FÉLIX FAURE
La plus brusque et la plus inattendue des morts vient de terminer, pour Félix Faure, une vie qu'il avait tant de raisons personnelles de trouver bonne et qui fut, en effet, la plus étonnante des « réussites. »
Il convient d'être bienveillant à ceux qui meurent. Le retour que leur destinée nous fait faire sur nousmêmes nous conseille cette indulgence. Ceux mêmes dont le goût pouvait être offensé par certaines allures du président Faure n'ont aucune envie, à riieure qu'il est, de lui être rigoureux. L'impression qui leur reste, c'est que, tout mis en balance, le défunt fut un brave homme et qui eut quelques mérites et quelques vertus.
On a dit que, parce qu'il jouissait trop de sa situation, il dominait peu sa tâche. Il en voyait surtout la partiereprésentative. Peut-être n'était-il pas assez sûr de lui pour observer la parfaite simplicité de mœurs qui sied au premier magistrat d'une République démocratique. Mais il fut réellement « décoratif » ; et; dans cette parade presque continuelle, il
ne laissa pas dapporter une méritoire attention, et une énergie de volonté dont il se montrait un peu trop ménager dans les autres parties de son emploi.
Sans doute aussi, soit parce qu'il était trop ébloui de sa charge, soit pour d'autres raisons qu il est inutile de rappeler, il n'a pas eu toujours une entière liberté d'esprit ni de mouvements^ et, confiant et même avantageux en apparence, timide en réalité, il s'est trop soigneusement maintenu, quand il s'agissait de politique, en deçà de ses pouvoirs légaux. Mais il avait certains sentiments excellents et dont sa conduite a témoigné. Il était patriote, voire cocardier. Il aimait l'armée et le lui signifiait autant qu'il pouvait. Et dans son zèle à s'occuper d'elle, à présider ses exercices pour leur donner plus d'éclat, il n'y avait pas seulement l'innocent désir de « paraître », mais une intelligence très nette et un souci très sincère de l'un des grands intérêts nationaux de l'heure présente.
Sans doute, enfin, il n'a pas fait tout le bien qu'un président eût pu faire dans les circonstances particulièrement critiques qu'il a traversées; et sa pente était d'être vite rassuré sur les affaires publiques par la considération de sa chance privée. Mais il a résolument embrassé, sinon conçu, un dessein qui nous sera bienfaisant si nous savons nous y tenir et veiller à ce qu'il porte ses fruits : je parle de lalliance franco-russe. Cette alliance, il l'a certainement conso-