‹ Optique physiologique [electronic resource]Chapitre 58 sur 105 · INFLUKNCK DES DIFFÉRENCES VERTICALES · texte numérisé non relu

INFLUKNCK DES DIFFÉRENCES VERTICALES

une distance trop grande, ainsi qu'on l'a vu dans l'expérience où l'on cherchait à atteindre, avec le crayon vu d'un œil, le fil vu binoculairement ; en effet, dans les expériences qui nous occupent, Terreur sur la distance est bien plus grande que celle qui concorderait avec les résultats de l'expérience du fd et du crayon. Ainsi, dans la première et la troisième des observations indiquées à la page précédente, cette explication demanderait des distances respectivement de 627 et de 350""" au lieu de A50 et de 237. Je n'ai jamais observé d'erreurs aussi considérables. Il me semble, au contraire, que ce qui nous fait faire ici une fausse interprétation, c'est l'absence d'une autre circonstance qui vient ordinairement au secours de notre jugement. En effet, lorsque nous n'avons pas simplement devant les yeux des lignes ayant la même disposition que les fds de l'expérience qui nous occupent, mais des lignes qui présentent des points de repère nettement visibles, ou lorsque nous regardons des objets qui présentent également des limites horizontales, celles, parmi les longueurs verticales, qui sont plus voisines de l'œil droit, nous y apparaissent sous un angle visuel plus grand qu'à l'œil gauche, et inversement.

L'influence des différences que présentent les dimensions verticales dans les deux yeux se montre d'une manière évidente dans la comparaison des images stéréoscopiques A et B (pl. vi). Le couple d'images A représente les deux projections d'un plan disposé en damier et voisin des yeux : la figure résultante paraît plane. Le couple B représente les deux projections d'une surface cylindrique très-éloignée , également disposée en damier, et l'aspect est en effet celui d'un pareil cylindre. Or les distances relatives des lignes verticales sont absolument les mêmes dans les deux couples de dessins. Si donc la courbure apparente dépendait seulement de la position relative des lignes verticales, comme on l'a presque toujours admis jusqu'à présent (1), les deux dessins devraient représenter absolument la même surface courbe. Mais la position relative des lignes verticales répond tout aussi bien à un damier plan et voisin qu'à un damier convexe et éloigné, et le tracé des lignes transversales détermine seul le choix de l'une ou de l'autre interprétation. Inversement, sur la figure C de la planche vi, les distances horizontales des lignes verticales sont partout égales ; les lignes limitantes, au contraire, sont courbes et plus écartées au bord externe des figures qu'au bord interne, comme cela aurait lieu pour les images d'une surface concave voisine. Aussi la combinaison des deux dessins donne-t-elle effectivement l'image binoculaire d'une surface concave,

(I) Ec Hering, en particulier, en a fait la loi fondamentale de la vision binoculaire.

832 {657) TROISIÈME PARTIE. — DES PERCEPTIONS VISUELLES. § 30. malgré le parallélisme des lignes de regard, qui est en désaccord avec la vision d'un objet rapproché. Si nous voulons, ici encore, ne fonder notre jugement que sur les différences dans les distances horizontales, ces différences faisant complètement défaut, C devrait présenter l'aspect d'un damier plan. L'inexactitude de la convergence gêne aussi peu ici que dans l'observation du dessin A (pl. vi), où nous jugeons que nous avons devant nous une surface plane voisine, bien que la convergence correspondante fasse défaut. Notre interprétation discerne la ressemblance des images A avec celles d'un plan rapproché, encore que nous sentions que la convergence ne s'accorde pas avec ce résultat.

Si l'on choisit les images de manière qu'il ne puisse se produire, dans les deux yeux, aucune différence le long des directions verticales, si l'on regarde, par exemple, comme dans l'expérience dont il est question plus haut, trois fils verticaux tout à fait uniformes et ne présentant aucun point remarquable, une partie des signes qui contribuent ordinairement à reconnaître la proximité des images viennent à manquer. Les différences que présentent les distances horizontales des fils, dans les deux images rétiniennes, ne sont pas accompagnées des différences verticales correspondantes qui les accompagnent ordinairement, ou au moins ces dernières ne sont pas perceptibles, et comme nous n'avons pas grand fonds à faire sur l'évaluation de l'éloignement d'après la convergence, nous apprécions les trois fils comme un objet qui est un peu plus éloigné qu'ils ne sont en réalité; les différences qui se présentent dans les dimensions horizontales ne peuvent plus s'expliquer alors qu'en admettant une convexité tournée vers l'observateur.

Gomme la certitude avec laquelle la convergence peut servir à estimer la distance varie beaucoup d'une personne à l'autre, on comprend que l'illusion des trois fils verticaux doive présenter des degrés très-différents pour des observateurs différents. C'est chez M. E. Hering que cette illusion a présenté la valeur la plus grande, et il semble que, chez cet observateur, l'appréciation des distances d'après la convergence des lignes visuelles se fasse d'une manière particulièrement imparfaite, puisque ses propres observations le disposent à nier absolument la possibilité d'une pareille appréciation.

Pour vérifier l'explication que je viens de donner, j'ai enfilé sur les trois fils noirs des petites perles d'or, que j'ai fixées à environ li centimètres d'intervalle. Ces perles formaient, sur les fils, des points de repère qui apparaissaient nettement même dans la vision indirecte. L'illusion en question disparut aussitôt presque entièrement. Tandis que j'étais obligé de reculer de 10'"'%5 le fd moyen, pour voir dans un plan trois lils tout à fait noirs dont les extrêmes étaient distants de

Page 1