Causes de l'astigmatisme de l'œil
i°. -—Astigmatisme cornéen.
L'astigmatisme de l'œil-est principalement dû aux courbures inégales de la cornée* , .
Peignons en blanc un disque métallique percé d'un trou central. Traçons concentriquement m trou des circonférences noires se détachant bien sur le fond blanc. Fixons normalement au disque un petit viseur passant dans le trou central. Enfin établissons le disque verticalement, le viseur horizontalement par conséquent.
Nous obtenons un opthalmomètre.
L'œil de l'observé, dont la tête est maintenue immobile, est placé dans le prolongement de Taxe de la lunette et doit regarderie centre de l'objectif. Les circonférences verticales donnent sur la cornée des images virtuelles que l'observateur voit dans le viseur. En faisant la figure, on vérifiera que tout se passe comme dans les méthodes d'essai de Foucault (voir mon Cours sur la Construction...) : chaque portion de la cornée né sert à réfléchir qu'une très petite portion du disque.
On vérifie immédiatement si la cornée est de révolution : les cercles ont des cercles pour image. Généralement ce sont des ellipses dont les axes sont l'un vertical, l'autre horizontal.
On corrige l'astigmatisme de l'œil à l'aide de verres cylindriques de puissances convenables et convenablement orientes.
Ici une remarque est nécessaire.
Dans mon Cours sur la Vision..., j'étudie sous le nom de Listing la loi de rotation de l'œil. Les plans de l'œil qui sont vertical et horizontal dans la position dite primaire (position naturelle de l'œil regardant l'horizon), ne le sont plus quand la direction de visée est en dehors des plans horizontal et vertical qui coïncident avec les précédents dans la, position primaire. Les plans de symétrie optique de l'œil ne coïncident donc plus avec les plans de symétrie du verre correcteur : l'astigmatisme n'est plus corrigé. En définitive, un verre astigmate ne peut corriger l'astigmatisme de l'œil que si la direction de visée reste dans deux plans, l'un horizontal, l'autre vertical, plans qui sont ordinairement les plans de symétrie optique de l'œil.
Une autre remarque s'impose.
Assurément tout élément de surface infiniment petit a deux plans de symétrie qui en sont les sections principales. Mais nous avons déjà dit qu'il est impossible de considérer la surface utile de la cornée comme infiniment petite, le terme de comparaison étant son rayon de courbure qui est de l'ordre de 8 mm. Considérée dans son ensemble, la cornée n'atlonc généralement pas deux plans de symétrie rectangulaire passant par la normale d'aucun de ses points :
nous ne pouvons pas l'assimiler au sommet d'un ellipsoïde à trois axes inégaux, même en plaçant ce sommet hors du pied de la normale abaissée du centre de pupille sur la cornée. Nous sommes toujours tentés de substituer au système centré qui existe rarement, un système de surfaces ayant toutes deux plans de symétrie rectangulaires passant par la même droite : c'est absolument gratuit; la constitution de l'œil est généralement plus compliquée.
2°. — Astigmatisme du cristallin, astigmatisme d'accommodation.
Dans ces derniers temps, les oculistes ont attribué une importance grandissante à l'astigmatisme du cristallin. Voici leurs raisons.
On sait depuis longtemps que les verres de besicles qui, au dire des patients, corrigent au mieux l'astigmatisme de leurs yeux, ne sont pas ceux qu'indiquent les mesures des courbures principales de la cornée. C'est au point que Donders soutenait que l'asymétrie de la cornée entraîne une asymétrie en sens inverse du cristallin.
Un astigmatisme régulier, appréciable et corrigeable par des verres, se montre parfois sous l'influence de l'atropine, qui paralyse l'accommodation. Conséquence : dans l'état habituel du patient l'astigmatisme cornéen est neutralisé par l'astigmatisme d'accommodation du cristallin. .
Un oeil normal est rendu astigmate par un verre cylindrique : l'expérience montre que l'accommodation agit pour corriger l'astigmatisme. Quand l'expérience a duré quelque temps, une tendance accommodative persiste dans le même sens : d'où un astigmatisme acquis qui disparaît peu à peu.
La crampe ou la contraction tétanique du muscle ciliaire peut accroître l'astigmatisme.
L'accommodation astigmate est incapable de ramener l'œil à la symétrie de révolution quand l'astigmatisme cornéen est très fort.
Il semble donc acquis qu'en dehors de l'astigmatisme qui résulte d'une symétrie particulière du cristallin, l'accommodation peut s'exercer, non plus également sur tout le pourtour du cristallin, mais d'une manière qui lui impose, à la place d'un axe de révolution, deux plans de symétrie rectangulaires. D'où trois causes à l'astigmatisme : la symétrie de la cornée, celle du cristallin, enfin celle de l'accommodation.
L'astigmatisme d'accommodation a une importance théorique capitale; elle élimine les théories de l'accommodation qui ne permettent pas d'expliquer une action d'intensités différentes dans les divers méridiens du cristallin.