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INFLUENCE DE LA POSITION DE LA TÊTE

d'état de les comparer et les combiner, et n'ayant plus la réflexion nécessaire pour reconnaître la nature subjective des phénomènes dont nous avons parlé, il se produit fréquemment des représentations fantastiques. Dans le délire alcoolique, il apparaît, dans le champ visuel, des taches noires qui se meuvent rapidement avec l'œil, et le malade croit voir courir des souris, des hannetons noirs ou des mouches. Dans le déUre fébrile, au contraire, on reconnaît souvent, dans la description des malades, les points et les cercles lumineux et colorés qu'on peut également reproduire chez l'homme sain, par une légère pression sur l'œil, et que malade prend tantôt pour des étincelles, tantôt pour des yeux ardents, etc.

Dans les phénomènes décrits jusqu'ici, nous avons admis que la tête était droite ou que, dans le cas contraire, nous en connaissions l'inclinaison. 11 faut mentionner, pour finir, une illusion qui repose sur une fausse appréciation de la position de la tête. Aubert (1) pratiqua, dans le volet d'une chambre obscure, une fente de 5 centimètres de long sur 2 de large, et qui formait le seul objet visible dans l'espace qui l'entourait. Lorsque, cette hgne éclairée étant verticale, l'observateur inclinait la tête vers l'épaule droite, la ligne paraissait oblique de droite à gauche et de bas en haut. De même, en inclinant la tête vers l'épaule gauche, on obtenait encore un mouvement apparent de la ligne en sens contraire de celui de la tête. Lorsque la ligne était inclinée de lib<^ sur l'horizon et montait en allant de gauche à droite, elle paraissait verticale lorsqu'on inclinait la tête à droite et pouvait même dépasser la verticale pour s'incliner en sens opposé. En inchnant la tête à gauche, la ligne paraissait horizontale et pouvait même dépasser l'horizontale. Le maximum de rotation de la ligne lumineuse se produisait lorsque la tête avait une inclinaison d'environ 135°.

La rotation de la ligne éclairée suit d'assez près l'inclinaison de la tête lorsque ce mouvement s'exécute lentement; mais si l'on incline brusquement la tête d'une quantité considérable, la rotation de la ligne n'est accomplie que quelques secondes après.

Lorsqu'on laisse pénétrer de la lumière dans la chambre en maintenant l'inclinaison de la tête, la Hgne reprend sa position verticale. Si l'on reproduit l'obscurité, la hgne reprend sa position oblique.

Il ne s'agit pas ici d'une rotation de l'œil dans la tête, comme on peut s'en assurer à l'aide des images accidentelles. Lorsqu'on incline la tête de 90" à droite, une image accidentelle, développée dans le méridien

(1) Virchow's! Archiv fur pathologische Anatomieund Pliy^iologie, XX.

786 (619) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 29. vertical de l'œil, ne présente pas, dans une chambre obscure, sa position réelle, qui est sensiblement horizontale : elle paraît beaucoup plus oblique de gauche à droite et de bas en haut qu'elle ne l'est réellement; et une ligne objective présentant réellement cette forte inclinaison paraît verticale.

L'illusion tient à une tendance que nous avons à considérer, dans l'obscurité, les inclinaisons latérales de la tête comme plus petites qu'elles ne sont en réalité.

Au lieu de faire l'observation dans l'obscurité, on peut placer la ligne sur un mur peint d'une couleur uniforme et s'entourer la tête d'un écran cylindrique qui masque tous les objets environnants.

C'est ici que trouvent encore leur place les phénomènes connus du mouvement que paraissent présenter les objets immobiles lorsque nous nous trouvons sur un bateau ou dans un train de chemin de fer qui se déplace lentement ; il en est de même du phénomène inverse, d'après lequel nous croyons être en mouvement lorsque nous sommes immobiles et que ce sont les objets situés devant nous qui se déplacent avec une vitesse constante. Le plus grand exemple de la première espèce est le repos apparent de la terre, au mouvement de laquelle se substitue la rotation apparente du ciel étoilé. Quand deux trains sont arrêtés côte à côte dans une gare, l'observateur assis dans l'un des trains et qui regarde l'autre a souvent bien de la peine, lorsque l'un des trains se met en marche, à décider auquel des deux il doit attribuer le mouvement, tant qu'il ne parvient pas à voir des parties fixes du sol ou des bâtiments. De même, dans les observatoires à coupole mobile, tels qu'on les établit pour placer F héliomètre, lors de la rotation de la coupole, on se figure parfois qu'elle est immobile et que c'est le plancher qui tourne.

En général, c'est la partie la plus grande du champ visuel qu'on considère comme immobile et la partie la plus petite à laquelle on attribue le mouvement. Il faut ; ajouter qu'au commencement d'un mouvement nous nous attendons à ressentir des chocs ou des secousses ou tout au moins les effets de l'inertie de la masse de notre corps. Si donc le mouvement commence très-graduellement , comme celui d'un bateau, nous ne croyons pas être en mouvement ; inversement, si nous avons ressenti des secousses, comme celles que le passage d'un train peut nous communiquer, nous croyons être en mouvement. Lorsque l'une et Tautre interprétation sont également possibles, l'observateur peut, à volonté, 3e représenter les choses de l'une ou de l'autre manière.

M. J. J. Oppel a construit, sous kmmà'antirrhéoscope^ un appareil pourobser-

§ 29. ANTIRRHÉOSCOPE. (620) 787

ver le vertige visuel qui se produit à l'aspect d'un mouvement et que cet observateur avait remarqué sur un torrent d'eau (le Rhin h Schaffhouse, un instant avant la chute); avec cet appareil, on peut, à tout moment, observer le phénomène. L'instrument se compose de cinq rouleaux de 2 pouces de diamètre et de 2 pi^ds de long, placés parallèlement les uns à côté des autres, et qui peuvent elre mis en mouvement tous dans le même sens, à l'aide d'un tambour de plus grand diamètre. Chaque rouleau est recouvert d'un papier blanc sur lequel sont dessinées deux spirales de deux tours et demi chacune. Chaque spirale se compose elle-même d'une ligne médiane épaisse et noire de 1 Y2 pouce de largeur, à un demi-pouce I de laquelle se trouvent, départ et d'autre, deux hgnes noires d'un demi-pouce de largeur. La largeur du blanc qui sépare la bande noire de deux tours de spire voisins a également 1 Y2 pouce de large, de sorte que le blanc et îe noir sont distribués symétriquement. Lorsqu'on fait tourner le tambour, dont le Lord agit par friction sur les extrémités des rouleaux, tous ces cylindres se mettent à tourner dans le même sens; celui du milieu tourne un peu plus vile que ceux des extrémité, de manière à imiter le mouvement inégal de l'eau du fleuve. Les spirales paraissent alors se déplacer avec une vitesse uniforme, parallèlement à la longueur des rouleaux, et si l'observateur, après avoir regardé pendant quelque temps ce mouvement apparent, porte le regard sur des objets immobiles, ceux-ci paraissent se déplacer en sens opposé.

M. Oppel avait placé, en avant des rouleaux, un point de repère pour maintenir la fixité du regard. Mais, à ce qu'il paraît, l'expérience manctuait souvent lorsqu'il ! fixait ce signe, et comme il croyait la fixation nécessaire à la production du vertige et qu'il pensait qu'elle était empêchée par l'aspect de la masse mobile, il prit pour objet de fixation une planchette de bois rhomboïdale de 1/2 pouce de large sur 3/4 de pouce de haut, qui recevait par le mécanisme de l'instrument un mouvement de rotation lent, de manière à présenter alternativement ses deux faces à l'observateur. Avec I cette modification, l'expérience réussissait régulièrement : cela tient, je pense, à ce I que cette disposition rend impossible la fixation continue d'un même point immo- ; bile ; en effet, tous les points de la plancbelte que l'on voudrait fixer présentent des alternatives d'apparition et de disparition. Mes expériences m'amènent à croire, contrairement à l'opinion d'Oppel, que la fixation rigoureuse empêche le vertige I de se produire et qu'il ne se produit que lorsque nous exécutons de petits mouvements involontaires, et le plus souvent insconscients, qui nous permettent de suivre du regard les objets en mouvement. Oppel n'en a pas moins raison d'avancer que les mouvements volontaires un peu étendus, à l'aide desquels nous suivons assez loin et sciemment les mouvements des objets, sont défavorables à la production de l'illusion.

M. Javal me propose d'ajouter que l'ophthalmoscope fournit un moyen extrêmement délicat de contrôler des mouvements de ce genre. — Chez les personnes affectées de nystagmus, lorsqu'on examine le fond de l'œil à l'image droite, on le voit fuir suivant un sens déterminé, comme un dessin continu qui se déroulerait. Ce phénomène tient à ce que les mouvements exécutés par l'œil malade sont bien plus rapides dans un sens que dans l'autre, et que les vaisseaux ne sont vus que pendant le plus lent des deux mouvements, — En examinant à l'ophthalmoscope

788 {621) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 29. l'œil d'une personne qui vient de regarder l'appareil d'Oppel, je pense, en effet, qu'il serait facile d'en constater les mouvements.

La vision droite malgré le renversement des images rétiniennes a été attribuée par Keppler (1) à l'âme, qui se représenterait l'impression reçue sur une partie inférieure de la rétine comme si elle venait d'une partie supérieure de l'objet. Scheiner (2) fut du même avis. Priestley (3) fait provenir cette particularité de nos représentations visuelles de la comparaison avec le toucher. Descartes (/l), pour faire comprendre la méthode naturelle d'après laquelle nous déduisons la grandeur, la position et la distance des objets de la direction des axes oculaires, la compare avec la manière dont un aveugle juge de la grandeur et de la distance d'un objet à l'aide de deux bâtons, de longueur même inconnue^, pourvu qu'il connaisse la distance et la position relatives de ses mains dans lesquelles il tient les bâtons. Du reste, la question de la vision droite a donné lieu à une foule d'écrits (5).

Keppler (6) avait déjà trouvé la règle qui donne la position apparente des objets vus à travers les instruments dioptriques ou catoptriques : il mit cette position au point de convergence des rayons qui pénètrent dans l'œil. Les difficultés qui ont donné lieu, plus tard, à de nombreuses discussions sur ce point, étaient relatives moins à la direction suivant laquelle on voit l'objet qu'à sa distance, dont il sera question au paragraphe suivant.

PORTERFIELD (7) croyait qu'à l'aide d'une disposition originelle de notre nature^ nous voyons les objets en un point de la perpendiculaire élevée sur la rétine, à l'endroit où se produit l'image. Cette opinion a été soutenue également par d'ALEMBERT (8), Bartels (9) et beaucoup d'autres, Volkmann (10) a remplacé les normales à la rétine, par les lignes de direction qui, d'après la définition donnée page 92, sont des lignes menées par l'image rétinienne et le point nodal postérieur de l'œil. Ces lignes sont effectivement celles qui servent à trouver objectivement le point lumineux, dans les recherches physiques, lorsqu'on connaît exactement la position de l'image rétinienne dans l'œil bien accommodé et la position de cet œil. Les lignes de direction jouent donc un rôle important dans l'optique physiologique, surtout lorsqu'il s'agit de déterminer quels sont les objets extérieurs dont l'image se confond avec des excitations quelconques de la rétine, soit par la lumière, soit par des excitants internes. Ainsi Volkmann est dans le vrai tant que nous déterminons exactement la position objective des corps que nous voyons. Mais une semblable détermination exacte n'est guère possible que pour les points que nous voyons directement avec les deux yeux, et pour ceux-là même, elle manque quelquefois. Nous attribuons des directions inexactes à tous les points vus indirectement ; en effet, comme on l'a vu dans ce paragraphe, nous attribuons une valeur trop faible à l'angle compris entre leur ligne de direction et la ligne de regard ; toutes les fois que nous faisons converger les yeux pour les diriger sur des objets plus rapprochés, nous formons, ainsi qu'on le voit par les expériences décrites plus haut, un jugement erroné sur les directions des objets que nous voyons. Ainsi que Hering (il) l'a fait remarquer avec raison, l'explication des images doubles binoculaires ne peut guère se déduire de la théorie de YoLKMÀNN. Nous ne pouvons donc pas admettre la théorie de Volkmann comme une loi néces-

(1) Paralipomena, p. 169. — Smith's Opticks, Rem., p. Il

(2) Oculus, p. 192.

(3) Geschichte der Optik, iibersetzt von Klugel, Leipzig, 1776, p. 69.

(4) Dioptrice, p. 68. — De homine, p. 66.

(5) Kaestner, in Hamburger Magazin, YIII, St. Il, Art. 8 ; IX, St. 1, Art. d. — LiCHTENBERG, in Erxleben's Naturlehre, 6. Aufl., p. 328.— Rudolphi, Physiologie, II, 227, — L. FiCK, in Mûller's Archiv fur Anatomie, 185/i, p. 220. — Voy. déplus la bibliographie suivante.

(6) Paralipomena, p. 285; p. 69-70.

(7) On theeye, II, 285.

(8) Opuscula matheni., I, p. 26.

(9) Beitràge zur Physiologie des Gesichlssinnes, Berlin, 1834.

(10) Beitrage zur Physiologie des Gesichlssinnes, Leipzig, 1836. — Artikel Sehen, in R. Wagner's Handv)Ôrterbucli der Physiologie. — Yoy. aussi Mile, Ueber Richtungslinien des Sehens, in Poggendorff's Annalen^ XLII, 2/55. — •Millier' s Archiv fiir Anatoinie^ 1838, p. 387.

(11) Beitrage zur Physiologie, Leipzig, 1861, p, 35-6/i.

BlBî.iOGRAPHlP. DI] LA DIUECTION DE LA VISION.

saire et élémentaire qui déterminerait déjà par elle-même la direction des objets que noua voyons. Hering a rendu le service essentiel d'avoir mis en évidence l'influence qu'exerce, dans ce cas, la convergence.

Plateau (1), Oppel (2) et Zollneu (3) ont recherché l'influence des mouvements vertigineux et des mouvements apparents; Auueut {^) a examiné celle de la fausse appréciation de la position de la tête; A. de Graefe (5) et Nagel (G), celle de la paralysie d'une partie des muscles moteurs de l'œil.

160^. Keppler, ad Vitellionem Paralipomena, p. 169; 285; 69-70.

1619. SCHEiNER, Oculus, Oenipontii^ 1619, p. 192.

1637. Descartes, Dioptrice, Leyden, p. 68.

1667. HoNORATUS Faber, Synopsis optica, Lugd.

1709. Berkeley, Essay towards a new theory of vision.

17/tO. Le Cat, Traité des sens, Rouen.

— Wedel, Ueber den Radius visorius des Honoratus Faber^, in lîoUeri Difpufaf. onai.,

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