CENTRE DES DIRECTIONS VISUEEEES
que les directions des yeux restent inaltérées. Dans ces conditions, apparaît sur sa direction véritable. Qu'on acconnuode ensuite l'œil A pour un point bien plus rapproché, /, situé sur la ligne Aa, de manière que la position de l'œil A et de sa ligne visuelle Aa, ainsi que la position de l'image du point a sur la rétine de A, restent absolument inaltérées, la seule dillerence étant une légère dimiimtion de netteté de l'image du point Cette expéi'ience est accompagnée d'un mouvement apparent de l'objet a, qui va se placer sur une ligne telle que Ac. Dès que l'on revient à accommoder pour l'infini, a paraît se i'e[)lacer dans sa première position.
Dans cette expérience la direction de la ligne visuelle Aa ne change pas, ou ne change que d'une quantité négligeable ; il n'y a de variable que la position de l'œil fermé B : lorsqu'on s'efforce d'accommoder pour le point /, la ligne visuelle de l'œil fermé se dirige, en effet, sensiblement vers ce point. Ainsi, pendant qu'on fixe le point /", la ligne visuelle de l'œil B prend à peu près la direction Bf.
Inversement, il m'est possible de faire diverger un peu mes lignes visuelles, même en fermant les yeux, de manière que l'œil B regarde dans la direction B^. Je ne sais obtenir cette divergence que lentement, et c'est pour cette raison que je ne la vois accompagnée d'aucun mouvement apparent. Il se présente, au contraire, un mouvement de ce genre lorsque je relâche brusquement mon effort de divergence de manière à ramener subitement les lignes visuelles au parallélisme. L'objet a me paraît alors revenir de y en a.
Ainsi, notre appréciation de la position où se trouve l'objet que nous fixons ne dépend pas seulement de la position de l'œil A qui le regarde, mais aussi de celle de l'œil B, qui est fermé. Lorsque, l'œil ouvert restant immobile, l'œil fermé se déplace à droite ou à gauche, l'objet fixé par l'œil ouvert paraît également se déplacer à droite ou à gauche.
La grandeur de ces déplacements apparents est assez différente pour mes deux yeux : elle est faible lorsque je fais l'expérience en ouvrant l'œil droit ; elle est bien plus considérable pour l'œil gauche. Ainsi la direction de la hgne visuelle se détermine d'après les innervations simultanées des deux yeux et non pas seulement d'après celle de l'œil ouvert. Nous pouvons admettre, d'après cela, que la direction apparente de la ligne visuelle répond, en général, à la direction moyenne des lignes visuelles des deux yeux. Cependant pour les personnes qui sont habituées à appliquer de préférence un de leurs yeux à l'observation microscopique ou télescopique, la direction apparente se rapproche plus de la ligne visuelle de l'œil préféré que de celle de l'autre. Une communication que je reçois de Javal confirme l'opinion que je viens d'émettre. En effet,
llh {609) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 29. cet observateur se souvient d'avoir vu parfaitement, il y a deux ans, les mouvements apparents en question se manifester également sur ses deux yeux, tandis qu'actuellement, après avoir fait de nombreuses expériences qui exigeaient des variations volontaires de l'accommodation de l'œil droit, il ne peut presque plus constater, sur cet œil, le mouvement en question, qui reste très-manifeste pour son œil gauche. — Le phénomène des images doubles nous donnera plus loin des renseignements plus exacts sur la direction simultanée apparente des deux hgnes visuelles.
J'ai trouvé, de plus, que la position apparente de l'horizon rétinien, de même que la direction apparente de la ligne visuelle, dépend des torsions des deux yeux.
Voici la manière la plus simple dont il m'ait été possible de réussir les expériences qui se rapportent à cette question. — Sur l'extrémité d'un tube cylindrique d'environ un pied de longueur, je tendis diamétralement un fil noir et j'appliquai l'autre extrémité du tube devant l'un de mes yeux, tandis que l'autre était fermé ; puis, tenant devant l'extrémité antérieure du tube une feuille de papier blanc qui m'empêchait de rien voir dans l'appartement, je cherchai, en faisant tourner le tube autour de son axe longitudinal, à donner au fil noir une direction exactement horizontale ou verticale, et cela pour une position parallèle des lignes de regard, condition que j'ai appris à remplir même en fermant le second œil. En retirant ensuite le papier blanc de l'extrémité antérieure du tube, je pouvais comparer la direction que j'avais donnée au fil, avec celle de différentes lignes objectives, horizontales et verticales, qui se trouvaient dans la chambre. Dans ces expériences, je prenais une position bien fixe dans un fauteuil et j'inchnais la tête, tantôt en avant, tant en arrière, ou je la maintenais verticale, tandis que le tube, sans cesser de rester horizontal, était dirigé tantôt à droite, tantôt à gauche, de sorte que la ligne de regard présentait successivement toutes les positions possibles par rapport à la tête.
Il résulta de ces expériences, faites avec des lignes visuelles parallèles, que pour toutes les positions qu'il était possible d'atteindre sans exercer un trop violent effort, je plaçais véritablement dans une position horizontale la ligne qui me paraissait horizontale, et que la ligne verticale apparente formait seulement avec la verticale véritable un angle égal à celui compris entre le méridien vertical apparent et le méridien vertical réel de Fœil employé.
Il ressort donc, en particulier, de ces expériences, qu'on ne considère pas, dans toute position de l'œil, respectivement comme horizontal et comme vertical, le méridien horizontal primitif, que nous avons appelé
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horizon rétinien, et celui qui lui est perpendiculaire (1). Loin de là, dans les positions à la fois latérales et élevées ou abaissées du regard, où l'horizon rétinien fait avec le plan horizontal un angle qui peut atteindre 10 degrés, on considère cependant encore comme horizontale une ligue réellement horizontale et située dans le plan de visée horizontal.
La chose se présente autrement lorsqu'on fait converger les yeux. — Renversant la tête en arrière et regardant à travers le tube tenu horizontalement, qu'on donne au fil une direction horizontale en maintenant les hgnes visuelles en parallélisme : d'après ce qui précède, vérification faite, on se trouve l'avoir mis réellement horizontal. Fixant ensuite un des points du fil, ou accommodant pour le plus près possible sans changer la direction du regard, on voit aussitôt le fil affecter un mouvement de rotation apparent très-marqué, et dont le sens concorde avec celui de la rotation exécutée par l'horizon rétinien de l'autre œil lorsque celui-ci passe du parallélisme à la convergence. Ainsi, lorsqu'en rejetant la tête en arrière, on regarde, par exemple, horizontalement et directement en avant avec l'œil droit, au moment où l'on se met à converger, l'extrémité droite du fil paraît descendre et l'extrémité gauche paraît monter. Le mouvement inverse se produit lorsque la tête est penchée en avant. Le contraire a lieu pour l'oiil gauche. Pour que le fil paraisse horizontal lorsque les yeux convergent, il faut imprimer au tube une rotation de quelques degrés dans le sens opposé à la déviation apparente ; et lorsque les regards redeviennent parallèles, le fil ne paraît plus horizontal. Les rotations qu'il faut faire exécuter au tube sont bien plus considérables que les torsions excessivement petites exécutées réellement par mon œil lors de la convergence de l'autre (voy. p. 609), de sorte que les torsions en question ne donnent pas l'explication de f expérience que je viens de décrire (2).
Le phénomène qui nous occupe actuellement est au contraire du même genre que celui qui accompagne l'appréciation de la position des objets que nous voyons. Bien que l'œil ouvert conserve sa direction, le changement de direction et la rotation de celui qui est fermé modifient' notre jugement sur les directions des hgnes tant horizontales que verticales.
(1) E. Hering a établi la règle sous cette forme (Beitrage zur Physiologie , p. 25d)^ mais comme son point de fixation était toujours dans le plan médian, il n'a pas expérimenté en plaçant les yeux en parallélisme ni en dirigeant le regard suivant les directions où l'aberration aurait pu se produire.
(2) Je n'ai pas pu faire de séries de mensurations sur la grandeur de ces angles, parce que les grands efforts d'accommodation, fréquemment répétés, m'occasionnent bientôt de violents maux de tète.
Gomme tous les observatem-s ne savent pas mettre lem^s yeux en parallélisme ou en convergence sans le secours d'un point de fixation correspondant, j'ai fait subir la modification suivante à la méthode pour les lignes visuelles parallèles. Devant un large mur, uniformément peint en gris, était suspendu un long fil noir maintenu vertical par un léger poids. A ce poids étaient attachés, de part et d'autre, deux fds horizontaux enfdés dans des pitons fixés au parquet. L'un de ces fils était constamment tendu par un poids, l'autre arrivait à l'observateur, assis à environ six pieds du fil vertical ; en tirant ou en relâchant ce fil, l'observateur pouvait écarter le premier fil à droite ou à gauche de la verticale. L'observateur regardait le fil vertical à travers un tube cylindrique maintenu horizontalement , de manière à n'avoir aucmie autre ligne verticale ou horizontale dans le champ visuel, et il cherchait à placer le fd principal dans une position exactement verticale. L'extrémité inférieure du fil vertical se mouvait devant une petite échelle graduée sur laquelle on pouvait lire son déplacement.
M. le docteur Dastich a fait, d'après cette méthode, des expériences dans mon laboratoire. Il s'est surtout servi de son œil gauche, qui est normal, tandis que l'œil droit est myope. Pour que le fil lui parût vertical, il lui fallait constamment en déplacer l'extrémité inférieure un peu à droite, déplacement dont le sens est le même que celui de la déviation du méridien vertical apparent par rapport au méridien véritablement vertical. Les déviations par rapport à la verticale étaient :
POUR l'oeil gauche.
La tête étant verticale; le regard dirigé en avant 1° 52'
à droite 2° 4'
à gauche àQ'
La tcte penchée en avant, le regard dirigé en avant. ... 1° 37'
à droite ou à gauche. 2° 22'
La tète penchée en arrière, le regard dirigé en avant 1° 37'
à droite ou ù gauche. 2° 7'
POUR l'oeil droit.
La tête verticale, le regard dirigé en avant — 0° d2'
Les positions obliques étaient aussi éloignées de la position primaire que cela pouvait se faire sans fatigue sensible des muscles de l'œil. Pour que le même méridien de l'œil présentât toujours la direction verticale, il aurait fallu une différence d'environ 16° entre la ligne de regard dirigée en bas et à droite, et cette ligne dirigée en bas et à gauche ; la différence était au contraire insensible. De même pour les directions en haut et à droite, en haut et à gauche. Les petites différences qui se présentent entre les angles de l'œil gauche peuvent pro-
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venir de petites inégalités des mouvements de l'œil, peut-être aussi de ce que les regards n'étaient qu' approximativement et non absolument parallèles. D'après des communications manuscrites , les lignes qui paraissent verticales à Volkmann en maintenant les regards parallèles, ne sont ni absolument verticales, ni parallèles au méridien vertical ; elles paraissent, au contraire, tenir le milieu entre la direction d'un plan absolument vertical et celle du méridien vertical de l'œil. M. Volkmann est plus myope que M. Dastich et que moi-même, et les écarts qu'il a observés pourraient bien provenir de ce qu'en général les yeux myopes ne voient pas assez exactement, avec des lignes de regard parallèles, pour acquérir de la certitude dans les mouvements faits avec les lignes visuelles ainsi placées.
Pour faire ressortir, dans ces expériences, la différence qui est produite par la convergence, on peut placer d'abord verticalement le long fil éloigné, puis, sans déplacer la tête, celui qui est tendu dans le tube, en ne cessant pas de fixer ce dernier fil, et comparant ensuite la position des deux fils.
Si Ton fixe enfin, avec des regards convergents, un point situé dans le plan médian de la tête, on prend pour horizontales, ainsi que Hering l'a trouvé (i) , les lignes qui répondent à la position de l'horizon rétinien de l'œil employé. A cet effet, il plaça l'un dans l'autre deux cylindres d'environ 5 à 6 pouces de longueur et d'un diamètre égal à celui du visage. A l'extrémité antérieure de l'un de ces cylindres était tendu un fil dont on fixait le milieu et qu'on pouvait amener à paraître horizontal, en faisant tourner le cylindre. On prenait la moyenne de dix à vingt expériences.
Les faits que nous avons décrits prouvent que, sous le rapport des torsions, il se manifeste une influence réciproque des deux yeux analogue à celle relative aux directions ; et il semble que les faits précédents (qui ont d'ailleurs encore besoin d'être soumis à des mensurations plus exactes) peuvent être résumés dans la règle suivante, qui est une extension du principe établi par Hering pour les directions de la vision et qui facilite l'inteUigence de l'ensemble des phénomènes.
Supposons, entre les deux yeux, un œil de cyclope imaginaire, dirigé vers le point de fixation commun aux deux yeux, et dont les torsions suivent la même loi que celles des yeux véritables. Qu'on se figure
(1) Beitrage zur Physiologie, p. 254-256. La polémique que M. Hering, s'appuyant sur cette expérience, a soulevée contre mon principe de la plus facile orientation, et le principe de Tannulation du mouvement apparent qu'il a voulu opposer à celui-là, tombent dès qu'on remarque que le résultat de cette expérience ne s'accorde avec les indications de Hering
que lorsque le point de fixation est situé dans le plan médian.
778 {612} TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 29. transportées dans cet œil imaginaire les images rétiniennes de l'mi des yeux réels, de manière à faire coïncider chacun à chacun les points de regard et les horizons rétiniens. Les points de F image réti^ nienne se projettent alors en dehors, suivant la ligne directrice de l'œil de cyclope imaginaire (1) .
Si donc nous maintenons, par exemple, notre œil droit dans une position fixe, eu amenant l'œil gauche du parallélisme à la convergence, c'est-à-dire en le déplaçant à droite, ce qui, en général, lui fait exécuter une torsion, l'œil de cyclope devrait tourner à droite, d'un angle à peu près moitié moindre. Il en résulte que les images visuelles de l'œil droit, qui est immobile, paraissent se déplacer et tourner du même angle que l'œil de cyclope.
Tant que le point de fixation est dans le plan médian , l'œil de cyclope n'exécute aucune torsion, et, par suite, les horizons rétiniens paraissent horizontaux pour toutes ces positions.
Pour donner l'explication de cette circonstance singulière, il faut nous rappeler que notre vision naturelle est binoculaire, et que l'expérience ne nous apprend immédiatement à apprécier la position des objets fixés, que par rapport à celle de notre corps, que nous sentons. Nous considérons comme étant à notre droite un corps situé à droite du plan médian de notre corps, mais qui, lorsqu'il est plus rapproché de ce plan que notre œil droit, peut être vu à l'aide d'une faible déviation de l'œil droit vers la gauche ou d'une forte déviation de F œil gauche vers la droite. Nous ne cherchons pas à juger la position des objets par rapport à chacun de nos yeux, ni même par rapport à notre tête, mais plutôt par rapport à notre tronc, ce support de nos membres. C'est cette relation qui est véritablement la seule utile pratiquement.
Ainsi, le signe sensuel d'un objet situé à droite n'est pas le mouvement à droite que sa fixation demande à l'un de nos yeux, ou à tous deux : c'est la déviation à droite de leur direction moyenne. C'est seulement dans un nombre de cas fort restreint que nous sommes exercés à différencier Tune de fautre les impressions des deux yeux ; ce sont les cas où cette distinction présente une importance pratique, comme dans la vision binoculaire des corps. C'est pour ce motif que nous sommes bien exercés à percevoir la direction et la rotation moyennes de nos deux yeux et à en déduire l'appréciation de la position des objets fixés, mais que nous savons très-mal estimer la direction de chaque œil, ou.
(1) La différence essentielle que présente cette règle avec celle de Hering, c'est que je 1 fais exécuter des torsions à rœil de cyclope, tandis que Hering en place toujours l'horizon [ rétinien dans le plan de visée. }
§ 29. CENTRE DES DIRECTIONS VISUELLES. {6Îù) 119
en général, distinguer dans la conscience ce qui appartient h l'un ou à l'autre d'entre eux.
Lors donc que nous parlons de direction de la vision, nous ne sommes ni habitués, ni exercés à distinguer la différence de direction des deux yeux, et nous rapportons en général cette direction au plan médian de la tête, et respectivement du corps. Sous ce point de vue, Hering a raison de rapporter les projections des deux yeux dans le champ visuel, à un centre commun situé entre les deux dans le plan médian du corps, aux environs de la région dorsale du nez. C'est là l'expression exacte des faits, bien que je ne sois pas disposé, comme cet observateur, à en faire la base primitive de l'explication des phénomènes visuels, ne fût-ce que parce que la direction de l'attention exerce une influence notable sur une partie des phénomènes dont il s'agit ici.
Regardant avec un œil vers un objet éloigné et tenant devant la partie inférieure du visage une feuille de papier qui empêche de voir les bras et les mains, qu'on élève le doigt indicateur de la main droite derrière l'écran de papier, comme pour montrer l'objet qu'on regarde, le doigt apparaîtra à gauche ou à droite de l'objet fixé, suivant qu'on aura fait usage de l'œil droit ou de l'œil gauche.
Le résultat est inverse lorsqu'au lieu de fixer un objet éloigné, on regarde un objet rapproché^ comme par exemple, un point du bord du papier, et qu'on cherche à élever le doigt, tenu un peu loin, de manière qu'il apparaisse précisément derrière le point fixé.
Ce résultat répond à la règle établie par Hering. Dans la vision ordinaire et naturelle, nous rapportons les directions visuelles à la racine du nez, et nous mettons le doigt entre cette région et l'objet fixé ; il ne se trouve donc pas sur la ligne visuelle véritable.
Mais l'expérience que nous venons de décrire peut souvent ne pas réussir. Ainsi, lorsque je concentre mon attention sur cette circonstance que je ne regarde que de l'œil droit et qu'en étendant le doigt pour cacher l'objet, je m'efforce de conserver la notion de la position de mon œil droit, j'amène effectivement le doigt dans la position exacte.
Nous reviendrons sur ces phénomènes dans l'étude de la vision binoculaire.
Il faut encore mentionner une expérience que j'ai souvent répétée. Lorsque je lève l'index , en ïermant les yeux, et que je cherche à le fixer avant de les ouvrir, au moment où je les ouvre, je vois des images doubles du doigt qui répondent à des directions parallèles ou à peu près parallèles des lignes de regard , lesquelles passent alors des deux côtés du doigt, à peu près à la même distance. Mais ce qui est fort singulier, c'est que j'o])tiens une représentation plus nette
780 {6i4) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 29. de la position de l'index, lorsque, ayant les yeux fermés, je touche et je frotte l'extrémité de ce doigt avec le pouce de la môme main. Je puis alors effectivement, avant d'ouvrir les yeux, les disposer de façon que le doigt m' apparaisse simple au moment où je les ouvre. 11 en est de même lorsque je touche et que je tâte avec le doigt un corps solide extérieur.
Lorsque nous sommes parvenus, par la comparaison des perceptions tactiles et visuelles, à la connaissance de la direction suivant laquelle nous devons chercher les objets que nous voyons, il en résulte finalement aussi la localisation des images optiques d'une origine quelconque et des excitations subjectives de notre réthie et de notre appareil nerveux visuel.
En effet, nous reportons dans Fespace toutes les excitations des fibres nerveuses suivant cette loi que nous croyons être en présence de phénomènes lumineux situés dans les parties d'un champ visuel monoculaire ou binoculaire où se trouveraient des objets lumineux réels, capables d'éclairer par leur lumière les parties correspondantes des rétines. On peut constater l'exactitude de cette assertion en provoquant des phénomènes subjectifs en même temps qu'on voit des objets réels dans le champ visuel. C'est ainsi que, lorsqu' après avoir développé dans l'œil une image accidentelle du soleil, nous venons à regarder le paysage, cette image accidentelle recouvre certains objets extérieurs qui, à cause de cette image, se voient moins bien que dans les circonstances ordinaires. Certaines parties de la rétine étant fatiguées, les images des objets extérieurs qui sV représentent sont plus obscures que d'ordinaire. Cette superficie plus sombre, dans le champ visuel, désigne l'image accidentelle. On comprend donc immédiatement que l'image accidentelle coïncide, dans le champ visuel, avec les objets qui se dessinent sur la partie fatiguée de la rétine. De la même manière, il se peut que les ombres d'objets entoptiques, les figures vasculaires, les phosphènes, les images électriques, viennent coïncider, dans le champ de vision, avec des objets extérieurs. L'elfet d'une semblable coïncidence est toujours d'éteindre, d'affaiblir ou de mêler avec d'autres sensations subjectives la sensation que produit la lumière extérieure émanée de certains points du champ visuel. Lorsque nous remarquons le changement ainsi survenu dans l'aspect de certains points extérieurs, nous ne pouvons pas localiser la modification qui se produit dans le champ visuel autrement que ne sont déjà locahsés les points qui paraissent modifiés ; les phénomènes subjectifs doivent donc être transportés dans le monde extérieur, d'après les mêmes règles qui se sont formées en nous, par un effet d'expérience, pour les points du monde réel.