HENRY HOUSSAYE
11 est peu d'hommes qui m'inspirent autant d'affectueuse estime. J'aime, dans sa personne, dans son esprit et dans son caractère, un heureux mélange d'élégance et de virilité. Il donne, autant que le peut faire un Parisien de nos jours, l'idée d'un Attique de la bonne époque. Plus jeune, il dut ressembler aux jeunes gens qui, dans de beaux jardins, recueillaient les enseignements de Platon. Il continue de porter sur un long corps une tête athénienne. Il a rintelligence claire;, équilibrée, harmonieuse. Et le rire qui secoue volontiers sa belle barbe bifide sonne la franchise et la bonté.
Sans doute, il était né ainsi. Mais il eut pourtant le mérite de se façonner lui-même et de s'achever. Il eut un père charmant, aimé de tous les romantiques, d'un optimisme immaculé, à l'âme fleurie et toujours en fête. Enfant et adolescent, il eût pu trouver, dans l'indulgence de ce père brillant et facile et dans son habituel entourage, des prétextes et des encouragements à se laisser paresseusement
vivre. Mais il fut, dans la maison du doge gracieux cl débonnaire, Técolier sérieux qui lit au son des musiques. L'aventure d'Arsène et d'Henry n'est pas sans analogie avec celle des deux Dumas. Henry Houssaye apprit le grec, ce qui n'est point une petite affaire, et se voua à l'étude de la Grèce antique.
En cela, d'ailleurs, le fils ne trahissait point le père, mais subissait plutôt une hérédité détournée. On peut dire qu'il fut, en quelque façon, le scoliaste studieux et précis de quelques-unes des imaginations paternelles. Il convenait que le fik d'Arsène Houssaye fût l'historien, aimable et solide à la fois, d'Aspasie, de Cléopâtre et d'Alcibiade.
Il visita la Grèce ; il adora Athènes, ce diamant de l'histoire. Et, lorsqu'il tenta ensuite la critique artistique et littéraire, il le fit encore en Athénien, en homme qui considère que l'art n'est rien s'il n'est chose sociale, s'il n'exprime la dignité de l'existence humaine et s'il n'accroît notre capacité d'agir noblement.
Puis Napoléon fut son Alexandre. Il l'aima pour son génie; il l'aima comme a professeur d'énergie, » comme inépuisable trésorier de gloire et pour avoir assuré à des millions d'hommes le bénéfice de vivre avec plénitude. L'ardent patriotisme d'Henry Houssaye est celui d'un fils de Pallas-Athénè : il est générateur de vertus. L'amour de la patrie, quand la patrie s'appelle la Hellade ou la France, se con-