‹ Opinions de littérature et d'artChapitre 8 sur 17 · I. Ces mots sont on français dans le texte · texte numérisé non relu

I. Ces mots sont on français dans le texte

autrefois familièrement connu, et à la table duquel il avait dîné. )>

D'autres eurent plus de curiosité, et sa cellule fut pendant quelque temps une espèce de but de promenade à la mode. Beaucoup d'hommes de lettres allèrent visiter leur ancien camarade. Mais ce n'était plus l'aimable JanuTs au cœur léger qu'admirait Charles Lamb. Il semble être devenu tout à fait cynique.

A l'agent d'une compagnie d'assurance, qui était venu le voir une après-midi, et qui voulait profiter de l'occasion pour démontrer qu'après tout le crime est une mauvaise spéculation, Wainewright répliqua : (( Monsieur, vous autres gens de la cité, vous engagez des spéculations et vous en acceptez les chances. Quelques-unes de vos spéculations réussissent, d'autres échouent. Les miennes ont échoué, les vôtres ont réussi. C'est la seule différence, monsieur, entre mon visiteur et moi. Mais, monsieur, je vous ferai savoir une chose dans laquelle au moins j'ai réussi. J'étais résolu à tenir dans la vie la situation d'un gentleman. Je l'ai toujours fait. Je le fais encore. C'est la coutume de cet endroit que chacun des habitants d'une cellule la balaie le matin à tour de rôle. J'occupe une cellule en compagnie d'un maçon et d'un ramoneur, mais ils ne

m'ont jamais offert le balai ! » Lorsqu'un ami lui reprocha le meurtre d'Helen Abercrombie, il haussa les épaules et dit : « Oui, ce fut une chose horrible, mais elle avait les chevilles très épaisses. »

De Newgate, il fut conduit sur les pontons à Portsmouth, et de là envoyé sur la Susan à la terre de Van Diémen, avec trois cents autres condamnés. Le voyage semble lui avoir été très pénible, et, dans une lettre écrite à un ami, il déplore amèrement l'opprobre « du compagnon des poètes et des artistes » contraint de se mêler à « des rustres de campagne ». La qualification qu'il applique à ses compagnons ne doit pas nous surprendre. Le crime en Angleterre vient rarement de la perversité. Il est presque toujours le résultat de la misère. Sur le navire, il n'y avait probablement personne en qui Wainewright eût pu trouver un auditeur sympathique, ou même une nature psychologique intéressante.

Son amour de l'art, cependant, ne le quitta jamais. A Hobart-Town, il installa un atelier et se remit à dessiner et à peindre des portraits ; et sa conversation et ses manières semblent n'avoir rien perdu de leur charme. Il ne renonçait pas non plus à son habitude d'empoisonner, et deux fois, rapporte-t-on, il essaya de tuer des gens qui l'avaient

offensé. Mais sa main paraît avoir perdu son adresse. Ses tentatives échouèrent complètement toutes les deux, et, en 1844, se trouvant tout à fait mécontent de la société Tasmanienne, il adressa au gouverneur de l'établissement, sir John Eardley Wilmot, une supplique où il demandait un ticket of leave. Dans cet écrit, il se représente comme « tourmenté par des pensées qui s'agitent pour parvenir à la forme extérieure et à la réalisation, sevré de tout moyen d'augmenter son savoir, et privé de l'exercice de toute conversation intéressante ou même convenable. » Sa demande, néanmoins, fut rejetée, et le camarade de Coleridge se consola par ces merveilleux Paradis Artificiels, dont le secret n'est connu que des mangeurs d'opium. En 1852, il mourut d'apoplexie ; son seul compagnon était un chat, pour lequel il avait témoigné un attachement extraj ordinaire.

Ses crimes semblent avoir eu une influence considérable sur son art. Ils donnèrent à son style une forte personnalité, qualité dont ses premières œuvres jmanquaient certainement. Dans une note de la Vie le Dickens, Forster rapporte qu'en 1847 Lady Bles- >ington reçut de son frère, le Major Power, qui )ccupait un emploi militaire à Hobart-Town, le •ortrait à l'huile d'une jeune femme, exécuté par

l'habile pinceau de Wainewright ; et Forster dit que le peintre « était parvenu à mettre l'expression de sa propre méchanceté sur le portrait d'une jolie et aimable fille. » M. Zola, dans un de ses romans, nous parle d'un jeune homme qui, après avoir commis un meurtre, s'adonne à l'art, et peint, d'après des personnes parfaitement respectacles, des portraits impressionnistes et verdâtres qui, tous, offrent une ressemblance singuHère avec sa victime. Le développement du style de Wainewright me paraît beaucoup plus subtil et plus suggestif. On peut imaginer qu'une forte personnalité soit engendrée par le crime.

Cette figure séduisante et singulière qui, pendant quelques années, éblouit le Londres littéraire, et fit un début ^ si brillant dans la vie et les lettres, est sans doute une étude très intéressante. M^ W. Carew Hazlitt, son plus récent biographe, à qui je dois une grande partie des faits contenus dans cette notice, et dont le petit livre est véritablement tout à fait précieux en son genre, pense que l'amour de Wainewright pour l'art et la nature n'était que prétention et attitude, et d'autres lui ont refusé tout talent littéraire. Ceci me semble une

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