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mer sur lui un jugement purement esthétique. Il est impossible de ne pas sentir une forte prévention contre un homme qui aurait pu empoisonner Lord Tennyson, ou M^ Gladstone, ou le ^laître de Balliol. Mais si cet homme avait porté un costume et parlé un langage différents des nôtres, s'il avait vécu dans la Rome impériale, ou au temps de la Renaissance italienne, ou dans l'Espagne du dix-septième siècle, ou dans n'importe quel pays et n'importe quel siècle, sauf ce siècle et ce pays-ci, nous serions tout à fait capables d'arriver à une appréciation parfaitement impartiale de son rôle et de sa valeur. Je sais qu'il y a beaucoup d'historiens, ou du moins d'écrivains pour sujets historiques, qui croient encore nécessaire d'appliquer les jugements moraux à l'histoire, et qui distribuent leur louange ou leur blâme avec la complaisance solennelle d'un maître d'école triomphant. C'est là, cependant, une habitude déraisonnable, et qui montre seulement que l'instinct moral peut être porté à un tel degré de perfection qu'il apparaît partout où il n'a rien à faire. Nul esprit doué du véritable sens historique ne songe jamais à blâmer Néron, ou à réprimander Tibère, ou à censurer César Borgia. Ces personnages sont devenus pareils aux marionnettes d'une pièce de théâtre. Ils peuvent nous remplir de terreur, ou d'horreur, ou
d'étonnement, mais ils ne nous blessent pas. Ils ne sont point en relation directe avec nous. Nous n'avons rien à craindre d'eux. Ils sont entrés dans la sphère de l'art et de la science, et ni l'art ni la science ne connaissent l'approbation ou la désapprobation morale. Et peut-être en sera-t-il ainsi quelque jour pour l'ami de Charles Lamb. A présent, il est encore, je le sens, un peu trop contemporain pour être considéré avec ce noble esprit de curiosité désintéressée auquel nous devons tant d'attrayantes études sur les grands criminels de la Renaissance italienne, études écrites par les plumes de M^ John Addington Symonds, de Miss A. Mary, F. Robinson, de Miss Vernon Lee, et autres écrivains distingués. Néanmoins, l'Art n'a pas oublié Wainewright. Il est le héros de Hunted Down, de Dickens, le Varney de la Ldicretia de Bulwer ; et c'est une satisfaction de constater que la fiction a rendu quelque hommage à celui qui fut si puissant par « la plume, le pinceau et le poison ». Suggérer de la fiction a plus d'importance qu'un fait.