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EXPLICATIONS

23 juin i898.

On a découvert, paraît-il, que je m'étais contredit. Voici Thistoire.

En 1894 le Journal des Débats avait eu l'idée d'adresser cette circulaire aux membres de l'Académie française :

« Monsieur, le Conseil supérieur de Finstruction publique sera saisi, dans sa prochaine session, d'un projet de réforme de la licence es lettres. Une des questions qui lui seront soumises sera celle-ci : « La « dissertation latine doit -elle être maintenue comme « épreuve obligatoire ? »

a Les défenseurs de la dissertation latine soutiennent qu'on ne peut vraiment apprendre de latin qu'en s'exerçant à disserter ou à discourir en latin, et, de plus, qu'un des meilleurs et plus efficaces moyens d'apprendre à écrire en français, c'est d'écrire en latin.

« C'est sur ces deux points, sur le second surtout,

que je vous serais très reconnaissant de vouloir bien me dire votre avis. »

Il me sembla qu'il n'était pas absolument nécessaire d'être académicien pour avoir une opinion làdessus, et je donnai la mienne dans une lin de feuilleton que je ne savais comment remplir.

Je m'y exprimais sans fanatisme : « Quoi que nous répondions, disais-je,ce pourra être avec unegrande sincérité, même avec une conviction parfaite; mais il est bien entendu que ce sera au petit bonlieur. Nous ne pourrons apporter de nos affirmations que deux sortes de preuves, égalementpeu convaincantes: celles que nous croirons tirer de notre expérience personnelle, qui ne vaut peut-être que pour nous, et celles que nous croirons tirer de l'histoire de la littérature, qui est vaste et diverse, et qui, si elle fournit d'assez bons arguments à la thèse que j'ai dessein de soutenir, en peut fournir aussi à la thèse opposée. »

Ces précautions prises, je poursuivais ainsi : " Oui, pour ma part, je suis persuadé que, de savoir le latin, cela sert puissamment, je ne dis pas à écrire avec originalité ou avec éclat, mais à ne pas mal écrire en français. C'est mon latin qui m'assure une bonne syntaxe, qui me permet d'éviter les impropriétés, de garder aux mots leur vrai sens... C'est encore à mon latin que je dois de comprendre pleinement les écrivains des trois derniers siècles... »

J'ajoutais : « Je vois, d'un autre côlé^ que nos

meilleurs écrivains des trois derniers siècles avaient fait de fortes études latines. De notre temps, Michelet, Mérimée, Sainte-Beuve, Taine, Renan furent très nourris de latin ; Hugo, Lamartine, Musset, Gautier le furent passablement; Flaubert, je ne sais; nos romanciers de l'école naturaliste ou impressionniste, presque pas. Mais est-ce que vous croyez que cela ne se sent point?... »

Ai-je dit, depuis, le contraire de tout cela? Admettons-le un moment. L'important serait de savoir laquelle de mes deux opinions est la bonne ; et, naturellement, je pense que c'est la dernière. Quand on varie de bonne foi, avec réflexion et sans intérêt personnel, il est clair qu'on entend varier « vers le mieux. »

Si, depuis que je suis au monde, je n'avais jamais changé de sentiment sur rien, quel homme merveilleux serais-je ? ou quel imbécile ? Et à quoi m'aurait servi de vivre, de regarder, d'être déçu, de souffrir ?

Au reste, ma première opinion, je l'ai énoncée par hasard et sans insistance. Je l'avais reçue de mes maîtres et ne l'avais point revisée. Mais ma seconde opinion est vraiment mienne. Je l'ai embrassée, cellelà, en dépit de mon éducation même, et je l'ai exprimée, non par hasard, mais de propos délibéré,' et avec une insistance qui me vaut les railleries des gens d'esprit.

Quand donc je me serais contredit, d'abord « il n'y aurait pas de honte », et ensuite il y aurait des chances que ma dernière opinion, plus réfléchie que la première, fût plus digne de considération. Mais il me semble que je ne me suis pas autant contredit qu'on me Tassure.

Je répondais, il y a quatre ans, à une question dont Tobjet était limité. L'essentiel de ma réponse se réduisait à ceci, que mon latin m'avait sans doute servi à mieux connaître et écrire le français. Et je concluais : « Tel est mon cas. On ne peut, en ces matières, garantir que le sien. »

Ce que je pensais de l'utilité du latin, je le pense encore. Seulement, je le pense — comment dirai-je? — avec plus de modestie. Il y a, dans ma petite consultation de 1894, un contentement de soi, un pédantisme mal dissimulé, le ton d'un monsieur trop satisfait de sa bonne syntaxe et de ses lumières sur le sens étymologique des mots, et qui en fait vraiment trop d'affaires ; un ton que je déteste, — et que j'ai le chagrin de retrouver, un peu, chez quelques-uns de ceux qui me combattent... De quoi je ne saurais leur en vouloir, puisque je fus dans l'état d'esprit où ils sont.

Mais enfin, de ce que le latin nous a profité, à nous qui l'avons étudié dix ou douze ans (et peut-être nous exagérons-nous ce profit], s'ensuit-il qu'il

puisse apporter le même bénéfice aux trois quarts de nos collégiens ? « Il est clair, écrivais-je dernièrement, que leur latin ne leur servira même pas à écrire en français avec propriété si ce don n'est infus en eux, ou à comprendre les latinismes de nos écrivains classiques : ce qui serait pourtant encore un assez petit gain et hors de toute proportion avec ce qu'il aurait coûté. »

Faut-il continuer à leur enseigner le latin sans aucun espoir, d'ailleurs, de le leur apprendre? Là est aujourd'hui la question, et je ne me suis donc pas

contredit.

Mes sympathiques adversaires déplacent l'objet du débat avec une coupable habileté. Tout en glissant, dans des articles de revue et jusque dans des harangues officielles, des allusions épigrammatiques à ma grossière entreprise, ils affirment que le grec et le latin sont excellents pour l'éducation générale de Fesprit; et même ils l'expliquent ; mais je l'expliquerais aussi bien qu'eux si je le voulais. En réalité, ils substituent une question de pédagogie théorique à une question de fait.

Il ne s'agit pas de savoir si le grec et le latin sont propres à former l'intelligence, mais s'ils forment en effet celle des trois quarts des enfants qui les ânonnent dans nos lycées.

Or, ils ne la forment pas du tout. J'ai été cinq ans professeur de rhétorique et je sais bien ce qui en est.

Je sais ce que valaient les versions latines, les discours latins, les explications de textes latins ou grecs, et ce que mes élèves en retiraient : je n'ai connu, en ces cinq années, que trois ou quatre adolescents (parmi lesquels Jules Tellier) qui en aient retiré quelque chose. Je sais que ce n'est point par les Grecs et les Latins, mais uniquement par nos classiques et par les rapprochements que j'en essayais avec les écrivains de notre siècle, que j'ai pu faire œuvre d'éducation littéraire et morale. — Puis j'ai examiné, pendant quatre ans les candidats au baccalauréat es lettres. C'était lamentable. Et tout le monde dit que, depuis quinze ans, c'est encore pire. Alors ?...

Les résistances céderont. Un mouvement se dessine, qui ne s'arrêtera plus, je l'espère. La Revue politique et parlementaire vient de publier un remarquable article de M.Alfred Fouillée sur la /?e/brme de renseignement classique et moderne. Lisez-le, et vous verrez dans quelles conditions pratiques et libérales l'illustrephilosophe souhaite la reconstitution de l'enseignement spécial si heureusement conçupar Victor Duruy et la réforme du vieil enseignement classique.

Mon plan, qui s'éclaire de plus en plus à mes propres yeux, ne diffère que peu, dans le fond, de celui de M. Fouillée. D'un seul mot, je superpose ce qu'il juxtapose. Vous allez comprendre.

1° Je voudrais établir, dans tous nos lycées, cet enseignement moderne de quatre ans dont j'ai esquissé le programme. Tous les enfants de France qui entreraient à onze ou douze ans dans ces lycées commenceraient par recevoir cet enseignement. Je dis : tous les enfants. Par là serait conjurée une très grosse difficulté, celle qui vient du préjugé bourgeois : les parents n'auraient plus à choisir entre deux enseignements et ils ne pourraient plus dédaigner le moderne, puisque c'est par lui que devraient commencer tous les enfants, riches ou pauvres^ bien ou médiocrement doués, qui pousseraient plus loin que l'école primaire.

2° Outre cet enseignement national moderne commun à tous les élèves et obligatoire pour tous, et pour y faire suite^ trois ou quatre lycées de Paris et les lycées des villes d'Université donneraient, à ceux qui le demanderaient, l'enseignement du latin (et aussi de la philosophie, des mathémathiques élémentaires et des mathématiques spéciales). Soyez tranquilles, il serait encore largement temps, pour un garçon de quinze ou seize ans, bien doué et qui se sentirait le goût de la littérature, de commencer le latin à ce moment-là. Pour ce qu'on en apprend de la sixième à la troisième! Ils mettraient les morceaux doubles, sans nulle fatigue. Et ceux-là du moins pourraient savoir assez de latin pour en retirer d'appréciables bénéfices intellectuels.

Ainsi donc, à 15 ou 16 ans, une partie des élèves

L'ENSEIGNEMENT lo3

considéreraient leurs études comme terminées. Ils entreraient dans le commerce ou l'industrie, voyageraient, iraient passer un an ou deux dans un collège anglais ou allemand, ou, simplement, chercheraient leur voie en travaillant à leur guise. Et les autres, ceux dont ce serait le goût et qui s'en montreraient capables, passeraient dans l'un des lycées réservés à l'enseignement secondaire complet.

Vous me direz qus ces ce autres », ce serait presque tout le monde ; que la vanité bourgeoise se remettrait ici à faire des siennes, et qu'il n'y aurait rien de changé. Pardon : il y aurait du moins ceci, que les élèves apprendraient beaucoup mieux le latin de seize à dix-neuf ans qu'ils ne font en le commençant à douze ans. J'ai sur ce point, de nombreux témoignages, et décisifs.

Mais au reste je suis convaincu que, l'enseignement moderne ayant perdu son mauvais renom (comment ? en faisant ses preuves)^ beaucoup s'en contenteraient. Cet enseignement, tel que je le conçois, et avec son personnel d'agrégés des lettres et des sciences (je me suis déjà expliqué là-dessus), ne tarderait guère à paraître très bon et très suffisant aux parents eux-mêmes. Et d'ailleurs il ne manquerait pas de développer chez bon nombre d'élèves un goût de l'action qui 1(3S détournerait de s'attarder sur les bancs du collège.

Vous me direz encore que, l'Université reculant jusqu'à quinze ou seize ans l'étude du latin, quantité de familles dirigeraient leurs rejetons sur ce que M. Sarcey appelle les jésuitières, afin qu'ils eussent l'honneur d'apprendre cette benoîte langue quelques années plus tôt. — Non, si renseignementmoderne démontre son excellence par ses effets; non, si l'on reconnaît que l'étude du latin, retardée, n'en est que plus sérieuse et plus féconde ; non enfin, si la vanité bourgeoise n'est peut-être pas, après tout, si difficile à éclairer qu'on le croit.

Au surplus, on me dit que nos lycées se vident, bien qu'aujourd'hui encore les élèves y ânonnent du latin dès leur tendre enfance. Ce n'est donc pas le sage ajournement des études latines dans les établissements de l'Etat qui risquerait de peupler toujours davantage les écoles congréganistes ; mais ce sera, si Ton n'y porte remède, l'absence de toute éducation morale dans les lycées de la République. (Voyez à ce sujet, dans la Revue bleue^ l'article de M. Pierre de Coubertin : Nos Lycéens.)

Notez que la transformation que je réclame se pourrait opérer sans nul bouleversement. C'est seulement pendant les deux ou trois premières années que le passage de l'ancien régime au nouveau et la distribution des élèves et des professeurs entre les

divers cours offriraient quelques difficultés, — dont je vois d'ailleurs très bien la solution. J'entrerais dians ce détail un peu ingrat, si vous le désiriez.

Ces choses se feront, mais non tout de suite, je le sais bien. Il faut convertir les parents, il faut convertir les professeurs de l'enseignement classique^ Ah I s'ils voulaient, ceux-là, être sincères avec euxmêmes ! Us savent pourtant bien ce que valent les thèmes et les versions qu'ils corrigent (quand ils les peuvent corriger) et les explications latines et grecques auxquelles ils président dans leurs classes ! Ils devraient comprendre que je les délivre ; que, s'ils conçoivent avec quelque générosité leur tâche d'éducateurs, c'est sous ce régime nouveau qu'ils la pourront remplir avec plus d'aisance, de joie, d'amour et, par conséquent d'efficacité.

Quant aux professeurs des Facultés, je les crois déjà convertis pour la plupart: mieux encore que ceux des lycées, ils ont sondé le néant de l'enseignement secondaire actuel.

Et ce n'est pas tout : il faut agir sur les pouvoirs publics et, puisque des lois nouvelles sont nécessaires, sur nos représentants... Ou plutôt c'est à cela qu'il faut renoncer. Les politiciens nous off'rent encore, présentement, un spectacle répugnant et grotesque. Rien de bon ne se fera directement par eux.

Mais, soyez tranquilles, ils obéiront à l'opinion quand elle sera formée et quand elle sera puissante. C'est donc l'opinion publique qu'il faut « travailler. » Il faut répéter tous les jours, il faut répandre autour de soi, (^ans toute occasion, cequel'on croitla vérité. Il faut ressasser les idées justes avec opiniâtreté, et même avec une sainte violence...

A la septième fois, les murailles tombèrent.

P. -S. — Un de mes amis, m'envoie ce paquet de précieux arguments :

« Je n'ai pas pris garde si tu t'étais souvenu que La Rochefoucauld ne savait pas le latin. « M. de « la Rochefoucauld n'avait pas étudié. » (Segrais.) « Il savait même (!) fort peu de latin. » (Préface du La Rochefoucauld de la Collection des Grands Ecrivains, Hachette.)

o Je transcris à tout hasard, au cas où ils pourraient t'intéresser, des textes peu connus ou auxquels on ne fait pas attention.

a Du Rellay, Défense et Illustration de la langue française, thdj^. x Cj'analyse) : « Siles temps moder- « nés n'ont pas de Platon et d'Aristote, c'est à cause a des années que perdent nos jeunes gens à l'étude « des langues anciennes. »

« Ronsard, Poèmes, II, 16, sur la traduction de Tite-Live faite par Hamelin :

Si tous les bons auteurs de Rome et de la Grèce Etaient ainsi traduits, la française jeunesse

Sans tant se travaillt-r à comprendre des mots

(Comme des perroquets en une cage enclos),

Apprendraient la science en leur propre langage.

Le langage des Grecs ne vaut pas davantage

Que celui des Français ; le mot ne sert de rien,

La science fait tout, qui se dit aussi bien

En français qu'en latin, notre langue commune.

Les mots sont ditîérents, mais la chose est tout une.

(( Cf. Vauqiielin de La Fresnaye, Art poétique, I,

a Voilà Tavis des gens que nous tournons en ridicule comme latiniseurs et grécaniseurs. Et voici Tavis de Gœthe, Conversations avec Eckermann^ trad. Délcrot, t. I, p. 150 : « Pour le grec, le latin, Titalien, «' l'espagnol, nous pouvons lire les principaux ou- « vrages de ces nations dans des traductions alle- « mandes si bonnes que nous n'avons pas de raison, « à moins d'un but tout particulier à atteindre, pour « perdre beaucoup de temps à l'étude pénible de ces «langues. » Naturellement il pense d'autre façon sur l'anglais (malgré le Shakspeare de Wieland) et le français, langues vivantes, courantes, et qu il faut savoir. »

FEMINISME

26 mai iS98.

C'est un mouvement intéressant, d'intention louable, de pensée un peu confuse.

Il est certain que^ aujourd'hui encore, la condition légale de la femme se ressent de ce fait, que l'homme est le plus fort et que c'est lui qui a rédigé les codes. Il y a là beaucoup à réformer ou, mieux, à réparer. Mais il me semble que cette œuvre de réparation doit être dominée par deux principes, dont le second limite le premier :

Faire pour les femmes ce que veut la justice ;

Se garder de ce qui irait contre la nature.

Les féministes avancés se piquent d'être des esprits libres ; ils ne parlent que d'observation et d'expérimentation ; ils ont volontiers Auguste Comte ou Darwin à la bouche ; et ils se considèrent assurément eux-mêmes comme des esprits scientifiques. Or, chose singulière, ils n'entendent pas seulement faire

FEMINISME 159

de la femme V « égale » de Tliomme — ce qui, bien interprété, serait juste, — mais sa pareille, ce qui est contraire à la nature même et à Tordre fatal et éternel des choses.

Nulle loi écrite n'empêchera les femmes d'être physiquement plus faibles que nous, d'une sensibilité plus délicate et plus capricieuse, et d'une intelligence qui a paru jusqu'ici moins créatrice que la nôtre. Nulle loi ne les affranchira des maladies et des servitudes de leur sexe, de même que nulle loi ne rendra les hommes plus propres à filer la laine et à nourrir et élever les petits enfants.

Supposons que les femmes aient enfin des droits civils et politiques absolument égaux aux nôtres : cette « égalité » des sexes n'entraînant point la similitude de leurs fonctions et aptitudes naturelles, il s'ensuivra que ces droits seront souvent, pour les femmes, comme s'ils n'étaient pas. Car ces droits théoriques nous déchargeront d'une partie de nos devoirs envers elles, et dès lors, la vigueur et la brutalité masculines auront trop beau jeu dans la lutte. C'est ce qu'Arvède Barine remontrait doucement aux femmes l'autre jour.

Et, en effet, dès qu'elles s'adonnent aux tâches viriles, nous voyons qu'elles ne sont plus « de force. » Cela apparaît, sauf de bien rares exceptions, dans l'art et dans la littérature. L'imitation les perd ; elles subissent l'homme dans le moment même où elles s'insurgent contre lui. Ou bien elles tombent dans

la fadeur ; ou bien, par une autre faiblesse, elles vont jusqu'à l'outrance, tiennent pour Tart d'aprèsdemain, se montre plus « hardies » que les hommes et les surpassent en pornographie. Cela signifie qu'elles restent élèves. — Et il est à croire qu'il en serait de même au barreau, dans les sciences, dans la médecine...

Je ne mets dans ces constatations nul dédain, nulle moquerie. Car il y a des choses plus essentielles pour l'humanité et plus vénérables que la science et que la littérature. Vous vous rappelez la page de Pascal sur «les trois ordres » : celui de la force matérielle et des « grandeurs de chair m, celui de l'esprit et celui de la charité. Les femmes nous sont supérieures dans ce troisième ordre, qui est le plus élevé. Et puis, elles ont éminemment la grâce, que nous avons très peu.

Ceux qui aiment le plus les femmes (je ne parle pas ici des libertins) ne sont point « féministes » au sens où ce mot est surtout pris aujourd'hui. Michelet n'est certes suspect ni de timidité de pensée, ni de dispositions misogynes. Et il fut, je pense, un assez bon « naturiste. » Or, précisément parce qu'il adore la femme, il la voit et la veut aussi différente de nous que possible. Elle est, à ses yeux, d'autant plus notre égale qu'elle est moins notre pareille et que son sexe s'étend à son âme, à son esprit, à elle tout entière.

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