CONTE DE PAQUES
Hozaël avait été un des premiers disciples de Jésus.
Il était d'humeur méditative. Tandis que ses compagnons, insouciants et gais, s'amusaient aux rencontres du chemin, quêtaient le repas du jour ou dormaient sous les oliviers, Hozaël demeurait de longues heures à réfléchir sur les paroles de Jésus.
Il était très intelligent. Bien qu'il ne fût qu'un simple disciple, il découvrait, dans les paraboles du Maître, des significations que les apôtres eux-mêmes n'avaient pas soupçonnées.
11 comprenait mieux que les autres ce que c'est qu' « adorer en esprit ». Et il renchérissait sur Jésus dans le dédain des vaines cérémonies et des pratiques extérieures de l'ancienne Loi.
Le jour où Jésus dit : « Je suis le pain descendu du ciel, T> Hozaël fut le seul qui ne s'étonna point et qui conçut tout de suite ce que cela voulait dire.
UN IDÉALISTE 36j
Et, bien qu'il fût très pur, il ne s'étonna pas non plus de voirie Sauveur pardonner à la femme adultère et à la courtisane de Magdala.
Trois jours après le crucifiement, lorsque les saintes femmes annoncèrent que le tombeau était vide et lorsque Marie dit sa rencontre avec Jésus, tous les frères furent agités du désir de voir le ressuscité ; et ils convinrent de se réunir tous les jours chez l'un d'eux, espérant que le Sauveur leur apparaîtrait.
Mais Hozaël refusa de se rendre à ces réunions. On lui dit : « C'est donc que vous ne croyez pas ? » Il répondit : « C'est, au contraire, parce que je crois. »
On lui dit : « Si vous ne désirez pas le revoir, c'est donc que vous ne l'aimiez pas ? » Il répondit : « Ce n'est pas sa figure terrestre que j'aime en lui. »
Les autres, donc, s'assemblèrent, et Jésus se montra au milieu d'eux. Ils dirent à Hozaël : « Nous l'avons vu. Venez avec nous, et vous le verrez. » Il répondit : « Je vous crois, mais je n'irai pas. »
— Et moi, j'irai, car je me méfie.
Ainsi parla Thomas, appelé Didyme, l'un des Douze, qui n'était pas avec les autres lorsque Jésus vint.
Thomas ajouta : « Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je n'y mets mon doigt, et si
je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point. »
Hozaël le considéra avec pitié. Thomas était lourd de corps et de visage. Il avait à la fois un air de pesante simplicité et, dans ses yeux petits et vifs, la fmesse d'un marchand honnête, mais soupçonneux.
— Ceux-là seuls croient véritablement, dit Hozaël, qui n'ont pas voulu voir et qui ont cru.
— Ceux-là, dit Thomas, sont des rêveurs, de ces gens qu'on appelle des poètes.
Thomas fut donc à rassemblée, oh il vit et toucha Jésus, et Jésus lui dit : « Tu as cru, parce que tu m'as vu. Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! »
Quand ces mots lui furent rapportés, Hozaël songea : « Ce sont presque les mots que j'avais dits moimême, tant le Maître m'a fait le vrai dépositaire de son esprit ! 0 Seigneur, quel besoin ai-je de courir après votre fantôme, puisque je vous ai en moi et que je n^ai qu'à fermer les yeux pour vous voir I »
Et il ne put s'empêcher de se sentir supérieur à ses frères, et d'une âme plus fine que la leur.
Hozaël annonça l'Evangile dans la province d'Alexandrie. Sa prédication persuadait surtout les phi losophes, les poètes et les personnes d'esprit subtil. Et l'église qu'il fonda était la plus distinguée de toutes les églises.