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LA SORBONNE ET LA CRISE DU FRANÇAIS

Les deux corps constitués que l'on a le plus de plaisir à dauber, en France, sont assurément l'Académie et la Sorbonne. Non que l'on n'ait abreuvé notre Parlement d'injures et de fiel, lui aussi : mais les railleries contre les sénateurs ou les députés ont toujours quelque chose de cordialement tumultueux et d'irrésistiblement familier, et il s'en faut qu'elles atteignent à la malignité beaucoup plus affinée dont sont chaque jour victimes soit notre Chambre des pairs littéraires — nous avons nommé l'Académie — soit notre Laboratoire national de Salut public — autrement dit la Sorbonne.

Plaisanter à propos des parlementaires, c'est assez drôle parfois, si l'on a du goût et de la fantaisie ; mais cela ne rapporte rien, cela ne fait point une réputation. Au lieu que décocher l'épigramme contre l'Académie ou la Sorbonne, voilà qui vous donne un air de lettré, et même de lettré tout à fait dédaigneux

et las, bien séduisant. On ne songe pas à se refuser cette attitude si avantageuse, parbleu ! Et l'ironie, par conséquent, va son train, quand elle serait la plus grosse, et les assauts se multiplient, fussent-ils les plus vains et les plus mal conduits, et les projets de réforme, même les plus puérils, et les : « Moi, à la place du gouvernement.... » et au besoin: « Moi, à la place du bon Dieu... »

C'est au point qu'à l'instant de formuler le plus timide reproche touchant l'une ou l'autre de ces émouvantes institutions, la plume vous tombe presque des doigts, tant on craint de donner dans l'impertinence imbécile des vaudevillistes ou dans la grossièreté des rapins.

M. Frédéric Loliée, qui n'a peur de rien, vient tout récemment de pointer contre l'Académie, dans un très influent et très grand journal du matin, d'abord un reproche assez redoutable — celui d'être vraiment beaucoup trop riche, de le devenir chaque jour davantage, et de ne pouvoir matériellement faire tout son devoir, faute de temps et de personnel — et ensuite un plan de révolution plutôt inquiétant....

De telles audaces nous font frémir. Néanmoins, il nous faut bien avouer que la Sorbonne, de son côté, éprouve en ce moment les sévérités d'une vive campagne de presse, et qu'une immense quantité de Français, jeunes et vieux, très vivants, très modernes et très cultivés, ne semble guère approuver l'ensei-

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