‹ Optique physiologique [electronic resource]Chapitre 47 sur 105 · INFLUENCE DE LA PERSPECTIVE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA PERSPECTIVE

datio7î de Czermak (p. 122), cette modification du cercle de diffusion ne présente aucune valeur appréciable. Nous avons déjà étudié, dans le paragraphe précédent, quelles sont les erreurs que nous commettons en percevant la direction d'une semblable ligne de visée. Ainsi, la vision monoculaire ne nous indique immédiatement que la position apparente de la ligne de visée sur laquelle il faut chercher le point que nous voyons.

Pour obtenir une connaissance complète de la disposition véritable des objets dans l'espace, il faut encore connaître, sur la ligne de visée, la distance qui sépare de l'œil chacun des points que nous voyons. A la connaissance des dimensions superficielles du champ il faut ajouter celle de la profondeur. L'expérience journalière nous apprend que nous jugeons également cette troisième dimension, avec plus ou moins d'exactitude. Nous avons donc à examiner comment nous parvenons à connaître la distance comprise entre notre œil et les objets.

Les moyens qui permettent d'arriver à reconnaître ainsi la forme des objets dans l'espace peuvent être rangés dans deux catégories tout à fait distinctes. La première renferme les résultats de notre expérience sur la nature particulière des objets que nous voyons ; il ne peut évidemment en résulter que des représentations de la distance. A la seconde catégorie appartiennent les sensations qui nous donnent une perception réelle de la distance ;. ce sont : 1° la conscience de F effort d'accommodation nécessaire ; 2° Y observation à l'aide de mouvements d'accommodation de la tête et du corps; usage simultané des deux yeux,

L — Avant d'examiner quand et combien les moyens de cette seconde catégorie contribuent à la perception, il nous faut rechercher quelles sont les données fournies par l'expérience, pour nous mettre en état de distinguer la part qui leur revient. Nous avons à étudier ici tout ce que nous pouvons distinguer, par rapport à la troisième dimension du champ visuel, lorsque nous regardons d'un seul œil, et sans déplacer la tête, des objets qui sont assez éloignés ou assez peu nets pour que leur observation ne demande aucun effort sensible d'accommodation. Les éléments que nous utilisons dans ces conditions sont d'abord la connaissance préalable de la grandeur des objets, puis celle de leur forme, connaissances auxquelles viennent s'ajouter la distribution de l'ombre et le degré de transparence de l'air interposé.

Le même objet, vu à des distances différentes, donne des image rétiniennes de différentes grandeurs et se présente sous des angles visuels différents. Plus il est éloigné, plus l'angle visuel sous lequel il se présente est petit. De même donc que les astronomes peuvent calculer les

792 (624) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 30. changements de distance du soleil ou de la lune d'après les modifications de l'angle visuel sous lequel se présentent ces astres, de même aussi nous pouvons apprécier la distance à laquelle se trouve un objet de grandeur connue, un homme, par exemple, d'après la grandeur de l'angle visuel ou, ce qui revient au même, d'après celle de l'image rétinienne. Ce sont surtout les hommes et les animaux domestiques qui nous fournissent, sous ce rapport, des renseignements très-utiles dans le paysage ; en effet, leurs mouvements attirent facilement l'attention sur eux, leur grandeur varie peu et elle nous est très-familière. Les militaires, en particulier, sont bien exercés à apprécier exactement par ce procédé la distance de corps de troupes éloignés, sur un terrain inconnu ; c'est aussi spécialement pour leur usage qu'on a construit différents petits instruments d'optique qui permettent de mesurer l'angle visuel sous lequel apparaît la hauteur d'un homme éloigné et d'en déduire sa distance par une simple lecture. Les maisons, les arbres, les plantes cultivées, servent avec moins de certitude au même but, parce que leur grandeur est plus variable, ce qui peut faire commettre de grossières erreurs. Un habitant de la plaine prend facilement les vignobles des coteaux pour des champs de pommes de terre, ou des sapins sur de hautes montagnes éloignées pour des bruyères, et, par suite, il se trompe très-souvent en moins dans son appréciation de la distance et de la hauteur des montagnes. C'est pour le même motif que les peintres mettent des hommes et des animaux dans leurs paysages pour donner une idée de la grandeur des objets représentés.

Il faut encore ajouter que la lune ou les montagnes éloignées, lorsqu'une cause quelconque, telle qu'une pureté moindre de l'atmosphère, nous fait leur attribuer une distance plus grande, paraissent toujours augmentées, en même temps, dans la même proportion. Citons encore l'expérience d'après laquelle les parties éloignées d'un paysage, vues à travers une lunette grossissante, ne nous paraissent pas grossies, mais rapprochées, et qu'il faut ouvrir l'autre œil pour se convaincre de la réahté du grossissement des images.

Gomme cette relation entre la distance et la grandeur ne peut devenir familière que par une longue expérience, il ne paraîtra pas étonnant que les enfants y soient assez peu exercés et qu'ils commettent facilement de grossières erreurs^ C'est ainsi que je me souviens d'être passé dans mon enfance devant une tour d'église (l'église de la garnison, à Potsdam) et, en voyant sur la plate-forme des personnes que je pris pour des poupées, d'avoir demandé à ma mère de me les donner : je croyais qu'if lui suffirait d'étendre le bras pour les saisir. Ce trait s'est gravé dans ma mémoire, parce que c'est en reconnaissant alors

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mon erreur que je compris que îa perspective fait paraître les objets plus petits.

A la connaissance de la grandeur s'ajoute, dans un grand nombre de cas, celle de la forme des objets, surtout dans les cas où ils se recouvrent partiellement. Lorsque nous voyons, par exemple, dans le lointain, deux collines dont l'une cache en partie le pied de l'autre, nous en concluons que la première est en avant de la seconde ; car s'il n'en était pas ainsi, il faudrait que la seconde eût une partie surploml^ante, telle que les collines n'en présentent jamais, et il faudrait de plus, que par une coïncidence bien extraordinaire, ce contour surplombant se trouvât précisément sur la continuation du profd de la seconde colline. Ce serait là une interprétation possible de l'image, mais qui serait contraire à toute expérience. On peut naturellement faire la même remarque pour toutes sortes d'objets qui se masquent en partie. Môme lorsque leur forme nous est absolument inconnue, il suffit, le plus souvent, de remarquer que le profil de l'objet antérieur se continue sans interruption après avoir rencontré celui de l'objet postérieur, pour les distinguer l'un de l'autre. On peut facilement provoquer, au contraire, une illusion en tenant une feuille de papier de manière à cacher une partie de l'objet antérieur, le bord de la feuille paraissant faire suite avec le tour de l'objet postérieur.

Parmi les illusions qui reposent sur ce principe, les plus remarquables sont celles qui se produisent en présence de surfaces réfléchissantes ou réfringentes qui projettent une image optique entre elles-mêmes et l'observateur. — La plupart des personnes ont de la difficulté à s'assurer que cette image est aérienne et située en avant du miroir; car on voit des lacunes dans l'image aux points où le miroir a des taches, l'image est limitée par le bord du miroir, et, en général, toutes les petites irrégularités du tain se voient distinctement à travers l'image. L'image paraît être l'objet recouvert, ou postérieur, tandis qu'elle est, en réalité, antérieure. Il n'est pas toujours facile d'éviter complètement l'illusion, même lorsqu'à l'aide de la vision binoculaire, des mouvements de l'œil et des variations de l'accommodation, on met en jeu des éléments sensuels qui définissent, sans aucune équivoque, la position vraie de Fimage. Le meilleur moyen est encore de disposer, dans le plan de l'image, un écran avec une fenêtre qui permette de voir l'image sans laisser paraître le bord de la surface réfléchissante ou réfringente qui la produit. L'observateur voit alors facilement que l'image est située dans le plan de l'écran (i).

(1) Voyez, à ce sujet, Dove, in Pogg, Ann., LXXXV.

m {625) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 30.

Il est à propos de remarquer ici que, lorsque les yeux sont ouverts, les phénomènes visuels subjectifs paraissent toujours projetés sur la surface des objets visibles dans le champ visuel. Gomme ces apparitions se déplacent en accompagnant les mouvements de l'œil, on les distingue immédiatement des phénomènes objectifs et on ne leur attribue aucune éalité ; elles se présentent tout au plus comme des taches sur les objets réels, et cela lorsque l'attention se porte sur elles. Leur locahsation se produit en général de cette façon, même pour les images accidentelles binoculaires, lesquelles pourraient se prêter à une localisation déterminée dans l'espace. Le plus souvent on est porté à projeter ces images sur les objets réels, au lieu de se former une notion stéréoscopique de leur position, ce qu'on ne réussit à faire qu'en y portant l'attention d'une manière toute spéciale.

Dans un grand nombre de cas, il suffit de savoir ou de présumer que l'objet perçu possède une forme d'une certaine régularité, pour arriver à une interprétation corporelle exacte de l'image perspective que nous offre, soit l'objet, soit un dessin qui le représente (1). Lorsque nous voyons le dessin d'une maison, d'une table ou d'autres produits de l'industrie humaine , nous pouvons admettre que leurs angles sont droits et que leurs surfaces sont planes, cylindriques ou sphériques. Gela suffit pour qu'un dessin en perspective nous permette de nous former une notion exacte de l'objet. Nous comprenons sans difficulté et nous interprétons correctement le dessin perspectif d'une maison ou d'un appareil de physique, alors même qu'il représente des détails très- compliqués. Si les ombres sont exactement reproduites, l'aperçu en devient encore plus facile. Mais c'est à peine si le dessin le mieux exécuté ou même la photographie d'un aérolithe, d'un bloc de glace, de ' certaines préparations anatomiques ou d'autres objets d'une conformation irrégulière, nous permettent de nous représenter la forme solide de ces objets. C'est ainsi que les photographies de paysages, de rochers, de glaciers, ne présentent souvent à l'œil qu'une confusion presque inintelligible de taches grises, tandis qu'une combinaison stéréoscopique d'images de ce genre donne la représentation la plus saisissante de la nature.

Quand on regarde de ces produits de l'industrie humaine, formés principalement de parallélipipèdes rectangulaires, de surfaces cylindriques et sphériques, en s'en rapprochant suffisamment pour que les parties antérieures se présentent sur la rétine à une échelle notablement

(1) Recklinghausen, in A?^chiv fur Ophthalmologie, V, 2, p. 163.

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