‹ Opinions à répandreChapitre 37 sur 53 · DRAME NATIONALISTE · texte numérisé non relu

DRAME NATIONALISTE

Le talent prestigieux de M. Edmond Rostand est évidemment la première raison, et la plus forte, du triomphal succès de V Aiglon.

Mais on y peut voir d'autres causes encore. Si M. Rostand avait consacré les mêmes ressources d'imagination et de sensibilité, la même adresse scénique et la même abondance d'invention verbale à l'évocation des conquêtes et des gloires d'un Alexandre, d'un César, — ou même d'un Charlemagne, — l'admiration pour le poète eût pu être égale : il est clair que la fureur des acclamations eût été quelque peu moindre. Une remarque que vous ferez aisément quand vous verrez l'A i^/o?i : les passages les plus applaudis ne sont point les plus originaux et les plus rares, ceux oui' « hamlétisme » du duc de Reichstadt est le plus délicatement exprimé, mais ceux qui célèbrent et nous rendent présente la gloire militaire de l'Empereur, l'Europe conquise, les rois asservis^, et tout l'appareil épique et populaire de la grande aventure : redingote grise,

petit chapeau, petit caporal, bonnet à poil des grognards, etc.

Et le sentiment d'où partent ces acclamations est double : brutal et héroïque, égoïste et généreux, vulgaire et noble, cruel et magnanime.

On ne saurait le nier : il y a d'abord, dans le plaisir que nous fontces ressouvenirs,une ivresse d'orgueil^ la joie d'avoir été jadis les plus forts. C'est un fait que nous sommes entrés en conquérants à Rome, à Berlin, à Vienne^ â Madrid, à Moscou. C'est un fait que nul peuple ne saurait inscrire sur un monument autant de noms de victoires qu'il s'en trouve sur les parois de l'Arc de l'Etoile, ni dresser une colonne avec des canons ramassés sur autant de champs de bataille que les canons dont est faite la colonne Vendôme. Nous oublions la somme énorme de souffrances, d'injustices, de morts sanglantes et torturées que représente « l'épopée impériale. » Nous oublions la guerre d'Espagne ; ou nous nous disons qu'elle n'égala point l'infamie de la guerre actuelle du Transvaal, et qu'au surplus « nous » n'y fûmes pas dix contre un...

Notre faiblesse d'aujourd'hui exaspère notre orgueil rétrospectif. Les guerres de l'Empire nous semblent une revanche, par anticipation, d'autres guerres.

Sous le second Empire, le premier empereur n'é-

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