LA SORBONNE ET LA CRISE DU FRANÇAIS
Et les fleurs, la coque lourde, l'anémone, le passe-velours, le sang de Vénus, la pâquerette, demandez aux fiers botanistes ce qu'ils en ont fait ! Etc.. C'est la superstition scientifique qui a causé tous ces malheurs et produit tous ces monstres. Que la Sorbonne porte sa part d'un tel vandalisme, ce sera juste, et très juste.
Comme, d'autre part, elle n'enseigne plus que dédaigneusement et en passant l'art de composer et d'écrire, on oublie peu à peu les ressources délicates et infinies de la syntaxe, on ne connaît plus qu'un ou deux tours de phrase, toujours les mêmes. Le stj^le des jeunes gens instruits, ou prétendus tels, est la monotonie, la lourdeur même, ils ne savent exposer vite et bien, ni expliquer à souhait quoi que ce soit...
La Sorbonne est trop grande dame pour réformer rien de ses habitudes. Elle nie la crise du français, et déteste la littérature. Quand à l'Académie, elle n'irait pas se commettre en de pareilles entreprises, et le goût public n'est point son affaire.
Que faudrait-il donc pour surveiller ce goût public, et lutter en faveur des belles-lettres, contre les pédants à la manière prussienne ? 11 manque peutêtre, en France, une assemblée d'hommes intelligents, cultivé*, lettrés et habitués surtout à convaincre la grande foule des lecteurs de journaux ; bref, il nous manque peut-être — ne riez point, il n'y a pas de quoi — une Académie de journalistes. Que l'on y songe bien, et l'on verra que l'idée est à examiner.