ORIGINE DE LA LOI DLS ROTATIONS
d'après la méthode des plus petits carrés, pour la même raison que dans les éliminations des erreurs.
Voici ce qui résulte de l'étude analytique que nous donnerons plus loin de ce problème : Pour que la somme des erreurs soit un minimum, la ligne atrope doit coïncider avec la ligne de regard, quelle que soit la forme du champ ; mais la distribution des torsions dépend, en général, de la forme du champ. C'est dans un champ circulaire que la loi de Listing répondrait de la manière la plus complète aux conditions du problème, et cela pour une position primaire répondant au centre de ce champ. Lorsque le champ n'est pas exactement, mais approximativement circulaire, la loi de Listing éprouverait des aberrations vers le bord du champ ; mais ces aberrations sont restreintes à cause de la rareté de ces positions périphéric[ues du regard, et parce que nous cherchons, à ce c|u'il paraît, à éviter les mouvements de l'œil dont la direction soit parallèle au bord du champ de regard et qui produiraient des mouvements apparents des objets.
On voit donc par là que les mouvements de l'œil, tels que les demande la loi de Listing, sont les plus avantageux pour l'orientation, pour un seul œil et un champ de regard circulaire.
Mais nous faisons usage de deux yeux qui présentent des positions tantôt parallèles et tantôt convergentes. Le principe de la plus facile orientation pour les objets en repos exige seulement que les torsions des yeux soient toujours les mêmes pour les mêmes directions des deux îjeux, et en réalité nous trouvons, pour la convergence, des torsions un peu autres que pour le parallélisme. Mais pour la vision normale, le parallélisme ne se présente, en général, c[ue dans les parties du champ visuel qui contiennent ordinairement des objets très-éloignés ; ce sont les parties supérieures de ce champ.
Les parties inférieures du champ visuel contiennent presque exclusivement des objets rapprochés ; le plus éloigné de ces objets est le sol. La fig. 161 représente le champ visuel commun à mes deux yeux pour la disposition parallèle : a est la position primaire de l'œil regardant au loin ; la longueur de la flèche ac indique, à la même échelle, la distance
628 (485) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 27. qui sépare l'œil du tableau sur lequel se projette le champ; les yeux présentent, dans ce cas, la direction de la perpendiculaire élevée en a. En bas, le champ visuel de chaque œil est rétréci à la partie interne par le nez, ôô sur la figure ; la partie hachée indique les points que je puis encore fixer sur la partie dorsale du nez. Cette région inférieure, qui est en partie masquée par l'image double du nez, et celle située entre ces images, ne peuvent presque pas servir pour la position parallèle des yeux; cette disposition parallèle est aussi plus difficile à obtenir que pour la partie supérieure du champ. Nous pouvons donc limiter à peu près par une ligne qui joindrait les deux points bb la partie du champ de regard accessible pour des lignes visuelles parallèles; le champ qui reste ainsi est à peu près circulaire, et je trouve elFectivement que la loi de Listing s'applique à ce cas et que la direction primaire a est au centre de ce champ visuel. Du reste, les champs de mes deux yeux ne sont pas tout à fait symétriques ; mon œil gauche peut regarder plus loin en bas et en dehors que mon œil droit.
Dans les directions convergentes, les yeux se dirigent d'abord en dedans, précisément à cause de la convergence, puis ils se portent le plus souvent en bas. Dans les parties supérieures du champ visuel, il est relativement très-rare que nous ayons à examiner des objets rapprochés ; aussi ne sommes- nous pas en état d'y produire une convergence aussi forte qu'en regardant en bas. Nous devons donc nous attendre, pour les positions convergentes, à voir les résultats s'écarter de la loi des mouvements relative aux directions parallèles, de la même manière que si la position primaire était plus bas et plus en dedans que pour le parallélisme : les aberrations indiquées par la figure 157 (p, 609) sont en eflet de cette nature. L'étendue de ces aberrations dépend sans doute aussi de la fréquence et du degré de la convergence habituelles à chacun, et pour les yeux myopes qui regardent principalement en convergeant, les particularités de ces convergences devront continuer à se faire sentir dans les positions parallèles, plus rarement employées.
En essayant ainsi de déduire des besoins de la perception la loi des mouvements de l'œil, nous devions naturellement faire abstraction de toute connaissance et de toute estimation des longueurs et des angles du champ visuel apparent, et même de notre connaissance de la disposition des points rétiniens sur la rétine ; en effet, dès qu'on ne considère pas cette connaissance comme innée, elle ne peut être acquise que par les mouvements de l'œil. Ces mouvements et ces connaissances doivent, en réahté, se développer de pair, et, pour cette raison, il ne faut pas considérer la loi des rotations comme se développant en réalité, pendant la première enfance, exactement suivant la manière que nous