EN REVENANT DE LA PLAZA
rit qu'avec peine, et mourrait plutôt que de parler trop haut.
Or je n'eus rien de plus pressé, après avoir assisté pour la première fois de ma vie à une course de taureaux, que de chercher partout cet arbitre des élégances ibériques. C'est une alïaire considérable, pour un Parisien, que de voir enfin de ses propres yeux une vraie corrida....
Dame ! aussi, depuis le temps qu'on les contemple par les yeux des autres ! On arrive à la plaza énervé, afTolé, chauffé à blanc par tant de récits et de commentaires ! Sans parler des livres et des articles où poètes chevelus et prosateurs déchaînés ont décrit, ou plutôt chanté, ou mieux encore, peinturluré et romantisé les courses de taureaux, notre Paris, vous le savez, est plein d'aficionados et surtout d'aficionadas, qui ne sauraient vous parler d'une corrida sinon sur le ton d'Homère narrant et glorifiant les affreux combats de Patrocle contre les Grecs aux belles cnémides....
C'est trop, c'est trop, on perd la tête !... Allez donc résister à l'éloquence d'une amie charmante qui vous parle avec transport de Bombita ou de tel autre matador !...
Aussi, quand on se présente aux arènes, une émotion folle vous étreint-elle : on s'attend à contempler des luttes épiques, des charges effroyables et des combats mirobolants. J'étais ainsi moi-même préparé
pour cette corrida de Saint-Sébastier^. Je ne puis dire que la réalité déçoive, mais elle étonne. Ce n'est point tout à fait ce qu'on nous avait dit. Non certes que le spectacle ne semble admirable ! Au contraire, la force tumultueuse du taureau et l'étincellement des sveltes toreros laissent dans les yeux un souvenir impérissable de beauté. Cependant l'on n'a point l'impression d'une bataille, comme on le croyait, d'une bousculade, ni de deux forces heurtées l'une contre l'autre... Non, en véiité, non, et ce grand sport de la tauromachie apparaît, à qui le considère sans rêveries préconçues, comme l'un des moins incertains, l'un des plus précis, l'un des plus exacts, presque l'un des plus mécaniques, et pour tout dire, l'un des plus froids qui soient au monde.
Attention ! Tonne conteste pas ici qu'il ne soit l'un des plus beaux. Seulement, toutes ces suertes si élégantes, si nettes, si sobres, si courtes, donnent une impression quasi-mathématique, une impression de sécheresse, même et surtout quand on en saisit bien toutes les finesses.
Bref, je me trouvais non pas désappointé, loin de là, mais surpris. J'en fis part à mon ami don Miguel. Il me fallut même, à ma grande douleur, lui apprendre que le délicieux Bombita avait joué de malheur ce jour-là, et charcuté tous "ses taureaux d'une façon déplorable.
Pendant que je diseourais ainsi, notre jeune dandy,