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LOCALISATION DES PHÉNOMÈNES SUBJECTIFS

Il est évident que les phénomènes lumineux subjectifs, qui peuvent prendre naissance dans un champ visuel complètement obscur, doivent se localiser d'après la même règle. — Bien que ces apparitions lumineuses ne coïncident plus avec des images perceptibles d'objets réels, l'expérience nous a déjà fait connaître, pour chaque partie de la rétine, la direction où devraient se trouver des objets réels qui viendraient s'y peindre, ce qui détermine la localisation des phénomènes subjectifs correspondants. Que, dans le champ obscur, les phénomènes subjectifs, tels que les images accidentelles, se localisent d'après la même loi que les impressions des objets réels, c'est ce que l'on constate simplement en éclairant brusquement le champ obscur, sans mouvoir les yeux : aussitôt, et sans se déplacer, l'image accidentelle coïncide avec des objets déterminés du champ. Comme cette image n'a pas changé de position pendant le changement d'éclairage, elle était préalablement localisée de la même manière que les objets extérieurs avec lesquels elle est venue coïncider.

Ces considérations ne paraissent laisser aucun doute sur l'exactitude de notre loi d'après laquelle toute impression produite sur la rétine se localise exactement dans la partie du champ de vision où l'on verrait un objet extérieur placé de manière à produire la même impression sur la rétine, la lumière arrivant à l'œil sans déviation.

Cette loi peut se démontrer par des expériences plus directes, mais assez peu délicates. — Nous savons que des objets lumineux situés respectivement à droite, à gauche, en haut ou en bas, se dessinent respectivement sur la partie gauche, droite, inférieure ou supérieure de la rétine. Chez les personnes dont les tuniques de l'œil sont minces et diaphanes, nous pouvons voir l'image optique d'une lumière bien brillante apparaître à travers la sclérotique, à l'endroit voulu (p. 87). j Or, si nous pressons avec l'ongle le côté droit de l'œil,, nous voyons un phosphène à gauche (p. 266). Lorsqu'à l'aide d'un verre convergent nous concentrons de la lumière intense sur la partie droite et extérieure de la sclérotique, nous voyons à gauche, dans le champ visuel, un phénomène lumineux correspondant. Lorsque nous faisons sortir de I l'œil, en cet endroit, un courant électrique descendant, nous voyons i de même, à gauche, la tache claire correspondante. Si nous excitons, I au contraire, l'œil à gauche, le phénomène lumineux se produit à droite dans le champ visuel ; il se présente en haut ou en bas suivant que nous excitons en bas ou en haut.

I Les illusions d'optique qui reposent sur ce principe sont très-nom- I breuses. Nous pouvons les classer de la manière suivante :

1° Les rmjons lumineux émanés de l'objet sont déviés^ avant de péné^ trer dans ïœiU par réflexion, réfraction ou diffraction. — Quand la

782 (616) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 29. lumière reste homocentrique après s'être déviée, nous croyons, en général, abstraction faite des erreurs de jugement que nous avons décrites, voir l'objet dans la partie de l'espace où se coupent les rayons qui pénètrent dans l'œil (prolongés en arrière, si c'est nécessaire). C'est pour cette raison que ce point d'intersection a reçu le nom d'image optique de l'objet (p. 53). Tels sont les effets optiques de nos lunettes et de nos microscopes dioptriques et catoptriques, de nos miroirs plans et sphériques, des loupes et des autres lentilles de verre, y compris les prismes lorsqu'ils sont employés de manière à donner de la lumière sensiblement homocentrique. Il est inutile d'insister ici sur les effets de ces instruments, leur étude formant un chapitre de l'optique géométrique qui a déjà été amplement et soigneusement travaillé. Tous ces instruments donnant des images optiques des objets, que nous croyons voir au lieu des objets eux-mêmes ; ils produisent des illusions d'optique, mais des illusions dont nous pouvons facilement éviter l'erreur, tout en nous permettant, sur les images optiques grossies ou autrement modifiées, de reconnaître bien des choses que nous ne pourrions pas voir par l'examen direct de l'objet. C'est ainsi qu'un miroir plan nous fait voir les objets d'un point de vue que nous ne pouvons souvent pas prendre en réalité, à savoir, celui d'un observateur qui serait placé derrière le plan du miroir : de cet endroit, notre visage, par exemple, peut être vu de face, ce que nous ne pouvons pas faire directement. Un prisme nous présente séparées les images d'un objet lumineux qui répondent aux différentes couleurs simples de la lumière, et ainsi de suite.

Lorsque la lumière, dans ses déviations, ne reste pas homocentrique, nous voyons des parties lumineuses plus ou moins estompées dans les parties du champ visuel qui répondent aux parties éclairées de la rétine. De ce genre sont l' arc-en-ciel, les franges de diffraction, le reflet de l'eau agitée, etc.

"2° La lumière arrive à l^œil sans déviation^ mais cet organe n'est pas accommodé pour le point lumineux. — Si la pupille est Ubre, les points lumineux du champ visuel sont remplacés alors par des surfaces éclairées présentant, d'une manière plus ou moins irrégulière, la forme connue de la figure rayonnée des petits cercles de diffusion (p. 188) ; de petits objets, tels que le croissant lunaire, paraissent alors souvent doubles ou multiples (p. 189). Ces phénomènes proviennent de ce que la lumière d'un point de l'objet ne se concentre plus sur un seul point de la rétine, mais qu'elle se diffuse, au contraire, sur une petite portion de la surface de cette membrane. A la surface rétinienne éclairée répond alors, dans le champ visuel, un phénomène lumineux étendu superficiellement.

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