‹ Opinion d'un artiste sur l'artChapitre 17 sur 49 · CONCEPTION · texte numérisé non relu

CONCEPTION

D'où vient le premier mouvement ? — L'homme dans ses œuvres continue la cre'ation divine.—Citation de Lamennais.— Variété des êtres contenus dans l'unité de Dieu.— Genèse d'un être ; la vie est un mouvement et une force,un centre d'attraction et de transformation. — Qu'est-ce que le motif? Sens profond de ce mot. — D'où vient le motif ou premier mouvement; la mise en œuvre du motif exige la plus haute raison; phases diverses que parcourt le motif avant d'arriver à l'œuvre d'art complète. — Exemples. Nécessité pour les arts plastiques de s'assimiler et de rendre reconnaissables les éléments fournis par la nature. — Périls de cette assimilation ; ils partagent les artistes en trois groupes principaux. — Vitalité et relief de certains types de création humaine. — Le symbole et l'allégorie.

Pour mieux nous rendre compte de ce qui se passe dans le premier acte de cette création qu'on appelle une œuvre d'art, rappelons nous ces mots de la Bible: Dieu dit: faisons l'homme à notre image, il prit du limon de la terre, le façonna et inspiravit illi spiraculum vitœ et lui communiqua, littéralement, lui inspira le souffle de la vie. C'est là le résumé en quelques mots, de tout ce qui concourt à la forme d'un être, de la nature de ceux que

nous connaissons, que nous voyons. Conception première intentionnelle, matière façonnée par elle, apparition de la vie dans un individu nouveau, dans une individualisation nouvelle. Et ce n'est pas plus difficile que cela, ne manquerait pas d'ajouter quelque représentant de certaine catégorie de savants qui sourient de cette simplicité sommaire à se figurer et à expliquer l'origine des choses ; d'aucuns mêmes n'oublient pas de demander si, ce faisant on est bien sûr que le Créateur eut une barbe, puisque l'homme en lui retournant son procédé et en le représentant ad imaginem sut ne manque jamais de lui en mettre une. C'est fort bien, mais de quelque façon qu'on se figure la première cause de toutes les causes, le premier mouvement d'où dépendent tous les autres, c'est-à-dire tous les phénomènes de la création, il faut bien se figurer un premier moteur : un mouvement ne se crée pas lui-même. La matière ne se meut pas par elle même, elle continue le mouvement donné. Pour le représenter d'une manière sensible, ce premier moteur, qu'on trouve mieux que les traits humains, je n'y fais pas obstacle, puis cela ne change absolument rien à la question. Nous reviendrons sur ce sujet en partant du symbolisme et de l'allégorie dans l'art à la fin de ce même chapitre.

Essayons maintenant de saisir le point de départ de ce genre de création qu'on appelle une statue, un tableau, une symphonie, un monument, un poème. Ces êtres, libres produits de la spontanéité humaine et développés par sa volonté, ne peuvent échapper aux lois qui régissent tous les êtres, et aux phases diverses de leur développement sans lesquelles ils ne seraient pas ; or ils sont, ils vivent et d'une vie réelle, et d'autant plus durable qu'elle est plus en harmonie avec les lois éternelles qui régissent tout ce qui vit. Dans ce sens ils sont une continuation de la

créationeîle même. Quelle merveille, que l'homme malgré la fragilité et la brièveté de la vie, puisse produire des œuvres qui la prolongent indéfiniment, et reçoivent une part de ce principe d'immortalité qu'il porte en lui. Qu'il l'ait reçu comme Adam, qu'il l'ait dérobé comme Prométhée, il possède quelque chose des secrets de la vie. C'est bien là l'idée qu'exprime Malebranche dans la phrase suivante: « nous n'agissons que parle concours de Dieu, et notre action considérée comme efficace et comme capable de produire quelque chose, n'est point différente de celle de Dieu. » Dans son troisième volume de l'essai d'une philosophie, Lamennais développe et complète merveilleusement cette donnée, (c L'intelligence se développe par l'individualisation nécessaire à chaque idée particulière contenue dans le vrai essentiel et universel, qui est l'objet de l'Intuition première à laquelle correspond la foi infinie comme lui; l'esprit n'est actif que de cette façon. Lorsqu'il découvre des vérités nouvelles, il ne fait que discerner, voir à part, individualiser ce qui auparavant était observé dans la vision uniforme du tout (i). Il y a là une image de la création. Dieu a créé et continue de créer le monde en réalisant hors de soi des êtres dont les types ou les idées spécifiques sont renfermés dans son entendement, dans son être un et infini. L'homme qui connaît Dieu, a pareillement un m.onde, le même monde par sa pensée, et il est aussi créateur en ce sens, la création n'a d'être en réalité pour lui qu'autant qu'il la connaît et au degré où il la connaît. L'Intelligence mariée au verbe conçoit et enfante ce qu'elle a conçu, et l'individualisation des pensées diverses dans l'unité de l'intelli-

(i) La cause de tous les systèmes, de toutes les e'coles qui ramifient à l'infini toutes les branches de l'intelligence humaine est admirablement définie.

gence qui voit Dieu, n'est qu'une tendance à reproduire l'intelligence divine elle meniez dont l'éternelle manifestation est le Verbe infini. Par cela même, l'intelligence tend à se rapprocher du mode d'être de Dieu ou à s'affranchir des conditions du temps et de l'espace » impossible de penser plus profondément et de mieux dire, c'est la magnifique paraphrase de cette pensée de Saint Paul l'Apôtre: hi Deo siimiis et vivimiis et movemiir.

C'est ainsi que les germes de tout ce qui doit être, les divins noumènes (i) semences de l'avenir, soit par la volonté immédiate de leur auteur, soit par l'intermédiaire de l'homme, se réalisent à chaque instant de la durée. Si l'évolution créatrice des innombrables familles de la flore et de la faune, qui peuplent notre planète, a pris fin avec l'apparition de l'homme, avec lui et son concours commence une série non moins nombreuse de familles d'esprits divers et créateurs à leur tour : toute manifestation sociale, politique, artistique, juridique, philosophique, littéraire et religieuse, ne fait donc que discerner, voir à part^ individualiser ce qui auparavant était absorbé dans la vision uniforme du tout. Mais il est temps de chercher à surprendre d'une manière plus spéciale et plus intime, quelques-uns des secrets de la vie, afin d'en tirer les enseignements propres à notre sujet. Examinons la loi de production et de croissance dans un de ces milliers d'êtres que nous pouvons aisément observer.

A peine échappé des gouffres insondables du néant, du non être, de tout ce qui n'est pas lui, le germe, quel qu'il soit, se cramponne aux premières frontières de la vie, sur lesquelles il vient d'échouer informe, voilé et moins un être qu*une puissance d'être. Cette puis-

fi) De vou/Asvos pensée.

sance, malgré son inertie et son sommeil apparents, veille ; elle agit dès que le milieu ne s'y refuse pas absolument. Elle est un point central, une nébuleuse, si l'on veut, un microcosme; et le plus minime ne se comportera pas autrement qu'un monde, qu'un astre le plus immense. Le rayon dans lequel s'exerce sa sphère d'action n'est limité que par celui des autres centres d'attraction des autres organismes qui vont lutter avec lui. Si leurs forces attractives sont égales^ ils demeurent dans les mêmes rapports. Si celles du nouveau venu se trouvent supérieures à celles des rivaux qui l'avoisinent, ce nouveau venu, ce germe dont l'ambition est toujours aux aguets, les attaque, les désagrège, s'assimile leur substance et s'empare de l'espace conquis. De même, si par une cause quelconque, sa force vive envahissante, assimilatrice, vient à fléchir, sa croissance s'arrête, la cohésion qui maintient dans l'unité ses diverses parties est à son tour mise en question; vaincues, annulées par des centres de vie plus résolus, elles ne se nourrissent ni ne se renouvellent plus. Leur homogénéité est en péril, elles finissent par céder et un organisme a disparu.

Ainsi donc, un être, quel qu'il soit, nous apparaît comme un point central d'attraction qui, par des appareils variés selon l'ordre auquel il appartient, trouve d'abord en lui-même, plus tard à des distances correspondant à son degré de développement, les éléments divers assimilables à sa propre substance. Le fœtus dans l'œuf, le germe de la plante dans ses cotylédons, trouvent le premier apport, la première avance qui leur permet de vivre quelque temps sur leur propre fonds. A un moment donné, la vie devenue plus intense, plus osée, se met en quête du monde extérieur et l'exploite à son profit.

îl n'en va pas autrement d'une œuvre d'art. Une idée surgit dans l'esprit. Plus ou moins longuement méditée, élucidée par la suite, son apparition première a quelque chose d'inopiné, d'imprévu, d'inspiré, disait-on jadis; il est fâcheux qu'on ne le puisse plus dire. Ce qui sera plus tard un monument, une statue, une peinture, une symphonie, est apparu dans un éclair d'intuition, pour ainsi dire involontaire. Si cette intuition a vraiment eu lieu, elle ne tardera pas à se manifester à l'extérieur par des traits rudimentaires. Ces traits laisseront bientôt voir la disposition du monument, le geste de la statue à l'état de maquette, les divisions du poème, l'agencement d'un tableau, le plan d'une symphonie dont les grandes divisions mélodiques seront seules indiquées. Enfin, en troisième lieu, la nature extérieure apportera son contingent de matériaux, de ressources de toute espèce, que le caractère de l'œuvre assouplira, modifiera, s'assimilera avec d'autant plus de sûreté, d'unité et d'originalité, que la conception première aura été plus vive, plus spontanée, plus profondément sincère, en un mot, qu'elle sera le fruit de plus d'enthousiasme, de passion et d'amour.

La peinture, et la musique surtout, nous fournissent à cet endroit un mot révélateur. Chacun sait que le mode d'engendrement de tous les phénomènes des êtres créés est d'abord le mouvement, mouvement communiqué par une cause première qui échappe à l'analyse. Il va sans dire que Tartiste pour être créateur n'a nul besoin de se rendre compte des évolutions, des péripéties qui précèdent ou suivent l'éclosion de sa pensée. Mais le philosophe ne peut pas ne pas chercher quel est ce quelque chose qui suscite, qui met en jeu la force productrice. Il y a une cause, il y a un motif; l'artiste, précisément, a

un motifs et il n'y a pas là le moindre jeu de mots. Je voudrais pouvoir expliquer à quel point cette expression est juste dans quelque sens qu'on la veuille creuser. Au fond, elle exprime avant tout la force motrice, le moteur, le générateur de tous les mouvements successifs. Un monde tout entier avec ses développements futurs est apparu tout à coup à ce regard de l'âme qui a la faculté de voir au delà et sans le concours immédiat du monde tangible. Cette conception première, si bien appelée motif, comment vient-elle ? nous l'ignorons. Nous savons seulement qu'elle est le don de certaines natures privilégiées, don d'autant plus accentué et plus fécond que la foi dans l'idéal est plus vivante et plus indépendante. Les mots d'intuition, d'inspiration, employés pour exprimer ce point de départ, indiquent clairement que le motif, est en dehors du domaine immédiat de la volonté. Il est montré, il vient, à' aîlleuî^s . bailleurs! quel non-sens pour qui ne voit rien en dehors des phénomènes contingents, en dehors des causes de seconde main, appelées lois d'affinité de pesanteur, d'attraction, de combinaisons prévues et fatales.

Etant donné ce présent, venu d'ailleurs d'en haut, rarement accordé à qui nie sa noble origine, il tom^be dans le domaine de la volonté et de l'intelligence qui, impuissantes par leurs seules forces à le créer, ont tout pouvoir et ont seules pouvoir pour le développer jusqu'au bout. Elles ne devront se lasser ni se reposer jusqu'à ce que l'être apparu dès le principe, un, multiple et parfait, ait été réalisé tel. Cette vue qui anticipe sur le temps, cette vue, jouissance suprême de l'esprit créateur, cette vue primesautière, sera le guide le plus sûr, l'attrait le plus efficace, le stimulant au souvenir toujours actifs, pour conduire l'œuvre jusqu'à son achèvement; elle l'empê-

chera de s'amoindrir par des lacunes, de dévier, ou de se dénaturer par des développements ou adjonctions en dehors du mouvement initial, en dehors de la donnée primitive. L'art devient alors une œuvre de souveraine raison. En effet, contrairement à l'opinion reçue, en nulle autre matière il n'y a lieu d'apprécier des rapports plus délicats et plus précis, de tenir compte plus sévèrement du nombre, du poids, de la mesure, de la proportion et des milieux. îl y a donc dans le poète, dans l'artiste, deux hommes, pour ainsi dire : l'homme qui conçoit, instinctif, inspiré, passif dans une certaine mesure ; l'homme qui raisonne, et, par des déductions logiques, réfléchies, voulues, fait valoir ce dépôt qui lui est confié. Ceci ne veut pas dire que ce don, ce premier germe, ce motif, soit octroyé par hasard à une âme sans rapport de mérite ou de caractère avec lui. Loin de là, chacun n'a que l'inspiration, le motif qu'il mérite. îl serait tout aussi inexact de penser qu'eu égard à son origine spontanée, à un certain point inconsciente, le motif soit en dehors de la raison parce que la raison seule ne l'explique pas et est impuissante à le produire. Il est au contraire une émanation de ]a raison absolue, sans laquelle et hors de laquelle il n'aurait pas d'être. Rappelons-nous dans le passage de Lamennais cette phrase significative : « L'homme qui connaît Dieu a pareillement un monde, le 'même monde par la pensée, et il est aussi créateur en ce sens. » Cette matière première, ce germe, ce motif, ne se prouve pas, ne se justifie pas, mais il justifiera, prouvera, soutiendra tout le reste ; il est AXIOMATIQUE, il touche à l'infini, il est greffé sur l'absolu. Dans une phrase musicale qui nous émeut, qui nous charme, qui est expressive de nous-même, qui est belle.; en un mot, quelle peut bien être la loi de succès-

sion des notes, des sons ? Pourquoi tels intervalles sur les portées avec telles fractions de temps, de tenue ou de silence, sont-ils expressifs de la beauté ? Ils correspondent certainement à une loi. Laquelle ? On en distingue quelque chose par la génération des accords, par un certain ordre numérique et par la quantité de vibrations des corps sonores, pour un temps et pour un groupement donnés, mais qui connaît la loi de la mélodie, qui est l'art même, qui est le motif? Personne. Tous les grands compositeurs l'ont appliquée, mais expliquée, jamais. Ils trouvent, mais ne révèlent rien pour faire trouver. C'est en cela que réside ce quelque chose non acquis mais communiqué, qui donne l'impulsion à tout le reste et qui se nomme si excellemment le motif. Cette partie fondamentale des arts a dans tous, ce même caractère de mystère et de spontanéité. Le même mot employé comme motivant les actions de la vie humaine, conserve la même signification quand celles-ci ont un caractère de grandeur et d'héroïsme.

N'allons pas plus loin dans cette recherche, et tenant pour assurés le bien-né, la vitalité du motif, voyons ce qu'il devient avant d'être Tœuvre complète qui sera une symphonie, par exemple. Je commence par la musique afin d'avoir quelque chance d'être compris d'un plus grand nombre. Ce qu'il devient, le voici : il s'adjoint ce qu'on appelle au propre et au figuré des parties, d'où le terme connu de tous, une partition. Soit comme harmonie soit comme développement mélodique, elle a été entrevue dans la vision première du tout, et peu à peu elle a été formulée de la façon la plus précise. On ne songe pas assez combien est merveilleux ce livre, hiéroglyphe indéchiffrable pour tant de gens, dont le lecteur, le seul muet pendant l'exécution, embrasse d'un coup

d'oeil une page entière, et d'un geste gouverne la multitude des exécutants, dont chacun interprète une ligne. Le seul qu'on n'entend pas dirige tout. Etant donnée une œuvre magistrale, une symphonie de Beethovv^en, par exemple, malgré l'infinie variété des développements mélodiques ou harmoniques, accentués par la coloration des timbres, qu'on me passe l'expression, les déductions les plus imprévues s'enchaînent sans désobéir jamais à la logique du beau. Au milieu de la plus réelle et de la plus apparente liberté, elles ne peuvent se soustraire au frein de la tonalité et de la mesure. Gela était nécessaire pour que la forme la plus éthérée, la plus ailée de la pensée ne perdît pas le souffle dans une atmosphère trop raréfiée, ou ne se volatilisât pas dans un murmure confus qui ne serait la musique ni du passé ni de l'avenir. Les lois d'harmonie, de génération des accords, soit dans leur simultanéité soit dans leur successivité, se compliquent et se complètent en faisant appel à la variété des timbres. Le degré et le caractère particuliers de leurs sonorités diverses, jouent vis-à-vis de la mélodie et l'harmonie le même rôle que la couleur vis-à-vis du trait et du modelé de la forme. Il serait téméraire de soutenir que les formes ont un son aussi bien qu'une couleur propre , et au fond c'est cependant la vérité , et il y a là autre chose qu'un phénomène d'association d'idées (i). Où trouver dans la nature une sonorité qui

(i) Lamennais dans son Essai d'une Philosophie, remarque très justement que la sonorité des corps est une résultante logique, un indice révélateur assez négligé de leur nature intime. Citant de mémoire, je ne garantis pas les termes, mais l'idée est bien celle-ci. Il y a déjà eu lieu de remarquer, dans la première partie de cet ouvrage, chap. xiii, p. 203, que quelque chose d'analogue avait lieu pour la forme des corps, dont les contours, la couleur même ne sont que la résultante logique de la nature et du mode d'arrangement des atomes irréductibles qui composent ces mêmes corps.

puisse être comparée à celle de la voix humaine, à ce quelque chose à la fois de grêle et d'imposant, de net et de pénétrant, de varié à l'infini ? Le timbre de la voix varie, en effet, avec chaque individu qui le varie à son tour en une infinité d'inflexions vis-à-vis desquelles, même en dehors de la parole transformée par la mélodie, les chants des oiseaux, les cris des divers animaux, les bruits innombrables de la nature vivante, sont monotones, bornés, et pour tout dire, inférieurs. Mais si l'homme, pour donner un appoint à ses forces, aussi bien que pour se garantir de celles qui lui seraient hostiles, a su apprivoiser celles de la nature, le musicien n'a pas fait moins vis-à-vis d'elle, et toutes ces ressources de sonorité qui, en dehors de lui, l'émeuvent ou le charment, il les a conquises, et les retrouve sous sa lèvre ou sous sa main, prêtes à lui prêter leur concours. Il a su, en effet, les enfermer captives en des prisons de formes ou de contenances diverses dont il possède la clef. De cette âjiîe des instruments, le miot est technique, il évoque les voix douces ou terribles, légères ou imposantes, pleine de menaces, de caresses ou de prières, échos sincères de sa propre pensée. On ne peut qu'être émerveillé à la vue de ces instruments, d'aspect, de dimensions variés, que vous voyez là devant vous, silencieux endormis, et qui, tout d'un coup, se réveillent et vont s'exprimer isolés ou concertant dans leur harmonieux langage. A un signal donné, les mains ou les lèvres humaines s'en approchent, et soudain de leurs flancs ébranlés, de leurs bouches vibrantes, s'échappe un monde de sonorités tour à tour voilées ou retentissantes. Elle s'exaltent, s'apaisent ou se taisent, sur un geste de ce lecteur muet dont nous avons parlé, et qui, les yeux fixés sur la formule écrite, est chargé de la faire

exécuter. L'espace vide est rempli : il est peuplé de cette foule d'émotions que chacun porte en soi profondément cachées, joyeuses ou poignantes, pleines d'espoir ou d'amertume, de blasphèmes ou de prières ; elles surgissent diverses, innombrables ou solitaires. Elles se poursuivent, se groupent ou se fuient, se combattent ou se pénètrent, s'appellent et se répondent ; les voilà révélées, animées, tangibles, pourrait-on dire, arrachant les plus profonds, les plus mystérieux secrets de l'âme, pour les traduire dans le langage le plus éloquent et le plus universellement compris.

Avec les différences que comporte la nature des moyens qu'ils emploient, l'architecte, le statuaire, le peintre, le poète offrent des phénomènes analogues de conception, de gestation et de manifestation externe. Si on avance que, pour réaliser son concept, l'architecte fait des emprunts à la nature entière, cela est vrai au propre et au figuré. Pour nulle œuvre autre que la sienne, il n'est fait appel, par un maître unique, à des aides animés ou non, aussi variés et aussi nombreux. Quelle puissance féconde que celle de ce premier motif ou moteur, comme nous l'avons reconnu et nommé, pour préparer, assimiler, ajuster à leur place les parties multiples, les pièces innombrables dont le caractère, le nombre, l'ordre et la puissante unité ont été entrevus par la pensée créatrice, et dont le type modèle a été traduit tout à l'heure par quelques lignes sur un plan idéal. Peu à peu il se réalise, il sort de terre, dans le sein de laquelle il a poussé de profondes racines, il s'élève métamorphosé en une réalité tangible, et si puissante qu'elle bravera les siècles. Pendant que les demeures privées où dominent le plus souvent, et presque exclusivement la ligne géométrique et une symétrie vulgaire sans autre but que

l'utile, n'ont qu'une vie éphémère, la demeure consacrée à Dieu semble lui avoir emprunté quelque chose de son immutabilité. Aussi, dans les œuvres humaines, plus l'élément vraiment divin tient de place, plus il y a beauté et durée. C'est pour cela que dans un de ces élans d'éloquence qu'il connut dès les premiers jours et garda jusqu'à la fin, le grand Lacordaire pouvait justement dire :

« Au milieu des ruines des plus illustres cités et de leurs monuments détruits, la dernière colonne restée debout, est celle du temple consacré à Dieu. »

Dans les emprunts que l'architecte fait à la nature, les formes de celles-ci ne sont que rarement reconnaissablés ; ce qu'il lui emprunte surtout, et qu'il a le plus mission de faire reconnaître, ce sont les lois d'équilibre de proportion, d'ordre et de mesure. C'est en les connaissant et les appliquant qu'il donne à son œuvre ce caractère de majesté qui s'allie avec celui de la durée, et jusqu'à un certain point avec ses dimensions dans l'espace.

Revenons à notre projet de tableau, qui comportera si l'on veut, des personnages, des animaux, un peu d'architecture et quelque paysage. Admettons que non seulement le sujet, dont le vrai rôle sera défini plus tard, mais que le motif qui doit lui donner sa valeur soit trouvé. Admettons que, sous le coup de l'enthousiasme tous deux aient été embrassés de ce regard intuitif, en quelque sorte imprévu, dans lequel apparaît instantanément l'œuvre entière, eette œuvre est née et elle est née viable. C'est ce que nous montrent les artistes de race dont les esquisses aux traits rudimentaires, rapides et libres, contiennent cependant tout ce qui doit devenir. Elles le contiennent d'autant plus sûrement et

sont d'autant plus aptes à puiser dans les milieux ambiants les matériaux de leur épanouissement complet, que leur vie intérieure aura été plus intense. Dans cette phase embryonnaire, l'être nouveau ne vit que des matériaux trouvés sur place. En parlant de la plante, nous avons vu que la première période de son développement se fait au moyen de provisions de réserve, contenues dans la semence, jusqu'à ce que, franchissant les simples relations de contact avec le sol, elle s'en empare et s'y implante par ses racines. D'une manière très semblable, cette composition première, germe d'un monde minuscule aux formes multiples et variées, se dessine d'abord avec ses caractères propres, dans l'imagination, dans la tête et le cœur. La période de gestation accomplie l'œuvre mise au jour, sous une forme rudimentaire, est bientôt en contact avec la nature externe et elle cherche à s'en emparer, à l'exploiter à son profit. Le croquis ailé et hardi va butiner comme l'abeille et la création entière est mise à réquisition pour une création nouvelle : ses habitants de tout ordre, ses aspects innombrables de calme ou de tempête, ses montagnes, ses océans, ses ombres et ses lumières, tout sert d'aliment à l'ambitieux nouveau-né. Il croît et grandit et plus il avance dans ce travail périlleux de nutrition et d'assimilation, plus il s'affirme et s'affermit dans son allure indépendante, dans son caractère distinct de tout ce qui l'entoure. C'est ainsi que dans le même sol des millions d'êtres variés trouvent leur aliment propre sans jamais se confondre, c'est ainsi que toutes les parties d'un organisme vivant puisent dans le même sang ce qui est propre à leur développement particulier et en opèrent la transformation grâce à la vertu mystérieuse et indélébile du germe premier ou moteur initial.

A l'aide de ces apports, de ces conquêtes plus ou moins rapides et disputés, un dessin, un carton, le mot est traditionnel comme la chose, est constitué. Il est achevé dans la mesure nécessaire pour garantir des écarts sans entraver la liberté. Car il ne faut pas oublier que sans elle rien de vraiment bon ou beau ne peut aboutir, que sans elle on chercherait en vain ce double cachet des grandes œuvres, la souplesse unie à la force, et la grâce à la fermeté.

Une série de développements prévus et fécondés parce travail de recherche et d'adaptation commence avec la troisième phase. Elle se manifeste sur le mur ou sur la toile et va faire apparaître l'être parfait, l'œuvre complète; la fête de la couleur attendue et ordonnée dès le premier jour, se surajoute aux éléments déjà fixés; elle les classe, les lie et les rehausse. Vis-à-vis du dessin et de la couleur; elle joue d'une manière frappante, le même rôle que la variété et l'appropriation des timbres vis-à-vis des accords et du dessin mélodique, (i) Coloration et formes se modifient toutes deux profondément, selon la nature du sujet presqu'entièrement créé par le motif, et selon la nature et la valeur personnelle de qui les emploie. Aussi bien que le style elles sont l'homme lui-même; de plus, forme et couleur en traduisant une individualité particulière, loin de s'éloigner de la nature vraie, s'en rapprochent d'une façon d'autant plus intime, et l'expriment avec d'autant plus de relief. Ainsi que le même instru-

(i) Tout le monde a remarqué, qu'entre la peinture et la musique l'analogie est si frappante, qu'elles ont un vocabulaire commun de termes techniques; pour compléter la ressemblance, on observera que le dessin se conçoit sans la couleur, mais non la couleur sans le dessin ou forme que la mélodie et l'harmonie des accords se conçoivent san s la coloration des timbres de l'orchestre, mais non ces derniers sans le dessin mélod ique et l'harmonie des accords.

ment employé par des mains différentes, modifie non seulement l'expression mélodique, mais sa propre sonorité, de même la forme et la couleur subissent des modifications sans nombre entre les mains de qui les emploie, sans que leur nature intrinsèque soit changée. Je veux dire qu'un chant aura toujours mêmes intervalles et même mesure, un violon aura toujours le son d'un violon, une draperie verte ou rouge restera verte ou rouge, une main aura toujours forme de main, mais d'une part la sonorité et l'accent mélodique, de Tautre, la couleur et la forme seront aussi variées que les caractères des personnalités diverses qui les mettent en œuvre. N'est-ce pas extraordinaire? Il faut comprendre bien peu et ne s'émouvoir de rien pour ne pas être stupéfait de cette communication si mystérieuse, si intime et si certaine entre l'esprit et la matière, de cette puissance de l'un à modifier l'autre.

N'oublions pas d'ajouter que cette faculté de modifier, de transformer, n'appartient qu'aux maîtres. Aux mains de ceux à qui manque le motif ou moteur, et sa traduction, son incarnation dans une forme adéquate, ces éléments divers, portent le même cachet d'inertie et de monotonie banale. Forme, son et couleur n'ont pas senti la puissance de l'esprit qui commande, qui les soulève et les fait obéir; encore une fois, ils n'obéissent qu'aux maîtres.

Il n'est pas besoin d'ajouter que les diverses phases de croissance et de transformation dont j'ai essayé de donner une idée, ne se superposent pas dans un ordre absolument rigoureux et méthodique, mais enfin elles ont lieu forcément. Toutes les œuvres d'art sont soumises à des vicissitudes analogues et ont les mêmes épreuves à subir, la même lutte pour la vie^ le même apport à redouter ou à attendre de la part de la nature. Ceci est surtout vrai pour les arts plastiques, pour la statuaire et la peinture

encore plus que pour l'architecture. L'architecte se passe à la rigueur d'une ressemblance reconnaissable avec la nature, dont il exprime par des lignes géométriques, la proportion et l'harmonie. Le peintre, le statuaire ne peuvent se passer de faire reconnaître la nature, bien plus ils ne la feront jamais assez reconnaître. Mais la difficulté immense pour l'artiste c'est de représenter surtout l'être créé par son esprit, et non le modèle qui pose devant lui. Or ce modèle si incomplet qu'il soit au point de vue de son sujet, est vivant, et par cela seul qu'il est vivant, il a une telle puissance de perfection plastique, de séductions pittoresques, que, dans le désir légitime de se les approprier, il court le risque d'être distrait de son œuvre propre, du but particulier pour lequel ce modèle pose devant lui. Cependant il est de de toute nécessité de comprendre profondément et naïvement tout ce qu'il y a d'inépuisables ressources à y découvrir, afin que d'obstacles qu'elles paraissaient être, elles apportent une énergie de ressort impossible à trouver sans elles : en un mot, un Christ ne sera jamais assez homme, jamais assez Dieu.

Vis-à-vis de semblables difficultés, que les artistes ne peuvent pas ne pas rencontrer, les partis pris sont divers. On les peut ramener à trois principaux que voici : les uns disent c'est inutile de chercher à faire prédominer dans notre œuvre ce que nous pensons, ce que nous sentons, l'attrait qui nous fait préférer tels sujets à tels autres. Nos visées particulières, pour les traduire, ne sont qu'une gêne placée en travers de nos efforts pour s'emparer de la nature , dont la puissance, la plénitude, la beauté sont autrement riches que toutes nos conceptions : Occupons-nous donc uniquement d'elle. La première condition des êtres quels qu'ils soient que nous vou-

Ions représenter, c'est qu'ils paraissent vivre : la vie est là devant nous, emparons-nous-en à tout prix, elle prime tout.

D'autres sont plus tenaces, ils veulent bien se servir de la nature, qu'ils admirent aussi, mais ils ne veulent pas qu'elle absorbe leur individualité, qu'elle fasse disparaître leur sujet et leur idée personnelle. Ils voudraient bien les voir revêtues et parées de toutes les ressources que leur présente la nature, mais ils la sentent, qui les gagne à la main; alors ils l'abandonnent, préférant marcher à leur pas, qu'ils croient mieux diriger, plutôt que d'être emportés où ils ne veulent pas, par une force qu'ils ne sauraient maîtriser. Evidemment ils ne se passeront pas tout à fait de la nature, qui par des réminiscences plus ou moins heureuses, est bien forcée d'intervenir; mais ils lui font subir toutes sortes de mauvais traitements. Tantôt ils la torturent par des mouvements impossibles, parfois l'exagèrent dans une pléthore artificielle qui n'a rien de commun avec la beauté saine et la force vraie ; ou bien ils la soumettent à un régime si maigre qu'elle n'aboutit qu'à des êtres anémiques, asthmatiques, qui peinent à se mouvoir, et n'en sont guère plus mystiques ou expressifs pour cela. Tous, bouffis ou étiolés, semblent sortir du même moule, n'a3^ant aucune vie propre, pas plus celle de la nature générale et anonyme que celle du sujet désigné, auquel ils semblent cependant avoir tout sacrifié.

Enfin quelques-uns^ les moins nombreux, ne veulent rien retrancher de leur idéal; ils le dotent, le mieux qu'ils peuvent, de la richesse, de la simplicité, du ressort magique de la nature; et le caractère de leur œuvre, loin de perdre à ce commerce, en devient plus original, plus ferme et mieux trempé. L'artiste ne s'est rien laissé arracher en route, et dans sa marche victorieuse il a utilisé les forces

qui lui barraient le passage, il se les est assimilées et en a nourri son œuvre. C'est ainsi que l'idée, fille de l'homme, ne peut, en dehors de la maison paternelle, être reconnue et saluée pour ce qu'elle est, honorée pour ce qu'elle vaut, qu'à la condition d'être alliée au monde des sensations, d'être, ainsi que l'âme humaine, unie à nos corps. Pour que cette union soit heureuse et féconde, il ne faut pas qu'un des conjoints opprime ou efface l'autre ; loin de divorcer avec le corps, il faut que l'âme le soutienne et le relève. Ne se sentant plus méconnu ou nié, mais compris et aidé, il sera conquis, et en échange de l'intelligence et de l'amour qui s'unissent à lui, il versera à pleines mains ses plus belles parures dans la corbeille de sa fiancée.

On a remarqué bien souvent et très justement que les créations humaines, quand elles ont ce double caractère d'une personnification morale et physique fortement accentuée, occupent autant de place dans la mémoire des hommes, que s'ils elles avaient réellement existé : l'exemple est surtout frappant pour les poètes et les grands prosateurs. Tout le monde a reconnu tel caractère de Labruyère ; Sancho Pança et Don Quichotte sont de notre intimité; qui ne les connaît quand il les rencontre ? Nous connaissons Jocelyn, Elvire, Psyché, Desdémone, Ophélie, Rosine et Gélimène comme ayant vécu parmi nous. Ces êtres par milliers sont entrés pour n'en plus sortir dans ce domaine essentiellement humain ou la légende et l'histoire, la réalité et la poésie s'embrassent, se confondent et se font de mutuels emprunts. Cette région à la fois image et écho de notre terre, lui constitue pour ainsi-dire une cinquième époque. Nous évoquons à chaque instant le souvenir et l'image de ces créatures, enfants des hommes plus durables que leurs pères, quand

elles ont reçu d'eux le don du caractère et de la beauté. Unies par ce côté commun à toutes, ne connaissant ni la discorde ni la vieillesse, embrassant tous les siècles dans une fraternelle étreinte, elles leur survivent immortelles et leur nombre s'accroît avec eux.

Récits, poèmes et légendes, mélodies nationales et populaires forment autour de nous comme une seconde et vitale atmosphère, la seule ou le poète et l'artiste puissent librement respirer. Il n'est contrée si déshéritée dès l'instant que des hommes y ont vécu, qui n'en garde quelque trace, il n'est du reste non plus intelligence si obtuse qui ne s'en vivifie dans une certaine mesure, et n'y rencontre par quelque côté, cette part si minime soit elle de poésie d'îdéalité sans laquelle le caractère humain ne se reconnaîtrait plus. Un détail insignifiant par lui même, parfois le révèle; une image, une mélodie, un parfum, un son, une forme de nuage éveillent tout à coup un souvenir qui semblait moi't, et rattachent les plus humbles, souvent aussi les plus coupables, à un monde d'émotions en dehors de la réalité matérielle de chaque instant : car l'homme ne vit pas seulement de pain, et la poésie, la beauté sont aussi la parole de Dieu.

La langue et les figures symboliques et allégoriques, font partie de ce monde indéfini qui est une extension, un dédoublement de la personnalité humaine. Les diverses facultés, vertus, etpuissances de l'âme, les forces de la nature prennent un corps à part, et s'individualisent dans une physionomie particulière. La plus hardie de ces incarnations de la pensée dans le domaine de l'art est sans contredit celle qui les résume toutes en puissance et en substance dans la représentation plastique de la divinité elle mêm.e. Quel contre sens s'écrient les gens qui se

croient logiques et profonds, de vouloir représenter un pur esprit au moyen de formes matérielles. Ils oublient que ce procédé n'est autre que celui du créateur de toutes choses, qui toutes représentent quelque chose de lui, qui montrent sous une forme tangible, quelque chose de sa propre pensée. Là ou elle est condensée avec le plus de puissance et le plus grand nombre de ses attributs, c'est dans l'homme lui même : il est le microcosme qui résume le monde entier et en donne l'idée la plus complète. P^ien n'est donc plus rationnel que d'emprunter la forme humaine pour exprimer le souverain être, puisque pour nous, c'est par elle qu'il a jugé bon de s'exprimer le mieux et le plus. Que les traits du Père commun nous soient montrés souvent trop semblables à ceux de ses fils, ils n'en affirment pas moins l'empreinte reconnaissable de leur auguste origine et de leur divin modèle. Le Christ qu'est-il autre chose que le verbe incarné et par cela le plus parfait et le plus beau des êtres. Remarquons en passant que la langue des mots n'est pas moins téméraire que celle des formes pour exprimer ce qui est inexprimable.

Rien n'est donc plus légitime que ces audaces de l'art et de la poésie; les peuples de tous les pays et de tous les temps les ont comprises et acceptées, à condition qu'elles ne s'exercent pas en dehors de leurs croyances et de leurs origines (i). La facilité d'abuser de cette forme poétique ne lui constitue aucune infériorité , puisqu'on abuse des meilleures choses; le prétendu vague dont on l'accuse, tient surtout à celui qui l'emploie. Dans le chapitre suivant ou il est traité du sujet, nous verrons que si la netteté

(0 «La poésie est dans le peuple, mais comme le grain est dans le sillon, il faut Ten faire sortir à force d'art et de travail. » (Ozanam, les Poètes franciscains, chap. xliii.)

de celui-ci, la délimitation forcée dans un ordre et un cadre déterminés, constituent les meilleures conditions pour un précis historique^ pour un procès verbal authentique, il n'en est plus de même pour le poète et l'artiste : ils ne sont vraiment tels, qu'à la condition d'être libres et de mériter de l'être.

Pictoribus atqiie poetis.

quidlibet audendi semper fuit œqua potestas.

(horaceJ

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