‹ Optique physiologique [electronic resource]Chapitre 51 sur 105 · GRANDEUR DE LA LUNE A L'HORIZON · texte numérisé non relu

GRANDEUR DE LA LUNE A L'HORIZON

la formation et de l'échelonnement des perspectives géométriques des différents corps, la grandeur des hommes et des animaux, etc. ; du moins, aucun partisan des notions innées n'a encore osé attribuer à ces connaissances une origine innée, et l'on a vu qu'il est facile de démontrer directement, sur les enfants, que quelques-unes de ces notions, celles dont la formation demande une longue habitude, ne s'acquièrent que longtemps après la naissance. Et cependant ces données suffisent, dans un grand nombre de circonstances, pour éveiller en nous des notions parfaitement vives, et comme sensuelles, des formes et des conditions d'espace, sans que nous ayons aucunement conscience du rôle que vient jouer la comparaison entre l'impression actuelle et les impressions préalables et analogues. L'image actuelle réveille en nous le souvenir de tout ce que nous avons rencontré d'analogue dans des images visuelles antérieures, le souvenir de toutes les autres circonstances que nous avons toujours rencontrées avec ces images, comme, par exemple, la notion du nombre de pas que nous avons été obligés de faire pour arriver près d'un homme dont l'image présentait une certaine dimension dans le champ visuel, etc. Ces associations de représentations sont aussi inconscientes qu'involontaires ; bien que leur production soit soumise aux lois de notre esprit, elles s'imposent comme par une force naturelle aveugle ; elles paraissent le faire au même titre que les impressions venant actuellement du dehors, et, 'par conséquent, tout ce que ces associations d'idées, fondées sur les expériences préalables, ajoutent à nos sensations du moment, se présente à nous, tout aussi bien que ces sensations elles-mêmes, comme immédiatement donné, sans intervention active de notre part : les résultats ainsi obtenus ne paraissent donc pas se distinguer de la perception directe, tandis qu'en réahté, ce ne sont que'des représentations, dans la pure acception que nous avons attribuée à ce mot (voy. p. 571) .

Les illusions au sujet du relief des médailles ou des dessins perspectifs, les cas, en général, où il peut y avoir incertitude entre deux interprétations, présentent à ce sujet un intérêt tout particulier. — Dans ces cas, nous trouvons qu'au premier aspect nous tombons involontairement dans l'une des deux interprétations, et, généralement sans doute ^ dans celle qui rappelle le plus grand nombre de souvenirs analogues ; c'est ainsi que, pour les reliefs de têtes, nous sommes généralement portés à voir la forme convexe qui répond à la réahté. Dans d'autres cas, comme celui du moulin à vent de Sinsteden, notre indécision nous fait osciller involontairement entre les deux interprétations, et des circonstances accessoires, telles que des mouvements de l'œil, nous font pencher tantôt vers l'une tantôt vers l'autre analogie. Mais nous

SOli {SU) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 30. pouvons encore produire alors volontairement un changement de l'interprétation, lorsque nous évoquons vivement en nous la représentation de l'image opposée, jusqu'à ce que l'analogie de cette idée avec l'image en présence de laquelle nous nous trouvons exerce son influence sur la représentation obtenue, qui persiste alors d'elle-même et sans aucun nouvel effort. Mais pendant le temps qu'elle subsiste, elle se maintient avec toute l'énergie d'une perception sensuelle, et lorsque, par suite d'une circonstance nouvelle quelconque, nous revenons à l'autre interprétation , celle-ci reprend à son tour le même degré de netteté et de certitude, bien que la pensée consciente ne nous permette pas d'ignorer qu'il s'agit d'une notion équivoque.

II. — Passons maintenant à la seconde classe des données sur lesquelles repose la perception de la troisième dimension ; à savoir celles qui ont pour base des sensations déterminées.

1) Parmi ces éléments, voyons d'abord ce que peut donner Y accommodation de Vœil. — Il est hors de doute qu'une personne qui a beaucoup étudié les variations de son accommodation et qui connaît la sensation de l'effort musculaire qu'exigent ces changements, est à même de dire si elle accommode pour une'distance grande ou petite, au moment où elle fixe un objet ou une image optique. Mais l'évaluation de la distance, à l'aide de ce moyen, est excessivement imparfaite. Wundt a fait des expériences à ce sujet (1) ; l'observateur regardait avec un œil, à travers une ouverture pratiquée dans un écran fixe, vers un fil noir tendu verticalement. Un tableau blanc formait le fond. Le fil était mobile le long d'une échelle divisée horizontalement et pouvait être mis à une distance déterminée de l'observateur. Dans ces conditions, il n'était possible de donner sur la distance absolue du fil que des indications à peu près nulles; mais lorsqu'on lui donnait successivement deux positions différentes, la variation de l'accommodation permettait bien de reconnaître si l'on avait rapproché ou éloigné le fil. Cependant, on distinguait plus nettement le rapprochement que l'éloignement; le premier de ces mouvements étant accompagné d'un effort actif de l'appareil de l'accommodation. Mais à mesure que fœil se fatiguait, l'incertitude augmentait également dans la perception du rapprochement. Le tableau suivant (p. 805) contient les résultats trouvés par Wundt.

Pour deux fils tendus simultanément à des distances différentes, les

(1) Beitrâge zur Théorie der Simieswahrnelimung, Leipzig und Heidelberg, 1862, p. 105-118.

§ 30. INFLUENCE DU MOUVEMENT SUR L'APPRÉCIÂT. DES DISTANCES. 805 résultats furent les mêmes que pour un seul fil qu'on déplaçait en le rapprochant.

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