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DESAIX

Sa vie est aussi noble que la vie de Hoche ou de Marceau, brillante d'une gloire aussi jeune et couronnée d'une mort aussi rapide et plus triomphale. Et il eut plus de culture et, semble-t-il, une tête plus philosophique que ces deux sublimes jeunes hommes. Bref, Desaix nous apparaît comme un des plus beaux et des plus complets exemplaires d'humanité française.

Sa mémoire est de celles où nous pouvons tous communier. Petit gentilhomme de la vieille France, élève de l'Ecole militaire d'Effiat, sous-lieutenant en 1793 au régiment de Bretagne, les royalistes peuvent estimer qu'il leur appartient par ses origines. Mais il refusa d'émigrer malgré les instances de ses proches ; nul n'embrassa plus loyalement ni d'un cœur plus religieux la cause de la Révolution ; et il n'est pas de plus authentique héros républicain. Enfin, il fut lié avec Bonaparte d'une amitié particulière. De retour d'Egypte, il écrivait au Premier Consul : « Ordonnez-moi de vous rejoindre. Général ou soldat.

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que m'importe, pourvu que je combatte avec vous et sous vous ! Un jour sans servir la patrie est un jour retranché de la vie. » Et, puisque c'est lui qui gagna la bataille de Marengo, on peut dire qu'il assura la destinée de Napoléon et rendit possible l'Empire. Napoléon le savait bien, qui fit élever à Desaix un monument sur le mont Saint-Bernard. « A tant de vertus et d'héroïsme, je veux décerner, dit-il, un hommage tel qu'aucun homme ne l'a reçu. Le tombeau de Desaix aura les xVlpespour piédestal. » Et, à Sainte-Hélène, le nom de Desaix fut un des derniers mots que l'empereur prononça en mourant.

Desaix est bien à nous tous. Vivant aune époque de si grands changements et où les « cas de conscience » devaient abonder pour tous les hommes un peu réfléchis, il ignora la contradiction des devoirs opposés, ou la résolut en « servant la France », simplement.

Il peut recevoir également les hommages des membres de la (( Sabretache » et des idéologues qui fréquentent les « congrès de la paix. » Car il conçut la guerre en philosophe, et il fut un sage tout en étant un grand soldat.

Tous les contemporains nous parlent de sa distinction d'esprit^ de ses goûts studieux, de son amour des arts, de sa modestie et de sa bienfaisance. Il fut, au plus haut point, un hommes éclairé, sensible et vertueux, » comme on disait alors.

Un de ses biographes écrit, dans le style du

temps : « Comme tout est intéressant dans ce grand homme... on demandera sans doute siFamour a captivé son cœur. D'après l'opinion la plus générale, une femme lui a fait subir cette loi de la nature ; mais son attachement a été profond, et il n'a aimé qu'une fois. »

Mais il ne se maria point pour ne pas affliger sa mère. « Une jeune épouse, disait-il, n'aurait peutêtre pas pour ma mère tous les égards qu'exigent ses vertus et ses malheurs ; elle serait contristée de son indifférence. Ma mère souffrirait d'autant plus qu'elle dissimulerait le chagrin dont elle serait dévorée.. »

Blessé à Wissembourg, il lui écrivait : « Ma mère, ma tendre mère, mon sang vient enfin de couler ; mais je m'en réjouis, mais je m'en félicite, puisqu'il sert à vous rendre la liberté. »

Son emphatique et ingénu biographe dit encore de lui : « ... On voudra savoir aussi quelles étaient ses opinions religieuses. Quoiqu'il ait cherché à en faire un secret, on sait cependant qu'il penchait pour le système delà fatalité. » Cette philosophie n'empêchei comme vous savez, ni la force d'âme ni le goût de l'action. Dans la réalité, Desaix fut un stoïcien, — comme son aîné, l'officier Vauvenargues, comme son cadet, l'officier Alfred de Vigny.

Et, d'autre part, Desaix ne fut pas seulement un remarquable tacticien, mais un soldat aussi ardent, impétueux et fécond en prouesses épiques que les

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