure. Dans ce désordre il court à lolcos et présente aux yeux effra^'és de Pélias cet homme fatal n'ayant qu'un pied chaussé, monocrepis, designé par les oracles, comme celui qui devoit le priver de la vie. Pélias reconnoit le péril où il se trouve j il voudroit se délivrer de

(i) Pindare, Pylh., Od. IV, depuis le v. 124 ; Apollodore, I, c. IX, S 16.

l34 MOWUMEWTl

cet objet qui Tépouvante, le faire périr j il ne Tose pas* il imagine l'expédition de Colclios- persuadé que l'entreprise est impossible, et que le héros y périra. Cet ainsi qu'une circonstance obscure et peu importante en elle-même devient l'origine d'une des plus grandes entreprises des temps héroïques, de la première guerre lointaine, de la première navigation militaire. L'expédition de Jason et de ses compagnons est le plus ancien de tous les sujets historiques de l'épopée , le fondement des poëraes argonautiques. Les artistes grecs s'étoient presque fait une loi de représenter Jason n'ayant qu'un seul pied chaussé , tel que l'oracle l'avoit designé à Pélias (i). Ce costume étoit devenu un caractère propre qui faisoit distinguer le fils d'Éson dans les ouvrages de l'art.

Cette statue a dû être célèbre chez les anciens, puisqu'il en existe encore plusieurs répétitions (2). L'artiste a suivi le récit de Phérécide, que des écrivains postérieurs avoient altéré (3). Ce fait peut nous faire présumer que le statuaire a vécu avant qu'Apollonius de Rhodes eût composé ses Argonautiques (4). Il a choisi le moment même de

(i) Philostrate j epist. 22. C-'ctoit à la sagacité des artistes de donner à ces figures une action qui pût servir de motif à une telle singularité.

(2) Une petite statue semblable k celle-ci existe à Rome dans le Musée du Vatican. Voyez le 111.^ vol. du Museo Pio-Clementino , à la pi. 4^, oh j'en indique une autre de grandeur naturelle et qui se trouve maintenant en Angleterre.

(3) Voyez le Scoliaste de Pindare, loco citato, v. i33.

(4) Apollonius suppose que Jason avoit perdu l'une de ses sandales dans le torrent de l'Anauros qu'il avoli tra-

DEL MUSEO FRANCESE l35

l'invitation: le héros a quitte la charrue, il noue sa chaussure sur son pied droit ; mais, par le mouvement de la tête , on voit qu'il s'entretient avec le messager , il paroît distrait j et l'on devineroit presque que le pied gauche va demeurer nu.

Souvent les anciens statuaires , pour donner à une seule figure l'intérêt dVni groupe, ont eu recours h ce même moyen , celui de laisser à l'imagination du spectateur le soin de suppléer les personnages qui manquent, pour compléter la scène. Ce moyen donne de la vie à la figure : on tourne les yeux sans y penser, comme pour chercher les autres interlocuteurs 5 et cette agréable erreur devient la preuve de la vérité que l'artiste a su mettre dans son ouvrage.

L'attitude simple et noble de cette figure , qui sert h. développer la beauté des épaules et du dos , avoit été indiquée par Phidias (i). On la retrouve

versé, Phérécyde faisoit aussi mention du passage de ce torrent , mais il supposoil que le héros a'étoit trouvé à demi-chaussé par un oubli ; d'autres en assignoient pour cause l'étonnement d'avoir vu se changer eu déesse ( en Junon ) une vieille femme qu'il avoit transportée par complaisance au-delà du torrent. L'accessoire du soc de charrue fait voir que l'intention de l'artiste étoit de représenter le héros dans son champ qu'il labouroit , suivant Phérécyde. Pindare a décrit Jason le seul pied droit chaussé, comme nous le voyons dans la statue {loc. cit. y. 170). (i) On la voit dans les bas-reliefs qui forment une frise sur les murs extérieurs de la Cella du Parthénon d'Athènes. Parmi les figures qui enrichissent ce monument , on peut remarqiK r deux cavaliers qui attachent leurs brodequins ou leurs éperons avant de monter à cheval (Stuart, ^n(i(j. of Athens, tom. II, ch. i , pi. 3o ).

l36 MOIfUMESTl

aussi sur quelques monuniens qui reprcsentenl Mercure attachant ses talonières (i). Mais le mouvement de la lete vers Tépaule gauche est particulier à cette statue: non seulement il met plus de contraste dans la composition , mais il rend l'expression plus vive. C'est ainsi que les sculpteurs grecs étoient créateurs , lors même qu'ils paroissoient copistes.

Les contours du nu sont nobles, svelles ^ harmonieux ; ils ne s'élèvent pas à la sublimité des figures des dieux; mais ils ont toute l'élégance que peuveut présenter les formes des héros : celte figure se rapproche j par le style, du héros combattant d'Agasias (2).

(i) Combe, Numistn. Mus. Hunier, pi. LU, 2.

(2) Lycius d'Eleuthère ea Béolie , fils et disciple de Myron , avoit exe'cuté en bronze les figures, des Argonautes , et par conséquent celle de Jason qui étoit leur chef (Pline, XXXIV, § 19, n. 17). On pourroit penser que la statue dont il est ici question a été imitée d'après ce modèle : maïs comme nous ignorons a!)solument les détails de l'ouvrage de Lycius , cette opinion ne peut être qu'une sinaple conjecture.

DEL MUSEO FRANCESE l^ij

Laocoon

Groupe (i)

Les évèneinens de la guerre et de la destruction de Troie, l'une des périodes mythologiques

(i) Cet ouvrage est d'un marbre grec dont le grain est plus fin que celui du marbre de Paros, et que les marbriers romains connoissent sous la dénomination de marmo grechetto. Il a été formé de six blocs artistement réunis, quoique Plinie l'ait cru exécuté d'un seul bloc ( Voyez les Observations de M. L. Petit-Radel dans les Monuinens antiques du Musce. Napoléon , par Th. Piroli , tome II , pag, i36). La hauteur totale du groupe, sans la plinthe, est de deux mètres , douze centimètres ( six pieds , six pouces). Ce monument fut découvert à Rome vers Fan i5o6, sous le règne de Jules II , qui le fit acheter pour le placer au Vatican , d'où il a été tiré ( Marini, Iscriz. Albane ^ pag. 1 1 ). On voit encore aujourd'hui dans une salle du rez-de-chaussée des thermes de Titus , que l'éboulement des terres et les ruines de l'édifice ont fait devenir un souterrain , la niche oh le Laocoon étoit placé. Cette salle est du côté du mont Esquilin qui regarde le Colisée 5 et avant que l'agrandissement de ces thermes par les successeurs de Titus l'eût comprise dans l'enceinte de cet édifice , elle devoit appartenir au palais de ce prince , ainsi que je l'ai indiqué dans une note au Museo Piodementino, T. II, pi. XXXIX, p. 78, {a) , (*). Le bras droit de Laocoon est maintenant restauré en plâtre d'après un modèle de Girardoo. Baccio Bandinelli en fît

( ) DelV edizione romana. Tomo Ily pa^. 248, noia (1) dell'ex dizione milanefe. — Gli Editori.

l38 MONUMENTI

qui se rapprochent le plus de l'Iiistoirc , ont fourni de nombreux sujets à la poésie et aux beaux-arts , depuis Homère jusqu'à Trypliiodore , depuis Baihyclès et Polygnote jusqu'au sculpteur de TAchilléide qu'on voit au Capitole (i) et au peintre des miniatures qui ornent un manuscrit de Virgile, conservé dans la bibliothèque du Vatican.

Parmi les épisodes des poëmes iliaques , celui de Laocoon appartient aux évènemens qui accompagnent le récit de la prise de Troie , et qui sont par conséquent postérieurs à ceux qu*Homère a chantés (2). Arctinus de Milet l'a voit inséré dans

une restauration différente dans la copie de ce groupe, qu'il exécuta en marbre, de la grandeur de l'original , et qu'on voit encore dans la galerie de Florence. Frère Gioan Angelo da Montorsoli élève de Michel-Ange, avoit restauré ce bras en terre cuite à peu près dans le même mouvement que le bras modelé par Girardon , mais dans une attitude moins forcée ( V. Vasari dans la Vie de cet auteur, Fite, tora. VI, pag. 5, édit. de Florence, 1769). Ce bras est resté à Rome. L'avant-bras du fils aîné et le bras droit de l'autre, tout entier, ont été restaurés en marbre au commencement du siècle dernier, par Cornac chini , qui en imitant les modèles de Fr. Gioan Angelo en a altéré les formes. Quant à la justesse des mouveroens dans ces parties restaurées , on peut observer que l'attitude du père devoit être à peu près la même ; mais que par un arrachement qu'on remarque sur le dos de la figure , il est vraisemblable que le bras antique n'étoit poÎDl si élevé. Un autre arrachement qu'on voit sur l'occiput du plus jeune des fils fait croire que son bras droit s'approchoit davantage de la tête j et il est probable que Pavant-bras du fils aîné étoit dans l'action de se débarrasser des nœuds des serpens.

(1) 3Iusej Capitolino, tom. IV, pi. 17.

(a) Post-homerica.

DEL MUSEO FRANCESE 1 3q

son poëmej Sophocle en avoit fait le sujet d'une tragédie ; les poètes de l'école d'Alexandrie , Lvsiniaque et sur tout Euphorion^ l'a voient traité (i). Virgile s'en empara j et ce seroit principalement par l'Enéide que le sort de Laocoon nous seroit connu, si l'histoire de ce héros malheureux n'avoit pas fait le sujet d'un chef-d'œuvre de sculpture , supérieure dans son genre à la description même de Virgile.

L'histoire de ce personnage héroïque offre des variations , conmie presque tous les faits de la mythologie , et particulièrement ceux qui ont été repétés par plusieurs écrivains. On convient généralement que Laocoon , issu du sang des rois troyens, et suivant quelques auteurs, frère d'Anchise , exerçoit dans sa patrie le sacerdoce d ApoUon Thymbréen; qu'à l'occasion du stratagème des Grecs j et de l'introduction du cheval de bois^ ce héros avoit deviné la ruse de l'ennemi, et tâchoit de persuader à ses concitoyens de détruire par le fer ou le feu ce fatal ouvrage • que Minerve , qui avoit résolu la perte des Troyens , pour les obliger par la terreur à repousser les insinuations de Laocoon , fit sortir de la mer deux serpens prodigieux qui le surprirent tandis qu'avec ses deux fils il s'apprêtoit à célébrer un sacrifice , serrèrent de leur nœuds mortels les deux fils et le père, et les privèrent tous trois de la vie. Quel-

(i) Voyer sur ce sujet V Excursus F ad Ubr.'^lDMneid., dans le Virgile de l'illusire M. Heyne , où fon^trouve les noms d'autres auteurs anciens qui ont fait ou qui avoient 'ait meuiion de la même histoire.

l40 MONUMENTI

que poëte judicieux , probablement Sophocle, révolte' sans doute de l'immoralité d'une histoire où les dieux punissoient dans un héros l'amour et la défense de la patrio , changea quelques circonstances du récit , et donna pour cause de la mort de Laocoon et de ses fils la colère d'Apollon , qui vengeoit dans son prêtre la transgression des lois rigoureuses du célibat. Ce poëte considéroit comme une erreur populaire Topinion des Troycns , qui vo voient dans le malheur de Laocoon une punition de sa résistance à l'introduction du cheval d'Epéus dans les murs sacrés d"Hion (i).

Cette triste et touchante aventure a été représentée par des statuaires rhodiens dans un groupe où ils ont développé de si grands talens que nul artiste peut-être ne les a jamais surpassés. La beauté des formes, la convenance et l'élévation des caractères , la justesse , la vivacité et la noblesse de l'expression , ont été portées dans cet ouvrage h un si haut degré , que Pline ne connoissoit rien de préférable parmi les chefs-d'œuvres les plus accomplis des arts du dessin (2)5 et

(i) Servius aâ. JEn. 1. II, v. 21 ; Hygiu , Fab. i35.

(2) Voici le passage de Pline où il parle du Laocoon ( liv. XXXVI , § IV, n. Il): Nec inulto plurium fama esty quorunidain clarilali in opérions eximiis obstaiitc numero arlificum^ quorum nec unus occupai gloriam , nec plures pariter nuncupari possunt ; sicut in Laocoonte , qui est in Tili imperatoris domo , opus omnibus et picturae et statuari ae arlis praeponendum. Ex uno lapide eum et libéras dracoiiunique mirabilcs nexus de consilii senientid fecerunl sumnii artifices , Agesander, Polydorus et Athenodorus Rhodii. Siniiliter palatinas demos Caesarum implevere probatissinûs signis Craterus cnm Pytho-

DEL MUSEO FRANCESE l4l

plus de trois siècles écoulés depuis la renaissance des arts n'ont fait que confirmer le jugement de cet écrivain célèbre.

Laocoon s'étoit approché de l'autel accompagné de ses deux fils, qui, suivant Tusage des temps héroïques, étoient les ministres de la cérémonie. Deux serpens suscités contre eux par une divinité ennemie les ont attaqués, les ont saisis. Déjà Fun des reptiles ensanglante ses dents meurtrières dans le flanc de Laocoon 3 et par les longs replis de sa queue , il enchaîne l'aîné des deux fils, qui ne peut plus ni secourir son père , ni chercher son salut dans la fiiite. L'autre serpent déchire le sein du plus jeune fils, et tandis qu'il le lie par des nœuds redoublés, il serre encore les membres inférieurs du père et du fils aîné. Laocoon, les pieds entravés dans les

doro, Poljdtcies cum Hermolao , Pyihodorus alius cuni Anemone , et singularis Jphrodisius Trallianus. Agrippae Pantheum decoravit Diogenes Alheniensis , etc. a II n'y a « pas beaucoup d'autres artistes dont le nom ait été fa- « meux , parcequ'il y a des ouvrages exquis où le nombre « des artistes a été un obstacle à la réputation particulière « de cbacun d'eux; car un seul ne doit pas en avoir toute t^ la gloire , et cependant quand on parle d'un ouvrage , i( on ne peut les nommer tous ; comme le Laocoon qui « est dans la maison de l'empereur Titus , ouvrage pré- « férable à tout ce qui a été fait en peinture et en sculp- « ture. Ce groupe a été fait de concert par les trois ex- M cellens artistes Agesandre, Polydore et Athénodore , « Rhodiens. Cratérus avec Pythodore , Polydecte avec « Hermolaûs , un autre Pythodore avec Ârtémon , et " Aphrodisius de Tralles seul, ont également rempli d'ex- « cellentes figures les maisons des Césars au mont Pala- « tin. Diogene d'Athènes a orné de ses ouvrages le Pan- " théon d'Agrippa , etc. 'j ( Traduction de M. Falconet ).

l42 MONUMENTI

replis du serpent, n'a pu se soutenir debout, et en tombant il a été forcé de s'asseoir sur l'autel. Cette pose , motivée par des circonstances naturelles , produit de grandes beautés , en empêchant que le héros ne paroisse dans un abbattement total. La fermeté de son attitude inspire d'autant plus d'intérêt que sa mort est inévitable. Par la violence de ses mouvemens , le manteau dont il étoit revêtu s'est échappé de dessus ses épaules j et l'autel en est couvert. Il cherche avec effort à se débarasser des nœuds qui l'oppressent ( i ) j sa poitrine se gonfle, ses bras se roidissent- les convulsions de la douleur, causées par sa blessure, se font sentir dans la contraction de ses muscles j les effets en sont visibles jusque dans les orteils. Sa tête noble sst couronnée de lauriers , ses regards tristes et doux s'élèvent vers le ciel, ses cheveux , soulevés dans la succession rapide de ses mouvemens , découvrent un front oii se peint la sérénité de l'innocence. Mais l'inflexion des sourcils décèle fhorreur de ses tourmens 5 et le gémissement qui expire sur ses lèvres n'est point indigne d'un héros non encore vaincu par le desespoir.

(•) llle sinml manibus tendit divellere nodos.

Virgile, Mneid. II, v. 220.

Roidissant ses deux bras contre ces nœuds terribles.

Delille.

Cette circonstance est la seule qui soit commune à l'ouvrage d'Agcsandre et à la description de Virgile. 11 ne seroit pas necessaire que l'un l'eût empruntée de l'autre , même dans le cas où ce sujet n'auroit pas été traité par d'antres auteurs plus anciens que le poëte et les statuaires.

DEL MUSEO FRANCESE l43

La composition du groupe, ragencement des serpens (i) , la pose ingénieuse des trois personnao^es , le contraste savant des attitudes, la hardiesse et la vérité des contours, la perfection accomplie de la figure du père, le soin que l'artiste a pris d'éviter tout ce qui dans ce moment horrible pouvoit exciter moins de pitié que d'horreur, ou avilir à nos yeux le caractère du héros j l'art par lequel cette figure principale triomphe j les détails - heureux qui la rendent plus intéressante ou qui en relèvent la beauté, tels que l'arc formé par les cartilages Az?, côtes , quelques veines qui se montrent au-dessous de la peau et qui paroissent y faire circuler la vie; la précaution prise par le statuaire, de détourner la vue du père du malheur de ses enfans , pour conserver quelques restes d'une noble fermeté sur son visage j l'émotion de l'un des fils qui n'est pas encore atteint luimême de la morsure des serpens , et qui paroît s'intéresser au sort de son père et de son frère 3 l'abattement de l'autre dont les yeux mourans implorent le secours de son père : toutes ces beautés réunies justifient l'opinion de Pline, et font de ce groupe admirable le chef-d'œuvre des arts.

Ce savant Romain qui nous a fait connoître les noms et la patrie des trois statuaires, auteurs de cet ouvrage, Agésandre, Polydore et Athénodore de Rhodes, ne nous a point indiqué d'une manière claire et directe l'époque à laquelle ils ont fleuri. Les préjugés qui ont régné jusqu'à présent dans l'histoire de l'art n'ayant pas permis à Win-

(1) Oniconiim mirabiles ncxas, IMine , loc. cit.

l44 MONUMENTI

ckelmann de reconnoître que ce groupe est postérieur au siècle d'Alexandre (i), on agita de son temps la question de savoir si les statuaires avoient imité Virgile, ou si l'imagination du poëte avoit été guidée par les sculpteurs • et cette question donna lieu à un littérateur distingué d'Allemagne d'adopter une opinion entièrement opposée à celle de son savant compatriote. Lessing a pensé que Virgile n'avoit point vu le groupe , et que les auteurs du groupe j par des motifs particuliers à leur art, n'avoient pas imité la description du poëte 5 et il a placé ces artistes à une époque plus rapprochée de Pline, et qui répond au règne des premiers Césars (2).

Ceux des lecteurs qui auront suivi avec quelque attention le cours des idées énoncées dans mes différentes notices, ne douteront point que le Laocoon n'ait pu être exécuté à cette époque. Les argumens de Lessing me semblent décisifs* et en les résumant , je me borne a les appuyer par quelques considérations nouvelles.

La manière dont Pline, après avoir nommé les trois artistes rhodiens, passe à d'autres statuaires , qui ont également , dit-il , rempli d'excellentes Jf gares les palais des Césars, fait naître nécessairement l'idée que tous ces artistes ont fleuri sous les empereurs romains. On objecteroit en vain que

(i) Histoire de l'art chez les anciens ^ ïiv. X, ch. I, § 9 et suivants, édil. de M. Fea , traduction italienne.

(2) Voyez le traité qui a pour titre : Du Laocoon , ou des limites respectives de la poésie cl de la peinture , traduit de l'allemand de G. E. Lessing , par Charles Vanderbourg, particulièremenl le § 26,

le mot également ( si militer) a uniquement pour objet de faire entendre que plusieurs statuaires , ainsi que les auteurs de ce groupe ont travaillé ensemble h l'exécution d'un même ouvrage. Pline ne fait ici aucune mention d'artistes plus anciens, associés l'un avec l'autre dans leurs travaux; et je puis ajouter que dans la même période il parle aussi d'un sculpteur qui avoit travaillé à son ouvrage sans aucun associé (i).

L'opinion de ceux qui pensent que les trois statuaires rhodiens ont travaillé pour les Césars est confirmée jusqu'à un certain point par une découverte de Winckelmann , qui d'ailleurs avoit adopté l'opinion contraire. Ce savant à décrit la j)linthe d'une statue qui avoit orné une maison de plaisance des empereurs romains. On lit sur cette plinthe une inscription portant que cette statue étoit l'ouvrage d! ^thénodore fils d' Agésandre , Rhodien (2). Ce fragment a fourni à Winckelmann la conjecture heureuse qu'Agésandre étoit aussi le père de Polydore. D'autres ouvrages des auteurs du Laocoon ornoient donc, ainsi que Pline semble l'indiquer , les palais des Césars.

Lessing ne peut pas croire que ces artistes aient vécu dans un temps ancien , et que nul auteur , excepté Pline , n'ait parlé d'eux ou de leurs ouvrages. Ce sentiment est fondé ; et il me le pa-

(i) Aphrodisius de Tralles.

(2) Elle fut découverte près d'Antium dans les ruines de la maison impériale où l'on avoit autrefois découvert l'Apollon. 'S^'mcVeXmann^ Monumenti inedili, Trattato preliminare , p. LXXIX.

Vise. Op. var. T. IV. 10

l46 MOMUMENTI

roît d'autant plus que l'encyclopédiste rumain avoit lu le livre de Pasilòle sur les ouvrages de l'art les plus fameux dans le monde , et qu'il n'y avoit pas vu cités les trois artistes de Rhodes (i): car si Pasitèle en eût parlé , Pline n'auroit pas pu dire que leur nom , h cause de leur nombre , n"étoit point connu.

J'observe aussi quC; parmi les groupes en marbre exécutés par les Grecs, il n'y en avoit que deux qui fussent devenus fameux dans l'antiquité : l'un des deux , au temps de Pline ^ étoit à Rome et l'autre h Pergame (2). Si le groupe du Laocoon eut élé exécuté depuis quelques siècles , il n'auroit pas échappé h l'attention des écrivains des arts j qui avoient remarqué l'excellence des deux autres.

Raphaël Mengs en examinant cette sculpture admirable, et en la voyant terminée au simple ciseau , a observé avec beaucoup de finesse que cette manière ne devoit pas appartenir aux époques les plus anciennes de l'art perfectionné (3). La parfaite imitation de la nature étoit alors le but des artistes ; et ce n'est que par le fini le plus

(i) Pasitcles ijuinque ^oluinitia seri psi t nobili tun operum in toto orbe. C'est Pline lui-même qui Patteste, I.^XXXV, § IV, n 11.

(2) Pline, loco citato, n. 6 et 10.

(3) Opere ^ pag. 366 de l'édition de^itome, solgne'e par M. Fea, 1787, m-4 , dans une lettre au Prélat Fabroni. Je regrette de ne pouvoir suivre sur cette particularité l'opinion énoncée par mon savant collaborateur, M. Emenc-David, dans ses Recherches sur l'art statuaire., p. 218; ouvrage où Fon trouve d'ailleurs beaucoup d'observations sur ce chef-d'œuvre aussi ingénieuses que justes.

DEL MUSBO FRAjfCESE 1 47

précieux qu'ils peu\'eut y arriver. Mais h une epoque moins ancienne où l'admiration pour les ouvra^^es soigneusement termine's étoit, pour ainsi dire, un peu usée, par la vue d'une infinité de chefs-d'œuvres , les amateurs ont pu montrer plus de goût pour quelques productions de l'art, où l'on avoit tant soit peu négligé cette exacte vérité d'imitation, pour y faire mieux sentir le talent de Tartiste. Alors seulement on a dû préférer au fini cette autre manière , où l'imitation de l' épidémie a moins de vérité , mais où l'œil du connoisseur se plaît à reconnoître, sur la trace de chaque coup de ciseau , l'esprit et le sentiment du statuaire.

L'observation de ce peintre estimable est confirmée par des preuves positives. Le Torse d'Hercule par Apollonius et le Faune de Barberini , exécutés suivant cette dernière méthode , appartiennent sans contredit aux temps de la grandeur romaine (i).

D'un autre côté, il est naturel qu'un ouvrage dun mérite supérieur et extraordinaire invite les artistes à l'imiter. Cependant nous ne retrouvons quelques vestiges d'une imitation du Laocoon que sur d'excellens ouvrages de l'époque d'Adrien (2).

(i) J'ai remarqué ailleurs que les cai actères qui tracent sur le Torse le nom de l'artiste, prouvent qu'Apollonius u'étoit pas amérieur à Pooipée, près du théâtre duquel ce monument fut trouvé. Le Faune oruoit les jardins qui eovironnoient le mausolée d'Adrien.

(2) Dans le plus vieux des Centaures d'Arisléas et Papias, statuaires aphrodisieos , les formes et le mouvement de la tête rappellent le Laocoon. Le Torse du Faune Barberini presente dans ses contours quelque rapport de ressemblance avec le Torse du Laocoon. Aristéas et Pa-

l/j{3 MONUMENTI

Il est donc probable que les auteurs du groupe n'avoient pas devancé d'un grand nombre d'années le règne de ce prince.

Supposons un moment que les trois statuaires rhodiens ont, comme je le pense, travaillé sous le premiers Césars , toutes les idées que nous pouvons nous former sur cette sculpture se lient entre elles avec une vraisemblance qui équivaut h une démonstration. La mort courageuse d'un héros trojen étoit un sujet bien choisi pour orner le palais de monarques issus du sang d'Enée. La catastrophe de Laocoon, devenue familière aux Romains par l'épisode de l'Enéide, avoit été traitée, comme nous l'avons vu , par Euphorion de Cbalcis , l'un des poètes grecs les plus lus à Rome , et dont les ougraves faisoient les délices de Tibère (i). Le palais de ce prince avoit été demoli par Néron , qui avoit élevé sur le même emplacement sa maison dorée. Vespasien et Titus démolirent à leur tour la maison dorée, et on peut croire qu'ils placèrent le chef-d'œuvre d'Agésandre dans leur nouveau palais. Pline l'y avoit vu , et les modernes l'ont retrouvé dans le môme endroit (2). Cet

pias étoient probablement coniemporains d'Adiien , dans la campagne duquel leurs ouvrages ont été découverts. Le marbre noir dont ces statues sont formées, et les caractères qui marquent les noms des artistes , ne permettent pas d'en transporter l'époque à des temps plus anciens.

(i) Virgile, Bucol. ecl. X, v. 5o; Svétone , in Tiberio, c. 70.

(2) Des fragmens peu iuiportans d'un autre groupe semblable on fait élever par quelques écrivains modernes des doutes sur l'identité du cbef-d'œuvre et de celui que Pline a décrit. S'I y a eu deux groupes pareils dans le palais

DEL MUSEO FRANCESE I/Jg

(icrivain le regarde comme le chef-d'œuvre des arts^ maigre les éloges qu'il a voit faits , presque dans les mêmes termes de quelque autres ouvrages des anciens maîtres. Il ne sera pas en contradiction avec lui-même , si nous voulons distinguer les e'poques (i). Le Laocoon, sans être inférieur aux cliefs-d'œuvres des anciens maîtres, se distinguoit sur tous les ouvrages d'une époque plus récente. Les statuaires de ce temps cherchoient souvent à faire apprécier leur habileté par la manière spirituelle dont ils terniinoient au ciseau les parties nues que leurs prédécesseurs avoient finies plus lentement et plus soigneusement avec la râpe et la pierre- ponce : cette manière hardie a été employée par les auteurs du Laocoon. Enfin les artistes de ce siècle, pressés par l'impatience des Romains , dont les édifices , élevés avec rapidité , sembloient sortir du sol à la voix du maître presque par enchantement (2) j ces artistes , dis-je , pour terminer plus promptement les ouvrages importans qu'on leur demandoit , et qu'on enlevoit quelquefois de leurs ateliers avant même qu'ils les

de Titus , cette répétition est une nouvelle preuve que le Laocoon a été exécuté pour les Romains. C'étoit leur usage, comme je l'ai remarqué dans la notice du Jason , de faire répéter les mêmes ouvrages de sculpture , pour que l'un fût le pendant de l'autre. Au reste, il faudroit être aveugle pour douter si le Laocoon que nous possédons est un ouvrage original.

(i) M. Falconet a relevé avec une sorte de complaisance ces contradictions apparentes d'un écrivain qu'il cherche souvent à déprécier.

(2) Horace, liv. 1, ép. I, v. 83, seq<j.

l5o MONUMENTi

eussent terminés (i), s'associ oient entre eux et travailloient de concert sur le niénie bloc. L'intérêt et la nécessité imposoient silence aux passions qui senibloient leur interdire des associacions pareilles (2). Cest dans ces circonstances qu Agésandre et ses deux fils ont travaillé de concert (3) à l'exécution du Laocoon.

Nous ne serons pas surpris de voir le père et les fils exécuter ensemble le même ouvrage. Il est cependant possible que cette pluralité d'auteurs ait été la cause de quelque légers défauts qu'on a remarqués dans le groupe. On en a découvert, dans la figure du fils aîné: la jambe droite est un peu plus longue que l'autre , et l'ongle du pouce de la main gauche est tourné de manière à donner l'idée d'une troisième phalange (4)- Ces défauts, qui pour être aperçus exigent une attention minutieuse, disparoissent à la vue de l'ensemble. Le premier pourroit même avoir été motivé par l'ancien emplacement du groupe. 11 me paroit certain que ce monument étoit placé sur un piédestal très-

(0 Pline, 1. XXXV, § XLV.

(2) Plusieurs ouvrages de sculptai e , découverts à Rome, portent le nom de deux artistes grecs qui ont travaillé ensemble , et qu'on peut ajouter à ceux que Pline a indiqués: tels sont Arisléas et Paplas, Criton et Nicolaiis , Phidias et Animonius, Diogene et Alexandre, Heraclide et Harmalius.

(3) De consilii scntentid. Pline, I. XXXV, § IV, n. 11.

(4) En appliquant le compas à dittérentes parties du groupe on a découvert encore d'autres défauts de symmétrie, qui cependant ne sont pas des défauts réels, s'ils ne peuvent ôlre aperçus que par ce moyen.

DEL MUSEO FRANCESE l5l

bas et peut-être en face (Pun escalier (i). On ne saisit toute l'expression de la tête de Laocoon que lorsqu'on voit le groupe d'en haut (2). On peut remarquer aussi que les parties nues , qui sous ce point de vue se cacheroient sous les replis des serpens, sont moins terminées que le reste.

Si les considérations que j'ai développées jusqu'ici offrent quelque probabilité ^ elles prouveront de plus en plus combien long-temps les Grecs surent maintenir les arts dans létat de perfection Olì ils les avoient élevés. Tandis que l'éclat des lettres éprouva sous les successeurs d'Alexandre (3) et ceux d'Auguste quelques momens de décadencCj les beaux-arts, perfectionnés sous Périclès, ne commencèrent à déchoir que cinq cents ans après cette époque glorieuse. Les revers politiques de la Grèce n'atteignirent point le génie de ses artistes. Le peuple grec étoit assujetti à une nation étran-

(i) D'autres figures antiques prouvent par quelques uns de leurs accessoires qu'elles étoient faites pour être placées sur des piédestaux très-bas. Ajoutez à ce que j'ai remarqué dans le Museo Pio • dementino ^ tono. VII, p- 102, (*) , un passage de Lucrèce, liv. I, v. 3 18.

(2) La couronne dont Laocoon est orné conome prêtre d'Apollon , et que dans la position actuelle on n'aperçoit pas , avoit été exécutée avec tant de soin que les feuilles qui la composent sont alternées de six trous creusés en poches j dani lesquels probablement on m'oit placé des baies de laurier en bronze. M. Pelit-R.adel , loco citato.

(3) Athénée, tiv. IV, pag. 184.

( ) Dell' ediz. romana. Edizione milanese T. Ili , pag. l^S, — Gli Editori.

iSa MONUMENTI

gère, mais son goût assujettit ses vainqueurs (i). Rome, sous les Antonins, jugeoit encore des productions des arts comme avoient fait Athènes , Pergamo et Alexandrie , sous Périclès , sous les Attales et sous les Ptolémées.

Héros Grec dit le Phocion Statue (2)

Rien de certain sur cette statue , si ce n'est qu'elle présente le caractère d'un homme de guerre. Ce sujet appartient-il à la Mythologie? appartient-il à l'Histoire? Nous allons examiner les donne's que le monument nous offre pour décider cette question.

La figure est celle d'un guerrier d'une mûre virilité , avec une courte barbe et une chevelure épaisse , couverte d'un casque à visière , n'ayant 1

(1) Graccia capta Jerum victorcm ccpit , et artcs Intulit agresti Latio.

Horace , l. II , cp. I , v. 1 56.

(2) Cette statue de marbre pcntéllque, hante de six pieds, a cte trouvée à Roine en l'j'i'j , dans les fondations du palais Gentili, près de Saint-Nicolas iii Arcione, emplacement de l'ancien Forum et Ficus Archemori. Je l'ai publiée dans le Museo Pio-Clemenlino , tom. TI, pi. 43. Elle est d'nn ciseau moelleux et facile ; la ferace de la pose est admirable. Les jambes et quelques v^xtrémités sont l'ouvrage de M. V. Pacelli.

DEL MUSEO FRANCESE l53

d'autre vêtement que sa chlamyde d'une ampleur Diédiocre et d'une forte étoffe. Le bras droit est pendant ; la main gauche est moderne j elle est soulevée comme pour soutenir un bâton ou une épée : il n'y a pas lieu de croire qu'elle ait jamais été dans un autre mouvement. Ce qui reste d'antique dans le nu montre une constitution musculeuse dans une taille svelte ; les veines sont saillantes. Ce caractère n'est celui d'aucun des dieux: l'École grecque supprimoit les veines sur leurs membres célestes , et la sculpture de cette statue ne sauroit être attribuée à une époque antérieure h ce raffmement. Le sujet n'est donc pas le dieu Mars.

En publiant le premier cette antique , j'avois cru y voir un portrait j je l'attribuois à Phocion j la physionomie ferme et sévère , la simplicité de l'habillement sembloient convenir au caractère de cet austère et intrepide Athénien, dont aucun portrait authentique n'étoit connu.

Les conjectures qui ne sont appuyées que sur des vraisemblances s évanouissent auprès d'une autorité directe qui les combat. Plutarque(i) assure que la physionomie de Phocion étoit dure , soft sourcil terrible j que rien dans sa figure ne manifestoit la bonté de son cœur. La tête de la statue montre, il est vrai, quelque sévérité j mais

(i) Vie de Phocion, § 7 : « Si est-ce qu'à le^^voir au « visage , il monstroit cslre austère et mal accointeux , « de sorte qu'un homme, qui n'eust point eu de familia- « rite avec luy, ne l'.' ust pas facilement abbordò seul . . . « Charès se mocquoit de la sévérité de ses sourcils, etc. » Trad. d'Amyot.

l54 MONUMENTI

ses grands yeux annoncent de l'amabilité et promettent de la bienveillance. J'ai renoncé à ma conjecture , je n'ai plus vu Phocion dans cette Statue: le public n'a pas été également dissuadé.

Une pierre gravée inédite, représentant Ulysse qui surprend Dolon , m'ofifroit la figure du roi d'Itaque j dans la même pose et avec la même cblamyde que la statue: les plis en paroissoient fidèlement imités. Je pensai un moment que noire guerrier pou voit être Ulysse : c'est ainsi , me disois-je j que la statue de ce héros , prêt à combattre Hélénus, devoit paroître à l'Olympie (i). Un moment après je doutois , en considérant que i des têtes certaines d'Ulysse me présentoient un air fin et rusé 5 et l'argument que je tirois de la ressemblance de cette figure, pour la pose et pour la draperie, avec la pierre gravée dont je viens de parler, tomba entièrement lorsque je remarquai encore la même pose et la même draperie h un ^ Mercure gravé sur une cornaline de la main de Dioscoride (2). Il fallut alors rejeter ces conformités et ces analogies trompeuses sur l'esprit dimitation dominant chez les artistes de l'antiquité.

Je ne sais si l'endroit où cette statue a été découverte ne pourroit pas fournir quelque nouvel aperçu. Cet endroit étoit jadis le Forum d'Archemorus (3), enfant célèbre dans l'histoire héroïque,

(r) Pausanias , v. 22.

(2) Bracci , degli amichi Incisori , t. II , pi. 63.

(3) Nardini , Roma vetiis , IV, e. g. Plusieurs endroits porloient à Rome des noms tirés de la fable grecque ; les jardins d'Europe , le portique des Argonautes , la mort d'Argus , etc.

puisque sa mort fut le premier malheur de la guerre de Thèbes, et roccasion de renouveler les jeux néme'ens. D'autres statues trouvées dans la même fouille représentent des athlètes , et ont trait à ces mêmes jeux (i). Notre guerrier ne seroit-il pas l'un des sept héros de la Thébaïde qui rétablirent les jeux de Némée? et, pour descendre à une détermination plus précise, ne pourroit-on pas y voir Amphiaraiis, guerrier et devin, ou Adrastus, roi d'Argos? L'âge, la pose, le costume con^ viendroient parfaitement à l'un et à l'autre. La grandeur et la beauté extraordinaire des yeux que l'on remarque dans l'original , la régularité du front et du nez , paroissent caractériser une tête idéale plutôt qu'un véritable portrait.

Malgré cette discussion et ces doutes , je ne serai pas étonné si le publie persiste à reconnoître Phocion dans la statue qui nous occupe. Ce jugement seroit moins une preuve de la justesse de mon premier avis que de la disposition qui nous est naturelle , et qui nous porte , suivant la remarque de Pline, à regretter les portraits perdus des grands hommes, et même à nous en créer d'imaginaires. Qui non sunt , fingimtur, pariuntque desideria non traditi vultûs (2).

(i) Sculture della Villa Borghese^ t. II , S VU. C'est la statue d'un Cestiaire.

Page 1