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PENSÉES D'UN RUSSE C

En un mot , Tidéal du gouvernement, pour M. PobédonostzofT, est une théocratie chrétienne.

Contre cet idéal même je n'ai rien à dire. Mais, pour qu'il soit réalisé, quelques conditions sont nécessaires.

Il y faut la foi. Il faut croire que la vie terrestre n'a, par elle-même, aucune valeur, ni même aucune signification ; et qu'elle n'en prend une que par le dogme chrétien ; et, enfin, qu'elle ne peut avoir que celle-là. Et il faut, en outre, que cette croyance soit universelle ; qu'elle soit commune aux gouvernants et aux gouvernés , et que tous conforment ou essayent de conformer leurs actes à cette croyance.

Ces conditions manquant, on ne voit pas que l'Etat théocratique soit travaillé de moindres maux que la démocratie môme athée.

Le moyen âge avait la foi. Pourtant il n'apparaît guère que les hommes y fussent en général plus heureux, ou meilleurs, ou plus doux aux autres qu'aujourd'hui. ~ Le dix-septième siècle avait la foi. Or je vous prie délire seulement, dans la Revue de Paris, l'admirable et sinistre étude de M. Lavisse sur la chiourme au temps de Louis XIV. Cela vous ôtera toute envie de badiner sur les principes de 89 et sur la Déclaration des droits de l'homme. — La Russie a la foi et jouit d'un prince excellent. Je se-

rais ravi d'apprendre qu'elle ne connaît ni Finjustice, ni la tyrannie, ni la prévarication des fonctionnaires, ni le vice, ni Tivrognerie, ni la misère^ ni la famine.

Mais surtout il faut prendre garde à ceci, que l'iniquité, l'oppression, l'inévitable duperie du peuple par ceux qui détiennent le pouvoir ou des parcelles du pouvoir, ont un caractère plus odieux dans une théocratie que dans un Etat démocratique.

La démocratie n'ayant pas un fondement mystique, n'étant, au bout du compte, que l'organisation des intérêts, on lui pardonne assez aisément d'être ce qu'elle peut. Les mensonges des démagogues et des politiciens n'ont rien qui surprenne : on était prévenu. Mais l'état théocratique doit absolument aux hommes la justice. Là, les sujets ouvrant un crédit illimité aux gouvernants en raison d'une foi religieuse commune et en considération de la vie éternelle, l'iniquité des dépositaires du pouvoir à tous les degrés, surtout lorsqu'elle se rencontre avec leur incroyance (ce qui doit arriver, car enfin la foi universelle est une fiction), devient une exploitation de Dieu et la plus sacrilège des hypocrisies. Si la « République sans Dieu » nous trompe, c'est assurément très fâcheux ; mais, si c'est l'Etat religieux et théocratique, c'est proprement abominable.

A propos de la « célèbre formule » : Liberté, Egalité, Fraternité, M. Pobédonostzefî fait cet aveu :

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