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L'ARMI^IE ET LA PAIX

42 septembre 1897.

Un hasard bienveillant m'a fait ouvrir un livre intitulé : Vainqueurs et Vaincus du métier militaire^ par M. Georges Bayard. L'ayant ouvert, je n'ai pu le quitter et Tai lu jusqu'au bout. C'est un livre sans art^ sans composition, qui ressemble moins à un roman qu'à un journal d'oiïicier, et qui a seulement le tort de vouloir quelquefois ressembler à un roman. Vous n'y trouverez presque pas de ce qu'on appelle du talent ; et, quand Fauteur s'applique à « écrire », c'est tout de suite beaucoup moins bien. Avec cela, c'est un livre du plus poignant intérêt; que l'on sent véridique, et qui contient ou suggère plus d'une réflextion utile et triste.

Dans son ensemble, ce livre nous montre que les «vaincus du métier militaire », ce sont, d'ordinaire, les plus méritants, et que les « vainqueurs », ce

sont presque. toujours les plus habiles et les moins scrupuleux.

Comment en serait il autrement? L'avancement en temps de guerre se fait d'une façon simple, rapide, logique, et sur des indications sûres. On remplace les morts, et Ton récompense ceux qui se sont le mieux battus. Mais, en temps de paix, Tarmée n'est plus, nécessairement, qu'une vaste administration, où l'on avance de la même manière que dans les autres.

D abord par l'intrigue, les relations, les recom-' mandations, l'art de se faire valoir, celui de flatter les supérieurs, etc. Je ne parle pas des officiers qui sont « de la voie lactée » (être de la voie lactée^ c'està-dire être fils de général, ou parent ou ami de membres du Comité, de gens tout semés d'étoiles). L'avancement de ceux-là demeurera scandaleux lant que les militaires ne seront que des hommes. Mais l'avancement redevient, comme il est naturel, la principale préoccupation de presque tous les officiers ; et la plupart sont trop vite convaincus qu'il est plus important de plaire que de mériter.

Les femmes interviennent. Le « salon de la colonelle » est le théâtre de manœuvres féminines plus subtiles et plus savantes que les grandes manœuvres. Les meilleures notes d'inspection sont pour ceux qui connaissent le mieux les manies et les marottes du général inspecteur. Et, à Paris, les antichambres des divers « Comités » ofl'rent le lamentable spectacle des officiers solliciteurs tassés sur les banquettes

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