‹ Optique physiologique [electronic resource]Chapitre 52 sur 105 · POUR LE RAPPROCHEMENT · texte numérisé non relu

POUR LE RAPPROCHEMENT

l'OUIl L'ÉLOIGNEMENT.

250 centimèt.

A l'extrémité d'un tube noirci intérieurement, j'ai disposé un écran percé de deux fentes verticales recouvertes l'une d'un verre rouge, l'autre d'un verre bleu. Il me fallait un effort d'accommodation notablement plus considérable pour voir nettement la ligne rouge que pour la bleue. Après de nombreux essais, il finissait par se produire l'impression d'une ligne rouge plus rapprochée que la ligne bleue ; mais l'illusion se produisait avec difficulté et disparaissait facilement : pour la maintenir, il était nécessaire de ne pas cesser d'accommoder alternativement pour les deux lignes. L'illusion se produisait plus facilement en faisant la bande rouge un peu plus large, de manière à lui donner l'aspect d'un objet plus rapproché.

2) Un moyen d'apprécier les distances, plus important et plus exact que tout ce qui précède, repose sur la comparaison des images perspectives que présente un objet lorsqu'on le regarde sous des points de vue différents. — Ce mode de comparaison peut se pratiquer de deux manières : soit monoculairement, en déplaçant la tête et le corps, soit binoculairement, à l'aide des deux images différentes que le même objet fournit simultanément aux deux yeux. Comme les deux yeux occupent une position un peu différente dans l'espace, ils voient aussi, sous des points de vue un peu différents, les objets placés devant nous et les images qu'ils reçoivent de ces objets présentent, par suite, la même différence que les images successives que recevrait le même œil en se déplaçant d'une quantité correspondante dans l'espace.

Lorsque nous marchons, les objets qui sont immobiles le long de notre chemin restent en arrière ; ils paraissent glisser devant nous

806 {655) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 30. dans le champ visuel, en suivant une direction opposée à celle de notre mouvement. La même chose se produit, mais plus lentement, pour les objets éloignés, tandis que les objets très-éloignés, comme les étoiles, conservent une position invariable dans le champ de vision, tant que nous ne changeons pas la direction de notre corps et de notre tête. Il est facile de voir que, dans ces conditions, la vitesse angulaire apparente des objets dans le champ visuel est inversement proportionnelle à leur distance véritable ; de sorte que la vitesse du mouvement apparent peut permettre de tirer des conclusions certaines relativement à la distance réelle.

Les objets situés à des distances différentes présentent également un mouvement relatif apparent. Ceux qui sont les plus éloignés paraissent se déplacer, par rapport aux autres, dans le même sens que l'observateur; les plus rapprochés paraissent se déplacer en sens opposé. 11 résulte de là une notion très-nette de la différence de distance. Lorsque, par exemple, on s'arrête dans une forêt épaisse, on ne peut débrouiller que d'une manière confuse et grossière, la signification du fouillis de feuilles et de branches qui se présentent à la vue; on ne peut pas décider si les branches appartiennent à tel ou à tel arbre, reconnaître leurs distances relatives, etc. Mais dès qu'on se met à marcher, tout se détache et l'on obtient aussitôt la notion de la position relative des différents objets, comme si l'on en voyait une bonne image stéréoscopique.

On conçoit facilement que, dans la sensation immédiate, ce déplacement relatif apparent des troncs, des branches et des feuilles doit distinguer la forêt véritable de toute peinture, quelque parfaite qu'elle soit. Lorsque nous marchons devant la surface plane d'un tableau, la position apparente relative de ses différentes parties, dans le champ visuel, reste absolument inaltérée. Celles qui représentent 'des objets éloignés se déplacent, par rapport à l'observateur, absolument de la même manière que les parties adjacentes du tableau qui répondent à des objets rapprochés. Une peinture ne peut jamais donner l'aspect d'un objet que pour un seul point de vue fixe. Pour que l'illusion soit aussi complète que possible, il faut que l'observateur ne se déplace pas : tout mouvement fait immédiatement tomber sous le sens la différence qui existe entre l'original et le tableau.

Les objets rapprochés se déplacent plus rapidement que les objets éloignés. Aussi lorsque nous sommes animés d'une vitesse insolite, en chemin de fer, par exemple, les objets qui glissent rapidement devant nous, nous paraissent aisément plus rapprochés, et, par suite, plus petits qu'ils ne sont en réalité. C'est là une illusion d'optique qui est

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