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LOCALISATION DES PHÉNOMÈNES SUBJECTIFS

Lorsque, au lieu de laisser la pupille entièrement libre, on regarde à travers une petite ouverture pratiquée dans une carte, il arrive, de plus, que la position et la grandeur des objets sont faussées ; lorsqu'on fait mouvoir la carte, l'objet paraît se déplacer, ainsi qu'il a été expliqué pages 126 et 127. Il est vrai que, dans ce cas, chaque point lumineux de l'objet se peint à peu près suivant un point sur la rétine, mais ces images n'occupent pas leur position normale, à cause de l'accommodation inexacte de l'œil.

Lorsqu'on regarde à travers une carte percée de deux ou trois ouvertures, si l'accommodation est défectueuse, les objets paraissent doubles ou triples.

Ces expériences sont importantes parce qu'elles nous font reconnaître que l'accommodation exacte de l'œil fait partie des conditions de la vision normale sur lesquelles se fonde la localisation expérimentale des sensations. Nous projetons dans le champ visuel les cercles de diffusion, ou les parties qui en restent lors de la vision à travers des ouvertures étroites, comme si c'étaient des images formées avec une accommodation exacte. Pour chaque point éclairé de la rétine, nous plaçons un point lumineux dans le champ visuel. Aussi ces expériences ont-elles présenté quelque importance pour le développement de l'optique physiologique, parce qu'elles ont permis de reconnaître que la direction de la projection n'est déterminée ni par la direction suivant laquelle le rayon lumineux parvient à l'œil, ni par celle suivant laquelle il atteint la rétine, mais bien par la partie de la rétine qui est atteinte. Si l'on examine la figure 50 (p. 127), on voit que les lignes de projection et g y s'écartent notablement des positions véritables des rayons réfractés et de ceux qui ne le sont pas.

3" Oii voit des corps appartenant à ïœil lui-même^ comme les objets entoptiques, les mouches volantes, les ombres vasculaires, la fovea, etc., tels qu'ils ont été décrits au paragraphe 15, et en partie au paragraphe 25. Ces objets envoient de l'ombre à la couche postérieure de la rétine, et, pour cette raison, ils apparaissent sous forme d'ombres dans le champ visuel. Ainsi notre illusion d'optique reporte au dehors des objets appartenant à l'intérieur de l'œil : le plus souvent ces objets sont vus renversés, parce que le plus souvent leurs ombres sont droites sur la rétine. Gomme la position de ces parties ne peut se déterminer que .par leur apparition subjective, ils ne nous apprennent rien de nouveau pour la théorie.

4" // y a excitation des nerfs ou modification de leur état d'excitation. — Dans ces cas, la modification ne porte pas sur la lumière ellemême, mais sur la sensation lumineuse ; cette catégorie comprend les

78Zi (617) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 29. phosphènes ordinaires, le phosphène d'accommodation, les gerbes lumineuses qui se produisent près de l'entrée du nerf optique lorsqu'on fait mouvoir les yeux, la lumière propre de la rétine, les phénomènes électriques qui ont été décrits au paragraphe 17. Dans cette classe de phénomènes, l'illusion ne consiste plus seulement dans la localisation erronée d'un objet lumineux ou obscur; on n'est plus en présence d'aucun objet réel, mais seulement d'une sensation analogue à celle qui est produite, en général, par des objets véritables. ^

Chez l'homme sain et éveillé, on voit se produire toutes ces illusipn^ que nous avons décrites, et l'on ne peut même pas leur échapper lorsque la réflexion permet d'en reconnaître la nature. Cependant, en général, les illusions sont bien reconnues comme telles. Lorsque nous regardons à travers un instrument d'optique ou dans un miroir, nous savons que nous voyons dans des conditions modifiées et nous apprenons bientôt à nous former, à l'aide de l'image fausse, un jugement exact sur la constitution réelle des objets. C'est ainsi que nous apprenons à nous raser, à nous peigner, etc. , en nous dirigeant d'après l'image que nous voyons de nous dans la glace, bien que cette image intervertisse la droite et la gauche. Avec un peu d'exercice, nous apprenons à disséquer sous la loupe et même sous le microscope composé, bien que ces deux instruments exagèrent les mouvements de notre main et que le dernier les renverse : il nous est donc possible de nous exercer à diriger nos mouvements d'après des images optiques inexactes.

Pour les autres phénomènes , ceux qui ont leur cause dans l'œil même, la circonstance qui permet d'en reconnaître la nature subjective paraît consister notamment en ce qu'ils suivent les mouvements de l'œil. Ce signe distinctif fait défaut pour les phénomènes qui apparaissent subitement et disparaissent aussitôt, et alors on peut réellement être dans le doute sur la réalité de l'objet qu'on a vu. C'est ainsi que lorsqu'on cherche à se conduire dans l'obscurité et qu'à la vision indirecte on voit reluire un reflet lumineux pendant un mouvement du corps et de l'œil, l'observateur le plus expérimenté est parfois incapable de dire avec certitude si cette lueur est objective ou subjective. Il est très-probable que bien des histoires de spectres doivent leur origine à de semblables phénomènes subjectifs. La lumière propre de la rétine est riche en formes auxquelles un poltron peut attribuer facilement toutes sortes de significations extraordinaires, surtout lorsqu'il regarde fixement le phénomène qui l'effraye, ce qui l'empêche de remarquer que cette apparition se meut avec l'œil. Dans les fièvres ou les affections cérébrales, où l'association régulière des représentations est dérangée et où elles s'effacent avec rapidité, le malade étant alors hors

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