‹ Opinions choisiesChapitre 8 sur 48 · LA SORBOXNE ET LA CRISE DU FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LA SORBOXNE ET LA CRISE DU FRANÇAIS

gnement qu'on y donne. L'auteur de ces lignes ne se permettrait ni de porter un jugement défavorable sur la précellence des enseignements publics, ni de suspecter la lumineuse intelligence de certains philologues attachés à notre puissant Laboratoire national. Il y aurait là trop de hâte et quelque rébellion. Or, l'on doit à des professeurs illustrés par de longs travaux cette déférence au moins qui consiste. à employer beaucoup de temps et un grand nombre de mots pour parler d'eux et de leurs méthodes ; et l'on tient à éviter le mauvais goût de faire le factieux dans un Etat où l'on est étranger. La Sorbonne en effet figure, pour quelques mauvais écoliers dont nous fûmes, comme une manière de pays, ou mieux, de palais défendu : et c'est fort loin de là, hélas ! qu'une fois le bachot passé, nous avons, nous autres cancres, appris notre grammaire française.

Toutefois, l'on est bien forcé d'écrire la vérité. Et la vérité, c'est que présentement nombre de bons esprits commencent à se dégoûter des méthodes allemandes appliquées à l'enseignement des jeunes cerveaux français, ce qui semble le but que s'est proposé la Sorbonne. Des citoyens nullement rétrogrades nj grincheux par principe, se demandent pourtant s'il ne vaudrait pas mieux exiger des licenciés ès-lettres, ainsi qu'on le faisait autrefois, une culture générale assez étendue, susceptible de créer dans les cerveaux cette clarté, cette agilité intellectuelle qui furent jus-

qu'à présent le privilège de notre race, et grâce auxquelles un Français savait naguère conduire un récit, ordonner un discours, formuler une pensée vigoureuse ou fine. On pense mieux, dès qu'on s'exprime bien et avec goût : c'est tout l'art d'écrire. Or l'on n'y songe plus aujourd'hui, à la Sorbonne.Pompier et vieux jeu, la rhétorique ; désuète, la culture de la forme ; rococo, la dévotion à la langue française ; périmé, l'amour d'un style élégant ; et quant aux stylistes, ah 1 fi donc ! pour qui prenez -vous ces messieurs !...

Au lieu de ces mérites bons pour nos pauvres pères, les jeunes licenciés ès-lettres acquièrent uniquement un goût maladif pour les collections de fiches. C'est ainsi que l'on travaille à l'Université d'Iéna : donc, tabou, sacré, admirable !.... Et d'année en année, nos professeurs constatent que les Français fraîchement diplômés, et destinés à devenir eux-mêmes professeurs à leur tour, écrivent de plus en plus lourdement, incorrectement, gauchement, confusément, sottement... Tel est le résultat de ce grand et magnanime mépris pour la rhétorique détestée, et pour ce que les érudits et les philologues nomment avec tant de morgue et de haine « la littérature ».

Ce résultat détestable indigne beaucoup de cervelles bien faites. C'est un bruit qui se répand, un orage qui gronde. De toutes parts, on se plaint, l'on se fâche. Des journaux, par ailleurs prudents et déli-

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