ORIGINE DE LA LOI DES ROTATIONS
avons signalée. Tout ce que peut faire, sous ce rapport, la théorie des perceptions visuelles, c'est de démontrer que les perceptions visuelles et les mouvements de l'œil ne présentent rien que nous n'ayons pu acquérir par l'expérience et par l'exercice, en nous efforçant de reconnaître les objets du monde extérieur avec le plus de précision et de certitude possible. Dans cette analyse, nous sommes naturellement forcés de décomposer la manière dont se fait notre éducation en différents temps qui ne sont pas séparés, en réalité, dans le désordre varié sous lequel se présentent à nous les diverses impressions sensuelles.
A. Fick et Wundt ont considéré les mouvements de l'œil comme réglés par ce principe qu'on associerait toujours, à chaque position de la ligne de regard, la torsion qui exigerait le moindre effort musculaire. Nous étudierons plus loin, en détail, l'application de ce principe. Il est probablement satisfait en réalité dans les mouvements normaux que l'œil présente effectivement. Cependant je n'ai pas cru devoir considérer ce principe comme déterminant, car on peut démontrer qu'un effort volontaire peut donner à l'œil les dispositions les plus convenables à la vision, et que les muscles sont, en général, assez susceptibles de modification pour que ceux dont on exige les plus grands efforts deviennent aussi bientôt les plus puissants. Cependant on ne peut guère nier que, lorsque l'appareil musculaire de plusieurs générations consécutives s'est adapté aux besoins des individus, et que sa disposition s'est transmise de génération en génération, les torsions les plus convenables de l'œil doivent être devenues en même temps les plus faciles à exécuter, et cette circonstance doit faciliter singulièrement leur production. Toutefois les expériences indiquées plus haut nous ont montré qu'on ne choisit pas, à la longue, les mouvements de l'œil les plus faciles, lorsqu'ils ne sont pas, en même temps, les plus avantageux pour la vision.
Les mouvements de la tête sont soumis à des lois analogues à celles qui régissent ceux des yeux. — Aubert a déjà remarqué que si, pendant qu'on fixe un point déterminé d'une ligne droite horizontale ou verticale, on incline brusquement la tête vers l'une des épaules, ce qui fait exécuter un mouvement de rotation à l'image rétinienne, la ligne paraît se mouvoir pendant le mouvement de la tête, ou bien on éprouve tout au moins de l'incertitude pour décider s'il y a eu rotation ou non.
Les mouvements ordinaires de la tête se font, du reste, d'après le même principe que ceux de l'œil. L'articulation occipitale se compose de deux articulations : celle de l'os occipital avec la première vertèbre cervicale, ou atlas, et celle de l'atlas avec la seconde vertèbre cervicale. La première de ces articulations permet une rotation autour d'un axe
630 {487) TROISIÈME PARTIE. - DES PERCEPTIONS VISUELLES, § 27. horizontal et transversal, et, dans une faible étendue, une rotation autour d'un axe horizontal antéro-postérieur ; la seconde articulation ne présente qu'un axe de rotation vertical. Par conséquent, les deux articulations permettent des rotations modérées autour d'un axe situé dans une position quelconque. La mobilité de la partie supérieure de la colonne vertébrale facilite encore les divers mouvements. Lorsqu'on veut tourner fortement le regard à droite ou à gauche, la tête tourne autour d'un axe vertical dans l'articulation inférieure ; lorsqu'on regarde directement en haut ou en bas, la tête tourne autour de l'axe horizontal et transversal qui passe par les deux condyles de l'os occipital ; mais si l'on dirige la face obliquement en haut et à droite, la tête tourne, comme l'œil, autour d'un axe allant d'en haut à droite, vers en bas à gauche, de manière que le côté droit de la tête vient à se trouver plus haut que le côté gauche. Lorsque le regard se dirige, au contraire, en bas et très à droite, le côté droit de la tête vient plus bas que le côté gauche. Ces rotations sont donc de même genre que celles de l'œil, mais elles sont bien plus dans la dépendance de notre volonté.